Le football, ou « calcio », fait partie intégrante de la culture italienne et est considéré comme le sport national. Chaque année, des millions d'Italiens passionnés suivent l'actualité des équipes italiennes.
Lors d'événements sportifs internationaux tels que l'UEFA World Cup et l'Euro UEFA, le peuple italien retrouve sa ferveur en partageant des moments fédérateurs. L’Italie et « il calcio », c’est une histoire d’amour intense, faite de victoires légendaires, de drames sportifs et d’une ferveur populaire unique.
Du Nord au Sud, il « calcio » est bien plus qu’un simple sport : c’est un véritable phénomène culturel qui façonne l’identité nationale et régionale. Contrairement à la France, où le football peut parfois être perçu comme un divertissement réservé à certaines classes sociales, en Italie, il est un sujet de discussion omniprésent, transcendant les différences de statut et de milieu.
L'Italie a marqué l'histoire du football mondial. La Squadra Azzurra, l’équipe nationale, a remporté quatre Coupes du Monde : 1934, 1938, 1982, 2006 et deux Championnats d’Europe (1968, 2021).
En club, la Serie A a longtemps été considérée comme le championnat le plus compétitif au monde, notamment dans les années 80 et 90. Parmi les joueurs légendaires, Diego Maradona reste une icône à Naples, où il est encore vénéré pour avoir mené le club aux sommets.
Les rivalités en Italie sont légendaires et dépassent souvent le cadre sportif. Dans chaque ville, les clubs sont souvent le reflet des classes sociales. À Turin, par exemple, la Juventus est historiquement le club populaire, soutenu par les ouvriers et les nombreux migrants calabrais et siciliens venus travailler pour FIAT dans les années 70 sous la direction de Giovanni Agnelli, également propriétaire du club.
Ce lien entre football et société est unique en Italie. Contrairement à la France, où certains milieux se désintéressent du football, en Italie, toutes les classes sociales suivent le calcio avec ferveur.
Le football italien est profondément enraciné dans la société, et les influences politiques y occupent une place notable, notamment dans les tribunes des stades. Les curve, ces sections emblématiques où se regroupent les supporters ultras, deviennent souvent des lieux d’expression politique. Ces affiliations politiques ne se limitent pas aux idéologies, mais influencent également les rivalités entre clubs.
Certains derbys, comme celui de Rome entre la Lazio et l’AS Roma, sont teintés de cette opposition idéologique, bien que le phénomène ne concerne pas l’ensemble des supporters. Cependant, il est essentiel de noter que ces extrêmes ne représentent qu’une fraction des supporters.
Parmi les enceintes les plus emblématiques, San Siro à Milan est un temple du football, partagé entre l’AC Milan et l’Inter. Un élément incontournable des stades italiens est le chant des supporters. Le plus emblématique est sans doute « Grazie Roma », chanté à chaque match de l’AS Roma.
Le terme italien tifoso, qui désigne aujourd’hui un supporter, trouve son origine dans un mot bien éloigné du sport : il vient de tifo, signifiant « typhus ». À l’époque, on utilisait ce terme pour décrire les fièvres intenses caractéristiques de cette maladie. Au fil du temps, cette image a été détournée pour décrire les supporters particulièrement enflammés, dont la ferveur ressemblait à une fièvre contagieuse. Ainsi, tifoso est d’abord devenu synonyme de supporter enragé, avant de s’imposer comme le mot générique pour désigner tout passionné de football.
finale coupe du monde 2006 France VS Italie
Les origines du football
Les origines du football moderne remontent à l'Angleterre dans la seconde moitié du 19e siècle. Cependant, des jeux de ballon existaient bien avant, avec des représentations datant de la Grèce antique ou de la Chine au 1er siècle avant J.-C.
Le jeu avec le ballon a connu une évolution rapide en Europe grâce à l'Empire romain jusqu'au Moyen-Âge. Le Large Football a été interdit dans les îles britanniques, tandis que la famille Médicis a agi en tant que mécène pour le développement du Calcio Fiorentino à Florence.
L'histoire du football moderne commence officiellement le 26 octobre 1863 avec la fondation de la Football Association en Angleterre. En Italie, le football (calcio) prendra son envol une trentaine d'années plus tard.

Le Calcio Storico Fiorentino, un ancêtre du football moderne.
Les débuts du football moderne en Italie
Edoardo Bosio, un marchand turinois travaillant dans une entreprise textile à Nottingham, découvre le football lors de son séjour en Angleterre. De retour en Italie en 1887, il fonde trois clubs dans les années suivantes : le club Torinese, l'Internazionale Torino et le Torino Football and Cricket Club.
En 1893, le Genoa Cricket and Athletic Club est fondé par l'Anglais James Spensley. Son nom "anglophone" est dû à son fondateur et à sa façon de prononcer Gênes (Genova en italien).
Depuis 1896, la Fédération nationale italienne de gymnastique (FGNI) organise un championnat national de football qui se déroule jusqu'en 1913, avec des règles différentes de celles du football anglais, et qui ne sera jamais reconnu comme officiel par la future FIGC.
C'est donc la nouvelle Federazione Italiana del Football (FIF), ancêtre de la FIGC (Federazione Italiana Giuoco Calcio), qui organise le premier Championnat italien de football.
Le championnat se joue en une seule journée, le 8 mai 1898, au Velodromo Umberto I de Turin, entre quatre équipes avec deux demi-finales et une finale. Les premiers championnats ont été structurés autour d'un système à élimination directe, inspiré de la Coupe d'Angleterre, et le Genoa a remporté les trois premiers titres.
Dans la dernière décennie du XIXe siècle, de nombreux autres clubs voient le jour, comme le Liguria FBC en 1896, la Juventus en 1897, l'Ascoli en 1898, le Milan en 1899 et le Palerme en 1900. C'est l'AC Milan du fondateur Herbert Kilpin qui reprend l'hégémonie du Genoa en remportant le championnat de 1901.
En 1905, avec l'entrée de la Fédération italienne de football (FIF) à la FIFA, le championnat italien est repensé et renommé « Première catégorie » : les tournois préliminaires régionaux et la formule des matches aller-retour sont introduits. Outre le club génois avec neuf championnats remportés lors de l'époque amateur, le club Pro Vercelli se démarque également avec sept titres remportés entre 1908 et 1922.
L'histoire de la Serie A : le Championnat d'Italie de football
En 1929, avec la professionnalisation du football italien, le championnat italien change de nom et devient la Serie A. Depuis lors, les règles n'ont pas changé, à l'exception du nombre d'équipes qui passe de 16 ou 18 à 20 lors de la saison 2004-2005.
L'entrée dans les années 1930 marque un jalon dans l'histoire du football italien : c'est le début de l'ère des trois grandes équipes du Nord : la Juventus, le Milan et l'Inter. Dans cette période, le football commence à être le sport le plus populaire en Italie.
En termes de compétitivité, la Serie A a connu une phase de déclin à partir des années 1970, qui a duré jusqu'au début des années 1980. Au cours de la saison 1981-1982, le championnat italien est tombé à la 12e place du classement de l'UEFA.
Cette époque a atteint son apogée lors de la saison 1989-1990 avec la conquête historique des trois principales compétitions européennes par des clubs italiens : l'AC Milan de Sacchi a remporté la Ligue des Champions, la Juventus de Zoff a remporté la Coupe UEFA (lors d'une finale italienne contre la Fiorentina) et la Sampdoria de Boskov, Mancini et Vialli a remporté la Coupe d'Europe des vainqueurs de coupe.
Le football et le fascisme : la Coupe du Monde 1934
La Coupe du monde de football 1934 en Italie est souvent perçue comme un triomphe du fascisme. Le régime de Benito Mussolini, organisateur de la compétition, l’a renommée pour l’italianiser : Campionato mondiale di calcio. Le mot football a disparu.
Le Duce, autoproclamé Premier sportif d’Italie, n’a jamais été un grand fan de ballon rond, contrairement à son peuple, tombé accro au début du XXème siècle. Mais que peut faire un dictateur contre l’engouement que provoque le foot ? Pas grand-chose sinon l’utiliser à son avantage.
Si la Coupe du monde est devenue avec le temps un rendez-vous majeur du sport au même titre que les jeux Olympiques, ce n’était pas le cas en 1934. Le régime fasciste italien comptait bien en mettre plein la vue aux journalistes du monde entier avec cette deuxième édition. Et les joueurs de la Squadra azzura avaient le devoir de gagner ou plutôt l’interdiction de perdre, sous peine de mort !
La fédération italienne de calcio et le régime fasciste vont bien les aider en débauchant de talentueux joueurs étrangers, en achetant des matchs et des arbitres. Bref, il y a 90 ans, le football était déjà moderne.

L'équipe d'Italie victorieuse de la Coupe du Monde 1934.
Le Calcio Storico Fiorentino
Lorsque l'été pointe le bout de son nez, Florence regorge généralement de touristes venus apprécier les charmes d'une ville à la culture médiévale et liée à la Renaissance. Pour ceux qui s'y rendaient ce mardi, le choc a toutefois pu être violent : à dix minutes à pied du majestueux David de Michelange, ils ont pu voir deux équipes de 27 hommes s'échangeant de grands coups de poing en tenues traditionnelles sur la place Santa Croce.
Ce spectacle - brutal et barbare de prime abord - s'inscrit dans le folklore florentin. Et il a un nom : le « Calcio storico fiorentino ». En 1575, le roi de France Henri III l'aurait décrit comme « trop petit pour qu'on l'appelle la guerre, trop cruel pour qu'on l'appelle un jeu ».
Le Calcio storico est un sport de balle traditionnel où deux équipes de 27 joueurs s'affrontent sur un terrain sablonneux. Répartis sur l'aire de jeu avec des positions similaires à celles du foot (gardiens de but, défenseurs, milieux de terrain, attaquants), ils ont pour objectif de marquer le plus de buts possibles en cinquante minutes.
Si la balle entre dans le filet placé tout le long de l'extrémité du terrain, c'est un point pour l'équipe qui a tiré. En revanche, si le tir est manqué ou touche le poteau, un demi-point est accordé à l'équipe adverse. Le jeu se joue à la main, sans restriction de déplacement.
Ce qui rend cette pratique si particulière, c'est l'autorisation presque sans limite des contacts physiques. Concrètement, une très grande majorité de coups sont permis tant que deux adversaires se battent en un-contre-un. Ce qui donne une impression de chaos sur le terrain où la plupart des joueurs passent leur temps au sol ou les poings levés, prêts à envoyer un crochet à un membre de l'équipe adverse.
Le Calcio storico tire ses origines de plusieurs jeux de balle anciens comme la sphéromachie en Grèce antique ou l'harpastum dans l'Empire romain. Popularisé au Moyen-Âge, il est très répandu à Florence à l'époque où la famille Médicis contrôle la ville.
Il devient un symbole de la cité le 17 février 1530 lorsque des Florentins font acte de résistance en disputant une partie devant le roi d'Espagne Charles V, qui assiège la ville.
D'abord très populaire, il se répand ensuite au sein de l'aristocratie qui y voit un moyen d'éducation chevaleresque et une bonne préparation pour la guerre. Étroitement lié aux Médicis, le Calcio storico disparaît lorsque la dynastie s'éteint en 1737. S'ensuivent alors deux siècles où la pratique tombe dans l'anonymat, jusqu'à ce qu'elle soit réintroduite par Benito Mussolini en 1930 sous la forme d'une partie annuelle.
« L'objectif était notamment d'appliquer une rhétorique de fierté masculine, d'exaltation de la masculinité. Tout ceci avait une finalité politique », décrit Dario Nardini, anthropologue auteur d'un livre sur la reconstitution annuelle de ce sport médiéval.
Depuis la chute du régime fasciste, le Calcio storico a changé de récit historique et est désormais présenté comme le symbole d'une Florence libre et de résistance, en écho avec la partie du 17 février 1530.
Historiquement, le Calcio storico oppose deux équipes représentant les rives nord et sud de l'Arno, le fleuve qui traverse Florence. La rencontre s'est ensuite transformée en mini-tournoi opposant quatre équipes : les Verts, les Blancs, les Rouges et les Bleus, représentant quatre quartiers historiques de la ville.
La finale est disputée chaque année le jour de la Saint Jean-Baptiste (24 juin), protecteur de Florence. Pleinement ancrée dans la culture florentine, la pratique reste essentiellement ancrée dans sa ville d'origine. Tous les Florentins ne s'y intéressent pas, mais la pratique cultive la « fiorentinità » - le sentiment d'appartenance à la ville - des locaux.
Malgré cela, le Calcio storico connaît un « gain de popularité sur les 15/20 dernières années » en Italie mais aussi à l'étranger, explique Dario Nardini. Selon lui, cet intérêt est à relier à l'attrait de plus en plus prononcé pour les sports de combat comme le MMA.
Plusieurs « calcianti », les joueurs de Calcio storico, sont d'ailleurs aujourd'hui issus des disciplines de combats, qui rythment leur préparation pour la partie annuelle du 24 juin. Plus globalement, l'anthropologue constate une fascination pour ce spectacle d'une « violence anachronique », notamment de la part des médias.