La sorcellerie et les croyances mystiques ont souvent été associées au monde du football, influençant les perceptions, les rituels et même les résultats des matchs. Cet article explore l'impact de la sorcellerie dans le football à travers des exemples historiques et contemporains, tout en examinant les dimensions culturelles et sociales de ce phénomène.

Le Maraboutage dans le Football : Une Croyance Répandue
Il n’a pas pu vous échapper, Kylian Mbappé est au fond du trou. Son match catastrophique face à Liverpool avec notamment un penalty raté en est le parfait exemple. La suite d’une adaptation ratée du crack de Bondy qui n’est plus que l’ombre de lui-même, mais à écouter Emmanuel Petit, tout ceci est lié à une explication bien précise… à savoir le maraboutage.
Le champion du monde 1998 a développé un argumentaire bien ciselé sur le plateau de l’After Foot, et ceci dans le plus grand sérieux. « Moi, je pense qu’il a vraiment été marabouté. Moi, j’y crois à ces choses-là, vous, vous n’y croyez pas. Je le dis parce que je l’assume. J’y crois, il y a pas mal de choses dans lesquelles je crois. Les Occidentaux n’y croient pas, ce n’est pas dans leur culture, on est très cartésien. Moi j’y crois », a-t-il expliqué devant un Daniel Riolo médusé, avant d’aller plus loin et d’expliquer par qui il avait été marabouté.
« La réponse, tu l’as quand tu poses la question. Pogba ? Je ne sais pas tout le monde me dit ça », justifie-t-il avec aplomb.
La Sorcellerie à Travers l'Histoire : Un Aperçu
Halloween oblige, les sorcières réapparaissent, aux côtés d’autres figures d’épouvante convoquées pour l’occasion. Pourtant, contrairement aux citrouilles, zombies et autres poltergeists, elles n’ont jamais tout à fait quitté l’actualité ces dernières années - et surtout, elles se rapportent à une réalité historique.
La répression de la sorcellerie peut être vue comme une métaphore de la condition féminine à travers l’histoire, manifestation violente de l’hégémonie patriarcale. Pour les historiennes et les historiens spécialistes, le constat est plus contrasté, sans minimiser l’impact des discours et des imaginaires misogynes à l’œuvre dans ces accusations, ni la réalité des dizaines de milliers de femmes persécutées et tuées pour crime de sorcellerie.
Finalement, de quoi parle-t-on lorsque nous évoquons les « sorcières » ? De trois objets, complémentaires, mais distincts. La persécution réelle d’individus accusés de sorcellerie d’abord. D’une figure symbolique ensuite, s’appuyant sur cette dernière, mais construction culturelle au fil des siècles sur laquelle se sont bâtis et appuyés des discours puissants et encore actifs aujourd’hui. D’une nouvelle réalité, enfin, celle d’individus s’identifiant comme « sorcières » et dont les pratiques comme les croyances se revendiquent des accusées du passé, notamment les adeptes des mouvements néo-païens.
La Répression de la Sorcellerie : Une Réalité Historique
De l’Antiquité, le Moyen Âge conserve le souvenir d’une législation romaine et impériale rigoureusement sévère contre les magiciens et la magie, qu’elle condamnait à mort lorsque celle-ci était destinée à nuire. Héritier de ces conceptions, le Moyen Âge chrétien organise une lutte contre toutes formes de réminiscences du paganisme - pratiques magiques et divinatoires, culte des idoles, etc. - que l’Église englobe dans le champ des superstitions.
Les premiers procès de sorcellerie apparaissent, dans les sources, dès le début du XIIIᵉ siècle, notamment en Italie du Nord. Ils se rencontrent de plus en plus fréquemment en raison, notamment, d’un changement de perception.
De fait, la sorcellerie est progressivement considérée comme un crime plus grave. Dès les années 1280, elle tend à être assimilée à une hérésie, dans le cadre d’un mouvement plus large. En effet, à la même période, l’Église inaugure un vaste projet de lutte contre toutes les hérésies, dans un contexte de crise politique et d’affirmation du pouvoir pontifical. Elle se dote d’une institution spécifiquement dédiée à ce projet, l’Inquisition.
Dans ce nouveau paradigme, la sorcellerie impliquerait explicitement un pacte avec le diable et l’invocation des démons. De ce fait, les accusés encourent la peine réservée aux hérétiques : la condamnation au bûcher. Un des moments clefs de cette nouvelle définition est la promulgation, en 1326, de la bulle Super illius specula par le pape Jean XXII (1316-1334). La sorcellerie est considérée comme une menace tangible pour la société chrétienne.
Pour la combattre, l’Église n’est pas seule. Les pouvoirs laïcs - les rois, les seigneurs, mais aussi les villes - et leur justice participent également à la répression. Les procès se rencontrent de plus en plus fréquemment en Europe et se multiplient jusqu’à la fin du XV siècle, sans être toutefois un phénomène de masse.
Bien qu’associées dans l’imaginaire collectif au Moyen Âge, les grandes « chasses aux sorcières » ne démarrent véritablement qu’à l’époque moderne.
Les Chiffres de la Répression
L’approche quantitative de la répression de la sorcellerie est complexe. La conservation des sources est incomplète, leur étude non exhaustive. Néanmoins, un consensus se dégage. En Europe, entre les XIIIe et XVIIIe siècles, le nombre de procès en sorcellerie se situerait entre 100 000 et 120 000 pour 30 000 à 50 000 exécutions. Entre 1550 et 1650, 80 à 85 % des personnes poursuivies sont des femmes.
Parmi les individus accusés, les femmes occupent une part prépondérante sur l’ensemble de la période de criminalisation. Celles-ci ont des profils très divers. Contrairement aux idées reçues, l’étude des procès révèle que ce ne sont pas exclusivement des femmes marginalisées, vieilles, célibataires ou veuves. Toutes les catégories sociales se rencontrent devant les tribunaux, y compris les mieux insérées et les plus fortunées.
Personne n’est à l’abri d’une accusation de sorcellerie, souvent issue d’une dénonciation, qui peut découler d’une rumeur ou de tensions.
Le Sabbat et la Misogynie
Pour comprendre cette évolution, il faut se pencher sur le concept novateur du sabbat, sur lequel se sont appuyées les chasses aux sorcières. Cet imaginaire, qui se construit au XV siècle, englobe, en apparence, autant les hommes que les femmes. Toutefois, dès le départ, comme l’indiquent les historiennes Martine Ostorero et Catherine Chêne, il diffuse les ferments d’une misogynie destinée à s’amplifier par la suite, dans une période de circulation intense de stéréotypes contre les femmes. Selon ce paradigme, les femmes, plus faibles, sont davantage susceptibles de céder au diable que les hommes.
Avant toute chose, c’est du fait de la croyance en la réalité de leur pacte avec les démons que ces femmes, mais aussi ces hommes et ces enfants, font l’objet de poursuites judiciaires et, dans un cas sur deux, sont susceptibles d’être condamnés, le plus souvent à mort.
De la Répression à la Figure « Mythique »
Plusieurs coups d’arrêts marquent la fin des procès et amorcent la décriminalisation de la sorcellerie (édit du Parlement de Paris de 1682, « Witchcraft Act » de 1736). Ainsi, en Europe, Anna Göldi fut la dernière personne exécutée pour sorcellerie en 1734 à Glaris, en Suisse.
Désormais dépénalisé, le phénomène devient un objet d’études et de fascination.« La Sorcière » de Jules Michelet (1862) marque une rupture importante dans la réhabilitation du personnage. En insistant sur sa dimension symbolique et mythique dans le discours historique national, la sorcière ne serait plus simplement une création de l’Église et de l’État pour justifier leur pouvoir. C’est l’incarnation du peuple, auquel il attribue un génie particulier, et de sa révolte contre les oppressions du Moyen Âge.
Une nouvelle approche de la sorcellerie émerge en parallèle, mettant l’accent sur ses éléments folkloriques. Certains auteurs, comme les frères Grimm, cherchent à démontrer les liens entre la sorcellerie et les anciennes croyances païennes. Leurs œuvres ont contribué à la circulation de la figure de la sorcière dans la culture populaire, où l’on a assisté à son « réenchantement ».
Sorcières et Paganisme
Au tournant du XX siècle, Alphonse Montague Summers suggère que les sorcières étaient membres d’une organisation secrète, hostile à l’Église et à l’État, qui poursuivrait des cultes païens antérieurs au christianisme. On lui doit surtout la traduction du Marteau des sorcières, traité du dominicain Heinrich Kramer, composé entre 1486-1487, dans lequel il appelle à la lutte contre l’hérésie des sorcières, que Summers produit pour donner une nouvelle actualité à son contenu et à ses théories misogynes, auxquelles il adhère.
En 1921, Margaret Alice Murray propose des interprétations nouvelles et controversées sur le paganisme des sorcières.
Dans « The Witch-Cult in Western Europe » (1921), elle suppose l’existence continue d’un culte archaïque de la fertilité dédiée à la déesse Diane dont les sorcières avaient prolongé la pratique ainsi que l’existence réelle, partout en Europe, au sein de sectes de sorcières (des covens). En 1931, dans « God of Witches », elle postule encore que ce culte rendrait hommage à un « dieu cornu », diabolisé au Moyen Âge, et que les sorcières avaient été persécutées, après que ces covens furent découverts, vers 1450, puisqu’elles auraient formé une résistance souterraine opposée à l’Église et à l’État.
Ses théories sont à l’origine des mouvements néo-païens comme la Wicca. Les adeptes de cette religion se nomment sorcières et sorciers. Initiée au Royaume-Uni par Gerald Gardner en s’inspirant des travaux de Murray, la Wicca fait partie d’un mouvement païen contemporain plus vaste fondant leurs pratiques sur l’idée d’une réactivation d’une culture qualifiée de préchrétienne.
Le nombre d’adeptes de cette religion fait l’objet de discussions intenses, mais on estime qu’il pourrait y avoir environ 1,5 million de « sorcières » et de « sorciers » aux États-Unis.
Sorcières et Féminisme
Dès la fin du XIX siècle, dans la première vague féministe, la célèbre autrice et suffragette américaine Matilda Joslyn Gage voit en la sorcière le symbole de la science réprimée par l’obscurantisme et l’Église.
Dans le cadre du mouvement de libération des femmes, l’œuvre de Murray inspire un « Witches Liberation Movement » qui donne naissance à de nombreux groupes féministes aux États-Unis tout particulièrement à New York, à partir d’octobre 1968.
En proposant de réhabiliter le terme « sorcière » grâce à la déconstruction des stéréotypes négatifs associés à ce terme, le mouvement le réinterprète comme une figure de résistance féminine.
Dans les milieux américains, en 1973, Barbara Ehrenreich et Deirdre English, journalistes et écrivaines, signent « Sorcières, sages-femmes et infirmières ». Elles avancent une théorie controversée. Si les femmes ont été persécutées comme sorcières, c’est en raison d’un savoir accumulé qui mettrait en péril la norme et la domination de genre, et plus spécifiquement la communauté médicale masculine concurrencée par leur connaissance du corps féminin. S’il est vrai que les professions médicales se structurent au profit des hommes à la fin du Moyen Âge, rien n’établit une corrélation entre un savoir détenu par les femmes et leur condamnation pour sorcellerie.
Dans le même temps, en Italie, les mouvements militants en faveur de la légalisation de l’avortement et engagés dans l'« Unione Donne Italiane », une association féministe italienne créée en 1944, s’inspirent de la vision de Michelet et utilisent pour slogan « Tremate, tremate, le streghe son tornate » (Tremblez, tremblez, les sorcières sont de retour !).
Issues de ces luttes, la sociologue Leopoldina Fortunati et la philosophe Silvia Federici proposent une lecture nouvelle de Karl Marx pour expliquer l’émergence du capitalisme. Selon elles, la naissance de ce système a nécessairement impliqué l’apport d’une accumulation primitive de capital permise par la dépossession sytématique par les hommes du travail non payé des femmes, de leurs corps, de leurs moyens de production et de reproduction. En somme, pour les autrices, le capitalisme n’aurait pas pu se déployer sans le contrôle des corps féminins. L’institutionnalisation du viol, de la prostitution et de la chasse aux sorcières auraient été des manifestations de l’assujettissement méthodique des femmes par les hommes et de l’appropriation de leur travail.
Dans cette perspective, Françoise d’Eaubonne, grande figure du MLF et de l’écoféminisme français, dans « Le sexocide des sorcières » (1999), analyse la chasse aux sorcières comme une « guerre séculaire contre les femmes ».
Très largement médiatisée, la sorcière entre définitivement dans le langage commun comme une figure devenue incontournable de l’empowerment féminin.
Il existe donc un écart manifeste entre la compréhension historique d’un phénomène de répression et les discours et interprétations qui mobilisent la figure de la sorcière depuis le XIX siècle.
Ces réinvestissements - sans être exempts d’approximations ou d’anachronismes - ne possèdent pas moins de valeur, tant sur le plan symbolique qu’analytique.
Rites et Sortilèges : Croyances Populaires
Protection de la famille, divination, ensorcellement d'ennemis, exorcisme : les rites sorciers et la magie noire étaient très présents dans la région au cours des derniers siècles. Connaître son avenir, jeter un sort à un rival, se protéger des actes malveillants et maléfiques : de tout temps, les populations du monde entier ont eu recours à des forces invisibles pour obtenir une faveur ou attirer un malheur.
Souhaiter l'infertilité d'un homme était l'une des pratiques malveillantes les plus courantes en Normandie, et notamment dans les bocages.
David Lecoeur : Pour jeter ce sort d'infertilité, il suffisait de prendre une bouteille en verre vide, généralement de lait, dans laquelle on introduisait une racine de doche (ndlr : oseille sauvage). Elle a la particularité d'être anthropomorphe, c’est-à-dire de ressembler à un corps humain. Autour du "bassin", on nouait un fil de cuivre et psalmodiait de vilaines choses : "Toi, untel, tu n'auras pas de descendance".
Parmi les sortilèges couramment jetés, on trouve le sort de séparation du couple, celui de "bousiller l'activité économique de la ferme (tarir les vaches de lait, tarir un puits, troubler le sommeil des fermiers, faire crever le chien...). Ces sortilèges se réalisaient via des rites d'envoûtement, avec des œufs ou des parchemins.
Connaître ce que nous réserve le futur a toujours été une obsession des populations.
David Lecoeur : À la fin du XIXe siècle, on utilisait fréquemment une divination particulière pour savoir ce que l'avenir nous réserverait. Elle était pratiquée par des femmes sur les marchés. Les devineresses étaient assises sur une chaise, et tenaient dans leur main cet évangile dans lequel se trouvait une clé, tous deux étant ficelés par un ruban. Le tout était ensuite utilisé comme un pendule en radiesthésie. Il arrivait aussi que les devineresses utilisent un anneau de mariage, tenu par des cheveux de femmes, en guise de pendule. Il s'agissait de répondre à des questions telles que : "Vais-je être enceinte, vais-je trouver un mari ? Est-il banquier ? Menuisier ?" Etc.
Vers la fin du Moyen-Âge, un objet bien particulier avait la cote pour déchiffrer l'avenir : l'almadel. Celui présenté au musée de Vire Normandie est un poudrier de mariage ancien avec un miroir. Une boule de cristal a été intégrée dans le vase à poudre pour créer un effet de réflexion.
"L'almadel était utilisé pour découvrir des images d'évènements à venir ou passés, décrit David Lecoeur.
Les collectionneurs de l'association des Blancs Montagnards ont aussi déniché un Grand Albert datant des années 1820. On y trouvait des astuces pour expliquer comment nettoyer certaines choses, ou comment guérir de tel mal. "On se soigne mal à la campagne et il faut que quelqu’un soit atteint très sérieusement pour qu’il se résigne à « voir un médecin »", écrit Jean Seguin, archéologue manchois, en 1941.
Les croyances d'alors sont que tout est lié : les êtres vivants, les astres, les minéraux, les plantes.
Une partie de l'exposition est consacrée aux croyances et rites en tant de guerres. On y découvre par exemple une mallette d'aumônier britannique pour exorciser les soldats.
Dans cette partie du musée, on apprend notamment que l'armée française comptait dans ses rangs des radiesthésistes durant la Première Guerre mondiale. Ces militaires étaient chargés de débusquer les mines cachées dans des galeries souterraines. Pour ce faire, ils utilisaient la méthode de chasse au blaireau, en écoutant le sol avec des pendules pour déterminer la largeur et la profondeur de la galerie.
Les membres de l'association des Blancs Montagnards ont aussi dégoté un petit cercueil datant de la Seconde Guerre mondiale. Cette petite boîte en bois d'une dizaine de centimètres était généralement garnie d'une balle de fusil. C'était un présage funeste, déposé sur le seuil de la porte des maisons où vivaient des personnes ayant peut-être travaillé ou fricoté avec l'armée allemande.
Ces pratiques ont connu un pic durant les années noires de la purge en France (1946 et 1947).
Un Événement Tragique au Congo : Foudre, Sorcellerie ou Science ?
Ce jour-là, personne ne s’y attendait. Pas comme ça. Pas là-bas. Pas en short et en crampons, le protège-tibias vissé aux guiboles et le torse encore humide. Lorsque l’on se représente sa mort, c’est souvent glauque, parfois drôle et généralement faux. Si elle peut apparaître classique, un bouquet d’acanthe ou de chrysanthème entre les doigts, les proches au chevet et la lumière tamisée, la Faucheuse peut parfois se montrer moins subtile, et organiser la chose sur une pelouse de football. Mais comme ça ? C’est du jamais-vu.
En ce soir du samedi 27 octobre 1998, un orage alerte pourtant ses victimes dans le ciel congolais. La foudre, invitée surprise, frappe à plusieurs reprises sur Kinshasa, la capitale. Sur son chemin : la petite équipe du village de Bena Tshadi, qui, le menton relevé et les yeux scrutant les nuages avec inquiétude, fait lentement tourner le ballon face à ses opposants du soir. Un coup de tonnerre, et c’est le coup de massue : les onze titulaires sont tués sur le coup. Leurs adversaires de Basangana, pantois et éparpillés au milieu des lignes de corps, sont sains et saufs.
C’est le quotidien L’Avenir, dont les bureaux sont situés à Kinshasa qui, le premier, relaie la folle dépêche d’Associated Press dans son édition du lundi : « La foudre a tué onze joueurs d’une même équipe de soccer lors d’un match disputé le week-end dernier à Bena Tashadi, village de la province du Kasai oriental, dans le Sud-centre de la République démocratique du Congo. Une trentaine de personnes qui assistaient à la partie ont également été blessées, mais leur vie n’était pas en danger. Les enquêteurs locaux ont imputé l’éclair à l’origine de cet incident rarissime à un acte de sorcellerie, aucun des joueurs de l’équipe visiteuse de Basangana, un village voisin, n’ayant été frappé. Les deux équipes en étaient à 1-1 lorsque la foudre a interrompu ce match de championnat régional, disputé en plein orage. »
Même la police s’y perd, et impute le coup de sort à un excès de zèle dans une manipulation vaudou. Pour ne rien aider, sur place, la population prend la rumeur très au sérieux.
Pour Antoine Glaser, spécialiste de la Françafrique et auteur de AfricaFrance aux éditions Fayard, le phénomène « n’a rien de surprenant » : « On dit toujours qu’en Afrique, il n’y a pas de « mort naturelle ». Quand quelque chose va mal ou que quelqu’un meurt, c’est toujours à l’origine d’une personne tierce. De même, quand les enfants commencent à jouer dans des petits clubs de foot, on les emmène avant les matchs voir des marabouts : ils vont avoir sur eux des petits fétiches, peut-être un grigri, une mèche de cheveux… De fait, la majorité des Africains cultive un fond d’animisme.
À Kinshasa, l’enquête piétine. Difficile à l’époque de faire la lumière sur ce coup d’éclair dévastateur alors que la guerre civile fait rage entre le gouvernement de Laurent Kabila et les forces rebelles, soutenues à l’est par le Rwanda. La deuxième guerre du Congo bloque les réseaux de communication, et, question de proportion, 5,5 autres millions de morts sont à pleurer. Difficile également aujourd’hui de consulter les archives du journal L’Avenir : « Il faut payer 100 dollars » , indique un journaliste sur place, qui glisse au passage que « si vous allez voir un match à Mazembe, vous verrez souvent le public avec des féticheurs. Quand l’équipe ne parvient pas à marquer, ils viennent libérer les buts en cassant des œufs derrière les poteaux, avec des bouts de papiers ou en faisant des incantations. »
Mais comme dans la plupart des histoires de fantômes, il suffit parfois au curieux de soulever un coin de drap blanc pour découvrir le pot aux roses. Ce soir-là, pas d’incantations, pas d’appels aux enfers ou de rites vaudous : c’est presque sûr, la mort s’est jouée à une paire de crampons.
Sur une pelouse détrempée, les visiteurs de Basangana décident en cette soirée de 1998 de porter des crampons moulés en plastique. Question d’adhérence, peut-être, mais de moyens, surtout. Côté domicile, le onze titulaire de Bena Tashadi chausse des crampons vissés métalliques qui s’enfoncent dans l’herbe molle. Surtout, il tombe des cordes. En pleine Afrique des forêts, les joueurs courent, taclent, trempent leurs semelles. Le début de la fin : « Une personne qui porte des crampons métalliques fonctionne un peu comme un paratonnerre » , explique Alain Rousseau, président du comité scientifique de l’Association Protection Foudre.
Sûrement, le fantôme perd de son mystère. Mais une simple question scientifique de conduction du courant ? Pas si sûr. Au téléphone, Alain Rousseau se prend au jeu, et expose sa théorie. La troisième.
« Avec la foudre, il y a deux phénomènes possibles : vous la prenez sur vous, de haut en bas, et vous mourrez. Dans ce cas, les personnes dans un rayon de trois mètres autour de vous peuvent éventuellement mourir d’un effet de désamorçage. C’est par exemple le cas lorsque la foudre tombe sur un arbre, dans un bateau, ou même au cœur d’une mêlée dans un match de rugby. Mais c’est la deuxième explication qui correspond à ce match de foot : lorsque la foudre frappe au sol. Le courant se propage, et plus l’espace entre vos deux pieds est important, plus la différence de potentiel est importante. C’est un phénomène qui peut faire tomber beaucoup de personnes, provoquer une tétanie musculaire. »
En conséquence, dans ce type de situation, ce sont souvent les gardiens, jambes serrées, et les spectateurs isolés qui s’en sortent le mieux, au contraire des galopants du milieu de terrain.
« Mais ceci étant dit, on ne meurt pas parce que le courant passe par les jambes. Pour notre spécialiste, la solution est claire. Limpide, comme une clean-sheet de Robert Kidiaba en Coupe d’Afrique des nations : dans l’histoire, ce ne sont pas les explications qui sont fantômes. C’est l’histoire elle-même.
« Toute l’équipe qui meurt ? Ça me paraît très surprenant… voire impossible. Aujourd’hui, je ne peux pas expliquer ce phénomène avec la physique. Dans le monde entier, ce n’est jamais arrivé ! Pour moi, il y a eu exagération des médias. »
Le contexte de guerre n’aidant en rien, c’est un flou absolu qui entoure ce récit lancé par les médias locaux. Du vent fondé sur une dépêche écrite à la hâte ? Une histoire de crampons mortels ? Ou bien un rite vaudou sournoisement efficace ? Rares sont ceux qui savent réellement, à condition encore que le match ait bien été joué.
À se demander si la version sorcellaire n’est finalement pas celle du consensus. La plus folle, d’un point de vue européen, et donc la plus belle.
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