La Ligue arabe (en arabe : الجامعة العربية, Jāmiʿat al-ʿarabiyya), officiellement la Ligue des États arabes (en arabe : جامعة الدول العربية, Jāmiʿat ad-duwal al-ʿarabiyya), est une organisation régionale possédant le statut d’observateur auprès de l'Organisation des Nations unies (ONU). En 2023, elle compte 22 États membres. Elle est fondée le 22 mars 1945 au Caire par six États.

Carte des pays membres de la Ligue Arabe
Genèse et Création de la Ligue Arabe
En 1944, à la recherche d'une fédération des États arabes, le gouvernement égyptien met en place un groupe d'étude chargé d'élaborer un projet. Avec l'aide des Britanniques, la conférence d'Alexandrie du 25 septembre 1944 se conclut par la rédaction du Protocole d'Alexandrie, déterminant les bases de la future association. La Ligue arabe est créée le 22 mars 1945 au Caire.
Les six membres fondateurs de la Ligue arabe sont :
- l'Égypte
- l'Arabie saoudite
- l'Irak
- la Jordanie
- le Liban
- la Syrie
Le Yémen du Nord les rejoint le 5 mai 1945.
Structure et Organisation
L'organisation de la Ligue arabe repose sur quatre organismes principaux :
- le sommet des chefs d'État
- le Conseil des ministres
- les comités permanents
- le Secrétariat général dirigé par Ahmed Aboul Gheit depuis 2016
Premières Divisions et Actions
Dès sa naissance, la Ligue est divisée en deux camps aux visées politiques opposées, l'entente égypto-saoudienne favorable aux projets d'indépendance s'opposant à l'axe hachémite jordano-irakien plus enclin à une coopération avec la puissance britannique encore maîtresse de nombreux protectorats et mandats (Soudan, Palestine, Émirats, etc.). L'action de la Ligue est d'abord dirigée contre l'ingérence des puissances coloniales européennes dans la région, en l'occurrence la France et le Royaume-Uni. À partir de 1948, Israël est également considéré comme une entité exogène au monde arabe rendant son existence illégitime. Un grand nombre de sommets de la Ligue arabe ont été tenus à la suite d'évènements spécifiques du conflit israélo-palestinien et arabe.
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Crises et Évolutions
Après la crise du canal de Suez, le royaume d'Irak fut renversé, diminuant ainsi l'influence hachémite. En novembre 1973, après la guerre du Kippour et le premier choc pétrolier déclenché par les pays arabes membres de l'OPEP, le sixième sommet des chefs d'État arabes réuni à Alger exige de l’Europe occidentale la fin du soutien militaire et économique à Israël.
Le 17 septembre 1978, l'Égypte signa les accords de Camp David avec Israël. Les ministres de la Ligue arabe se réunirent en 1979 à Bagdad pour décider des sanctions diplomatiques et économiques à infliger à l'Égypte. L'Irak, contrairement à ses voisins arabes, demanda l'adoption de sanctions économiques symboliques, ne touchant pas le peuple égyptien. L'Égypte fut alors exclue de la Ligue en 1979 et le siège de l'organisation fut déplacé du Caire à Tunis. La Ligue fut alors privée de son membre le plus puissant, écarté pendant plus de dix ans, qui fournissait une part importante du personnel. Cela entraîna une baisse de l'influence de l'organisation.
Le 10 septembre 1990, 12 des 21 membres de la Ligue arabe décidèrent le retour du siège au Caire et la réintégration de l'Égypte. Malgré les protestations des neuf absents, le changement eut lieu le 31 octobre 1990.
Initiative de Paix Arabe
En 2002, après une proposition du prince d'Arabie saoudite Abdallah ben Abdelaziz Al Saoud, la Ligue arabe élabore l'initiative de paix arabe, fondée sur l'idée d'une paix globale au Moyen-Orient : en échange d'une normalisation des relations entre Israël et chacun des pays de la Ligue arabe, l'État hébreu se retirerait de la Cisjordanie, de la bande de Gaza et du plateau du Golan. En 2007, au sommet de Riyad, cette proposition est relancée par une résolution nommée « réactivation de l'initiative de paix arabe ».
Crises Récentes
La plus grave crise connue par la Ligue arabe fut le refus de celle-ci d'exécuter le mandat d'arrêt international rédigé par la Cour pénale internationale en 2009 à l'encontre du président soudanais Omar el-Bechir (en visite dans des pays de la Ligue), accusé de génocide et de crimes de guerre.
En 2011, lors de la guerre civile syrienne, la Ligue arabe exclut la Syrie de ses rangs et, en 2013, l'opposition anti-Assad occupe le siège de la Syrie lors d'un sommet de la Ligue arabe à Doha au Qatar. Cependant elle continue à se réunir et, dans le cadre du conflit yéménite, elle réagit. En mai 2023, la Ligue arabe réintègre la Syrie après plus de 11 ans d'exclusion.
Le 17 février 2024, au 134e jour du conflit qui oppose Israël au Hamas, la Ligue arabe décide de qualifier 60 organisations israéliennes et groupuscules de colons extrémistes d'entités terroristes en raison de leur participation avérée à des opérations d'incursion violentes dans l'enceinte de la mosquée Al-Aqsa ainsi qu'en Cisjordanie.
Conditions d'Adhésion et Statut de Membre
L'actuelle Ligue arabe aurait pu s'appeler la « Coalition arabe » suivant la proposition de la Syrie ou encore l'« Union arabe » comme le souhaitait l'Irak. L'article 1 de la charte de la Ligue dispose que chaque État arabe indépendant a le droit d'adhérer à l'organisation. L'État candidat doit pour cela déposer une demande au niveau du Secrétariat général permanent ; la demande sera alors étudiée par le Conseil.
Il y a donc deux sortes de membres : ceux qui ont entériné la charte de la Ligue, au nombre de 7, et ceux qui demandent leur adhésion. Ces derniers doivent réunir certaines conditions pour pouvoir adhérer à l'organisation : l’État candidat doit être arabe et indépendant.
L'adhésion de la Somalie et de Djibouti à la Ligue avait suscité une polémique au sein de l'organisation du fait que l'arabe n'est pas la langue officielle des deux candidats. Toutefois le Conseil de la Ligue a fini par accepter leurs candidatures eu égard à « leurs origines arabes ». L'Irak s'est opposé en 1961 à l'adhésion du Koweït sous prétexte que ce pays faisait partie de ses territoires ; le délégué irakien a même quitté le Conseil pour manifester son refus.
Chaque État membre de la Ligue a le droit de se retirer à condition de déposer un préavis d'un an. Le conseil n'exige pas d'explications des pays qui se retirent ; toutefois, il tente de comprendre les raisons qui les ont amenés à se retirer pour les convaincre de revenir sur leur décision. Si la Ligue venait à amender sa charte, un États membre pourrait se retirer s'il n'approuve pas les nouveaux amendements.
La charte de la Ligue prévoit l'exclusion de tout pays membre qui ne respecterait pas ses engagements ; toutefois, elle doit être prononcée à l'unanimité. Néanmoins, le 12 novembre 2011, la Ligue a suspendu la participation de la Syrie à la majorité qualifiée et non à l'unanimité des 22 pays arabes. Ce statut n'est cependant pas irréversible puisque le membre exclu peut présenter une seconde candidature.
Un État peut perdre sa qualité de membre s'il perd son identité juridique, comme cela s'est produit en 1958 lorsque l'Égypte et la Syrie ont décidé d'unir leurs États respectifs pour devenir la « République arabe unie » et en 1990 avec l'union du sud et du nord du Yémen qui a donné naissance à la République arabe yéménite unie. Cependant un pays qui perd sa souveraineté reste membre à part entière.
Sommet de la Ligue Arabe de 2022 à Alger
Le sommet de la Ligue arabe de 2022, officiellement la 31e session ordinaire du Conseil de la Ligue des États arabes au niveau du sommet, est une réunion des chefs d'État et de gouvernement des États membres de la Ligue des États arabes qui a lieu à Alger, en Algérie, les 1er et 2 novembre 2022. Tous les pays arabes étaient représentés à l'événement, à l'exception de la Syrie, suspendue depuis 2011 en raison de la crise actuelle.
Le sommet a été reporté à plusieurs reprises avant que sa date ne soit confirmée le 1er novembre 2022. Il devait initialement se tenir en 2020, 2021 et enfin en mars 2022. En raison de la pandémie de Covid-19, il a été reporté à novembre pour coïncider avec l'anniversaire du déclenchement de la Révolution algérienne. Il y a eu une large discussion sur la possibilité que la Syrie assiste au sommet, mais en raison du refus de certains pays influents de la Ligue, cela ne se produira pas.
Les dirigeants ont approuvé la déclaration finale pour soutenir la candidature de la Palestine à l'adhésion à part entière à l'ONU et saluer l'annonce de la réconciliation faite par les factions palestiniennes à la mi-octobre. Les dirigeants arabes ont convenu de créer un fonds destiné à financer la reconstruction du territoire palestinien, en appelant à une contribution internationale pour accélérer le processus.
Les dirigeants arabes ont adopté, un plan pour la reconstruction de la bande de Gaza et le retour de l’Autorité palestinienne dans l’enclave. Le projet est présenté comme une alternative au projet de Donald Trump de placer le territoire sous contrôle américain. Réunis au Caire, les dirigeants des pays de la Ligue arabe ont mis en garde contre les tentatives « odieuses » de déplacement de la population de la bande de Gaza et appelé à unifier les Palestiniens sous le parapluie de l’Organisation de libération de la Palestine (OLP), excluant de fait le Hamas, au pouvoir à Gaza, qui n’en fait pas partie.
Ils ont convenu de créer un fonds destiné à financer la reconstruction de l’enclave, détruite par des années de conflit, en appelant à une contribution internationale pour accélérer le processus. La bande de Gaza serait administrée durant une période transitoire par un comité de technocrates palestiniens, avant que l’Autorité palestinienne n’en reprenne le contrôle.