Shaolin Soccer : Critique d'un délire hystérique et jubilatoire

Acteur prolifique et emblématique de la comédie hongkongaise, réalisateur à ses heures perdues, rares sont pourtant les films estampillés Stephen Chow qui nous sont parvenus en Occident. Ceci à l’exception notable de Shaolin Soccer et de Crazy Kung-Fu, deux délires hystériques aux titres bien ringards revisitant les anciens arts martiaux chinois sous la forme de farces loufoques, débordant d’imagination, et relais d’une énergie communicative réjouissante.

Les meilleurs super-pouvoirs de Shaolin Soccer 🌀 4K

Shaolin Soccer, c’est tout simplement jubilatoire.

Shaolin Soccer est une rencontre. La rencontre de deux univers qu’on aurait, à l’image du héros, beaucoup de difficultés à associer en-dehors du contexte du film : le kung fu, d’un côté, terme générique désignant les arts ancestraux du combat en Chine, et de l’autre, le football. Dans les deux cas, un coup de pied. A l’Est, celui de Bruce Lee ; à l’Ouest, celui de Pelé.

L’idée est farfelue, de ce fait elle est plutôt à l’image du film : sorte de défouloir culturel à l’écriture simplette mais à l’exécution brillante.

Synopsis : Une équipe improbable pour un tournoi inattendu

Fung "Pieds droit d'or" (Man Tat Ng) est le champion de football incontesté mais il se laisse acheter par un de ses coéquipiers Hung (Patrick Tse Yin) et truque volontairement un match. La foule en colère lui brise la jambe et par la même occasion sa carrière. 20 ans plus tard, Fung est devenu le souffre douleur de Hung, c'est par hasard qu'il fait la connaissance de Sing "Jambe d'acier" (Stephen Chow), un maître Shaolin dont la mission est de promouvoir le kung fu à travers le monde.

Après sa dernière tentative infructueuse d'associer le kung fu avec le chant et la danse, Sing et Fung se retrouvent alors que celui-ci se tire d'un mauvais pas grâce à un ballon de football. "Pieds droit d'or" propose alors à "Jambe d'acier" d'utiliser son kung fu pour jouer au football. Il ne reste donc plus qu'à Sing de convaincre ses 5 autres "frères" de kung fu de le rejoindre pour former son équipe. Après bien du mal, ils se décident enfin et l'entraînement commence pour l'équipe Shaolin Soccer.

Un entraîneur éclopé, un capitaine à la rue, un gardien dans la combinaison jaune du Jeu de la mort, des défenseurs obèses et comptables : Shaolin Soccer, c’est Les Sept Samouraïs version ratés de la société hongkongaises. Des pauvres mecs, antihéroïques au possible, à l’exception qu’ils savent pratiquer le kung fu. C’est ce premier contraste, si nigaud soit-il, qui illustre à merveille la réussite du film de Stephen Chow.

Une Comédie Visuelle Hongkongaise Inégalable

Être prévisible dans son imprévisibilité ne désamorce en tout cas pas le potentiel comique du long-métrage qui, s’il ne regorge pas de trouvailles scénaristiques, renforce encore une fois la supériorité intouchable de la comédie visuelle hongkongaise sur ses homologues étrangers : ici, on ne cherche pas la vanne ou la situation, mais le mouvement, l’interaction. La comédie sert l’image et non pas l’inverse.

C’est là tout la puissance du cinéma de Chow. L’adéquation n’est pas simplement absurde (football et kung fu), mais aussi rythmique. Le comique est une composante du coup de pied, ici la violence est un gag cartoonesque. On pourra reprocher à Shaolin Soccer qu’il est un film primitif. Ça se tape dessus, et on est censé en rire - mais là où le délire surpasse le constat lucide, c’est qu’on s’amuse. Pas seulement parce que Shaolin Soccer est fondamentalement généreux, mais aussi parce qu’il n’a peur de rien, et surtout pas du ridicule. Ils sont là pour nous distraire, et rien d’autre, mais qu'est-ce qu'ils le font bien.

Les plus rigoureux s’amuseront à faire ressortir de cette folie une vague réflexion sur le marketing, la rencontre de l’ancien et du nouveau. Aussi incroyable que cela puisse paraître, Shaolin Soccer est en effet un bon cours de communication. C’est en tout cas plus une anecdote insolite qu’un véritable casus belli : on sait dans quoi on se lance lorsqu'on appuie sur play, et analyser n’en fait pas partie.

Si on pourra regretter une abondance de numérique qui nuit parfois à la beauté du geste ; la fluidité, elle, reste intacte.

Un Succès Inattendu Propulsé par Internet

Everybody's "kung foot" fighting ! C'est par ces 4 mots que débuta la fabuleuse histoire de Shaolin Soccer,du moins, la deuxième vie du film car lors de sa première il rapporta près de 8 millions de dollars US à Honk Kong, la plus grosse recette à ce jour pour un film local ! Stephen Chow est un inconnu en occident mais c'est une véritable star à Honk Kong (voir plus bas).

Dans ce cas, comment ce film a t-il pu connaître ce succès dans nos lointaines contrées? C'est bien simple Internet est la clef du mystère, c'est par un simple attachement à un message que tout à commencé ceci pour bon nombre d'informaticiens. Qui n'a pas reçu dans sa boîte aux lettres ce petit morceau de film où une femme gare sa voiture de façon bien spéciale ? Puis la rumeur enfla jusqu'à ce que des copies pirates du film circulent sur Internet et d'un simple succès Chinois il devient un succès planétaire. C'est alors que le business du cinéma daigna une fois de plus se tourner vers Honk Kong.

Miramax, après avoir récupérer les droits de diffusion pour les Etats Unis et l’international sous l’impulsion de Quentin Tarantino met au point une version "coupée" du film pour satisfaire aux exigences de l'industrie du cinéma et par la même occasion change le titre pour "Kung Fu Soccer". Les rumeurs les plus folles parcourent alors la toile telles que de remplacer la musique de Raymond Wong pour laisser place à du Hip-hop et par la même occasion gagner un peu plus avec une bande originale sans originalité.

La volonté de Miramax a été simplement de réduire à 90 minutes la durée du film afin d'assurer une bonne exploitation en salle aux Etats Unis et en Europe. Shaolin Soccer est sorti le 21 août 2002 en France dans sa version "américanisée" et a enregistré plus de 700 000 entrées !

Des Coupes Oui, Mais Pas des Champions

En ce qui concerne les passages passés à la moulinette, seul, la suppression du passage au début de la version longue où Fung humilie Hung et se laisse corrompre est préjudiciable à la bonne compréhension du film. Les autres coupes se font plus discrètes et ne porte plus atteinte à son intégrité.

L'absence de la scène de la chanson du jeune gringalet prive les spectateurs d'un passage humoristique. De même, lorsque Mui se bat avec sa patronne ou là encore ils sont privés d'une scène de combat. Ces coupes entraînent des divergences dans les dialogues entre la version internationale et la version non coupée. Un autre exemple dans la version internationale le gardien de l'équipe de Shaolin (Troisième frères) dit : "Pardon Johnny est ce que tu peux faire le message à ta femme ..." alors que dans la version non coupée il dit :"...Jane ... C'est Gary ... Je t'aime ....".

Stephen Chow : Une Star Comique venue d'Asie

Du moins sa lumière nous parvient tout juste. A l'instar des astres célestes la renommée de Stephen Chow nous parvient bien après sa réelle percée dans le 7ème art. C'est grâce à Bruce Lee (aka Lee Jun Fan 1940-1974) que Stephen Chow à découvert les arts martiaux, certaines postures de l'acteur rappellerons à n'en pas douter aux fans celles de Bruce Lee (exemple version longue à 26 minutes et 27 secondes).

Après des débuts de carrières plutôt difficile dans les années 80 où il anima une émission pour enfant, Il tourna également avec Jet Li dans Just Heroes (1989) de John Woo. c'est au début des années 90 après "The Winner" (1990) une parodie de film de Chow Yun Fat (figure emblématique des films de John Woo) qu'il se dévoua pour un style bien particulier de comédie, la comédie "Mo Lei Tau" (basée sur le non-sens) tel que le roi singe (1995).

Depuis 1994, Stephen Chow est passé également de l'autre côté de la caméra, toujours sur le même style et en parodiant les plus grands classiques avec "From Beijing with love" (Guo chan Ling Ling Qi 1994) ou encore "God of Cookery" (Shi Shen 1996) sans oublier bien sûr Shaolin Soccer (Siu lam juk kau 2001).

Le Non-Sens à la Sauce Chinoise

Nombre de personnes sont connaisseurs et amateurs du non sens à l'Anglaise cher au Monty Pythons, celles-ci ne seront pas déçues par le non-sens Cantonais. Cependant, il reste regrettable que la version internationale ait fait l'impasse sur de nombreux passages loufoques tels que "la montée d'inspiration" du jeune gringalet (cf. version longue à 17 minutes et 22 secondes) ou encore la rencontre amicale ou Sing se croît sur un champ de bataille (cf. version longue 49 minutes et 45 secondes) avec casque, mitraillette et talkies-walkies.

ZAZ (Jerry Zucker, Jim Abrahams, David Zucker) sont les pionniers des films parodiques et Stephen Chow grâce à ce film gagne ici ses premières lettres de noblesses dans cet art. Tous les genres sont ici détournés du film de kung fu traditionnel à la SF comme Matrix (scène du tir en bullet time à 20 minutes et 54 secondes) en passant par Jurassic Park (avec la scène du gobelet sur la table à 35 minutes et 29 secondes).

Toutefois cela reste sans conteste le dessin animé "Olive et Tom" (Capitain Tsubasa) qui est le plus parodié. Comme l'indique Stephen Chow dans la section bonus, l'idée du film est venue du succès international du manga ainsi que de la popularité du football. C'est également dans le côté irréaliste des matchs de football du dessin animé que Stephen Chow a puisé son inspiration pour orchestrer les matchs du film. C'est pourquoi des résultats de match tel que 40-0 ou bien une victoire déclarée par forfait suite à une équipe adverse décimée, sont possibles.

Effets Spéciaux : Un atout Spectaculaire

Une utilisation à outrance des effets spéciaux dans les productions actuelles se font parfois au détriment de l'intérêt du film. L'utilisation des effets spéciaux permet de renforcer le côté plus spectaculaire des performances acrobatiques du Kung Fu Shaolin. La moitié du budget du film a été affectée pour la réalisation des effets spéciaux. Beaucoup d'images de synthèses ont été utilisés (la partie bonus comporte un making of des effets spéciaux) et la quasi-totalité de celles-ci sont visibles lors des matchs de football.

Stephen Chow est depuis longtemps une star comique en Asie. Spécialisé dans l'humour non-sensique et le détournement, on lui doit diverses parodies telles qu'un FROM BEIJING WITH LOVE qui revoit le film d'espionnage de façon totalement délirante. Ou encore THE KING OF COMEDY, un film sur le cinéma qui se permet entre autre de parodier les gunfights à la John Woo avec l'intrusion d'un acteur qui pourrait très bien être le Peter Sellers gaffeur de LA PARTY.

Avec SHAOLIN SOCCER, il s'attaque donc au film sportif et plus particulièrement au football qu'il détourne pour nous présenter des matches tels que personne ne les avait vus auparavant. Tout du moins avec des acteurs, puisque Stephen Chow parle fort justement dans son interview du dessin animé OLIVE ET TOM. Grâce aux effets spéciaux numériques, les acteurs sont capables de réaliser des prouesses incroyables.

Les différents matchs ainsi que les entraînements donnent à admirer des techniques sportives qui auraient de quoi révolutionner le football traditionnel. Tout cela n'est bien évidemment pas très sérieux mais le résultat à l'écran est aussi impressionnant que désopilant. Au milieu de ce gros délire, Stephen Chow insère quelques petits clins d'œil amusants au cinéma Hollywoodien de JURASSIC PARK à MATRIX. Toutefois, au milieu de cette comédie délirante, on retrouve une part d'émotion et de poésie inattendue.

Deux Montages pour une Expérience Complète

Pour ne pas surprendre la frange des spectateurs qui aura découvert le film lors de son passage dans les cinéma de notre pays, Seven 7 propose deux montages du film : la version longue et la version internationale vue dans les salles françaises. C'est à dire un métrage que les distributeurs américains ont voulu occidentaliser pour le mettre à la portée du public !

Une pratique qui n'est pas nouvelle puisqu'un grand nombre de films de Jackie Chan se sont vus américaniser (RUMBLE IN THE BRONX, OPERATION CONDOR…) mais depuis quelques temps déjà ce sont justement ces versions mises au goût du «public» qui se retrouvent dans les salles françaises ! Cette version coupe donc certaines séquences et omet des détails comme des filets de sang ou des pets jugés soit trop violents pour une comédie ou bien d'un humour trop lourd. Imaginons que si un film tel que FROM BEIJING WITH LOVE devait subir le même traitement, il n'en resterait pas grand chose en raison d'un grand nombre de passages sanglants s'intégrant au récit de façon naturelle.

Enfin, la musique de fin se voit modifiée pour intégrer un morceau musical plus tendance. La version longue de SHAOLIN SOCCER sur ce DVD se pare d'une image d'excellente facture mais nous donne surtout la possibilité de voir ce montage dans la continuité. Ce n'était pas le cas du DVD chinois qui a tourné et tourné sur nos platines depuis sa sortie !

Conclusion

En conclusion, Shaolin Soccer est un film unique dans l'univers de la comédie. Reprenant certains des codes des films d'art martiaux hong-kongais, le film parvient à les détourner pour un résultat aussi drôle qu'épique.

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