L'Épopée Historique du Handball Féminin Sénégalais au Championnat du Monde

L'équipe féminine de handball du Sénégal a marqué l'histoire en se qualifiant pour la première fois au 1er tour du championnat du monde. Cette performance a suscité une immense fierté et des émotions fortes au sein de l'équipe et chez les supporters sénégalais. Coura Camara, arrière de l'équipe D2F, a partagé son expérience :

« J’ai vécu ce mondial comme une expérience incroyable et pleine d’émotions ! Quelle fierté de faire partie de cette belle équipe du Sénégal. En se qualifiant pour la première fois de son histoire au 1er Tour du championnat du monde, cette équipe aura marqué l’histoire du handball sénégalais à jamais. »

Coura Camara est revenue de l’aventure du mondial le 12 décembre, après avoir joué avec la sélection du Sénégal au Danemark, en Norvège et en Suède. Le Sénégal a disputé 6 matchs au total : 3 en phase de poule et 3 au 1er tour. L'équipe a terminé 18ème sur 32 équipes, une expérience inoubliable malgré le froid polaire. « L’ambiance était incroyable, c’était un truc de fou. Je suis rarement impressionnée, mais là je l’étais. » Notre arrière n’a pas eu beaucoup de temps de jeu, mais elle a « énormément appris en observant toutes ces équipes de haut niveau de très près« .

Nous la retrouvons sur les terrains lors du 1er match à domicile de 2024 contre Nîmes le 6 janvier. Bravo Coura pour ce beau challenge relevé !

Un Parcours Historique

Pour la première fois de son histoire, le Sénégal a rallié le tour principal d’un championnat du monde en domptant la Chine (22-15), ce mardi 5 décembre, lors de la phase préliminaire du Mondial 2023. Avant cela, les joueuses de Yacine Messaoudi sont parvenues à concéder un nul contre la Croatie (22-22) et une défaite méritoire contre la Suède chez elle (26-18).

Logées dans un groupe A relevé en compagnie de la Suède, de la Croatie et de la Chine, les Lionnes ont notamment tout de suite donné le ton. Dès leur entrée en lice face à la Croatie, les filles du sélectionneur Yacine Messaoudi créent la sensation en accrochant des Croates largement favorites de cette affiche (22-22). La performance de l’équipe emmenée par l’emblématique Doungou Camara et ses 10 buts a créé une émulation collective chez les supporters sénégalais. Héroïques face à l’ogre suédois, malgré la défaite (18-26), les Sénégalaises ont ensuite dominé la Chine lors de leur dernier match de groupe.

Un exploit réussi par les handballeuses qui se sont imposées (15-22) se qualifiant par la même occasion pour le tour principal. Les protégées de Yacine Messaoudi ont fait pencher la balance en fin de partie avec une remarquable défense et une attaque de feu. Les Chinoises ont pris un sévère (7-0) dans les dernières minutes de la rencontre bien géré par les Lionnes. Le Sénégal rejoint dans ce tour principal les sélections du Cameroun et de l'Angola également qualifiées.

Mardi à Göteborg (Suède), l'équipe du Sénégal a écrit une page de son histoire en dominant la Chine (22-15), une victoire qui lui permet de franchir pour la première fois le tour préliminaire du Championnat du monde. La sélection africaine a réussi un tour préliminaire remarquable avec également un nul contre la Croatie (22-22) et une défaite méritoire contre la Suède chez elle (19-17 à la 49e minute, 26-18 au final).

Absence de Joueuses Clés

Le Sénégal faisait pourtant sans deux joueuses majeures : Dounia Abdourahim et Gnonsiane Niombla, championne du monde avec la France en 2017. L’IHF (Fédération internationale de handball) a signifié à la délégation sénégalaise la non qualification de ces deux joueuses, naturalisées.

Naturalisée sénégalaise depuis quelques mois, l’ancienne Bleue n’a pas été autorisée à disputer le Mondial avec sa nouvelle sélection, comme sa coéquipière Dounia Abdourahim. Alors qu’elles arrivent en Suède jeudi 30 novembre pour débuter les phases de poules du championnat du monde, Niombla et sa coéquipière apprennent qu’elles ne joueront pas le premier match de la compétition prévu dès le lendemain. Leurs licences sénégalaises n’ont pas été acceptées par la Fédération.

Pour L'Équipe, celle qui fut championne du monde (2017) puis d'Europe (2018) avec la France exprime sa colère.

« Vous n'avez pas été autorisée à disputer le Championnat du monde avec le Sénégal. Comment vivez-vous cette situation ? Forcément, je suis déçue à titre personnel, mais je suis surtout triste parce que je ne comprends pas pourquoi je ne suis pas autorisée à jouer. Avec Dounia, on a un passeport sénégalais, on a respecté tout le protocole pour changer de nationalité. Le problème s'était déjà présenté lors du tournoi de qualification olympique (TQO) en Angola, en octobre (3e place). C'est dans la continuité ; une fois c'est oui, une fois c'est non. Aujourd'hui, je commence à m'apaiser. Mais quand on l'a su, c'était jeudi soir, alors qu'on était arrivées en Suède le matin et qu'on avait notre premier match le vendredi. Ça a été un séisme. Ça faisait dix jours qu'on se préparait avec les joueuses. Encore une fois, les gens ont l'air de penser qu'on ne travaille pas, qu'on est là juste pour danser et chanter, mais il y a un projet, du travail, de l'abnégation, de la sueur.

Je me suis faite à la situation et mon club (Bistrita, Roumanie) m'a autorisée à rester. Aujourd'hui, je suis là pour mes coéquipières, pas pour moi. Si je ne pensais qu'à moi, je serais rentrée chez moi. C'est une peine tous les jours de voir les filles entrer sur le terrain, de les voir souffrir parfois sans pouvoir les aider. Alors je m'entraîne deux fois plus qu'elles, une ou deux séances par jour. Ce n'est pas évident, mais ça me procure d'autres plaisirs que je ne connaissais pas, à les voir s'arracher, défendre super bien les couleurs sénégalaises.« Ça m'énerve vraiment de terminer comme ça, je ne méritais pas une telle fin. »

Paradoxalement, votre équipe livre d'excellentes prestations dans ce Mondial. Les filles jouent divinement bien, c'est incroyable ce qu'elles sont en train de réaliser. Ce groupe a toujours été malmené depuis mon arrivée, ces derniers mois. On a vécu des situations incroyables. Tu rêves de te qualifier pour les JO de Paris, alors qu'on est nombreuses dans ce groupe à être Françaises, Parisiennes pour beaucoup, tu te prépares bien, et à cinq minutes du match décisif contre l'Angola (défaite 22-21), tu apprends que tu vas devoir te passer de deux joueuses cadres.

Réactions et Analyse

Administratrice du centre de développement du handball féminin de Thiès, Daba Sané soutient qu’elle s’attendait à un tel résultat, voire mieux. «Je suis de ceux qui pensent que l’équipe du Sénégal doit être ambitieuse dans toutes les compétitions auxquelles elle prend part. Donc, je ne suis pas surprise de la qualification au tour principal. Mais on rend grâce à Dieu que les filles nous aient emmenés à ce niveau jamais atteint dans l’histoire du handball sénégalais. Notre génération n’avait jamais été au Mondial.

Grand spécialiste du handball sénégalais pour le quotidien sportif Stades, Tidiane Ndiaye souligne la progression et la maturité de cette équipe. «C'est un parcours historique dont le Sénégal peut se réjouir. Cette équipe rajeunie a quand même montré qu'elle a des armes pour rivaliser avec les ténors de la petite sphère à l'échelle internationale.

«En voyant les filles à l'œuvre, on constate forcément qu'elles ont du métier, qu'elles sont devenues beaucoup plus exigeantes envers elles-mêmes. Le mental, le fighting-spirit ont permis d'atteindre l'objectif qui leur avait été assigné par la fédération en décrochant cette qualification historique au tour principal.

Les Défis Rencontrés

Dans une compétition aussi relevée que le championnat du monde, le Sénégal s’est heurté à ses limites. Malgré un groupe de 15, les Lionnes ont tourné qu’avec à peine une dizaine de joueuses. «La rotation a été le véritable problème de cette équipe. Nous avons un panel d’anciennes internationales où l’on analyse chaque match de l’équipe. On a toutes vu que les rotations étaient insuffisantes et ça n’est pas que dans ce championnat du monde. C’était déjà le cas à la CAN en 2022 à Dakar, déplore Daba Sané. On se demandait pourquoi l’équipe tournait autour de 9 joueuses seulement alors qu’il y avait d’assez bonnes joueuses sur le banc.

«L’absence de ces deux cadres a faussé les plans du sélectionneur Yacine Messaoudi. Gnonsiane et Dounia pouvaient apporter une plus-value à cette équipe. Lors du dernier stage avant le Mondial, on a vu qu'elles étaient au cœur du dispositif. Je pense que leur absence n'est pas étranger à ce problème de rotation dont l'équipe a souffert, suggère Tidiane Ndiaye. La stratégie était d'accrocher un des cadors du groupe et de battre absolument la Chine. Les Lionnes y croyaient dur comme fer et l'ont fait. Contraindre la Croatie au nul est un exploit, mais battre la Chine était clairement une ambition légitime.

La gestion de la fraîcheur physique est une donnée importante selon Daba Sané. «Dans ce Championnat du monde, on a vu des joueuses comme Doungou (Camara), Soukeyna (Sagna) éreintées. Elles étaient physiquement au bout du rouleau alors qu’il y a du matos sur le banc.

C’est encore loin de la frénésie du football ou encore du basket, mais le handball suscite de plus en plus d’intérêts au sein du public sénégalais. L’épopée des Lionnes de la petite sphère a été très suivie au pays de la Téranga. À quelques jours du coup d’envoi de la compétition, la télévision nationale sénégalaise avait, lors d’une émission sportive, organisé un débat autour des chances de la sélection féminine dans ce tournoi. La plupart des médias locaux ont en effet consacré une couverture médiatique avant et après les matchs du Sénégal.

Perspectives d'Avenir

Éliminé en demi-finale de la dernière CAN féminine de handball, le Sénégal devra tirer les leçons apprises lors de ce Mondial pour espérer détrôner les « intouchables » Angolaises en 2024.

Avec cette qualification historique et l'attention croissante des médias et du public, le handball féminin sénégalais est en bonne voie pour un avenir prometteur.

La lumière des femmes

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