La rivalité entre l'Angleterre et le Pays de Galles est un marronnier du Tournoi des cinq (puis des six) nations, presque un derby - 240 km séparent Cardiff de Big Ben.

Principality Stadium à Cardiff, un lieu emblématique de la rivalité Angleterre-Galles.
Les Débuts de la Rivalité
La première confrontation remonte à 1881, un 30-0 remporté à Blackheath, au sud-est de Londres, par les inventeurs du rugby.
Depuis, les Gallois ont eu le temps d’apprendre à jouer.
Ils l’ont emporté 56 fois contre 58 défaites et 12 matchs nuls.
Une Rareté en Coupe du Monde
Mais en Coupe du monde cette affiche explosive est une rareté, réservée jusqu’alors aux quarts de finale et à l’agglomération de Brisbane, en Australie.
Le bilan est, là encore, équilibré : victoire galloise lors de la première édition, en 1987 ; anglaise en 2003, année du sacre de la Rose.
L’enjeu serait moins dramatique si le fameux groupe A, baptisé « groupe de la mort » dès le tirage au sort connu, ne comportait un autre champion du monde, l’Australie.
Malheur au perdant de samedi, condamné à vaincre ensuite les Wallabies pour survivre.
Les premiers responsables de ce jeu de massacre qui rend excitante cette phase de groupes, d’ordinaire une formalité pour les cadors, sont les Gallois.
S’ils tombent avant les quarts, ce qui ne serait pas une première (ce fut le cas en 1991, 1995 et 2007), ils ne pourront s’en prendre qu’à eux-mêmes.
Le but époustouflant de Saka illumine Wembley | Angleterre 3-0 Pays de Galles | Temps forts inter...
La Passion Galloise pour le Rugby
« Trois millions de supporteurs, un peuple gallois », scande, avec le sens de la mesure, une publicité de brasseur.
Chaque Gallois naîtrait ainsi avec un poireau dans le cœur.
C’est que le ballon ovale a fourni son lot de héros nationaux, des durs au mal qui plongent dans la mêlée comme on descend au charbon pour en extraire le ballon.
Surtout lors de l’âge d’or des années 1970, avec l’« orchestre rouge » des Gareth Edwards, Gerald et Mervyn Davies ou JPR Williams.
Un autre monument est Gareth Thomas, recordman de sélections (100) et d’essais (40) lors de sa carrière internationale, de 1995 à 2007.
« L’identité galloise, c’est les mines, le rugby et les chorales, constate l’ancien arrière.
Il ne reste donc plus que les deux derniers.
Mais la décision de Margaret Thatcher de fermer les puits a consolidé cette identité.
Un sentiment de solidarité très fort est né pendant les grèves et les luttes de 1983-1984, en même temps qu’une opposition tout aussi forte au gouvernement de Londres.
C’était le cas dans la ville où j’ai grandi - j’avais alors 10 ans -, Bridgend, qui était en première ligne.
Cette opposition perdure aujourd’hui : si nous battons les Anglais le samedi lors du Tournoi des six nations, les gens iront travailler le lundi avec le sourire aux lèvres.
Une victoire contre eux a toujours eu un effet bénéfique sur le moral de la population. »
Les tensions politiques sous-jacentes
Entre deux pintes, on échange des saillies antianglaises au City Arms.
Si elles se concrétisaient dans l’isoloir, le Plaid Cymru (Parti du Pays de Galles), la formation indépendantiste, serait depuis longtemps au pouvoir, alors qu’elle ne détient que onze des soixante sièges de l’Assemblée nationale du Paysde Galles.
Son actuelle leader, la républicaine Leanne Wood, s’était rendue coupable d’un crime de lèse-majesté en 2004 quand, simple députée, elle avait appelé la reine « Mrs Windsor ».
Chez les joueurs, le temps n’est plus où le capitaine Phil Bennett, avant un match contre les Anglais, en 1977, haranguait ses troupes en ces termes : « Regardez ce que ces bâtards ont fait au Pays de Galles ! Ils ont pris notre charbon, notre eau, notre acier. Ils achètent nos maisons pour y habiter deux semaines par an. Qu’avons-nous eu en échange ? Absolument rien ! Nous sommes exploités, violés, contrôlés, punis par les Anglais. Et ce sont eux que vous allez affronter aujourd’hui. »
Préparatifs et Anticipations
Une telle diatribe serait inconcevable aujourd’hui.
Et inutile.
Le rendez-vous de Twickenham a été fixé il y a presque trois ans et les Dragons sont impatients d’en découdre.
« C’est l’un des plus grands matchs que les gars joueront jamais, a annoncé le capitaine Sam Warburton après la victoire contre l’Uruguay.
Je ne peux plus attendre.
Après le Millennium, Twickenham est mon stade préféré. »

Twickenham Stadium, le théâtre de nombreux affrontements mémorables entre l'Angleterre et le Pays de Galles.
Dans les coursives du stade de Cardiff, décorées de photos de légendes à rouflaquettes (par exemple celles de la sélection de 1975, lors de l’unique victoire galloise au Parc des Princes), la détermination l’emportait sur l’intimidation chez ses coéquipiers.
Même chez le pilier novice Tom Francis, « expatrié » à Exeter (Devon), encore tout ému d’avoir fait ses débuts au Millennium pour sa troisième sélection : « Traverser Cardiff en bus avec cette foule qui nous attendait, je ne l’oublierai jamais.
Pour le reste, peu importe contre qui nous jouons.
Mais j’ai toujours rêvé d’aller à Twickenham. »
« Les Anglais ne nous impressionnent pas, jurait, à son côté, son compère talonneur Scott Baldwin, des Ospreys de Swansea.
Et nous l’avons montré au dernier Tournoi des six nations [l’Angleterre s’est imposée 21-6 à Cardiff].
Nous leur avons mis beaucoup de pression et nous avons beaucoup progressé depuis. »
Le précédent affrontement à Twickenham s’était soldé par un succès plus large des hommes de Stuart Lancaster (29-18).
Il avait suivi trois défaites anglaises consécutives, dont une raclée (30-3) infligée à Cardiff en 2013.
En pleine renaissance après un long déclin à la fin du XXe siècle, les rugbymen gallois remportèrent cette année-là le tournoi pour la deuxième année consécutive, après un Grand Chelem en 2012 couronné par une victoire à Twickenham (19-12).
L’exploit historique s’était toutefois produit en 2008.
En plantant leur bannière dans le « carré de choux » londonien, les Dragons mirent fin à deux décennies de revers dans cette enceinte.
A leur sortie du vestiaire, les Gallois bombaient ainsi quelque peu le torse devant leur emblème protecteur, une terrifiante créature de métal, ce fabuleux dragon qui symboliserait la victoire arthurienne des Celtes contre les Saxons.
Mais aussi sous le regard d’Elizabeth II.
Exécuté en 2013 par le peintre gallois Dan Llywelyn Hall, un immense portrait de la souveraine, titré Icon (« Icône »), a été accroché au-dessus du monstre.
Il a été commandé par la Welsh Rugby Union (WRU, la fédération galloise) pour célébrer le 60e anniversaire du couronnement de celle qui en est la marraine.
Il ne faudrait pas non plus oublier que c’est grâce à l’ennemi héréditaire que Cardiff participe à la fête mondiale du rugby.
Et que peut résonner dans sa cathédrale du Millennium (74 500 places) le Hen Wlad fy Nhadau (« la terre de mes ancêtres »), cet hymne qui fait pleurer les hommes autant que les femmes.
Les enjeux financiers et politiques
Le soutien de la WRU à la candidature anglaise a rapidement ruiné l’hypothèse d’un « ticket celte » avec l’Ecosse et l’Irlande.
Il n’a pas été accordé sans contrepartie : huit matchs (dont deux quarts de finale) pour grossir les recettes du Millennium.
Les Gallois sont de tous les bons coups puisque c’est la quatrième édition de la Coupe du monde qui permet à leur équipe d’évoluer sur ses terres, après celles disputées chez les cinq nations, en 1991 et en 1999 (avec finale au Millennium, construit pour l’occasion), et le Mondial français de 2007 - sans doute au nom des racines celtes communes.
Pour des raisons financières bien comprises, le dirigeant voulait faire admettre par World Rugby, le gouvernement de la planète Ovalie, que son pays était hôte au même titre que l’Angleterre et donc en droit de disputer toutes ses rencontres au Millennium.
Le « groupe de la mort » formé, les Wallabies ont fait savoir qu’il était hors de question, par équité, qu’ils affrontent les Gallois à Cardiff.
Heureusement pour Lewis, il n’a pas été nécessaire de consulter les deux autres pensionnaires du groupe A, Fidji et Uruguay, les dindons de la farce.
Ni l’un ni l’autre n’étaient encore qualifiés quand il fut décidé, en mai 2013, que les deux autres matchs des Gallois auraient bien lieu à Cardiff.
Ce compromis peu glorieux fait en tout cas le bonheur du peuple rouge, réuni dans une « fan zone » installée dans ce qui reste de l’Arms Park d’autrefois, sur lequel a poussé le Millennium.
C’est-à-dire le stade annexe, bétonné et vétuste, encore occupé par les Cardiff Blues et le Cardiff RFC.
Après Galles-Uruguay, il y avait encore foule devant les deux écrans pour voir les All Blacks suer devant les Argentins.
Le sport national fédère un public familial dans une ambiance de fête foraine.
L'importance du rugby dans l'identité galloise
Le Pays de Galles joue donc gros dans cette Coupe du monde.
Les Dragons peuvent disparaître dès le premier tour.
Si elles se concrétisaient dans l’isoloir, le Plaid Cymru (Parti du Pays de Galles), la formation indépendantiste, serait depuis longtemps au pouvoir, alors qu’elle ne détient que onze des soixante sièges de l’Assemblée nationale du Paysde Galles.
Sur les 31 rugbymen sélectionnés par le Néo-Zélandais Warren Gatland, 21 jouent au pays et 8 seulement en Angleterre.
« Nous sommes une petite nation avec une faible population, rappelle Gareth Thomas.
Mais sur un terrain de rugby nous pouvons défier les plus grandes.
C’est même le seul moyen que nous ayons de rivaliser avec elles. »
Les résultats récents
L’Angleterre a atomisé le pays de Galles, 14-68, et a pris provisoirement la tête duc classement.
Le pays de Galles a subi sa plus lourde défaite à domicile et a terminé le Tournoi sans victoire pour la deuxième année d'affilée.
La dernière victoire du pays de Galles à Twickenham lors du Tournoi des Six Nations remonte à 2012.
Le XV de la Rose a semé des graines d'espoir en ce début d'année 2025 avec une seule défaite, contre le champion sortant irlandais, et quatre succès en cinq journées.
C'est le meilleur classement des Anglais depuis leur dernier titre, en 2020, et cela s'accompagne de progrès indéniables dans le jeu, après une année 2024 pauvre en résultats.
Tableau des confrontations récentes :
| Date | Match | Score |
|---|---|---|
| 2025 | Pays de Galles - Angleterre | 14-68 |
| 2013 | Pays de Galles - Angleterre | 30-3 |
| 2012 | Angleterre - Pays de Galles | 12-19 |

Un match intense entre l'Angleterre et le Pays de Galles.