Satanisme et Football: Faits et Analyses

Que le football soit devenu pour beaucoup une religion, voire la seule religion qui les mobilise encore le dimanche, c’est entendu. Mais de là à en faire une occasion d’invocations satanistes, il y a un pas qui ne pouvait sans doute être franchi que dans une société post-chrétienne, qui a tourné le dos à la foi catholique.

Le football a évolué historiquement et sa place dans la société n’est plus la même. Mais quelles sont au juste les fonctions actuelles portées par le sport le plus populaire de l’histoire ?

Ce que je critique, ce que je mets à distance, ce n’est pas le football en tant que pratique humaine, mais son glissement progressif vers une forme d’instrumentalisation idéologique et politique qui a fini par lui faire porter un poids qui n’est pas le sien.

Le football, dans mon histoire personnelle, est d’abord un souvenir d’enfance, un espace modeste, imparfait, mais sincère, où l’on jouait sans conscience géopolitique, sans slogans, sans récits nationaux à défendre.

L'Invocation Satanique lors d'un Match en Allemagne

C’est ce qui s’est passé lors du match qui a opposé l’équipe allemande du FC Kaiserslautern, qui jouait à domicile, à Fortuna Düsseldorf le 29 mars, où des fans ont exécuté une chorégraphie satanique qui avait tout de l’invocation rituelle du démon.

L’affaire était très organisée puisque, dès le coup d’envoi, tous les spectateurs de la « fan-zone » des ultras du Kaiserslautern ont brandi des films noirs ou colorés qui laissaient apparaître un grand pentagramme doré sur toute la hauteur de la tribune ouest, puis surgissait une immense toile à l’effigie d’un démon ricanant, tandis qu’au raz des publicités jouxtant la pelouse, deux banderoles de 40 mètres de long étaient successivement déployées.

La première ne laissait aucun doute quant au propos des supporters : « Exaudi nos, Lucifer, et surge ex abysso, sume animas nostras ! » (« Exauce-nous, Lucifer, surgis de l’abîme, prends nos âmes ! »). Puis : « Ad lucem nos trahe, orbem mundi regna, surge ex flammis et appare » (« Amène nous à la lumière, règne sur le monde, sors des flammes et apparais »).

Tout finissait avec des feux d’artifice - pour donner un avant-goût de l’enfer ?

Plaisanterie de mauvais goût ? Simple jeu de mots et d’images sur le sobriquet de l’équipe de Kaiserslautern, les « diables rouges » ? On aimerait le croire, mais quand on invoque le démon, il a pour habitude d’arriver… Et là, il n’y avait pas d’ambiguïté dans le message.

Si le FC Karlslautern a remporté le match par 3 contre 1, nous n’allons pas dire que c’est grâce à ce « pacte » imposé à l’ensemble d’un public dont une partie au moins - on l’espère - aura été gênée par le numéro.

En revanche, l’entraîneur du club victorieux, Markus Anfang, a qualifié la chorégraphie de « moment chair de poule » qu’il a visiblement trouvé plaisant : « C’était tout simplement sympa d’être ici dans ce stade aujourd’hui. »

Une invocation publique à Satan a tendance à le faire venir.

Réaction Catholique en Allemagne

Le quotidien catholique allemand Die Tagespost a tout de même réagi à cette noire provocation en donnant la parole à un philosophe catholique, Sebastian Ostritsch, qui n’a pas voulu la minimiser. Satan n’est-il pas notre « adversaire par excellence », comme il l’a souligné ?

« Il serait absurde de penser que des dizaines de milliers de véritables satanistes s’y sont rassemblés. Au contraire, nous pouvons supposer que les supporters qui ont participé à cet événement ne croient pas à l’existence du diable et, par conséquent, ne comprennent pas ce qu’il pourrait y avoir d’offensant, voire de dangereux, dans leurs actions.

Pour la plupart des gens, le diable est à peu près aussi réel que le nain Tracassin ou Harry Potter. Quiconque - pour parler métaphoriquement - l’invite à portes grandes ouvertes ne doit pas s’étonner de le voir vraiment entrer. »

Et de rappeler, pour finir, la phrase de Baudelaire : « La plus belle des ruses du Diable est de vous persuader qu’il n’existe pas. »

Et sa satisfaction - si tant est que Satan puisse être satisfait - est assurément de se voir honoré comme un dieu et maître du monde. Que cela puisse être fait à si grande échelle, aux yeux et au su de tous, autour de quelque chose d’aussi anodin que le sport, est un signe.

En Allemagne, certains prennent au sérieux la provocation.

Autres Manifestations et Controverses

Un milliard de téléspectateurs, dont 22 millions de Français, exposés en direct à des symboles sataniques ?

Connu pour ses propos sexistes et homophobes, George Becali, le président du club roumain Steaua Bucarest, signe une déclaration misogyne.

Interrogé sur la possibilité de créer une section de football féminin dans le club roumain, Gigi Becali a répondu : « S'ils me forcent à former une équipe féminine, je me retirerai du football ! Comment faire quelque chose contre la volonté de Dieu ? Je ne fais pas les choses contre nature, cela va dans le sens des idées de Satan », selon des propos rapportés par le quotidien britannique The Independent.

L'homme le plus riche de Roumanie n'en est pas à son coup d'essai. Celui qui se considère comme « le relais du Christ sur terre » tient des propos ouvertement racistes et homophobes.

Football et Islamisme : Une Relation Complexe

Tous les groupes islamistes n'ont pas la même "politique" vis-à-vis du ballon rond. Barcelone-Chelsea, demi-finale de la Ligue des champions, le 24 avril : dans le monde entier, on se souvient de l'exploit du club anglais. Sauf à Jos, dans le nord du Nigeria, où l'on se rappelle surtout l'attentat dans un café diffusant le match, qui a fait un mort et neuf blessés.

Considéré en même temps comme un "acte satanique" en Somalie, un "jeu d'infidèles" au Nigeria ou encore un tabou pour Al-Qaïda au Maghreb islamique (Aqmi), il fait office de gage de respectabilité pour les Frères musulmans en Egypte.

Table: Football et Islamisme: Exemples de Différentes Approches

Pays/Groupe Position envers le football
Somalie (Shebabs) "Acte satanique", interdiction et répression violente.
Nigeria (Boko Haram) "Jeu d'infidèles", attaques contre les lieux de diffusion.
Mali (Ansar Dine) Interdiction, destruction des équipements de diffusion.
AQMI Désintérêt, pas d'attaques spécifiques.
Égypte (Frères Musulmans) Moyen d'entrisme social, organisation d'événements dans les stades.

En Somalie, les shebabs, les rebelles islamistes qui contrôlent une grande partie du pays, ont qualifié ce sport "d'acte satanique". Une condamnation qui n'en est pas restée au stade des mots : au début du Mondial 2010, des Somaliens qui s'étaient réunis dans une maison pour regarder volets fermés et sans le son (lien en anglais) un Allemagne-Australie ont été massacrés.

Au Nigeria, les islamistes de Boko Haram ont attaqué des bars et des "viewing centers", des salles communes équipées d'une télé. Les journées de championnat de Premier League anglaise sont classées à hauts risques.

Contrairement aux shebabs, à Boko Haram et à Aqmi, les Frères musulmans veulent le pouvoir par les urnes en Egypte. Et pas se contenter d'un rôle d'éternel opposant. "Pour les Frères musulmans, le foot est considéré comme un moyen de faire de l'entrisme social, avec des équipes communautaires, explique Yves Trotignon.

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