Les cheerleaders, éléments incontournables du sport spectacle américain, sont devenues de véritables acrobates interprétant des chorégraphies exigeantes.
Pourtant, derrière les paillettes et les sourires, se cache une réalité moins reluisante. Elles sont aussi les esclaves d’une industrie multimilliardaire, sexiste et hautement inégalitaire.
Cet article plonge au cœur de cette problématique, en explorant les enjeux salariaux et les conditions de travail des cheerleaders de la NBA.

Un Revenu Modeste pour une Représentation de Marque
Les Luvabulls, par exemple, se déhanchent sur le parquet de l’United Center de Chicago. Leur revenu ? Compter 50 dollars (45 euros) par danseuse et par match, selon le témoignage au Chicago Tribune de Paula Marsh, qui a quitté la troupe en 2013.
Pas cher payé pour représenter une franchise valorisée à 1,8 milliard d’euros et subir les contraintes d’un régime d’athlète, les avances de certains joueurs et les commentaires salaces d’internautes sous des portfolios qui font l’audience des sites de sport.
La Première Plainte d'une Cheerleader NBA
Lauren Herrington, danseuse des Milwaukee Bucks lors de la saison 2013-2014, représente ces cheerleaders sous-payées. Elle a déposé plainte contre la franchise pour les avoir rémunérées en dessous du salaire horaire minimum (6,56 euros) dans le Wisconsin.
Sa paye était de 59 euros par match et 27 euros par entraînement, soit entre 3 et 4 euros de l’heure selon ses estimations. Dans la plainte, ses avocats ajoutent que ses heures supplémentaires n’étaient pas payées et que les séances de cabines de bronzage, l’entretien de ses tenues, les dépenses de maquillage, manucure et coiffure étaient à sa charge.
Les blessures, fréquentes, ne sont pas couvertes. « On vous fait comprendre que c’est un honneur ».
Il s’agit de la première plainte d’une cheerleader dans l’histoire de la NBA, et Lauren Herrington a déjà été rejointe dans sa plainte par une camarade des Milwaukee Bucks. Cinq autres songent à ajouter leur nom, assure son avocat.
Les plaintes déposées contre des franchises de NFL ont débouché sur plusieurs règlements à l’amiable : les Oakland Raiders, en 2014, ont par exemple versé plus de 1,1 million d’euros à 90 danseuses.
La Californie a adopté cet été une loi obligeant les franchises à payer les cheerleaders comme leurs autres employés. L’Etat de New York a le même projet.
« Nous ne devrions pas en passer par des poursuites judiciaires et des lois pour que la NBA respecte le droit du travail », a souligné l’élue démocrate du Queens Nily Rozic le 26 octobre.
Réponse du porte-parole de la NBA, Mike Bass : les pom-pom girls « sont des membres importants de la famille NBA. Comme pour les autres employés, nous travaillons avec les équipes pour faire en sorte qu’elles appliquent les conditions de travail et de salaire fixées par la loi ».
De façon surprenante, d’autres membres de la « famille NBA » au rôle similaire, les mascottes, sont beaucoup mieux payés : plus de 10 000 euros par mois pour certains des acteurs se cachant sous la peluche.
Pour Lauren Herrington, le silence des cheerleaders est le fruit d’années de lavage de cerveau sur le prestige présumé attaché à la fonction, depuis l’université.
« Dès le premier jour, dit-elle à Vice, on vous fait comprendre que c’est un honneur d’être ici, et vous ne remettez jamais rien en cause car vous êtes privilégiée, et si vous contestez, on vous retire ce privilège. »
La Reconnaissance Légale et l'Évolution des Conditions de Travail
La cheerleader, plus connue sous le nom de «pom-pom girl» en France, va enfin être reconnue à sa juste valeur. Aussi étonnant que cela puisse paraître, ces «ambianceuses» des stades de sports professionnels américains ne bénéficiaient jusqu'ici d'aucun statut légal. Pas de salaire minimum, pas d'assurance maladie ou encore moins de mutuelle.
L'Etat de Californie vient de mettre fin à cette incongruité, Depuis jeudi dernier, le gouverneur californien Jerry Brown a signé la loi AB202, autrement appelée «loi Cheerleader» reconnaissant à ces femmes un statut d'employées.
Le chemin a été long pour que cette loi voit le jour. Il aura fallu qu'un procès intenté par plusieurs anciennes « Raiderettes », des cheerleaders de l'équipe des Raiders d'Oakland, attire l'attention médiatique. Il faut dire qu'une vraie omerta règne dans le milieu du football américain.
Mais les plaignantes ont fait plier l'organisation des Raiders : le club a ainsi reversé 1,25 millions de dollars (1,10 millions d'euros) à 90 membres et anciennes titulaires de leur « cheerleader squad ».
Jusque-là, ces athlètes et danseuses n'étaient payées que 125 dollars (115 euros) par match (10 matchs par saison), leurs heures de répétitions ou de représentations pour le club, leurs déplacements et autres frais n'étant même pas indemnisés ou rémunérés...
Les Raiders ont anticipé la loi et offert un nouveau contrat de 9 dollars (8,3 euros) de l'heure, portant à environ 3000 dollars (2770 euros) leur rémunération annuelle... A titre de comparaison, la mascotte d'un club gagne au minimum 30.000 dollars (27.700 euros) par an.
Le sujet est donc sensible. Contactée, la direction des San Francisco 49ers, autre équipe importante du football américain, a précisé qu'«elle respectera la loi lorsqu'elle celle-ci sera promulguée mais qu'elle n'avait pas plus de commentaires à ajouter». Et bien sûr impossible d'interviewer une membre de la «Gold Rush» (ruée vers l'or), l'équipe de cheerleaders, qui n'aura jamais aussi mal portée son nom...
Lorena Gonzalez qui a écrit la loi AB202, se félicite de cette avancée. « Quelque soit la carrière que choisit une femme, ses droits doivent être égaux devant la loi. » confie l'ex-cheerleader devenue parlementaire californienne. «Il est temps pour la NFL (Ligue professionnelle de football américain) de nationaliser cette loi» continue cette mère de famille dont la fille est aussi « pom-pom » !
Au cours des années, une vraie culture de la peur s'est installée dans cette «profession», plus proche du bénévolat qu'autre chose. En 2014, les Buffalo Bills, une autre équipe de foot US a ainsi carrément démantelé son équipe de cheerleaders après une polémique faisant de leurs pom-pom les plus mal traitées d'Amérique !
Caitlyn Yates, une ex-Raiderette qui avait porté plainte résume ainsi la situation. «Nos entraîneurs nous répétaient toujours la même chose "vous êtes chanceuses d'être là, des millions de filles tueraient pour être à votre place". Mais voilà il y a plein de professions où des millions de filles tueraient pour avoir une place â?? et elles sont très bien payées pour ça !».
Le tableau ci-dessous résume les informations sur les salaires et les conditions de travail des cheerleaders de la NBA:
| Aspect | Détails |
|---|---|
| Salaire par match | Environ 50 dollars (45 euros) |
| Salaire horaire | Entre 3 et 4 euros (estimations) |
| Dépenses non remboursées | Séances de bronzage, entretien des tenues, maquillage, manucure, coiffure |
| Statut légal avant la loi AB202 | Aucun statut légal, pas de salaire minimum, pas d'assurance maladie |
| Mascottes | Mieux payées que les cheerleaders (environ 10 000 euros par mois) |

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