Ryadh Sallem, né en 1970 en Tunisie, est une figure incontournable du handisport français. Son parcours est marqué par une détermination sans faille et un engagement profond pour l'inclusion des personnes handicapées. À 53 ans, Ryadh Sallem a la routine d’un jeune cadre dynamique.

Un Parcours Sportif Exceptionnel
Peu d'athlètes peuvent se targuer d'avoir participé à autant d'éditions des Jeux Paralympiques : Atlanta 1996, Sydney 2000, Athènes 2004, Londres 2012, Rio 2016… Le joueur de rugby-fauteuil, qui disputera à Paris ses sixièmes Jeux paralympiques. Le quinquagénaire poursuit une longue carrière, qui l’aura vu évoluer en natation, basket-fauteuil, puis rugby-fauteuil.
Ryadh Sallem s'est essayé à plusieurs disciplines et est détenteur d'un record mondial en natation en relais quatre nages. Il est également triple champion d'Europe de basket fauteuil et champion d'Europe de rugby fauteuil. Son objectif : remporter l’or, une consécration pour celui qui a fait de la reconnaissance du handisport le combat de sa vie. Cette fois, c'est « à la maison » que Ryadh Sallem sera présent au sein de l'équipe tricolore de rugby fauteuil où les champions d'Europe 2022 visent la plus haute marche du podium.
Un Souvenir Inoubliable des Jeux Paralympiques
Son meilleur souvenir des Jeux est Londres 2012. Le 6 septembre, la France affronte la Grande-Bretagne et c'est le jour de l'anniversaire de Ryadh Sallem. À la mi-temps, le stade entonne « happy birthday » en son honneur. « Il y avait 20.000 spectateurs ! Même la famille royale a chanté… », se souvient-il.
Une Enfance Marquée par le Handicap
Né en 1970 en Tunisie, sans jambes ni mains, une malformation due à la thalidomide, un anti-nauséeux délivré aux femmes enceintes, Ryadh Sallem est envoyé à deux ans en France pour y recevoir des soins adaptés. Ryadh Sallem naît à Monastir en Tunisie en 1970. Face à sa maladie, son grand-père persuade sa famille de l’envoyer en France pour y être soigné. Dès l’âge de deux ans, il devient pensionnaire du centre de rééducation fonctionnelle de Saint-Fargeau, en région parisienne et il vit séparé de sa famille. Il y reste seize ans et subit de multiples opérations.
L'enfant plein d'énergie est initié au parasport au Centre de rééducation fonctionnelle de Saint-Fargeau-Ponthierry (Seine-et-Marne). A 18 mois, le père de Ryadh Sallem l'emmène dans un centre de soins en France. Il apprendra seul à apprivoiser son corps, à grandir dans ce nouveau pays et à vivre au rythme des soins. Il restera dans ce centre jusqu'à ses 16 ans. L'adolescence n'est pas simple pour le jeune Ryadh qui est entre deux "familles", celle du centre et celle qui est en Tunisie. Par ailleurs, il n'est pas simple pour Ryadh, qui grandit, d'accepter son corps différent de celui des autres.
"On comprend très vite qu'on n'est pas le critère de canon de beauté [...]on a le retour de l'image qu'on peut donner aux autres.
Avec le centre , il découvre la natation et le sport en général, qui lui permet de sortir du grâce aux compétitions. La natation exige une rigueur redoutable et un entrainement considérable, encore plus important lorsqu'on est amputé de plusieurs membres.
Un Engagement Associatif et Entrepreneurial
S'il s'impose vite dans les bassins et sur le parquet, le monde professionnel s'avère hermétique. « J'ai passé un BTS informatique, mais à la sortie, personne n'a voulu m'embaucher », témoigne-t-il. Pas question pour cet hyperactif de vivre de sa pension d'invalidité. Il enchaîne les petits boulots, dans le monde associatif et la boulangerie familiale.
En 1995, il crée Cap Sport Art Aventure Amitié (CapSAAA), une association promouvant l'inclusion des personnes handicapées et l'éducation à la citoyenneté par le sport. « C'était une vraie aventure entrepreneuriale, souligne-t-il. Dans une association , il faut gérer un budget, des salariés… Les problématiques sont les mêmes qu'une entreprise, même si la finalité est différente. »
Puis il cofonde Séquence clé, une entreprise adaptée (qui emploie au moins 55 % de salariés reconnus handicapés) dans l'événementiel et la production audiovisuelle. Une première dans le secteur. « Je souhaite concilier performance économique et impératif humain », poursuit-il. L'entrepreneur ne s'arrête pas là. Il lance avec un vigneron alsacien FraternElle, une SAS de promotion de produits gastronomiques issus des structures du handicap et de l'insertion.
Des mets commercialisés sous le label Telle Quelle. Son engagement pour l'économie sociale et solidaire (ESS) est pro bono, ou presque. « J'avoue que c'est toujours très compliqué de se rémunérer. A l'image des sportifs, il faut avoir de l'endurance et une capacité de résilience, souligne-t-il. Mais dans le sport, il y a des périodes de repos où on se soigne, on récupère. Un entrepreneur n'a pas ce luxe. Il se prend des coups tous les jours. »
Il impulse la création d'une cité universelle à Paris. Consultant conférencier, il accompagne aussi les entreprises dans leur stratégie diversité. Parallèlement, il mène un projet de cité universelle Porte de Pantin à Paris avec le promoteur immobilier GA Smart Building. « Cet espace de 30.000 mètres carrés entièrement pensé pour une accessibilité universelle a vocation à accueillir un gymnase pour des compétitions internationales, un hôtel, des commerces, un espace de coworking… », décrit-il. L'ouverture est prévue pour 2027.
Aujourd'hui le sportif souhaite sensibiliser les valides au handisport et promouvoir une vision positive du handicap avec son association CAPSAAA, Cap sport art aventure amitié, créée en 1995. Sa différence il la défend corps et âme. "Moi ce qui m'embête dans ce monde, c'est qu'on veut toujours essayer d'uniformiser les choses.
Ryadh Sallem a une vie et un agenda de fou. Une interview sur la terrasse de Séquence Clé Production, l’entreprise adaptée dont il est directeur associé, employant 80% de personnes handicapées, basée dans une pépinière d’entreprise du 15ème arrondissement de Paris, lui permet de se poser une petite heure dans la canicule ambiante de cet été 2015.
Être sportif de haut de niveau devrait suffire à combler son agenda. Sacrée revanche d’adulte sur la vie d’enfant et d’adolescent qu’il a passé en grande partie sur un lit d’hôpital à cause de la Thalidomide, un médicament anti nauséeux responsable de la malformation de près 12.000 enfants à travers le monde.
Enraciné désormais dans le Val-de-Marne, à Vitry-sur-Seine, à l’endroit même où sa famille est venue s’installer pour le rejoindre, Ryadh Sallem n’oublie pas pour autant la Tunisie. « J’ai été très touché par les récents attentats terroristes, notamment celui sur la plage à Sousse, non loin de là où je suis né. Si on a été capable de résister à la terreur le 11 janvier en descendant dans la rue en France, il faut que nous résistions aussi en continuant à partir en vacances là-bas pour soutenir le peuple tunisien et aider à relancer l’économie du pays… En tous cas, dès que je le pourrai, j’y retournerai ! «
Lors des dernières élections départementales, Ryadh Sallem s’est frotté à la politique avec le collectif citoyen La Fabrique à idées à Vitry-sur-Seine. Ryadh Sallem a fini à la quatrième place du premier tour. On sent que le monde politique est en train de muter. J'espère qu'à la fin il mutera en papillon, pas en monstre.
DREADLOCKSjusqu'aux fesses et sourire charmeur, Ryadh Sallem est un personnage. Victime d'un accidentprénatal, il est paraplégique et ses mains sont atrophiées. « Le sport m'a construit. J'étaispassionné de basket et même sans mains, je n'ai pas lâché l'affaire », indique l'intéressé.
Triple champion d'Europe (1997, 1999 et 2001) avec l'équipe de France de basket-fauteuil - «l'équivalent du football pour les valides » -, Sallem accueille l'Euro à partir de demain jusqu'au1erjuillet dans la capitale. Les Bleus affrontent la Suède, en matchd'ouverture à 19 heures, à la halle Carpentier (Paris XIIIe, entrée gratuite).
Sportif engagé par excellence, Sallem participe toute l'annéeà une campagne de prévention et de sensibilisation dans les écoles, baptisée Cap Classe parla mairie de Paris. Il intervenait également la semaine dernière dans les prisons de Nanterreet de Villepinte lors des Journées olympiques. Et comme il l'expliquait à certains détenus récalcitrants,« nous sommes tous des handicapés en sursis. Le sport m'a permis de me construire mentalementet physiquement. Si cela a été vrai pour moi, ça peut l'être pour tout le monde. »
A 34 anset après avoir participé à trois Jeux olympiques, le sociétaire du CAPSAAA (Cap Sport Art Aventureet Amitiés), dans le XVearrondissement de Paris, voit en cet Euro une occasion uniquede promouvoir son activité et le handisport en général.
| Événement | Discipline | Récompenses |
|---|---|---|
| Jeux Paralympiques | Multiple | 5 participations |
| Championnats d'Europe | Basket Fauteuil | Triple Champion |
| Record Mondial | Natation | Relais Quatre Nages |
Professionnaliser le handisport, créer du lien entre tous les publics, une quête d'une vie que Ryadh Sallem espère voir couronnée lors des Jeux Paralympiques. Et pour partir ensuite à la retraite ? « Je l'avais annoncé après les Jeux de Pékin en 2008, mais je suis toujours là, donc je ne dis plus rien !