L'Histoire du Rugby sur la Garonne : Des Origines à la Passion Occitane

C'est depuis les berges de la Garonne que s'élèvent les premières clameurs d'un match de rugby. En cette année de Coupe du Monde, le rugby célèbre officiellement ses 200 ans d’existence. Le musée du Vieux-Toulouse retrace l'histoire du rugby dans la ville Rose.

Carte de la répartition des clubs de rugby en France. Source: staditocad.com

Les Débuts du Rugby en France

Nous sommes dans les années 1860-1870. En Angleterre, des anciens écoliers des public schools, ces pensionnats d’élite masculins, veulent continuer à pratiquer les jeux de ballon qu’ils affectionnent. L’un d’entre eux, à la mode de Rugby, une de ces écoles de la haute bourgeoisie et de l’aristocratie, stipule que l’on peut se saisir du ballon à la main. La distinction entre le football, jeu à onze avec interdiction de saisir de la balle à la main tel que nous le connaissons aujourd’hui, et le rugby, n’est pas encore nettement tranchée.

La football association naît en 1863. Huit ans plus tard, apparaît une fédération anglaise de rugby. Si le premier club de rugby a été créé en 1872 au Havre, le Sud-Ouest a vite écrasé la moitié Nord de la France pour devenir la patrie du rugby en France. Mais comment un sport arrivé en France par ses ports a-t-il fini par s'enraciner (presque) exclusivement dans le Sud ?

En France, le premier club apparaît dans un port, qui n’est pas celui de Toulon : au début des années 1870, des Britanniques jouent au Havre, port normand de commerce, à un mélange de football-rugby, avant de s’organiser en un club. Le premier championnat de France, en 1892, voit s’affronter deux clubs parisiens. Parce qu’à Paris, déjà, on copiait le chic « sportsman anglais ».

L’implantation du rugby en France suit deux axes :

  • Des Britanniques venus travailler en France - c’est l’exemple du Havre
  • Une bourgeoisie à la pointe, ouverte, cosmopolite - c’est ainsi que naissent le Racing et le Stade Français, clubs parisiens de la haute bourgeoisie

À l’époque, la pratique sportive devient valorisée, que ce soit le rugby ou d’autres sports comme la gymnastique. A Paris, la très select Ecole alsacienne, qui fabrique encore des ministres, « fait partie des endroits où on va adopter le rugby ». À la fin du XIXe siècle, le Racing et le Stade français dominent l’hexagone.

Le Rôle de Bordeaux et l'Expansion dans le Sud-Ouest

Dans cette même décennie 1890, le rugby commence à descendre vers le sud. A Bordeaux, le SBUC, qui deviendra le Stade Bordelais naît d’un « mélange entre étudiants chics » et d’un ancien club qui mêlait Anglais et locaux. En 1899, le Stade bordelais brise l'hégémonie parisienne et décroche son premier titre de champion de France, devenant alors le seul bastion du Sud face aux clubs de la capitale.

L’implantation du rugby se développe ensuite le long de la Garonne, pour déborder des frontières du Sud-Ouest à la veille de la Première Guerre mondiale. En 1913, la finale est gagnée par Perpignan. On a dépassé le sud-ouest et la sociologie de départ. Le rugby plaît à des classes plus populaires et dans des plus petites bourgades comme Agen.

Autour de Bordeaux, le rugby s'installe d'abord en sourdine, puis s'épanouit avec ferveur. Ce triomphe marque un tournant : porté par l'élan de cette équipe victorieuse, le rugby essaime au-delà des grandes villes. Peu à peu, il s'enracine dans les terres du Sud-Ouest, emprunte les chemins de campagne, s'invite dans les bourgs et les villages. Le rugby se diffuse progressivement dans tout le Sud-Ouest par le commerce du vin, via la Gironde et le canal du Midi.

Les Facteurs Sociaux et Politiques

Une des principales raisons de la « sudouestisation » du rugby tient à la lutte à laquelle se livrent alors les patronages laïques et catholiques. Dans ces derniers, on favorise le basket et le foot, sports plus décents où l’on ne se tripote pas à pleines mains. Par opposition, les laïques favorisent clairement le rugby et, comme le Sud-Ouest est majoritairement laïcard, son implantation est plus nette qu’ailleurs.

À la fin du XIXᵉ et au début du XXᵉ siècle, sous la IIIᵉ République, l'école publique se laïcise profondément. Dans le Nord-Ouest, particulièrement en Bretagne et en Normandie, où l'enseignement catholique reste puissant, l'école privée résiste davantage à cette transformation. Dans le Sud-Ouest, bastion républicain, le « football rugby » trouve un terreau fertile dans les écoles laïques.

Il n’y a pas une seule raison pour expliquer la « sudouestisation » du rugby. En outre, les possibilités infinies de castagnes qu’il offre correspondent bien à l’esprit de clocher d’une région où la rivalité entre villages, vallées et hameaux est plus forte qu’ailleurs.

Aujourd'hui encore, la géographie du sport en France porte les traces de cette opposition entre une Bretagne et une Normandie catholiques et un Sud-Ouest plus républicain et attaché à la laïcité.

Pendant de nombreuses années, les organisateurs et la Fédération française de rugby (FFR) ont freiné son développement en dehors des bastions traditionnels. C'était une volonté politique des dirigeants de la FFR de conserver et de concentrer le pouvoir en orientant les investissements et en implantant les infrastructures principalement dans le Sud-Ouest.

Le Rugby, un Sport d'Élite qui se Démocratise

À ses débuts, comme en Angleterre, le rugby reste l'apanage de l'aristocratie et de la grande bourgeoisie. Ce sport sert d'outil d'éducation pour l'élite française, en s'inspirant du modèle anglo-saxon. Réservé dans un premier temps aux élites sociales et physiques, le rugby trouve également un relais dans les casernes militaires.

Un tournant décisif dans la démocratisation du rugby survient avec la Première Guerre mondiale, qui provoque une grande saignée chez les rugbymen. Pour reconstruire les effectifs, les institutions fédérales vont progressivement et de manière contrôlée ouvrir les portes de l'ovalie aux ouvriers et aux jeunes hommes. Tout au long du XXᵉ siècle, le rugby se popularise progressivement.

L'Amateurisme et la Concentration Géographique

Dès les années 1920, le schéma est en place : il existe près de 400 clubs sur une ligne Montpellier-Bordeaux, contre 11 en Haute et Basse-Normandie. Et l’amateurisme affirmé des clubs (même s’il n’est pas aussi pur qu’il y paraît) renforce la tendance : les frais de déplacement sont trop élevés pour que les clubs des régions non rugbystiques viennent se frotter à ceux du Sud, ce qui les fait végéter à un niveau très bas.

De fait, le centre géographique de l’élite des clubs n’a que peu bougé, il navigue depuis cinquante ans entre l’Aveyron et le Lot.

En Top 14, à l'exception de deux bastions en Île-de-France et de la surprenante émergence de Vannes en Bretagne, tous les clubs se concentrent au sud de la Loire. Cette hégémonie se retrouve dans toutes les divisions professionnelles : le Sud-Ouest règne en maître sur l'ovalie.

Le Rugby Aujourd'hui dans le Sud-Ouest

Le rugby est plus qu’un sport dans le Sud-Ouest ; il fait partie de l’identité locale. Les derbies, ces matchs entre équipes voisines, sont des événements qui dépassent le simple cadre sportif. Le rugby occupe également un rôle social et culturel fort dans cette région. Il est bien plus qu’une simple distraction du week-end ; il est un lieu de rencontre, d’échange et de partage.

L’engouement pour le rugby a également une dimension économique. Les clubs attirent des sponsors locaux et internationaux, générant des retombées économiques significatives pour la région. L’impact va bien au-delà des stades, stimulant le tourisme, la restauration, et même la production de marchandises dérivées.

Le rugby n’est pas simplement un sport populaire dans le Sud-Ouest de la France, c’est une institution. Ancré dans l’histoire, jouant un rôle social et culturel significatif, et ayant une influence économique positive, il est profondément lié à l’identité de la région.

Le rugby fait réellement partie du patrimoine avec son jeu ouvert, marque de fabrique de beaucoup de clubs, et les troisièmes mi-temps colorées, souvent accompagnées par les voix des chanteurs venus du Pays basque.

En Occitanie, le rugby est plus qu'un sport de combat collectif joué avec autant de force que d'allégresse. Il est une véritable culture dont les valeurs et les enthousiasmes irriguent les villages et les villes depuis plus de 100 ans.

Comment le rugby c'est installé dans le sud-ouest de la France ?

Tableau Récapitulatif des Éléments Clés

Période Événement Clé Impact
Années 1870 Introduction du rugby en France par les Britanniques Création des premiers clubs dans les ports (Le Havre, Bordeaux)
Fin du XIXe siècle Développement du rugby à Bordeaux Le Stade Bordelais remporte le championnat de France en 1899
Début du XXe siècle Laïcisation de l'école publique Le rugby trouve un terrain fertile dans les écoles laïques du Sud-Ouest
Années 1920 Concentration des clubs de rugby dans le Sud-Ouest L'amateurisme rend difficile la compétition pour les clubs des autres régions
XXe siècle Démocratisation du rugby Ouverture aux ouvriers et aux jeunes hommes après la Première Guerre mondiale
Le rugby, une passion dans le Sud-Ouest de la France

Bordeaux, Capitale du Rugby ?

Bordeaux capitale du rugby ? Laissons les Toulousains s’étouffer et regardons un peu l’histoire de ce sport. Car oui, c’est un fait méconnu, disons oublié parce qu’il est ancien, mais historique. Introduit par les Anglais au Havre et à Paris dans les années 1870, le rugby ne s’est vraiment développé en France que lorsque Bordeaux est devenu sa tête de pont, à partir de 1899.

Brève Hégémonie Parisienne

Fin du XIXe siècle, la préhistoire du sport. En France, le rugby est une affaire essentiellement parisienne. Il existe un embryon de championnat qui, saison après saison, sacre alternativement deux clubs de la capitale : le Racing Club de France, fondé en 1882, et le Stade Français, créé un an plus tard. Ils dominent la France du rugby, qui n’existe pas vraiment. Mais l’hégémonie parisienne est de courte durée. Elle prend fin lorsque Bordeaux devient, en 1899, le premier club de province sacré champion de France (en battant le Stade Français).

À partir de cette irruption de Bordeaux, le rugby va devenir pour de longues décennies une affaire provinciale, avec un penchant pour le sud.

Le Règne du Stade Bordelais

Un club sert d’appui à ce développement au tout début du XXe siècle : le Stade Bordelais. Fondé en 1889, il va devenir l’un des clubs les plus titrés de France en dominant la discipline pendant plus d’une décennie. Entre 1899 et 1911, le Stade Bordelais ramène le bouclier de Brennus sur les bords de la Garonne sept fois de suite. Durant la même période, il atteint cinq fois la finale sans gagner le titre. Pendant plusieurs décennies, il conserve le record du nombre de titres de champion remportés d’affilée. Il faudra attendre le grand Béziers des années 1970, et surtout le grand Toulouse, pour retrouver une domination comparable sur plusieurs saisons. Et l’époque moderne pour voir les clubs parisiens réinstaurer leur domination.

Durant cette période, Bordeaux diffuse le rugby dans tout le Sud-Ouest, qui devient sa terre d’élection. Un signe, parmi d’autres : la Section paloise, autre ancêtre du rugby en France, était à l’origine une simple section de la Ligue girondine d’éducation physique. Certains ouvrages évoquent d’ailleurs la « Section paloise du Stade Bordelais ». Ce club fait tache d’huile. C’est dans son stade de Sainte-Germaine, au Bouscat, que se déroule le premier France Afrique du Sud de l’histoire, en 1913. Après 1915, le Stade Bordelais reste dans l’élite, mais son règne est passé. Il ne domine plus mais reste un bastion, un club historique dans une ville de rugby. Ce temps est loin. Bordeaux est toujours dans l’élite, mais en association avec Bègles.

L'Histoire du Stade Toulousain

Le rugby est implanté à Toulouse, comme dans le Sud-Ouest, depuis la fin du XIXe siècle. Ce sport est pratiqué principalement par les étudiants, dont le chef-lieu de la Haute-Garonne regorge. Plusieurs clubs se forment et disparaissent aussi rapidement qu’ils sont apparus mais l’union entre le Stade Olympien et le Véto Sport, scellée le 2 mai 1907, va durer et être l’acte de naissance d’un géant : le Stade Toulousain.

Concernant les couleurs les avis divergent, certains optent pour l’hypothèse que le Rouge et le Noir est hérité de la tenue des Capitouls (magistrats qui géraient la vie politique de la ville au Moyen-Âge). Pour d’autres, dans un contexte de transgression politique porté par les associations d’étudiants, le noir représenterait l’anarchisme et le rouge le communisme.

Quoi qu’il en soit, Toulouse remportera son tout premier match, celui d’une très longue série, face à Bergerac le 20 octobre 1907 (27-4). Quelques années plus tard, en 1912, après un premier titre conquis en étant invincible l’équipe sera surnommée « la Vierge Rouge ». Un possible pied nez aux supposées racines révolutionnaires qui se poursuivra au moment de la création du blason. La première grande équipe du Stade Toulousain surnommée la “Vierge Rouge” en raison de son invincibilité.

Une Inspiration Divine

A l’aube des années 50, le Stade Toulousain a déjà conquis 7 titres. Le club veut concrétiser son appartenance parmi les références du championnat en se dotant d’un logo. Lucien Cézéra, le président de l’époque, part en quête d’inspiration et trouvera l’idée d’entrelacer le T dans un S au cœur de l’un des monuments de la ville. La basilique Saint-Sernin et sa chapelle dédiée à Saint-Thomas D’Aquin dont le sol est orné de mosaïques agissent telles une révélation. C’est donc d’une sorte de « plagiat » que le blason des Rouge et Noir tient son origine.

Ecusson et police basique sont adoptés au départ avant une « stylisation » opérée dans les années 70. La typographie se rapproche de celle de la mosaïque d’influence médiévale ou d’une écriture « art nouveau » rappelant que le club est né à l’époque ou ce mouvement était en vogue (au début du XXe siècle). La mosaïque de la basilique Saint-Sernin ayant inspiré le blason du Stade Toulousain.

Le Succès est une Marque Déposée

L’écusson toulousain ne va que très peu évoluer au cours des années. Quand l’équipe est à son apogée dans les années 90, le logo est officiellement déposé en 1994. Des modifications seront apportées au grès des innombrables succès mais la sobriété va toujours primer. A tel point qu’en 2023, le Stade Toulouse assume et assure que désormais le blason « vit seul » et ne fera plus figurer les étoiles. Un choix stratégique fort d’affirmation de ce qui est devenu une marque mais également une bonne décision esthétique quand il s’agit de broder 24 étoiles de champion de France.

Le Club Athlétique Castanéen (CAC)

Né en 1910, le CAC est une vieille personne de plus de 100 ans. En 1968, le CAC a fait ses premiers pas dans l’élite du rugby français de façon très honorable, car dans une poule très relevée, comportant les clubs de Brive, Chalon, Béziers, Tarbes, Lyon, Carmaux, Saint Junien.

Le CAC est un club de formation et les équipes de jeunes ont toujours eu une place prépondérante avec un caractère nourricier pour l’équipe première. Elles ont réalisé de très bons résultats. champion de France Philiponeau en battant en finale l’équipe basque de Garazi sur le score de 14 à O. En 1967, contre Oyonnax sur le score de 11 à 6 à Clermont sous la houlette de l’entraîneur emblématique de l’époque, Jean Mandrette.

A l’autre bout de l’échelle, comment ne pas évoquer le CAC 40. Ce club des anciens du CAC en perpétue activement la mémoire. Les entraînements du lundi soir, les moments de convivialité autour d’une bonne table maintiennent la tradition.

Le CAC a traversé plus d’un siècle d’histoire avec des formidables hauts et parfois aussi quelques bas. « le CAC est bâti sur pierre, le CAC ne périra pas ! Le plus grand club d’Europe voire du monde est reconnu pour trois choses : ses couleurs, la qualité de son jeu et son blason. Un écusson à l’inspiration divine, preuve qu’à Toulouse le rugby est plus qu’une affaire de passion c’est une religion.

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