Le rugby français est riche de rivalités, construites sur une concurrence géographique centenaire ou après des finales mémorables. Elles font la joie des supporters, qui adorent détester leurs meilleurs ennemis. Autant que les titres gagnés, elles participent à l'identité des clubs et se perpétuent au-delà des résultats des équipes premières.
Le Racing et le Stade Français se retrouvent pour un derby. C'est l'un des rares vrais derbys, une authentique rivalité du championnat français.
Acte de Naissance d'une Rivalité: 1892
Le 20 mars 1892, sur la pelouse du parc de Bagatelle, le Stade Français et le Racing s'affrontent sous les ordres du baron Pierre de Coubertin. Il marque l'acte de naissance du premier Championnat officiel en France. Le Racing l'emportera (4-3). Un an après, le Stade Français aura sa revanche, bien aidé par l'arbitre, poussant les spectateurs mécontents à déclencher une bagarre générale, digne des plus beaux derbys basques.
Au parc de Bagatelle, dans la partie nord du bois de Boulogne, c’est l’affluence des grands jours, en ce dimanche de mars 1892. Deux mille personnes ont profité de l’arrivée du printemps pour se mettre au vert et assister à un après-midi sportif. Sur le pré, le Racing Club de France défie le Stade français pour la première finale du championnat de France de rugby.
Le Petit Journal, le 27 mars 1892, constate alors que, « de l’avis des amateurs présents, parmi lesquels beaucoup d’Anglais, la partie a été la plus intéressante qui ait été jouée en France jusqu’à ce jour ». L’histoire et la rivalité des deux clubs s’expriment désormais avec un ballon ovale !
La finale du championnat de 1892, remporté par la Racing, est suivie l’année suivante d’une nouvelle finale entre les deux clubs. Cette fois, c’est le Stade français qui gagne.
Ces Parisiens qui dominent les premières années du rugby sont peu à peu rejoins par d’autres clubs : l’Olympique, le Stade Bordelais, le Toulousain…
Depuis, le Racing Club de France est devenu le Racing Métro puis le Racing 92, toujours aux couleurs bleu ciel et blanc.
Affiche de la première finale de l’histoire du championnat de France en 1892, l'opposition entre Stade Français et Racing n’a pourtant pas toujours été un classique du rugby hexagonal.

Une Rivalité Endormie, Puis Réveillée
Si la tension autour de ce derby francilien semblait être endormie, il suffit parfois d'une étincelle pour relancer une rivalité vieille de plus de 100 ans. C'est le projet de projet de fusion, en 2017, proposé par les deux présidents des deux clubs qui a relancé la flamme. Menace de grève illimitée pour les joueurs du Stade Français, insurrection chez les supporters, Jacky Lorenzetti et Thomas Savarre ont été obligés de faire machine arrière.
L'échec de cette fusion sera même qualifié de « plus belle victoire de l'année » par Jonathan Danty, stadiste à l'époque. Depuis, les deux clubs n'hésitent pas à alimenter la rivalité.
Le 13 mars 2017, main dans la main, les deux présidents franciliens - Jacky Lorenzetti et Thomas Savare - organisent une conférence de presse pour une annonce importante. La raison ? Un projet de fusion est en cours d’élaboration entre les deux clubs d’Ile-de-France. Dans la foulée, le vice-capitaine des Stadistes, l’international Pascal Papé indique que «99,8% des joueurs ont déposé un préavis de grève illimité».
Nombre de supporteurs du Stade français fustigent également l’initiative, croyant déceler un rachat déguisé en fusion. Le comité des anciens joueurs du Stade français démonte l’entreprise : «On ne jette pas l’anathème sur 135 ans d’histoire et 14 boucliers de Brennus. Personne n’a aujourd’hui le pouvoir de refermer un livre que tant d’hommes ont contribué à écrire.»
Pour calmer la fronde, Jacky Lorenzetti, le président du Racing, s’empresse d’envoyer un courrier à tous les abonnés pour justifier son choix. Sans grand succès.
Sous la pression populaire ainsi que d’anciens et actuels joueurs, les deux présidents décident de faire machine arrière. «Je ne m’attendais pas à une telle résistance, surtout en interne, indique alors Jacky Lorenzetti. En tout état de cause, les conditions sociales, politiques, culturelles, humaines, sportives ne sont pas remplies.»
Même discours du côté de Thomas Savare, le président du Stade français, qui préfère lui aussi reculer. Impossible de balayer plus d’un siècle de rivalité d’un revers de la main. Interrogé par l’Equipe il y a une semaine, le Stadiste Jonathan Danty n’hésitait d’ailleurs pas à qualifier l’échec de ce projet de sa «plus belle victoire pour le club».
La flamme est de nouveau ravivée en mars 2021. Alors que la saison bat son plein, Gaël Fickou, trois-quart centre du Stade français et des Bleus, est transféré chez les rivaux du Racing 92. Le transfert est rendu possible par l’allongement de la période de mutation jusqu’en avril, décidé par la Ligue nationale de rugby en raison du contexte sanitaire.
Interrogé par RMC Sport au mois de mai, Gaël Fickou est revenu sur cet épisode. Si le centre comprend la déception des supporteurs, il rappelle que son avenir a été entériné par les deux parties. Avant d’ajouter sur les conditions de son départ, et le rapport qu’il entretient avec ses anciens coéquipiers : «Le plus dur pour eux, c’était que je parte chez l’ennemi. Et c’est compréhensible.»
Lorsque les clubs se sont retrouvés en barrages de Top 14 en juin, l'ambiance n'était pas si conviviale.
Plus récemment, le transfert de Gaël Fickou du Stade Français vers le Racing au mois d'avril dernier a ravivé les tensions.
Cette saison lors de la conférence de presse après la victoire du Racing au Stade Français (17-13), Laurent Travers est arrivé avec un casque de karting. Il répondait à la provocation du Stade Français qui avait comparé le Racing à un karting face à la Formule 1 du Stade Français.
J8 - Les temps forts de Racing 92 / Stade Français Paris
Identité et Antagonisme: Au Coeur de la Rivalité
Racing-Stade Français, c'est d'abord une opposition entre les deux rives de la Seine. Même si les rugbymen ont migré dans les Hauts-de-Seine au début du XXe siècle, le siège du Racing omnisport reste dans le 7e arrondissement parisien (rive gauche). Deux quartiers très chics, pour des clubs qui ont disputé leurs premières rencontres dans les non moins huppés Bois de Boulogne (Racing) et Parc de Saint-Cloud (Stade Français).
De fait, la rivalité rugbystique entre les deux clubs s'est surtout construite dans la dernière décennie.
La question de l'identité figure au coeur de l'antagonisme.
Le retour au premier plan est très récent. Formé au Racing dans les années 1990, Thomas Lombard se rapelle : "Notre rival, c'était le Paris Université Club. "

Les Chiffres de la Rivalité
Avantage Racing, avec 15 victoires sur 25 matchs disputés depuis 2009, dont le dernier en date en barrages du Top 14 2020-2021. Surtout, les Altoséquanais restent sur trois victoires d'affilée à Jean-Bouin, l'antre du Stade Français.
Le Racing 92 est classé deuxième du championnat en ce qui concerne l'efficacité défensive. Et c'est même la quatrième en Europe, derrière Glasgow, Lyon et Edimbourg.
En touche, le Stade français est la troisième équipe française qui vole le plus de lancers adverses (20,5%).
Toujours selon Opta, les deux équipes en Europe les plus à l'aise dans ces moments de flottement sont Northampton (35,1% des essais en proviennent) et les Parisiens (25,2%).
| Club | Titres de Champion de France |
|---|---|
| Stade Français | 14 |
| Racing 92 | 6 |
L'Esprit du Derby
Ils seront plus de 14 000 à garnir l'enceinte du 16e arrondissement, pour célébrer le retour des supporters, pour lesquels Thomas Lombard sent "une appétence forte". Parmi eux, des fans du Racing : "Le dernier derby à Jean-Bouin, où l’on gagne dans les derniers instants à Paris (25-27), donne de l’excitation, indique Johanne D'Hoossche. J’espère que le Stade a digéré les derniers événements, et qu’on sera accueillis de façon conviviale, avec du chambrage mais sans agressivité !". Pas de quoi impressionner Franck Lemann : "Ils ne seront pas plus de 1 000.