Le rugby a eu bien du mal à s'inscrire dans l'histoire des Jeux modernes. Pourtant, il fut très tôt au programme, en particulier grâce à Pierre de Coubertin. Voici pourquoi et comment on est passé de compétitions à 15 à du rugby à 7, quand la France est la plus médaillée dans cette discipline.
Le Rugby à XV aux Jeux Olympiques: Genèse et Premières Apparitions
Le rugby à XV est une épreuve olympique disputée à quatre reprises dans les sept premières éditions des Jeux olympiques modernes. Il fait son apparition aux Jeux olympiques d'été de 1900 à Paris. On le revoit par la suite à trois reprises en 1908, 1920 et 1924, date du retrait de ce sport du programme olympique par le CIO.
Pierre de Coubertin, le père fondateur des Jeux modernes, était un grand amateur de rugby et c'est lui qui a poussé pour son introduction. Il contribue également au développement de la pratique du rugby à XV en France, sa plus grande contribution est l'arbitrage du premier Championnat de France de rugby à XV en 1892.
Le premier titre de champion de France de rugby à XV est décerné en 1892, à la suite d'un simple match entre les deux participants parisiens du Racing club de France et du Stade français sur la pelouse de Bagatelle, lors d'un match arbitré par le baron Pierre de Coubertin, remporté 4 à 3 par les Racingmen.
JO de 1900 à Paris: Les Débuts Olympiques
Pour la première fois un tournoi-exhibition de rugby à XV est organisé lors des Jeux olympiques d'été de 1900 à Paris, sur la pelouse du vélodrome de Vincennes du 14 au 28 octobre. Seulement trois pays sont inscrits au tournant du siècle : la France, évidemment, l'Angleterre et l'Allemagne.
Mais si la France présente une sélection nationale, Anglais et Allemands envoient des équipes de clubs : les Moseley Wanderers et le Frankfurter Fussball Club. Finalement, deux rencontres ont lieu : la France et l'Allemagne 27 à 17, avant de dominer l'Angleterre 27 à 8 pour la médaille d'or.
Le dernier match prévu entre l'Angleterre et l'Allemagne ne peut pas se jouer. Les deux équipes n'ont pas assez d'argent pour rester à Paris. Pour leur seul match contre la France, les joueurs anglais avaient même fait l'aller-retour dans la journée.
Les Jeux de la IIIe Olympiade ayant lieu au Nouveau Monde, le rugby n'est pas au programme.
JO de 1908 à Londres
Les Jeux de la IVe Olympiade sont initialement prévus à Rome, mais l'éruption du Vésuve en 1906 amène le gouvernement italien à renoncer à l'organisation. Le mouvement olympique trouve une autre localisation, en l'occurrence Londres.
L'Afrique du Sud et la Nouvelle-Zélande déclinent l'invitation qui leur a été faite. L'Écosse et l'Irlande en désaccord avec l'Angleterre refusent également, de même que le Pays de Galles. Les Wallabies, ou plus exactement les Australasiens, n'ont aucune difficulté à accepter l'invitation car ils sont en tournée en Grande-Bretagne depuis le 19 septembre 1908.
L'Angleterre présente l'équipe championne des comtés : le comté de Cornouailles. L'équipe fut fortement déçue en arrivant à Paddington, car il avait été annoncé qu'elle serait opposée à l'équipe de France le 25 octobre. De plus, les dirigeants de l'équipe, dont le président, F.W. Thomas, n'étaient guère optimistes quant à l'issue du match car leur meilleur joueur, Barrie B.
On fait appel aux rugbymen français pour leur faire face. Les compétitions dans l'Hexagone étaient terminées depuis deux mois et l'on convoque des joueurs militaires évoluant dans des clubs parisiens.
JO de 1920 à Anvers
Le match se déroule le 5 septembre 1920, au Beerschot Stadium d'Anvers, devant 20 000 spectateurs, après la rencontre de football entre l'Espagne et la Hollande comptant pour le tournoi olympique.
JO de 1924 à Paris: Un Tournant Controversé
JO PARIS 2024 - La France en finale du rugby à 7 : les temps forts de sa victoire sur l'Afsud
En 1924, la France affronte les Américains en finale, au Stade de Colombes, devant 20 000 spectateurs. L'équipe des États-Unis, composée essentiellement de footballeurs américains, bat les Bleus 17 à 3, dans un match entrecoupé de bagarres. À la fin de la rencontre, Allan Henry Muhr, citoyen des États-Unis, mais international français, dit : "C'est ce qu'on peut faire de mieux sans couteaux, ni revolvers".
Et si la carrière de ce sport aux JO s'est arrêtée en France, c'est que les choses ont mal tourné. La faute à une équipe de France très mauvaise perdante. Battue en finale par les Américains en 1920, les Français retrouvent les États-Unis au stade de Colombes pour la revanche en 1924. L'équipe US, essentiellement composée de joueurs de football américain, s'impose largement, 17 à 3, dans une ambiance très pesante.
Sur le terrain d'abord, où le match est marqué par plusieurs actions violentes. Dans les tribunes ensuite, avec une foule qui siffle la montée du drapeau américain, insulte l'arbitre et hue les joueurs américains. Des bagarres éclatent entre supporteurs des deux camps, faisant plusieurs blessés.
Après cette finale désastreuse, les compétitions de rugby seront exclues des Jeux olympiques pour près d'une centaine d'années.

Tentatives de Réintégration et Création de la FIRA
L'invasion du terrain à la fin du match de la finale lors des Jeux de 1924 donna une très mauvaise image du rugby. Sa carrière de sport olympique fut gravement compromise. Les requêtes adressées au Comité international olympique pour rétablir le rugby en tant que sport olympique aux jeux de 1928 à Amsterdam furent déboutées.
Les Pays-Bas, pays hôte, furent très tôt certains de ne pouvoir briller dans ce sport et n'apportèrent aucun soutien à ces requêtes (sauf dans les milieux associatifs estudiantins néerlandais). En effet, la France est exclue du Tournoi des cinq nations après la saison 1931, remporté par le Pays de Galles.
Un divorce se crée d'avec les nations britanniques. La France se cherche de nouveaux partenaires de jeu et se tourne vers l'Allemagne. En effet, à cette époque, le rugby connaît un véritable essor outre-Rhin. L'idée d'une Fédération internationale de rugby amateur (FIRA) qui existe encore de nos jours germe alors.
Un premier congrès préliminaire se réunit à Turin le 4 septembre 1933. La FIRA est ainsi créée en réaction à Paris le 2 janvier 1934 (parution au Bulletin officiel le 10 juin 1934). Le baptême a lieu le 24 mars 1934, à Hanovre.
Le congrès annuel de la FIRA à Rome en 1935 approuve l'idée d'un tournoi du trophée de la FIRA en marge des prochains Jeux de Berlin afin de réintroduire progressivement le rugby aux Jeux.
Le Tournoi européen de la FIRA se déroule en mai 1936 à Berlin en quelque sorte en répétition des Jeux qui se dérouleront du 1er au 16 août 1936. Il accueille des équipes venues de France, d'Allemagne (devenue le Reich), d'Italie et de Roumanie.
Tout se passe dans une ambiance détendue, sans aucun débordement avec au contraire beaucoup de fair-play entre les joueurs. D'autres trophées continueront d'être programmés (comme auparavant en 1935), mais ces matchs furent les derniers organisés, en marge certes des Jeux, mais dans un contexte et un esprit olympique.
Retour Triomphal du Rugby à VII aux JO de Rio 2016
C'est lors des Jeux de Rio que le rugby fait son retour. Mais désormais, il s'agit de rugby à VII. Comme son nom l'indique, il s'agit d'une variante du rugby à XV, qui se joue à VII. Le terrain est le même.
Un match de rugby à sept se joue en deux mi-temps de sept minutes, deux fois dix minutes pour la finale des Jeux. En cas de match nul, il y a des prolongations, de deux fois cinq minutes et le match s'arrête dès qu'une équipe marque le moindre point.
Autre spécificité du rugby à VII, les mêlées sont disputées à trois contre trois et les pénalités ou les transformations ne sont pas tapées avec le ballon immobilisé au sol, mais comme des drops, en laissant le ballon rebondir une fois avant de frapper.
Le rugby à sept fait son entrée au programme des Jeux olympiques lors de l'édition de 2016 disputée à Rio de Janeiro. La Française Camille Grassineau est la première joueuse à marquer un essai dans l'histoire du rugby à sept aux Jeux olympiques, lors du match d'ouverture de l'édition de 2016 opposant les équipes féminines de la France et de l'Espagne.
L'équipe d'Australie féminine remporte le premier titre olympique de la discipline, à l'issue d'une finale face aux Néo-Zélandaises (24-17). Le Canada remporte la médaille de bronze en battant la Grande-Bretagne. Les Australiennes terminent en tête de leur poule, puis défont l'Espagne (24-0) et le Canada (17-5).
Les Fidji sont les premiers champions olympiques de la discipline chez les hommes, après leur large victoire en finale face à la Grande-Bretagne (42-7, 7 essais à 1). L'Afrique du Sud complète le podium après avoir vaincu la surprenante équipe du Japon. C'est la première médaille olympique de l'histoire pour les Fidji. Sortis en tête de la poule A, les Fidjiens battent la Nouvelle-Zélande en quart de finale (12-7) puis le Japon (20-5).
Aux Jeux olympiques de Rio, les deux tournois olympiques de rugby à sept se déroulent dans le stade de Deodoro, situé dans la zone de compétition du même nom, et durent trois jours chacun, du 6 au 8 août 2016 pour les femmes, du 9 au 11 août pour les hommes. Dans chaque tournoi, les équipes jouent deux matchs par jour au premier tour. Celui-ci se dispute avec trois poules de quatre équipes, la victoire apportant 3 points, le nul 2 points et la défaite 1 point.
La France: Nation la Plus Médaillée
Si la France n'a jamais remporté la Coupe du monde de rugby, ni à XV, ni à VII, elle est en revanche la nation la plus médaillée aux Jeux olympiques. Avec quatre podiums : un titre et deux médailles d'argent en rugby à XV et une médaille d'argent à Tokyo aux JO 2020 en rugby à VII chez les filles. Parce que le rugby à VII féminin est entré au programme des JO depuis 2016.
| Discipline | Médailles | Jeux Olympiques |
|---|---|---|
| Rugby à XV | Or (1), Argent (2) | 1900, 1920, 1924 |
| Rugby à VII (Femmes) | Argent (1) | 2020 |
| Total | 4 |
La star incontestée des Jeux cet été en rugby à VII sera Antoine Dupont. Le Français, meilleur joueur de rugby à XV au monde, a en effet décidé cette saison de passer à VII. Un sacré défi pour lui et surtout une incroyable publicité pour la discipline.
Le 17 mai dernier, le demi de mêlée a allumé le chaudron chez lui, à Toulouse, au stade Ernest-Wallon, histoire de lancer ces Jeux olympiques.