Les clubs de rugby en Pro D2 : Enjeux et ambitions pour la montée en Top 14

Le Pro D2 est un championnat de plus en plus compétitif, composé d'équipes armées pour jouer la montée en Top 14. La nouvelle saison de Pro D2 s’annonce palpitante, et les chiffres publiés sur les budgets des clubs confirment l’ampleur des ambitions de certains candidats à la montée. Avec huit à dix clubs qui peuvent prétendre à la phase finale, la lutte pour la montée en Top 14 sera plus féroce que jamais.

Mais quels sont les enjeux sportifs, économiques et financiers pour entrer en Pro D2 ?

Les budgets des clubs de Pro D2

Cette saison, les 16 clubs de Pro D2 possèdent un budget compris entre 5,5 millions d’euros et 17 millions d’euros. Focus sur le bas de tableau, avec des clubs qui vont tout faire pour éviter la 16ème place, synonyme de relégation en Nationale. Ces écarts financiers traduisent une Pro D2 à deux vitesses, entre des clubs aux budgets proches de ceux du Top 14 et d’autres qui luttent simplement pour exister.

Rugbyrama dévoile ce mardi les budgets des 16 clubs engagés dans la Pro D2 cette saison. Deux constats en ressortent :

  • Aucun d’eux présent la saison dernière n’a revu son budget à la baisse.
  • Certains d’entre eux ont été en mesure de présenter un budget bien supérieur.

Voici un aperçu des budgets de quelques clubs :

  • Avec un budget record, un club affiche clairement son objectif : retrouver au plus vite le Top 14.
  • Malgré sa récente descente de l’élite, un club conserve des ressources considérables et reste armé pour viser un retour rapide.
  • Un club confirme sa montée en puissance.

Derrière ce trio de tête, plusieurs formations conservent des moyens conséquents, comme Nevers, Grenoble, Oyonnax ou encore Agen. Des clubs capables de rivaliser sportivement et de s’inviter dans la lutte pour la montée. À l’autre extrémité du classement, Aurillac et Carcassonne devront se battre avec des moyens beaucoup plus limités.

Avec un budget record de 21,8 millions d’euros, le CA Brive affiche clairement son objectif : retrouver au plus vite le Top 14. Juste derrière, le RC Vannes dispose d’un budget de 18,9 millions d’euros, malgré sa récente descente de l’élite. Le club breton conserve des ressources considérables et reste armé pour viser un retour rapide. Provence Rugby, troisième avec 17,1 millions d’euros, confirme sa montée en puissance.

Derrière ce trio de tête, plusieurs formations conservent des moyens conséquents, comme Nevers (14,230 M€), Grenoble (13,451 M€), Oyonnax (12,784 M€) ou encore Agen (12,784 M€). Des clubs capables de rivaliser sportivement et de s’inviter dans la lutte pour la montée. À l’autre extrémité du classement, Aurillac (5,852 M€) et Carcassonne (5,147 M€) devront se battre avec des moyens beaucoup plus limités.

Cette saison, un club se détache clairement : Brive. Avec 17 millions d’euros, les Coujoux, descendus l’été dernier, sont en mission pour retrouver le Top 14. C’est pour cela que Pierre-Henry Broncan a, à sa disposition, plusieurs joueurs de grand talent. Avec 12,2 millions d’euros, Agen entre lui dans le top 6 des budgets du championnat. Derrière les Lot-et-Garonnais, un petit trou se crée, alors que de Montauban (7e, 10M) à Béziers (11e, 9M), les budgets sont relativement similaires.

Monté cette saison, Nice possède l’antépénultième budget du championnat. Avec 6,5 millions d’euros dans les caisses, le club récemment repris par Jean-Baptiste Aldigé devance Dax (6,3M) - qui, décidément, a réalisé une saison sensationnelle la saison dernière avec peu de moyens -, et… Aurillac (5,5M). Bons derniers, les Aurillacois sont eux aussi une exception dans ce championnat si dense. Avec des moyens pourtant très limités, les Cantalous vont entamer leur 18e saison consécutive en Pro D2.

Tableau des budgets de Pro D2

Voici un tableau récapitulatif des budgets des clubs de Pro D2 :

Club Budget (en millions d'euros)
CA Brive 21,8
RC Vannes 18,9
Provence Rugby 17,1
Nevers 14,230
Grenoble 13,451
Oyonnax 12,784
Agen 12,784
Aurillac 5,852
Carcassonne 5,147

Modèle économique des clubs de rugby professionnels en France

Selon le rapport annuel 2025 de la Commission de contrôle des championnats professionnels, le produit d’exploitation de l’ensemble des clubs professionnels a atteint 598 millions d’euros sur l’exercice 2023-2024. Les partenariats constituent le premier poste de recettes des clubs, avec 275,2 millions d’euros, soit 46 % de l’ensemble des produits d’exploitation.

Les versements de la Ligue nationale de rugby (LNR) représentent, quant à eux, 122,5 millions d’euros, soit 20 % du total. Ils se composent des sommes versées au titre des droits de diffusion télévisuelle, ainsi que des dispositifs de soutien à la formation et d’indemnisation liée à la mise à disposition des joueurs internationaux.

Le troisième poste de recettes, les recettes matchs comprenant la billetterie et les abonnements, atteint des sommets durant la saison 2023/2024 en raison d’une affluence histoire dans les stades du TOP 14 et de la PRO D2 : 78,7 millions d’euros, contre 66,2 millions d’euros lors de la saison 2022-2023.

La masse salariale a progressé de près de 16 millions par rapport à l’exercice 2022-2023, malgré l’existence du salary cap. Ce dernier ne porte, en effet, que sur la rémunération des joueurs et ne concerne donc pas les autres employés des clubs. À l’instar des ligues nord-américaines de basket-ball (NBA) et de hockey sur glace (NHL), la Ligue nationale de rugby a instauré lors de la saison 2010-2011 un plafond salarial.

Les éventuels sponsors personnels et primes versées par les fédérations à la suite de matchs internationaux ne sont, cependant, pas inclus dans ce salary cap. Le salary cap est actuellement fixé à 10,7 millions d’euros par an par la Ligue nationale de rugby.

Au total, la Ligue nationale de rugby note que l’ensemble des clubs professionnels affiche un déficit d’exploitation de près de 34,9 millions d’euros.

Le format de la compétition et ses enjeux

Il fut un temps, pas si lointain, où le premier de Pro D2 accédait directement au Top 14. Le deuxième billet se partageait entre les équipes classées des 2e aux 5e places, sous un format de demi-finales puis finale d'accession. Depuis, le système a été calqué sur le Top 14 : les vainqueurs des barrages (3e contre 6e et 4e contre 5e), rejoignent les deux premiers, directement qualifiés en demi-finales.

À l'arrivée, le vainqueur de la finale monte en Top 14 et le perdant a droit à un barrage contre le 13e de l'élite. Avec, comme pour Grenoble, le risque de perdre le fruit de toute une saison sur un ou deux matches.

« Cette formule n'est pas dans l'intérêt des clubs qui ont envie de monter », expose Dougal Bendjaballah, président d'Oyonnax. Le dirigeant aindinois en sait quelque chose : leader sans discontinuer depuis la 7e journée avec 111 points en 2022-2023, son club avait dû attendre le 27 mai et une finale gagnée contre - déjà - Grenoble (14-3) pour décrocher son sésame pour l'élite.

Les statistiques montrent d'ailleurs que les chances de maintien sont moindres pour une équipe promue après des phases finales, donc plus tard. Depuis l'instauration de la poule unique en 2004, un tiers des équipes montées par ce biais (7/21) sont restées dans l'élite, et seulement deux sous la formule actuelle : Perpignan en 2021 et Bayonne en 2022.

À l'inverse, deux tiers des champions directement promus se sont maintenus (9/14 entre 2004 et 2017). Certains, comme Pau en 2015 ou Lyon en 2016, ont profité de leur avance confortable en Pro D2 pour se projeter à long terme. Une décennie plus tard, ils n'ont pas quitté l'élite.

« Il y avait un vrai effet pervers à cette formule : lorsqu'un club de Top 14 descendait avec de gros moyens, il avait 90 % de chances de finir premier et donc de remonter directement », nuance Jean-Robert Cazeaux, président du Stade Montois et grand défenseur de la formule actuelle, quand bien même son club, premier de la saison régulière en 2022 mais battu en finale par Bayonne puis en barrage par l'USAP, en a directement pâti.

« Je trouve cette formule très équilibrée, poursuit le dirigeant landais, qui a poussé pour son instauration comme élu au comité directeur de la Ligue. Surtout, elle a fait naître un Championnat totalement mature et Canal+ en a fait un vrai feuilleton sportif. Il est devenu plus attractif et l'exemple de Montauban, qui monte en étant sixième, est extraordinaire. »

« De toute façon, il n'y a pas de formule parfaite, conclut Dougal Bendjaballah. Quand on domine ce Championnat et qu'on veut rester en Top 14, c'est mieux de faire monter le premier. Mais la formule actuelle est aussi bien pour la qualité du Championnat et des audiences. »

Cela tombe bien, un changement n'est pas à l'ordre du jour.

La saison de Pro D2 débute cette semaine, avec ce jeudi un choc entre les deux grands favoris de la compétition : Brive et Oyonnax. Deux équipes qui possèdent un effectif digne d’un club de Top 14, ce qui est logique pour les Oyomen, relégués de l’élite la saison dernière. Brive de son côté possède plusieurs grosses têtes d’affiche comme Courtney Lawes ou Curwin Bosch. D’ailleurs, les gros noms sont légion cette saison dans l’antichambre de l’élite. George North à Provence, Jonny May à Soyaux-Angoulême… La bonne santé de la Pro D2 n’est plus à prouver.

Mais si l’argent reste un facteur déterminant, la vérité du terrain réserve souvent des surprises. La saison 2025-2026 pourrait bien en être une nouvelle illustration.

De McKinsey à la gestion d’un club de football professionnel (Achille de Rauglaudre)

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