« Rugby, la maison brûle » est le titre d'un documentaire réalisé par la chaine l'Equipe. Ce documentaire consacre une large partie aux clubs de Montpellier et Béziers avec notamment le témoignage de Doriane, ancienne compagne d'Hans N'Kinsi, deuxième ligne de l'ASB. Une enquête sur la face sombre du rugby en France : alcool, drogue, violences.
Les journalistes Sébastien Tarrago et Jules Bian-Rosa signent une enquête sérieuse sur les dérives du rugby professionnel, un milieu pas épargné par les scandales.

ANTOINE DUPONT : l'ascension d'un génie du rugby
Plongée dans les Coulisses Sombres du Rugby
Pendant plus d’une heure, le documentaire nous plonge dans les coulisses sombres du rugby français. Consommation effrénée de drogues récréatives, alcoolisation massive et excessive, usage d’anti-douleurs à outrances, viol en réunion, violences conjugales, racisme, problème de santé mentale et physique.
Le dénominateur commun de toutes ces dérives, c’est l’omerta et un certain immobilisme des instances dirigeantes.
Ce serait moins long de décompter les « valeurs de l’ovalie » dont, jadis, on entendait parler. Justement, le rugby aurait gardé des traditions - parmi lesquelles la sanctifiée troisième mi-temps -, incompatibles avec sa professionnalisation (en 1995).
Témoignages et Révélations
Elle raconte les coups qu'elle a reçu, la violence qu'elle a enduré.
Dans cette enquête sur les coulisses du monde de l'ovalie, il est beaucoup question des clubs de Béziers et de Montpellier. Coauteur du documentaire " Rugby la maison brûle" diffusé à partir d'aujourd'hui.
Doriane a été abandonnée, enceinte, sur une aire d'autoroute, tirée par les cheveux et frappée par Hans N'Kinsi, joueur de Pro D2. "Au départ c'étaient des bousculades, sous alcool (...) jusqu'au jour où il m'en a vraiment mis une (...) Je suis persuadée que pas mal d'entre eux pensent qu'être viril, c'est avoir des gros bras, parler comme un bourru, boire des canons, taper.
L'Affaire Taleta Tupuola
Le 5 octobre 2024, Taleta Tupuola, trois-quarts centre néo-zélandais de Béziers, a agressé son épouse au retour d'une soirée alcoolisée avec des coéquipiers. Récit d'une nuit de violence qui amènera le joueur à une condamnation de 14 mois de prison avec sursis. Un extrait de « La maison brûle », documentaire de L'Équipe enquête.

Alors que la soirée se termine, Taleta Tupuola, trois-quarts centre néo-zélandais de Béziers, prend le volant de son véhicule avec sa femme Shawna à ses côtés et leur petit garçon de 3 ans à l'arrière. Sur le chemin, le joueur percute quatre bornes en plastique. Le couple se dispute.
À leur arrivée à leur domicile, Shawna monte coucher son fils à l'étage. Le joueur les suit. « Maintenant, je vais défoncer ta mère », dit-il à son enfant. Quelques secondes plus tard, il attrape son épouse par le cou, il lui saisit les cheveux, elle tombe et dévale les escaliers.
Alors que la jeune femme se trouve encore allongée au sol, il lui assène un violent coup de pied au visage, puis un deuxième. En haut des escaliers, le petit garçon assiste à la scène en silence.
À la barre, le joueur apparaît contrit et reconnaît les faits et raconte une enfance au cours de laquelle la violence s'invitait trop souvent au sein du foyer familial. Il a le « coeur brisé », dit-il depuis qu'il sait que son fils a tout vu. Il est condamné à 14 mois de prison avec sursis.
Mais ce 14 novembre dernier, ce n'est pas seulement le procès de Taleta Tupuola qui s'est joué. Pierre Caillet, le manager de l'ASBH, est mis en cause par le réquisitoire du procureur de la République. A-t-il tenté d'étouffer l'affaire pour protéger son joueur ?
Les Maux Profonds du Rugby Français
Face à ce documentaire, le monde du rugby évoque, certes, des problèmes propres au monde du rugby, par exemple l’alcoolisme, mais pour le reste, ils parlent tous d’un “miroir grossissant de notre société”, que c’est le monde qui va mal, qu’il est de plus en plus violent et que le rugby n’est lui-même pas épargné.
Le rugby français a évolué trop vite et surtout mal. Sport à l’identité forte, les dérives ont toujours été identifiées : alcool, excès, violences, mais cachées derrière la « 3ème mi-temps ».
Le rugby est passé de sport de “copains” à sport business, en à peine 30 ans, une évolution beaucoup plus rapide que la moyenne. Le problème, c'est que la fédération et les clubs n'ont pas pris la mesure des dysfonctionnements et se servent encore aujourd'hui de l'argument “famille” et “l’esprit rugby” pour protéger les dérives de certains joueurs.
Au-delà de toute la problématique de la virilité, d'un complexe de supériorité, une autre piste beaucoup moins évidente pourrait expliquer la noirceur du rugby moderne. Celle d'un format professionnel pas du tout adapté à la dureté et la violence de ce sport conduisant à une culture du dépassement complètement toxique.

Sur une saison en Top 14, les joueurs subissent plus de 28 000 impacts, alors faut-il repenser le nombre de matchs, augmenter le nombre de jours de repos sans toucher au salaire ? En Irlande, ils ne font que 20 matchs par an, mais sont beaucoup moins payés.
Si rien ne change, combien de joueurs vont continuer d’exploser en plein vol, sur le terrain et surtout en dehors ? Car les cas de violences conjugales ne font qu’augmenter.
Réactions et Mesures
Face aux dérives qui ont aussi touché l'équipe de France, une nouvelle charte de bonne conduite a vu le jour, interdisant la consommation d'alcool dans les lieux de performance.
Le président de la fédération a esquissé ces derniers mois un petit mea-culpa.
Oui, la maison brûle, mais qui va éteindre l'incendie ? Pour l'heure, le rugby français se contente de souffler sur les braises en espérant que l’incendie ne gagne pas trop de terrain.