Histoire du Rugby à 7 en Afrique du Sud : De l'Apartheid à la Gloire Internationale

Depuis l’introduction du rugby en Afrique du Sud par les Britanniques, ce sport fait partie du patrimoine historique et culturel du pays. Les Sud-Africains sont considérés comme l’une des meilleures équipes nationales au monde grâce à leurs palmarès.

Ils détiennent dans leur armoire à trophée : deux Coupes du monde (1995 et 2007), trois tournois des Tri-nations (1998, 2004 et 2009) et deux Coupes d’Afrique des Nations (2000 et 2001).

Carte des provinces d'Afrique du Sud

Les Débuts du Rugby en Afrique du Sud

L’histoire du rugby sud-africain est indissociable de la diffusion des pratiques sportives par la matrice coloniale britannique. Inventé selon la légende par le Britannique William Web Ellis, à la Rugby School, en 1823, le rugby débarque en Afrique du Sud au port de la colonie du Cap dans les années 1860. Dès 1861, la presse locale relate une première rencontre entre Bishops et Rondebosch, deux lycées anglophones d'élite. En 1875 est fondé le Hamilton Rugby Football Club, considéré comme le plus ancien club du pays.

Quand les soldats britanniques importèrent le rugby en Afrique du Sud au XIXe siècle, imaginaient-ils seulement que les Afrikaners leur infligeraient quelques années plus tard et pour longtemps de mémorables déculottées sportives ? Mais il manque encore des joueurs pour former une équipe complète. Les Boers jouent alors avec leurs frères ennemis britanniques, même si les tensions entre les deux communautés sont palpables.

L'appropriation culturelle et politique du rugby atteint son paroxysme au sein de la communauté afrikaner, qui voit dans ce sport un moyen de contester l'hégémonie des colons britanniques et un vecteur du nationalisme afrikaner, associé au culte de la masculinité. Lors de la seconde guerre des Boers (1899-1902), des milliers d'hommes se sont initiés au rugby dans les camps de prisonniers. Après le conflit, en 1906, une étape symbolique est franchie avec la première tournée dans les îles Britanniques d'une équipe nationale, dont l'Afrikaner Paul Roos devient le capitaine.

Le Rugby et l'Apartheid

En 1948, le Parti national remporte les élections et applique l’Apartheid dans tous les domaines. Le sport est un outil comme les autres pour montrer la supériorité des blancs sur les noirs. En test-match, l’équipe d’Afrique du Sud est imbattable… jusqu’en 1956, que ce soit à l’extérieur ou à domicile.

Pour la population blanche, les sociabilités du rugby relèvent à l'école ou au club d'une pratique de distinction sociale et d'une affirmation de la supériorité raciale. De plus, ce sport s'organise au sein de réseaux sportifs et scolaires distincts et racialisés.

Cette distinction se retrouve sur le plan institutionnel avec la création de fédérations : la South African Rugby Board pour les Blancs en 1889 et la South African Coloured Rugby Football Board en 1887.

La mise en place de l'Apartheid, en 1948, exacerbe la fragmentation politique et culturelle du rugby. Parmi l'arsenal législatif déployé par le gouvernement d'Apartheid, deux lois configurent particulièrement la pratique du rugby. Voté en 1953, le Separate Amenities Act légifère notamment sur l'usage des infrastructures sportives. En 1954, le Bantu Education Act divise le système éducatif en quatre sous-systèmes : Bantu, Indien, « Coloured », Blanc. Elles interdisent la mixité raciale et favorisent les populations blanches.

La construction de l'équipe nationale se fait donc par et pour une minorité démographique. Mais l'oppression politique ne diminue en rien la pratique du sport pour les populations de couleurs. La province de l'Eastern Cape s'affirme comme le terreau du rugby noir. Quand les écoles, fautes d'infrastructures ou de savoir-faire, ne peuvent assurer la formation, les clubs locaux prennent le relais.

Mieux, la pratique du rugby s'affirme comme un outil de lutte contre le régime. Sur le plan institutionnel, les communautés noires et métisses s'organisent pour créer en 1966 leur propre fédération, la South African Rugby Union qui promeut la pratique du rugby multiracial. A l'échelle internationale, le boycott des équipes sud-africaines a pour but de fragiliser le gouvernement afrikaner.

En 1960, comble chez les All Blacks : aucun Maori n’est sélectionné dans l’équipe néo-zélandaise pour la tournée en Afrique du Sud. Par exemple en 1970, les Springboks reçoivent les All Blacks pour une série de quatre matchs. Des opposants à l’apartheid ont alors envahi la piste de décollage d’Auckland dans l’optique d’empêcher l’avion des All Blacks de rejoindre l’Afrique du Sud. L’un des piliers Néo-zélandais, Ken Gray, refusa de participer à cette série de matchs pour des raisons morales.

L'Ère Post-Apartheid et la Réconciliation

Les Springboks redeviennent fréquentables avec l’abolition de l’Apartheid le 30 juin 1991. Néanmoins, les politiques de réconciliation dans le domaine du sport accompagnent l'avènement de la démocratie en 1994, comme le prouve la fusion des deux fédérations antagonistes dès 1992.

Un homme l’attend tout particulièrement, c’est Nelson Mandela, élu président lors des premières élections démocratiques du pays en 1994. L’année 1995 est marquée par la victoire des Springboks à la Coupe du monde dans leur propre pays. Portés par tout un stade, par tout un peuple, les Springboks l’emportent face à la Nouvelle-Zélande ultra-favorite. C’est lui, le capitaine, qui a reçu des mains de Nelson Mandela le trophée de la Coupe du monde en 1995. Si la victoire de l'Afrique du Sud lors du Mondial de 1995 est un puissant symbole de réconciliation et un succès politique majeur pour Mandela, le rugby conserve l'image d'un sport de Blancs.

Pourtant, malgré une politique de quotas raciaux mise en place en 1999 puis abandonnée en 2003, les Springboks demeurent une sélection où les joueurs blancs sont nettement majoritaires.

Depuis 2013, la compétition est disputée annuellement. L'édition inauguratrice de 1993 de la Coupe du monde de rugby à sept est l'une des premières compétitions jouées par l'équipe sud-africaine de rugby à sept.

Nelson Mandela & Francois Pienaar Moment à RWC 1995

Les Joueurs Emblématiques

Eben Etzebeth

Alors qu'il devrait devenir samedi le Sud-Africain le plus capé de l'histoire en rejoignant Victor Matfield et ses 127 sélections, Eben Etzebeth a une place particulière dans l'histoire de la nation arc-en-ciel. Deux Coupes du monde, membre du XV de l'année 2023 et bientôt deux Rugby Championship et un record de capes... Eben Etzebeth est une légende en Afrique du Sud.

Cheslin Kolbe

Cheslin Kolbe, reconnu pour sa vitesse et son agilité, est devenu une figure de proue dans le rugby moderne. Né le 28 octobre 1993 à Kraaifontein, en Afrique du Sud, Kolbe a surmonté divers défis pour se faire une place parmi les joueurs les plus respectés de sa génération.

Kolbe a commencé son chemin sportif à l’école secondaire Hoërskool Brackenfell, où ses aptitudes pour le rugby à XV se sont distinguées. En 2009, il rejoint la formation des jeunes de la Western Province, une étape déterminante dans sa progression. En 2013, il élargit sa palette en intégrant l’équipe sud-africaine de rugby à sept, récoltant une médaille de bronze aux Jeux olympiques de 2016 à Rio de Janeiro.

Cheslin Kolbe en action

Autres joueurs notables

  • Percy Montgomery: Détient le record du plus grand nombre de points inscrits en équipe nationale : 893. Il est sacré champion du monde avec les Springboks en 2007, compétition dans laquelle il est élu meilleur marqueur ainsi que le meilleur joueur !
  • Bryan Habana: A marqué les esprits lors de la Coupe du monde 2007 en France. Lors de cette compétition avec, 8 réalisations, il égalise le record de meilleur marqueur d’essais alors détenu par le All-Black Jonah Lomu. En 2007 Bryan Habana devient le meilleur joueur du monde grâce à sa puissance et à sa pointe de vitesse incomparable. Le Springbok fait partie des joueurs les plus rapides de l’histoire du rugby, et enregistre régulièrement un temps de moins de 11 seconde sur 100m.
  • François Steyn: Champion du monde en 2007, alors qu’il n’avait que 20 ans, François Steyn (32 ans et 61 sélections) est un monument du rugby sud-africain.
  • Tendai Mtawarira: Surnommé « la bête », il compte, à 34 ans, 111 sélections internationales depuis 2008. Ce qui fait de lui le joueur le plus capé de l’histoire de la sélection.

Anecdotes et Faits Intéressants

Voici quelques faits intéressants au sujet de l’équipe nationale de rugby sud-africaine :

  • Barry John des Lions britanniques a été le premier joueur international à être remplacé et ce match a été joué contre les Springboks après l’amendement de la loi en 1968-69, autorisant les changement en cours de match.
  • Danie Craven est le président étant resté le plus longtemps en poste au South African Rugby Board - SARB.
  • Les joueurs des Springboks qui ont battu les All Blacks quatre fois en un an furent Victor Matfield et Fourie du Preez.
  • La première victoire pour les Springboks a été réalisée le 5 septembre 1896 quand ils ont gagné les Lions britanniques au Cap par 5-0.
  • Percy Montgomery est le premier Springbok à avoir joué 100 matchs.
  • Tom Van Vollenhoven alias Karel Thomas Van Vollenhoven est devenu le premier joueur de rugby sud-africain à marquer un hat trick en Afrique du Sud.

Rugby à 7 : Développement et Compétitions

Les premières traces du Rugby à 7 nous emmènent en Ecosse dans une petite ville du sud du pays, Melrose. Afin d’organiser le plus de matchs possibles dans la même journée, nos deux organisateurs décident de diminuer la durée de la rencontre à 15 minutes et de réduire les équipes participantes à 7.

Le rugby à 7 devient donc assez populaire dans la région de Melrose mais a du mal à éclore au sein du pays et en Europe. En 1921 a lieu le premier tournoi de rugby à 7 organisé hors de l’Ecosse, dans le Nord Est de l’Angleterre.

C’est en 1973, soit 90 ans après la création du sport, que le premier tournoi international officiel prend place lors de la célébration du centenaire de la fédération écossaise de Rugby à XV.

1993 est une année phare pour le développement international du rugby à 7. En effet, c’est en 1993 que la première coupe du monde de rugby à 7 a pris place. Cette coupe du monde s’est déroulée à Edimbourg en Ecosse et a mis en compétition 24 nations. Désormais la coupe du monde de rugby à 7 aura lieu tous les 4 ans et sera dirigée par l’IRB (International Rugby Board) nouvellement appelé World Rubgy depuis 2014. Cette coupe du monde a été remportée par l’Angleterre qui s’est défait de l’Australie en finale.

En 1990-2000, l’IRB décide d’organiser une série de 10 tournois internationaux afin de toujours populariser ce sport mais également pour permettre aux nations de garder un aspect compétitif avant les coupes du Monde qui se déroulent tous les 4 ans.

Les World Rugby Women’s Sevens Series sont créés en 2012-2013 et permettent au sport de s’ouvrir encore un peu plus au public féminin. En 2009, le rugby à 7 prend une autre dimension. Le comité olympique décide d’intégrer la discipline au sein des Jeux Olympiques d’été dès 2016 et les Jeux Olympiques de Rio.

Afin de se qualifier pour les échéances majeures comme les Jeux Olympiques, la Coupe du Monde mais aussi les World Series, des compétitions sur le plan continental sont organisées chaque année et regroupent des nations de chaque compétition.

L'équipe participe à la première épreuve olympique de rugby à sept en 2016, après s'être qualifiée par l'intermédiaire de la série mondiale.

En février 2019, dans le cadre du tournoi d'Australie, Kyle Brown devient le joueur ayant le plus de sélections de l'histoire des Blitzboks en série mondiale ; en disputant alors son 69e tournoi, il succède à Frankie Horne (en) qui compte 68 tournois disputés sur l'ensemble de sa carrière.

Voici un tableau récapitulatif des compétitions continentales de rugby à 7 en Afrique :

Année Lieu
2000 Nairobi, Kenya
2004 Lusaka, Zambie
2008 Tunis, Tunisie
2012 Rabat, Maroc

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