L'histoire du club de handball Rondelle est marquée par des personnalités hors du commun et des événements mémorables. De son parcours à son caractère, tout est assez spécial chez le jeune Mathys Rondel (20 ans).

La découverte de Mathys Rondel
Même la façon dont il a été recruté, grâce à un compagnon d'échappée. Boris Zimine, directeur de l'équipe de développement de Tudor, raconte : « Au Tour de la Mirabelle en 2022, je n'étais pas sur la course mais Clément Braz Afonso, un de mes anciens coureurs au CC Étupes avec qui je suis resté en contact, était à l'avant jusqu'à 600 m de l'arrivée et me dit par téléphone : "Le gamin avec qui j'étais, je suis sûr que t'aimerais l'avoir, parce qu'il a des chevaux mais aussi une histoire atypique." Et Clément sait que j'aime beaucoup les histoires atypiques. »
Celle-là est effectivement étonnante : fils d'Anthony Rondel, ancien champion de France et plusieurs fois recordman du monde en roller, Mathys a d'abord suivi la voie du père en se consacrant au patinage de vitesse. Le Sarthois rêvait même de participer aux Jeux d'hiver en 2026 quand le vélo n'était qu'un outil de préparation physique pour y arriver. Puis il a pris de plus en plus de place.
Entièrement tourné vers le cyclisme il y a moins de trois ans, Rondel a passé une saison au VC Pays de Loudéac, réserve de l'ancienne équipe B & B Hotels-KTM. Et si son histoire atypique a vite convaincu Zimine et son équipe suisse, ses chevaux ont aussi commencé à alerter les équipes françaises. Un peu trop tard.
Le choix de Tudor
« Pour moi, c'était sûr que j'allais signer chez Tudor, affirme le jeune grimpeur. Ils n'ont pas attendu que j'aie de gros résultats, ils cherchaient à faire une sorte de pari sur moi et ça m'a intéressé. Je n'ai pas eu autant de confiance de la part des autres équipes, notamment B & B. »
Rondel sait ce qu'il veut et ce n'est sûrement pas le défi d'une intégration dans une équipe étrangère, pas encore au niveau World Tour, qui allait l'inquiéter : « Je voulais me confronter. J'ai eu des propositions d'équipes françaises comme Groupama-FDJ, où ç'aurait sûrement été plus confortable, alors que là il a fallu apprendre l'anglais par exemple. Mais quand on regarde, tous les coureurs français qui vont dans une équipe à l'étranger marchent bien, donc mon but était de partir le plus vite possible. »

L'attention aux détails et l'avenir
Dans une équipe à l'écoute, en plus. Parce que le coureur a son caractère, ses attentes, et il faut être capable d'y répondre. « Quand tu le connais pas, la première chose que tu dois te dire c'est : "Oh lui, il va me casser les couilles", rigole Zimine, qui accorde une grande partie de son attention à son jeune compatriote. Il y a des points sur lesquels il est très, très méticuleux. Il faut que tout soit au millimètre. »
Notamment ce qui concerne l'aérodynamisme, comme le choix du textile, des choses qu'il avait l'habitude d'étudier en patinage de vitesse mais qui « sont plus considérées comme des gains marginaux dans notre sport. Ça peut parfois être chiant parce qu'il ne laisse rien passer, mais c'est hyper intéressant de travailler avec un coureur comme ça, ça tire tout le monde vers le haut. »
Dont la cellule de recherche et développement, qui n'a pas l'habitude de collaborer avec les coureurs de la dévo. Sauf que Rondel a signé en septembre un nouveau contrat jusqu'en 2027, signe de la confiance de son équipe et de la nature du projet : c'est du long terme.
Cela colle bien à la personnalité du coureur. Focalisé sur sa construction d'athlète, il débarque souvent devant son mentor avec un plan, des notes écrites de tous les points dont il veut discuter. « Et là, tu sais que t'en as pour une heure, raconte Zimine. Mais ça t'amène à te poser pas mal de questions. Et même s'il est têtu, si tu lui expliques les choses pour lui dire que sa réflexion a le mérite d'exister mais que sur ce point-là ça relève plutôt de la lubie, il va comprendre et adhérer complètement au plan sur lequel on se met d'accord. »
Cette année, le plan est d'améliorer ses qualités en contre-la-montre, histoire de « ne pas être en retard au moment de passer au niveau au-dessus si je dois jouer le général sur un Grand Tour ou une course d'une semaine, dix jours », anticipe déjà le coureur qui vise clairement la victoire sur le Baby Giro, en juin.
L'année 2023, marquée par sa 6e place sur le Tour de l'Avenir et une 2e au Tour Alsace, a prouvé qu'il en était capable. En fin de saison, il a même découvert, sans être à la ramasse (36e sur le Grand Piemonte, 72e sur le Giro del Veneto), des courses avec la ProTeam - il fera encore l'ascenseur entre la dévo et l'équipe du dessus cette année.
Engagement croisement pour des jeunes handballeurs par le coach Philipp I handball
Lui est pourtant resté sur sa faim : « Je n'étais pas complètement satisfait de ma saison. Il n'y a pas de victoire, j'ai fait, on a fait pas mal d'erreurs, mais on a beaucoup appris. J'aurai le temps d'avoir des résultats plus tard. Surtout tactiquement, j'ai pas mal de choses à améliorer. La science de la course, sentir le bon moment... C'est ce qui me manque encore. »
Cette ambition doublée d'un profond souci du détail n'est pas sans rappeler la personnalité de la pépite belge Cian Uijtdebroeks, dont le transfert polémique vers Visma-Lease a Bike cet hiver a révélé son mal-être au sein de l'équipe Bora-Hansgrohe.
Un exemple qui n'inquiète pas outre mesure Zimine : « Avec ses coéquipiers, ça se passe bien parce qu'il est capable de se sacrifier pour eux. Si tu lui demandes de travailler pour un autre, il va te dire ouvertement que ça le fait chier parce que c'est un compétiteur et qu'il pourrait gagner la course, mais tu peux l'avoir avec toi sans aucun doute parce qu'il est loyal. »
Et tout de même déconneur, ce qui l'aide à trouver sa place. « C'est pas le mec qui va faire la fête mais il va faire beaucoup de blagues, toujours sur un ton particulier parce que... C'est Mathys ! » Particulier, Rondel l'est jusqu'à sa posture sur le vélo. Zimine décrit un coureur aux « épaules larges mais assez sec, avec des bras et des jambes un peu longs, un tout petit tronc. Je n'aime pas trop ces comparaisons-là mais il fait penser à Thibaut (Pinot). »
La route est encore longue et pentue jusqu'à la carrière du Franc-Comtois. Le directeur sportif de Tudor est prudent, il ne veut pas griller son protégé avec une pression démesurée. Une chose est sûre, il y a quelque chose d'important en lui : « Ça fait cinq ans que je fais ce métier (directeur sportif), j'ai vu beaucoup de coureurs qui avaient un gros potentiel physique, et c'est le premier avec lequel je travaille qui a un vrai caractère de champion.