Regarder la Ligue 1 sur Telegram : Légalité et Risques

La saison 2024-2025 de Ligue 1 a débuté, mais une question persiste : le streaming illégal du football en France va-t-il se démocratiser ? Avec l'arrivée de DAZN comme nouveau diffuseur, les tarifs pour suivre le championnat ont grimpé en flèche, incitant de nombreux fans à se tourner vers des solutions illégales, notamment via Telegram et les boîtiers IPTV.

Les prix jugés exorbitants pour une offre dégradée ont convaincu de nombreux amateurs de football de se tourner vers des solutions illégales, via l'application Telegram ou un boîtier IPTV pour l'essentiel. Cette année, il faut débourser près de 15 euros par mois pour profiter d'un match lambda à chaque journée et 30 ou 40 euros par mois (avec ou sans engagement) pour visionner 8 des 9 rencontres. Un forfait auquel il convient d'ajouter 15 euros pour le dernier match licencié par BeIN Sports.

Pour le premier match de la saison, vendredi 16 août, qui n’avait rien d’une affiche - Le Havre-PSG -, plus de 200 000 personnes étaient connectées sur des flux de la messagerie cryptée Telegram. De plus en plus populaires au fil de la fragmentation de l'offre de football à la télévision ces dernières années, ces flux n'ont jamais été aussi faciles d'accès qu'aujourd'hui. Et près de 800.000 spectateurs ont été comptabilisés sur une page YouTube brésilienne diffusant la rencontre, accessible illégalement en France depuis un VPN.

Dans ces espaces gratuits, suivis parfois par plus de 100.000 membres, les pirates, qui opèrent pour certains depuis Bali, Dubaï ou la Thaïlande, diffusent les flux des rencontres de Ligue 1 et de coupes d'Europe en direct. Sur les réseaux sociaux, les amateurs de sport s'échangent aussi les bons plans IPTV, des boîtiers donnant accès à des abonnements piratés. À l'origine, l'IPTV est une technologie licite, qui permet simplement de capter la télévision par Internet. Aujourd'hui, on trouve des dizaines de fournisseurs d'IPTV illégales qui piratent les programmes de Canal+, Netflix, Amazon Prime Video, Disney+, BeIN Sports et désormais DAZN pour moins de 100 euros par an.

L’IPTV va-t-il tuer le football ?

Comment Fonctionne Telegram ?

Cette messagerie cryptée est devenue, ces dernières années, le nouvel eldorado du piratage sportif face à la hausse des prix des abonnements pour suivre la Ligue 1 et l’offre de streaming - diffusant les compétitions illégalement - qui se tarit. Avant même le coup d’envoi du premier match de la saison, des dizaines de milliers de personnes étaient connectées sur des flux, dont 50 000 sur un seul et même compte ! Soit autant de personnes qui ont pu profiter de la rencontre sans débourser le moindre centime d’euro.

Quels sont les risques pour les utilisateurs qui regardent le foot via Telegram ?

Suivre la saison de foot via des flux piratés sur Telegram est une pratique, sans surprise, illégale qui peut donner lieu à des sanctions. Ce que nous confirme Aurore Bonavia, avocate en propriété intellectuelle. « La diffusion non autorisée de contenus protégés par des droits d’auteur, comme les matchs de football, peut exposer les utilisateurs à des sanctions civiles et pénales. En pratique, ceux qui regardent ces matchs via des plateformes non autorisées risquent une amende pour contrefaçon, qui peut atteindre plusieurs milliers d’euros, voire des dommages-intérêts en fonction des circonstances. »

Les personnes qui visionnent ou diffusent des contenus protégés sans autorisation sont passibles de 3 ans d’emprisonnement et de 300 000 € d’amende (article L. 335-2 du Code de la propriété intellectuelle). En outre, les détenteurs de droits, comme les ligues de football ou les diffuseurs officiels, peuvent engager des actions civiles contre les utilisateurs pour obtenir réparation du préjudice économique subi. Cela peut inclure des demandes de dommages et intérêts proportionnels aux pertes subies.

Toutefois, ajoute Me Bonavia, l’identification et la sanction des utilisateurs finaux sont souvent plus complexes. « Les autorités et les titulaires des droits se concentrent en général sur les diffuseurs illégaux, mais cela ne signifie pas que les spectateurs soient totalement protégés. L’ARCOM, le gendarme de l’audiovisuel, a également des pouvoirs de sanctions à l’égard des diffuseurs, mais aussi des utilisateurs qui consomment ces contenus illégaux. Elle dispose d’un système de riposte graduée, hérité d’HADOPI, rappelle l’avocate. Si l’utilisateur récidive, un nouvel avertissement est envoyé. En cas de nouvelle récidive, l’affaire peut être transmise aux autorités judiciaires, qui peuvent infliger une amende pouvant aller jusqu’à 1 500 €.

En théorie, un spectateur regardant du football via une IPTV diffusant des flux piratés ou via la plateforme Telegram peut être reconnu coupable de recel de contrefaçon et passible de 5 ans d'emprisonnement et 375.000 euros d'amende. En pratique, les internautes français risquent surtout un rappel à la loi. 137.000 avertissements ont été émis l'an dernier. En cas de récidive, des amendes allant de 90 à 1.000 euros peuvent être prononcées. Pour l'heure, les autorités s'attachent surtout à cibler les diffuseurs. L'Arcom a fait bloquer plus de 1.500 noms de domaine illégaux qui donnaient accès à ces rencontres piratées ces derniers mois.

Pour les utilisateurs d'IPTV et de Telegram, les risques sont aussi inhérents à la cybersécurité. Brancher un boîtier piraté sur son réseau domestique n'est pas sans danger pour les données personnelles du foyer. Les clients de ces offres illégales ne sont pas non plus à l'abri d'une arnaque lors du paiement de l'abonnement. Les consommateurs d'IPTV illicites n'ont pas la garantie que leurs flux ne seront pas coupés avant le terme de leur abonnement et aucun recours légal à leur disposition. L'installation d'un virus lors de l'ouverture d'un flux vidéo est aussi un risque à considérer.

Autre aspect à prendre en compte, les chaînes Telegram qui diffusent les rencontres sportives dissimulent parfois des activités malveillantes, incitant les consommateurs à s'inscrire sur des plateformes de jeux d'argent, à prendre part à des arnaques aux cryptomonnaies ou à visionner des images pornographiques.

Comment la LFP et les diffuseurs luttent contre ce piratage ?

Depuis plusieurs années, la Ligue de football (LFP) mène la fronde contre les diffusions non autorisées de match de football sur des sites pirates. La France a musclé son arsenal contre le piratage des événements sportifs ces dernières années, avec notamment la fusion du CSA et de l'Hadopi au sein de l'Arcom en 2022 et l'entrée en vigueur d'un dispositif dédié qui permet à la LFP d'obtenir le blocage des sites de streaming et des IPTV illicites auprès des fournisseurs d'accès à Internet pour l'ensemble de la saison.

Cet été, elle a obtenu par le tribunal judiciaire de Paris une victoire : le blocage de sites de streaming en direct et de services d’IPTV qui diffusent sans autorisation les championnats de Ligue 1 et de Ligue 2. « Si cette décision est la quatrième injonction de blocage obtenue par la LFP depuis la création du dispositif de lutte contre le piratage sportif en janvier 2022, elle est la première à avoir été obtenue en amont du début d’une saison », se félicite la Ligue dans un communiqué. Fait nouveau, la ligue a obtenu pour la première fois début août une injonction préventive qui doit lui permettre de faire appliquer plus rapidement les mesures de blocage cette saison.

La lutte contre les flux Telegram est une autre paire de manches. Si les diffuseurs et les ayants-droits, via leurs prestataires technologiques, parviennent facilement à repérer et signaler les flux illicites, la plateforme refuse de jouer le jeu de la modération en direct. Si certaines diffusions via cette messagerie ont pu être signalées, elles n’ont toutefois pas été coupées. Telegram ne jouant pas le jeu de la modération rapide, indiquait la LFP à nos confrères du Parisien. "Toutes les diffusions illicites sont notifiées par notre prestataire anti-piratage Athletia.

Pour contrer ce phénomène, les diffuseurs et ayants droit font appel à des prestataires de service spécialisés en cybersécurité. Grâce à plusieurs algorithmes, ils détectent les liens frauduleux et les notifient au réseau social. Longtemps sourd aux demandes de retrait des liens, Telegram se plie depuis peu aux requêtes.

Mais, pour de nombreux diffuseurs, la fermeture de ces groupes reste encore insuffisante. « L'objectif principal est d'obtenir un retrait pendant l'événement. Malheureusement, Telegram ne répond pas toujours à nos notifications et lorsqu'ils le font, cela peut être jusqu'à vingt-quatre heures après », regrette Sarah d'Arifat, directrice juridique de beIN Sports.

Les tarifs prohibitifs pratiqués par le nouveau diffuseur du championnat français DAZN - 29,99 € par mois avec engagement d’un an ou 39,99 € mensuels sans engagement - poussent de nombreux fans de foot à se tourner vers l’illégalité.

Alternatives au piratage

Face aux coûts élevés des abonnements légaux, plusieurs alternatives existent pour les fans de football souhaitant suivre la Ligue 1 sans enfreindre la loi :

  • Abonnements groupés : Partager un abonnement avec des amis ou de la famille peut réduire considérablement le coût individuel.
  • Offres promotionnelles : Surveiller les offres spéciales et les promotions proposées par les diffuseurs peut permettre de bénéficier de tarifs réduits.
  • Regarder les matchs au bar : De nombreux bars sportifs diffusent les matchs de Ligue 1, offrant une ambiance conviviale et une alternative légale au streaming illégal.

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