L'Histoire du Red Star Olympique Rugby: Plus qu'un Club, une Identité

Le Red Star Olympique Rugby, bien plus qu'un simple club sportif, incarne une histoire riche et complexe, intimement liée à la ville de Saint-Ouen et à ses valeurs. De ses origines bourgeoises à son ancrage dans la banlieue rouge, en passant par son joueur-résistant emblématique, Rino Della Negra, le Red Star possède une identité unique dans le paysage sportif français.

Devenu récemment Audonien, je m’enquis auprès de l’office du tourisme sur les activités de ma nouvelle ville. L’exposition de l’office du tourisme de Saint-Ouen n’était pas exclusivement footballistique, retraçant la longue histoire du club, un film d’une vingtaine de minutes, Nous sommes le Red Star, de Christian Paureilhe et de Monica Regas, complétait la visite.

Les Débuts d'un Club Omnisports (1897-1909)

La longue histoire du Red Star Football Club commence en février 1897, dans le 7e arrondissement de Paris, au Gros-Caillou. Tout a commencé en 1897, quand Jules Rimet, 23 ans, son frère Modeste et deux amis proches (Ernest Weber et Charles de Saint-Cyr) créèrent au café des sports de la rue de Grenelle (7e arrondissement de Paris) un club omnisports (athlétisme, rugby, lutte, escrime, cyclisme), dont le football prit au fur et à mesure l’ascendant sur toutes les activités proposées.

L’objectif de son créateur - Jules Rimet - était d’installer un club omnisports prônant la mixité sociale et s’opposant à la mouvance anticléricale du Parti radical, alors au pouvoir. Originaire de Theuley (Haute-Saône), d’une famille paysanne, Rimet est éduqué dans un milieu emprunt du catholicisme social. Une fois installés à Paris, ses parents fréquentent des cercles catholiques ouvriers où la question sociale est très prégnante - dans un contexte de crise économique succédant à la guerre franco-prussienne et à la répression de la Commune.

Mais le brassage social par le sport tant désiré par le Franc-Comtois ne se concrétise qu’à travers la spécialisation du club dans le football. Les distinctions sociales se perpétuaient en effet au travers de sports tels que le rugby, l’escrime ou le tennis, considérés comme étant nobles et pratiqués par les enfants des familles aisées. A l’inverse, le football - sport ouvrier et populaire par excellence - pouvait réunir les conditions souhaitées par Jules Rimet.

Le sport n’était pas un but en soi pour le Haut-Saônois, mais avant tout un levier pour faire passer ses idées de christianisme social. Pour lui, le sport sert à éduquer et à canaliser la violence des individus. Le Red Star comptait ainsi, par exemple, une section littéraire et artistique.

En outre, le nom et le symbole de l’étoile rouge ne prennent pas leurs racines dans le communisme. La légende raconte qu’il s’agit d’une proposition de Miss Jenny, gouvernante de la famille Rimet, qui choisit la dénomination du club à partir de la compagnie maritime anglaise Red Star Line. Le logo de la société fut également repris tel quel.

Sous la pression des charges de plus en plus fortes que représente la location des terrains au pied de la Tour Eiffel, le Red Star se voit dans l’obligation de déménager. Une première fois à Meudon, aux alentours de 1900, avant de revenir au boulevard de Grenelle en 1907, pour définitivement s’installer en banlieue ouvrière à Saint-Ouen en 1909. C’est en 1909 qu’il déménagea à Saint-Ouen quand la création du vélodrome d’hiver (le futur « Vel d’Hiv ») le chassa de Grenelle.

L'Âge d'Or et l'Ancrage Populaire (1910-1945)

Très vite, le club devient l’un des plus grands du football français, remportant quatre Coupes de France dans l’entre-deux-guerres en 1921, 1922, 1923 et 1928. C’est dans les années vingt que le club connut son heure de gloire en remportant successivement trois Coupes de France (1921 contre l’Olympique de Paris ; 1922, le Stade rennais ; 1923, le Football Club de Sète) grâce à des joueurs de classes internationales tels que l’arrière Lucien Gambin (1890-1972), le gardien de but Pierre Chayriguès (1892-1965), dont le journal L’Auto déclara qu’il était le meilleur gardien de tous les temps ! La Coupe de France, dans ces années-là, était l’épreuve sportive la plus populaire, tous sports confondus.

Enfin, en 1928, le Red Star remporta sa quatrième victoire en Coupe de France face au Club Athlétique de Paris au stade de Colombes. Une rivalité se forme alors avec l’autre grand club de Paris, le Racing Club de France Football, basé à Colombes.

Dès son arrivée à Saint-Ouen, le Red Star joue dans le stade de Paris - devenu officieusement stade Bauer après la Seconde Guerre mondiale, du nom d’un médecin résistant communiste fusillé par les Nazis en 1942. Cet écrin de 10 000 places - 3 000 actuellement - va devenir une part importante de l’identité du club audonien. Les spectateurs y assistent aux exploits du club étoilé, au beau milieu des usines de métallurgie. Le samedi, jour de match mais aussi de travail, de nombreux ouvriers vont à Bauer durant leurs pauses pour se divertir.

Lorsque Rino Della Negra arrive au Red Star FC en 1943, il est alors un grand espoir du football français. Son avenir semble tout tracé dans une équipe qui vient de gagner la Coupe de France (2-0 face au FC Sète). L’équipe première est alors composée de grands noms comme le gardien Julien Da Rui, le défenseur Helenio Herrera - futur entraîneur de l’Inter Milan qui popularisera le catenaccio en Europe - ou le virevoltant ailier droit Alfred Aston.

Également ailier droit, Della Negra ne joua finalement aucun match officiel en tant que titulaire et n’œuvra sur le terrain qu’avec les équipes de jeunes. C’est en tout cas ce qui a longtemps été cru car ce dernier avait bien intégré l’équipe amateure, le club ayant perdu son statut professionnel en 1943. Ce dernier pouvait même faire 100 mètres en 11,45 secondes.

C’est à partir d’octobre 1942 qu’il entre aux 3e détachement italien des Francs-tireurs et partisans de la main d’œuvre immigrée (FTP MOI) sous le commandement de Missak Manouchian - refusant de se soumettre au service du travail obligatoire (STO) en Allemagne. Dès lors, sous le pseudonyme « Robin », Rino entreprit plus d’une douzaine actions résistantes : l’exécution du général Von Apt le 7 juin 1943, l’attaque du siège central du Parti fasciste italien à Paris le 10 juin 1943, ou l’assaut de la caserne Guynemen à Rueil-Malmaison.

Son dernier haut fait fut un échec. Le 12 novembre 1943, une attaque contre des convoyeurs de fonds allemands tourne mal. L’ailier droit est blessé puis capturé, comme le reste du groupe Manouchian les jours suivants. En résulte la publication de l’Affiche Rouge à l’occasion du procès des membres de la FTP MOI, le 17 février 1944. Une propagande vichyste visant à les discréditer, sous prétexte qu’ils soient étrangers, communistes ou d’origine juive.

Avant son exécution le 21 février 1944, l’attaquant écrivit deux dernières lettres destinées à sa famille - une à son frère et une autre à ses parents.

Palmarès du Red Star jusqu'en 1945

Compétition Nombre de titres Années
Coupe de France 4 1921, 1922, 1923, 1928

Le Red Star, Reflet de la Banlieue Rouge (1945-1990)

En 1945, une polémique se déclara entre le club et la ville qui voulait récupérer le stade. Outre de drastiques conditions financières, le Red Star pour le conserver fut alors obligé de se fondre avec plusieurs clubs locaux pour mutualiser les frais : le Gymnase club, l’Union sportive et artistique audonienne, l’Union des marcheurs de Saint-Ouen, le Club sportif audonien. En 1948 eut lieu la fusion avec le Stade français qui ne dura que deux saisons, vu les résultats médiocres.

Cette relation fut renforcée avec l’arrivée à la présidence du club de Jean-Baptiste Doumeng en 1967 - surnommé le « milliardaire rouge ». Le magnat fit fortune dans l’industrie agroalimentaire, notamment grâce à ses échanges commerciaux privilégiés avec l’URSS. Il resta à la tête du Red Star jusqu’en 1973, remplacé par Paul Sanchez, 1er adjoint au maire. Il n’était d’ailleurs pas rare de croiser au stade Bauer Georges Marchais - secrétaire général du Parti communiste français de 1972 à 1994 - et d’entendre retentir l’Internationale dans les tribunes. Cette période correspond également à un retour sportif au premier plan national. Le club audonien oscille alors entre première et deuxième divisions de 1961 à 1978.

Fait étonnant : leur accès à la D1 en 1967 s’était effectué par l’intermédiaire d’une improbable fusion avec le Toulouse FC. 1978 fut une mauvaise année, le club étant mis en redressement judiciaire en raison d’une dette contractée envers une caisse de retraite interprofessionnelle. Exclus une nouvelle fois du football professionnel, les joueurs furent licenciés et rétrogradés en division d’honneur. Dans les décennies suivantes, l’ascenseur se fit entre la D2 et la D3, puis entre la D3 et la DH.

Néanmoins, Dimitri Manessis tient à nuancer cette relation entre le PCF et le club à l’étoile rouge - car leurs liens restent indirects. Selon lui, « l’identité du Red Star est celle de la banlieue rouge, de la culture ouvrière beaucoup plus que du communisme en lui-même ». Il faut dissocier la politique économique et sportive que veut mettre en place une direction et l’identité sociale des supporters.

Dans les années 80 et 90, le Red Star continua de jouer en 2ème division. Cependant, l’identité communiste et ouvrière du club périclitait lentement. Le phénomène de désindustrialisation fit perdre peu à peu la culture ouvrière de la banlieue et la fin de la Guerre Froide fit décliner le militantisme communiste dans les pays occidentaux.

La Renaissance et l'Héritage de Rino Della Negra (Depuis 1990)

À partir des années quatre-vingt, une politique fut mise en place renouant ainsi avec le projet de Jules Rimet de faire rimer sport avec social, culture et éducation. D’abord, le Red Star développa une politique de formation des jeunes, puis en 1991 il créa un centre de formation entre le football et la société. Patrick Lecornu et François Gil, deux dirigeants, formèrent des jeunes franciliens issus des zones urbaines sensibles. En 1998, dans le même esprit, fut créé le « Red Star emploi » qui recruta 200 emplois-jeunes et offrit à ceux-ci des formations qualifiantes. Puis, en 2008, fut installé le « Red Star LAB », créé par Patrick Haddad le président actuel du club. C’est un laboratoire artistique et culturel à destination des jeunes licenciés du club pendant les vacances scolaires. Le but est d’élargir leur champ de vision en les initiant à l’art et à la culture.

Bien que le public actuel du Red Star demeure ancré à gauche de l’échiquier politique, l’étoile rouge ne symbolise plus le communisme pour les observateurs extérieurs. Les supporters sont davantage emprunts des idées de l’antifascisme et de l’antiracisme - retournant aux racines de l’engagement de l’ailier droit dans la Résistance.

Pourtant, son existence n’a été découverte qu’au début des années 2000 par l’historien Claude Pennetier - qui finalisa le travail de Jean Maitron sur son Dictionnaire biographique du mouvement ouvrier français. Preuve en est, l’agencement d’une plaque commémorative à l’entrée du stade Bauer en 2004. L’historien Dimitri Manessis explique que la représentation de l’ailier droit par les supporters du Red Star est à transposer en réaction à la montée du Front National depuis la fin des années 80 - ponctuée par les élections de 2002.

Pour lui, « ceux qui ont permis que l’icône de Rino Della Negra reprenne toute sa place dans la vie du club, ce sont les supporters à partir des années 2000. Pour faire venir cette figure dans les tribunes ».

En hommage, la tribune principale du stade Bauer porte son nom.

Le palmarès du Red Star est constitué de cinq Coupes de France (1921, 1922, 1923, 1928 et 1942), de deux Championnats de France de deuxième division, en 1934 et 1939, de deux Championnats National (ex-D3), en 2015 et 2018.

Racheté en 2022, par un fonds de pension américain le « 777 Partners », le club est actuellement en National, mais a l’ambition de revenir au plus haut niveau, d’abord en Ligue 2 (ex-D2), puis à terme (rêvons) en Ligue 1 (ex-D1). Pour s’en donner les moyens, le stade Bauer, depuis 2021, est en reconstruction et contiendra 10 000 places.

Culture ouvrière, ferveur populaire et esprit de résistance rythment le cœur de cet écrin vieux de cent treize ans. « Je suis tombé amoureux de la ferveur du club, que ce soit dans les gradins ou sur le terrain.

Le stade Bauer, lieu emblématique du Red Star. Source: Onze Mondial

Le Red Star et ses Rivaux

De fait, au cours de sa longue histoire, les grands rivaux du Red Star furent et restent encore grandement ceux du terroir francilien. Lorsque les désormais Audoniens se retrouvent face à l’Olympique de Paris au stade Pershing, le 24 avril 1921, l’enjeu consiste pour les deux équipes à affirmer et asseoir une certaine suprématie dans ce foot encore marqué du sceau du centralisme jacobin.

Ce combat pour s’assurer l’hégémonie sur la région parisienne et ses nombreuses équipes continuera un bout de temps. L’homme libre, le quotidien fondé par Clemenceau, explique encore le 30 mars 1933, au sujet d’une rencontre entre le CA Paris et le Red Star qu’« une longue rivalité sépare les deux formations ».

L’autre grand client se nomme le Racing Club de Paris, qui arrivera, pour sa part en plein chamboulement du Front populaire, à décrocher un doublé le 3 mai 1936 au stade Yves-du-Manoir, à Colombes, grâce à son canonnier pied-noir Roger Couard (issu du Racing universitaire d’Alger si cher à Albert Camus, on y revient) et au sérieux de son entraîneur, un certain George Kimpton, adepte d’un WM (ou 3-2-2-3) sobre et efficace.

Toutefois, rien ne remplace la saveur de la rivalité avec les voisins parisiens. Le 4 Mars 1978 notamment, dans un Bauer chauffé à blanc, le coach du PFC se prend des cailloux sur la tête après un bras d’honneur au public. Les 90 minutes ont des allures de fin du monde, puisqu’elles se soldent par une défaite et un envahissement de terrain. Le club dépose le bilan et doit repartir en D4. Il faudra attendre le retour en forme sportive des Audoniens pour que la rivalité, largement entretenue par les médias autour du fameux et si attendu second club parisien, reprenne un peu d’actualité.

Red Star Rugby : Un Terrain Confisqué pour les JO 2024

À Saint-Ouen (Seine-Saint-Denis), le Red Star Rugby a vu son terrain historique être transformé en grand parking le temps des Jeux olympiques et paralympiques de Paris 2024. Les jeunes joueurs de l’école de rugby du Red Star ont été contraints de délocaliser leurs entraînements à L’Île-Saint-Denis.

Dans le dos un même numéro - le 93 - et sur le cœur une même étoile, rouge évidemment : ici on est au Red Star Rugby. « On n’est plus chez nous, attaque Mady, petit rugbyman en herbe. Notre vrai stade, c’est Pablo-Neruda, à Saint-Ouen.

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