Le football, bien plus qu'un simple sport, est devenu un phénomène mondial aux ramifications politiques et sociales profondes. L'histoire du football est intimement liée à la politique, et son évolution reflète les dynamiques de pouvoir et les enjeux identitaires qui traversent nos sociétés. Cet article explore les différentes facettes de cette relation complexe, en analysant comment le football est utilisé comme un instrument politique, tant au niveau national qu'international.

FIFA Headquarters
Les racines politiques du football
D'abord, parce que le football a été lié à la politique elle-même. Si vous prenez par exemple l'ouest de la France et la Bretagne en particulier, le football s'y est beaucoup développé au début du XXe siècle avec les patronages catholiques. Selon les lieux, le football a été associé à des idéologies politiques. C'est encore plus vrai dans les dictatures, comme celle exercée par Mussolini, en Italie, où tous les sports étaient politisés. Il y a toujours eu un lien entre la politique et le football.
On peut prendre l'exemple de la Coupe de France, qui a été créée pendant la Première Guerre mondiale. Pendant l'Entre-deux-guerres, elle a été appelée « petite fête nationale du football français », car elle portait les idéaux de la République et, notamment, l'égalité et la méritocratie parce que toutes les équipes françaises, petites ou grandes, y participaient. Encore aujourd'hui, c'est une compétition populaire parce que l'ordre entre les puissants et les plus faibles peut être inversé.
Le football, un outil de visibilité et de communication pour le pouvoir
Aujourd'hui, les hommes politiques profitent pleinement de la médiatisation du football. Il existe une particularité en France qui fait que les fédérations françaises n'existent que parce que l'État leur donne délégation, ce qui lui permet de les subventionner mais également d'intervenir. On l'a bien vu depuis six ans, que ce soit avec l'affaire de l'Afrique du Sud ou avec l'affaire Benzema, lorsque Manuel Valls s'est prononcé pour la non-sélection de Karim Benzema. Le football est un objet politique mais il a sa vie propre et ses codes. Il serait exagéré de tout réduire à la politique, car c'est aussi un jeu, de l'argent, et des identités locales.
Avec l'effet 1998, le football est devenu une chose plus sérieuse en France parce qu'on s'est aperçu qu'il a pu diffuser une certaine idée du pays et de la nation de part sa médiatisation. Les hommes politiques ont vu qu'ils pouvaient en tirer profit. On pourrait par exemple parler de Lionel Jospin ou de Jacques Chirac mais ce ne sont pas les seuls. En Allemagne, Angela Merkel a également tiré profit du football avec la Nationalmannschaft.
Le football contribue à la médiatisation de la politique et parfois à sa peopolisation. Cela s'explique aussi effectivement par le fait que le football a envahi les médias. Les équipes nationales ont également su fédérer un public qui n'est plus seulement masculin puisque les femmes s'y intéressent, ce qui fait qu'on a exigé des footballeurs qu'ils aient un devoir d'exemplarité. Tout cela rappelle une vieille représentation du sport amateur où l'on apprend à se dominer et où le football est une école de la morale. Les matchs des équipes nationales sont également source d'une émotion nationale partagée, que ce soit en 1998 ou en 2006. Cela fait vibrer une nation et comme la nation, c'est la République, on en revient à la politique.
Même si l'équipe de France représente d'abord une fédération nationale qui fait partie d'une société civile du sport, pour beaucoup, elle représente la France, comme l'armée française peut la représenter également.
L'histoire du football ⚽ - Résumé sur cartes
Le rôle de la FIFA et la corruption
D'un point de vue plus international, la FIFA, dans l'oeil du cyclone ces derniers temps, peut-elle profiter de l'arrivée à sa tête de Gianni Infantino ? Infantino va apporter quelque chose de jeune et vient d'une confédération qui est plutôt sérieuse. Mais je pense que l'on prête trop à la FIFA, dont le but est d'organiser les compétitions, ce qu'elle fait très bien. Le problème n'est pas tellement la FIFA en elle-même, même si des dirigeants ont pu avoir des comportements répréhensibles. Ceux qui sont en cause, ce sont plutôt les dirigeants des confédérations représentant le monde du football.
Ce n'est donc pas tant la FIFA qu'il faudrait réformer mais plutôt les confédérations comme celles de l'Asie ou l'Amérique du Sud, où la corruption est omniprésente. Tout cela est donc très difficile à réformer. On peut remplacer les dirigeants mais il n'est pas certain que les nouveaux soient plus propres que les précédents. La problématique de la FIFA est également clairement liée à l'argent du football et donc à l'argent de la télévision.
Si on arrêtait de regarder le foot à la télévision, il n'y aurait plus de scandales à la FIFA puisque l'essentiel des revenus vient de la télévision et de la bulle médiatique générée depuis plus de 20 ans. Le problème révèle, en fait, la corruption du monde qui est un problème beaucoup plus vaste et beaucoup plus difficile à résoudre. Et tant qu'elle restera un mode de fonctionnement dans une partie du monde, il sera également difficile de l'éviter à la FIFA. Et Gianni Infantino n'écartera pas définitivement le problème.
Discrédit du football et de la politique
Finalement, le football comme la politique souffrent tous deux d'un certain discrédit ? Il faut relativiser cette vision des choses. Le football a toujours été méprisé en France. Les footballeurs ont souvent été représentés comme des crétins. Le football a aussi toujours été méprisé des élites qui lui ont longtemps préféré le rugby. Le ballon rond possède un enracinement très inégal en France et on ne peut pas dire qu'il est le sport national, comme en Espagne ou en Allemagne. Il a toujours souffert d'un discrédit car c'est un sport populaire et un sport d'immigrés. Il a tout d'un coup été promu au rang de sport fédérateur en 1998 mais cela est redescendu et on est vite revenu à l'état initial.
La politique est aujourd'hui aussi déconsidérée mais il faut relativiser dans le sens où, lors des grandes élections comme les présidentielles, le taux d'abstention est relativement réduit. Les Français méprisent la politique mais sont quand même passionnés par ce qu'il se passe dans ce domaine. Il y a une sorte de schizophrénie, un peu comme dans le football.