Controverses autour des paiements et transferts dans le handball et le football au Qatar

Le Qatar est devenu un acteur important du football international ces dernières années, comme en témoignent ses investissements en Europe (Paris-SG, Malaga CF) et l'organisation de la Coupe du Monde 2022.

Cependant, des questions se posent quant à la transparence et à l'éthique de certaines opérations financières liées au sport dans ce pays. Cet article explore diverses controverses, allant des paiements de supporters aux accusations de corruption impliquant de hauts responsables.

Mondial de handball 2015 : Supporters payés et absence de médias

Lors du Mondial 2015 de handball, organisé par l'émirat, un procédé similaire avait été mis en place.

En 2012, le site spécialisé HandStation rapportait que le Qatar avait recruté une soixantaine de supporters issus de trois clubs de première division espagnole. Leur objectif : former un kop qatari, mettre l'ambiance dans les tribunes et soutenir la sélection locale.

En contrepartie, ces supporters se sont vu offrir le voyage pour Doha, hébergement, repas, billets et autres frais compris. L'organisateur en avait fait de même pour toutes les autres sélections, afin de s'assurer de la présence d'au moins 20 fans bruyants encourageant leur équipe.

Parallèlement, le Championnat du monde en Égypte a été marqué par des restrictions d'accès aux médias. La procédure d'accueil de la presse n'a été dévoilée qu'un mois avant le début du Mondial. Télés, radios et journaux ont découvert avec stupeur que, pour pouvoir interviewer les joueurs et travailler dans les salles, il fallait obligatoirement choisir le « package bulle », hébergement, repas et transferts inclus.

Tarif : 230 euros la nuit, un montant bien supérieur à ceux pratiqués habituellement en Égypte. Ce coût et la situation sanitaire ont fait reculer bien des organes de presse. C'est pour cette dernière raison que, pour l'instant, « L'Équipe » n'a pas envoyé de reporters sur place.

Couvrir une grande compétition masculine de hand à distance, à la télévision, au téléphone et avec des conférences de presse sur Youtube, une bien regrettable première pour notre journal depuis plus de trente ans.

Même le diffuseur officiel de la compétition, beIn Sports, ne sera présent qu'à travers son reporter intégré à la délégation des Bleus. Les commentaires seront assurés depuis Paris, comme lors de l'Euro féminin au Danemark le mois dernier. La décision de la chaîne serait aussi liée aux tensions diplomatiques de ces dernières années entre le Qatar (où est basé Al-Jazeera, la maison mère de beIn Sports) et l'Égypte.

Il y a aussi tous les obstacles administratifs, la procédure de visas très aléatoire, les accréditations accordées tardivement... Et des procédures de paiement extrêmement floues pour ne pas dire suspectes, en tout cas totalement inhabituelles pour un événement de cette envergure.

Accusations de corruption et transferts suspects

Le président du PSG, Nasser Al-Khelaïfi, est mis en cause par Mediapart et par le Guardian. Les deux médias dévoilent ce lundi un courrier à en-tête de sa société Oryx QSI dans lequel le patron du club de la capitale aurait donné des consignes relatives au paiement de commissions sur le transfert de Javier Pastore en 2011, sur instruction de Tamim Al-Thani, devenu depuis l'émir du Qatar.

Selon le courrier, Nasser Al-Khelaïfi demande au directeur cabinet de Tamim Al-Thani de verser 2 millions d'euros de commission à Marcelo Simonian, l'agent de Pastore, et 200 000 dollars à Oryx, la société qu'il détient avec son frère.

Les règlements internationaux interdisent au propriétaire d'un club de verser directement des commissions à un intermédiaire sur un transfert, en dehors du mandat délivré par un club ou un joueur.

Mediapart souligne aussi que ce courrier pourrait fragiliser la défense de Nasser Al-Khelaïfi dans le dossier de l'attribution des Mondiaux d'athlétisme 2017. Le président parisien aurait en effet affirmé qu'il ne jouait qu'un rôle secondaire dans la société Oryx et qu'il ne disposait pas de pouvoir de signature.

Nasser Al-Khelaïfi a été mis en examen au mois de mai pour des soupçons de corruption active dans le cadre de l'attribution des mondiaux d'athlétisme 2017.

Le Qatar a-t-il payé pour obtenir l’organisation des Mondiaux d’athlétisme ? Alors que le petit émirat a été choisi pour accueillir les championnats du monde en 2019, plusieurs virements bancaires, que Le Monde a pu consulter, amènent à se poser la question.

D’après des données rassemblées par le fisc américain et auxquelles nous avons pu avoir accès, deux importants transferts d’argent ont été réalisés, le 13 octobre et le 7 novembre 2011, pour une somme totale de 3 499 950 dollars, d’Oryx Qatar Sports Investments (QSI) vers la société Pamodzi Sports Consulting. Soit un peu plus de 2,5 millions d’euros, selon le taux de change de l’époque.

Des éléments matériels troublants car les identités de l’émetteur et du bénéficiaire, comme les dates de ces transactions financières, interpellent. Oryx QSI, à l’origine des deux versements, est un fonds d’investissement de l’Etat qatari. Quant à Pamodzi Sports Consulting, une société spécialisée dans le marketing sportif, elle a pour dirigeant un certain Papa Massata Diack.

Francis Szpiner a indiqué à L'Équipe : « Nous allons déposer plainte pour faux et usage de faux. Ce sont des méthodes inacceptables. Mediapart a refusé de nous le communiquer, soi-disant à cause du secret des sources, et il le publie juste après. » Déjà dans l'article de Mediapart, les avocats de NAK mettaient en doute l'authenticité des documents, évoquant la « quantité énorme de fausses informations et de documents fabriqués » par des Etats rivaux du Qatar.

Nasser Al-Khelaïfi

Sponsoring et droits télévisés : Des paiements en suspens

Un sponsoring du Qatar (20 M€), notamment Visit Qatar, l'office du tourisme de l'Émirat, est prévu dans l'accord avec beIN. Pour diffuser un match à chaque journée de L1, beIN sports paie 78,5 millions d'euros annuels de droits télé. Un complément de 20 millions d'euros de sponsoring est également prévu avec des marques du Qatar, mais il n'a toujours pas été réglé aux clubs de L1.

Régulièrement, lors des réunions entre clubs, la question est évoquée et une issue imminente envisagée. Mais alors que la saison est terminée depuis deux mois, rien n'est encore réglé. Ce sujet sensible, c'est celui du paiement toujours attendu des 20 M€ de sponsoring avec des marques qatariennes (a priori Qatar Tourism) qui sont censés accompagner le contrat de diffusion de beIN Sports avec la Ligue 1 (78,5 M€ annuels pour l'affiche du samedi après-midi).

La partie de droits télé du diffuseur franco-qatarien a été un peu longue à démarrer, puisqu'il a tardé à s'accorder avec la LFP sur quelques modalités. Mais un accord a finalement été trouvé le 14 janvier, le contrat signé, et les versements ont été effectués normalement.

Cette saison, ce deal a été très peu activé. Le paiement était espéré avant la fin mai, puis avant la fin juin. Mais selon nos informations, il n'a toujours pas été effectué. Du côté de beIN Sports, on explique ne pas être concerné par ce volet sponsoring. Tout en précisant que le montant proposé pour ce match avant le début de la saison dernière (78,5 M€ par an), sans même les 20 M€ additionnels, était une aubaine pour la Ligue et supérieur à toute autre proposition (Prime Video offrait 65 M€).

Au passage, on rappelle les protestations de plusieurs clubs, très peu enthousiastes à l'idée de faire la promotion de marques qatariennes dans leur enceinte, qui n'ont pas aidé à travailler en bonne harmonie...

Pour un club le L1, ces 20 M€ représentent une somme de 783 000 € par saison sur deux ans. Même s'il est indiqué, dans un courrier envoyé en janvier, que « si les clubs ne peuvent pas fournir l'ensemble du package de droits requis, l'accord global sera ajusté pour refléter une valeur juste ».

Une agence (Pitch International) a été mandatée pour servir d'intermédiaire et discuter avec les clubs et la LFP. Mais sans résultat pour le moment. Pourtant, des clubs ont logiquement fait figurer cette ligne de recettes dans leurs comptes de la saison 2024-2025 et, pour certains, dans le budget prévisionnel 2025-2026 présenté devant la DNCG.

Type de PaiementMontantStatut
Droits télévisés (beIN Sports)78,5 M€ par anPayé
Sponsoring (marques qatariennes)20 M€En suspens

Ces différentes affaires mettent en lumière les enjeux financiers considérables liés au sport au Qatar, ainsi que la nécessité d'une plus grande transparence et d'une meilleure gouvernance pour garantir l'intégrité des compétitions et des transferts.

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