L'histoire du football est jalonnée de matchs mémorables, mais certains se distinguent par un mélange de circonstances uniques et de rebondissements inattendus. Le match entre le Paris Saint-Germain (PSG) et le Steaua Bucarest en 1997, lors du tour préliminaire de la Ligue des Champions, en est un exemple parfait. Entre une défaite initiale sur tapis vert, des superstitions impliquant un marabout, et une victoire éclatante au Parc des Princes, ce match a marqué les esprits et continue d'alimenter les anecdotes.

Le contexte : Un match aller sous tension
Le quintuple champion de Roumanie en titre reçoit le PSG sans le moindre international dans ses rangs. Le match aller, disputé dans une ambiance difficile à Bucarest, voit le PSG mené au score par deux fois, avant de concéder une défaite 3-2. Une chose est certaine : on ne s’ennuie pas à regarder jouer le PSG. Dès le début de la saison, Ricardo annonçait la couleur en brossant un portrait très offensif de son équipe.
La déception ne vient pas tant d’une défaite qui n’hypothèque pas les chances d’accéder à la Ligue des champions (une victoire 1-0 suffit), mais plutôt du sentiment vexant d’avoir laissé filer le match, de ne plus avoir maîtrisé, alors que le PSG avait tous les atouts en main pour se mettre à l’abri dès ce premier rendez-vous.
L'erreur administrative qui change tout
Mais c’était sans compter sur la grosse boulette de cette fin d’ère Denisot : un fax confirmant la suspension de Laurent Fournier, envoyé par l’UEFA, est classé trop rapidement. Aligné face au Steaua, Fournier a mis son club littéralement hors la loi. Et la sanction, sévère mais logique, est tombée en provenance de Nyon (Suisse), siège de l'UEFA. Pour avoir aligné un joueur suspendu, le Paris-Saint-Germain a perdu 3-0 sur tapis vert son match disputé à Bucarest, qu'il avait perdu sur le terrain 3-2.
Le match est donné perdu 3-0 sur tapis vert. Handicap. De réelles les chances de qualification du PSG sont désormais réduites. Depuis dix ans, les statistiques établies sur les résultats enregistrés en Coupe d'Europe démontrent qu'une équipe ayant perdu le match aller 3-0 n'a que 10 % de chances de se qualifier.
« La risée de l’Europe. » Claude Le Roy, directeur sportif de l’époque, ne mâche pas ses mots. Et il a de quoi avoir les boules. Du coup, pour le match retour, toutes les solutions sont bonnes à prendre. Paris doit se relever, qu’importe la manière.
La préparation du match retour : Entre espoir et superstition
Face à des Roumains déchaînés, les Parisiens ont trop reculé, alors qu’ils ont mené au score par deux fois. Ils sont repartis de Bucarest avec une défaite (3-2) qui n’hypothèque pas leurs chances de queation. Mais désormais c’est à quitte ou double sur quatre-vingt-dix minutes que le PSG s’apprête à donner l’assaut de la « Ligue aux oeufs d’or ». Il l’avait démontré en s’imposant 2-0 à Sofia après être passé tout près du non-retour à l’aller (3-3 après avoir été mené 3-1).
Au retour, tout péché d’orgueil, toute déconcentration peut être fatale. Etre capable de marquer n’importe quand est essentiel, ne pas prendre plus de buts est indispensable. Avec cinq buts encaissés en deux matches (trois en moins d’une demi-heure à Bucarest). le bilan fait un peu désordre.
Paris semblait pourtant avoir accompli le plus difficile en ouvrant la marque par Guérin (18e). A la 52e, Alain Fournier et Marco Simone. qui n’était pas dans un bon jour, ont un ballon de 2-0 qu’ils gaspillent. Un tournant, car sur l’action qui suit le Steaua égalise. « C’est souvent comme ça, rappelle Florian Maurice. On est dans l’euphorie du but manqué et ça repart tout de suite de l’autre côté. » Paris réagit très vite (Maurice à la 66c, buteur mais aussi infatigable harceleur au pressing), mais ne parvient pas à gérer son avantage.
Plutôt que d’attendre, de voir venir des Roumains menés au sage, le PSG a continué de se découvrir et s’est fait prendre en contre. Un comble quand on joue à l’extérieur.
| Joueur | Poste |
|---|---|
| Christophe Revault | Gardien de but |
| Laurent Fournier | Défenseur |
| Alain Roche | Défenseur |
| Paul Le Guen | Défenseur |
| Jimmy Algérino | Défenseur |
| Raï Oliveira | Milieu de terrain |
| Bruno Ngotty | Milieu de terrain |
| Vincent Guérin | Milieu de terrain |
| Franck Gava | Milieu de terrain |
| Florian Maurice | Attaquant |
| Marco Simone | Attaquant |
L'intervention du marabout
« Quelques jours avant le match retour, je reçois un appel de Birama Diop, un recruteur d’un quartier de Dakar que je connaissais bien. J’ai passé quatre années de ma vie avec lui. Il avait vu ce match catastrophique et il me dit : « Je sais que tu es contre ce genre de procédés. Mais là, tu n’as rien à perdre. Je peux te présenter un marabout. Ok ? » Et il a réussi à me convaincre. Alors j’en parle à Michel Denisot qui me dit lui aussi OK. » Le duo parisien entre alors en contact avec celui qui se fait appeler Sidi, qui signifie « Sir » sur le continent africain. Car au Sénégal, les marabouts sont rois. Et ce fameux Sidi n’échappe pas à la règle. Gambien de naissance et ami de longue date de Birama Diop, il œuvre principalement dans le pays de la Téranga, avec des clubs qu’il connaît. Et plus rarement à l’étranger, quand on le réclame.
Durant plusieurs jours, tout au plus, il s’isole et met tout en œuvre pour « filer un coup de pouce » aux joueurs de la capitale. On parle alors d’un travail de « bénédiction » . Et puis quelques jours avant le match retour, Sidi appelle Michel Denisot et Claude Le Roy : « C’est bon. Tout est réglé. Vous allez vous qualifier. Le numéro 18 va marquer le quatrième but qualificatif à la 37e minute. » Soit Florian Maurice et, donc, avant la fin de la première période. « Tu déconnes !
Paris SG 5-0 Steaua Bucarest le 22 Août 1997
Le match retour : Une symphonie parisienne
C’est au pied du mur, dans une atmosphère électrique, que les hommes de Ricardo ont abordé ce match retour. Rai et Leonardo sont très attendus. Le système : 4-4-2 en losange très offensif.
Il y a ce que font les Parisiens et ce que le contexte, l’atmosphère, leur dictent. Le cahier des charges est clair mais le temps est un obstacle supplémentaire. Paris a le ballon mais les phases de temporisation sont rares. Le début de rencontre montre rapidement une volonté de casser les lignes. Les circuits sont directs. Le pressing, étouffant. Les trois meneurs (Rai, Leonardo, Gava) coulissent dans leurs zones respectives pour se rendre disponibles et amorcer les mouvements. Le rythme est soutenu, continu. Casser le verrou rapidement est une nécessité absolue, un besoin qui les incite à allonger.
C’est dans ce désordre organisé que Rai trouve Maurice dos au but, lequel obtient un penalty transformé avec autorité par le Brésilien (1-0, 2e). La première marche est franchie. Car en face, Mihai Stoichiță avait confectionné une autre histoire. Classique, certes, mais en adéquation avec sa posture et ses moyens : laisser le ballon aux Parisiens, accepter la domination et reculer sans craquer pour retarder l’échéance. Un plan A annihilé d’entrée.
L’influence de Rai est énorme dans cette bataille. L’impact du meneur de jeu Brésilien s’accentue même au gré des minutes comme s’il accompagnait l’embellie parisienne. Quand il a le ballon, le milieu offensif alterne combinaisons et renversements de jeu. Quand il ne l’a pas, il propose, sans relâche. Ces aptitudes bien connues chez lui sont sublimées par son état d’esprit du soir.

Sur toute la rencontre, les Parisiens ne s’exposent qu’à un seul contre menaçant, un cinq contre trois en faveur de l’équipe roumaine, plein axe, conclu par une frappe sèche de Rotariu détournée par Revault (26e). Une action déclenchée dans une période où le Steaua vivotait encore… Le danger résidait là, dans ce no man’s land à la perte du ballon où le seul Ngotty était censé combler les brèches.
Simone et Maurice, les deux pointes, ne rechignent jamais à défendre où à s’excentrer si l’action le réclame. Une activité récompensée par une superbe frappe en pivot pour l’Italien sur le but du 3-0 (32e). Puis par un contre envoutant conclu avec relâchement par le Français avant la mi-temps (41e). Leonardo, auteur des deux services, a relayé Rai avec brio. Sur ce quatrième but, Le Guen, depuis sa propre ligne de but, trouve Simone qui décale Leo d’une talonnade avant l’ouverture du Brésilien pour Maurice. Trois passes. Quatre-vingt-dix mètres.
Une seconde période maîtrisée
L’énergie physique, mentale et émotionnelle laissée dans cette première partie du match induisait une part de décompression en seconde période. Comment pouvait-il en être autrement ? Après dix minutes plus aérées, le bloc, assez bas, voit les situations d’attaques rapides se décupler. Sur l’une d’entre elles, la bande à Ricardo obtient un coup-franc côté gauche. Leonardo distille un ballon enroulé précis pour Raï, qui fait chavirer le Parc d’une tête rageuse (5-0, 56e). Les lignes s’étirent dans la dernière demi-heure et Paris poursuit sa démonstration sans saler l’addition. L’essentiel avait été assuré.
Par la variété de sa production, l’intensité physique déployée, son intelligence tactique et ses vertus mentales, cette équipe a écrit son histoire sur un match à diffuser encore dans toutes les écoles. Il fallait le jouer avec le cœur. Elle l’a fait.
Le dénouement et les anecdotes
Plus de 40 000 personnes prennent place au Parc des Princes ce soir-là. Et dès l’entrée des joueurs, ça gronde très fort. Les Parisiens n’ont pas le droit à l’erreur, coach Ricardo le sait, c’est pourquoi il aligne une équipe ultra offensive. Une sorte de 4-1-5 avec Bruno N’Gotty en sentinelle, et Raí, Leonardo, Franck Gava, Marco Simone, Florian Maurice devant. Avant d’entrer sur la pelouse, ce dernier reçoit une messe basse de la part de Claude Le Roy, sur le ton de l’humour : « Ne te fais pas de souci, ça va passer. C’est même toi qui va marquer le but de la qualif’. À la 37e. »
Au coup de sifflet de l’arbitre, une pluie bien grasse s’abat sur la pelouse. Pénalty. Raí transforme. Paris a débloqué le compteur. Le plus dur est fait. Les Roumains sont sonnés, apathiques, comme ensorcelés. Vingt minutes plus tard, Raí, encore lui, coupe au premier poteau un bon corner de Leonardo. 2-0. Marco Simone prend le relais à la demi-heure de jeu, d’une frappe croisée à l’entrée de la surface. 3-0. Et puis la 37e minute arrive… Mais rien ne se passe. Le fameux but qualificatif arrivera finalement quatre minutes plus tard, à la 41e exactement. Raí finira le boulot en seconde période. Score final : 5-0. Paris aura le droit de disputer la Ligue des champions. Le Parc est en ébullition.
Absent sur le terrain, Laurent Fournier était bien présent, mais caché, au Parc des Princes. “Il fallait que je me cache. Ils m’avaient fait monter dans l’ancienne régie tout en haut. Responsable, on a toujours l’impression d’avoir oublié de compter les cartons (rires). Je ne pouvais pas être sur le terrain et pour laisser les joueurs se concentrer. Tout le monde était très concentré. Le début de match a été exceptionnel. Heureusement qu’il n’y avait pas les réseaux sociaux à l’époque pour moi (rires). Ce sont des histoires qui font du bien quand elles se finissent bien. Oui, je leur ai dit merci déjà. Il y a eu une grosse solidarité entre les joueurs et les supporters. On le sentait en arrivant au Parc, il y avait une ambiance de feu. La soirée du match retour fut magique au Parc des Princes, et ce match restera comme un des plus palpitants de l’Histoire du club. Même si cela vient d’un raté particulièrement impressionnant. Avec les nouvelles technologies et les différentes instances qui chapeautent le football Français et Européen, il parait difficile aujourd’hui de commettre une telle erreur.
Au final, dans la poule du Bayern, du Beşiktaş et de Göteborg, le PSG ne passera même pas les poules. Beaucoup d’efforts pour pas grand-chose. Mais Michel Denisot et Claude Le Roy gardent de cette soirée-là un souvenir impérissable.