Toute cette semaine qui va nous mener à la finale de Ligue Europa entre l’Atletico Madrid et l’OM à Lyon, 20 Minutes vous fait revivre le passé européen du club marseillais. A travers quatre épisodes, un pour chaque finale, nous allons retracer avec l’aide précieuse de l’historien du club, Gilles Castagno, une anecdote, une histoire, une polémique qui a fait l’histoire de l’OM mais aussi celle du foot français. On poursuit la série avec la polémique autour des propos de Jean-Pierre Papin, qui a déclaré en 1995 que la finale remportée par l’OM en 1993 face à Milan était « truquée ».
On ne saura sans doute jamais vraiment ce qui est passé par la tête de notre bon vieux JPP national ce 7 août 1995. Vanne mal comprise ? Aigreur latente ? Confidence sortie de son contexte ? Manipulation des journalistes ? Coup de chaud ? Non pas que Berlin soit particulièrement connue pour son soleil ravageur…
Nous sommes à l’heure du déjeuner à l’hôtel Intercontinental de la capitale allemande quand Jean-Pierre Papin, alors attaquant du Bayern Munich, tombe sur quelques journalistes italiens qu'il a cotoyé durant ses années milanaises. Tout ce beau monde s’envoie des banalités : on cause de la blessure au ménisque de Papin, de son ex-entraîneur milanais Capello, de la vie, de la mort, du beau et du mauvais temps, et de son prochain club lorsqu’il aura quitté le Bayern en fin de saison.
Dans un article paru le surlendemain dans Libération, Olivier Villepreux raconte alors la suite : « JPP dit : "J’aimerais bien terminer ma carrière à Marseille avec ma famille." Rigolard, un journaliste lui glisse : "Avec tout ce qu’il s’est passé là-bas, tu te rappelles ce que tu nous disais à Milan, et tu as vu ce qu’il s’est passé !" Papin, sur le même ton, mi-amusé, répond : "Tu as vu, tout ce que je te disais, c’était vrai. Et ce n’est que 10 % de ce qui est réellement arrivé à l’OM qui a été révélé publiquement. Bien sûr, Tapie ne dira jamais rien, pas plus que Bernès. Il n’ira pas jusqu’à parler de la finale de Munich, on lui trancherait la gorge. Les Marseillais sont trop orgueilleux. Ils ont gagné contre le grand Milan, s’ils devaient en plus apprendre que ce match était truqué… " »
Il ne se rend pas compte sur le moment, mais Jean-Pierre Papin vient de lâcher une bombe. Petit contexte historique pour les plus jeunes qui nous lisent : meilleur joueur français et Ballon d'Or 91, Papin décide de quitter l’OM à l’été 92, après six ans de frustration européenne. Direction Milan, le plus grand club du monde à l’époque. Quelques mois plus tard, l’OM remporte à Munich la première Coupe d’Europe des clubs champions face au Milan de Papin.
Forcément, c’est un peu dur à digérer, d’autant que dans les années qui suivent, l’Olympique de Marseille se retrouve au milieu de l’affaire de corruption VA-OM.
Abasourdis par ce qu’ils entendent, Claudio Gregori du Corriere dello Sport, Andrea Masala de la Gazzetta dello Sport, Alberto Costa du Corriere della Sera et Gianni Visnadi de Tuttosport secouent l’arbre à friandises. « Tu penses quand même pas qu’un joueur de Milan ait pu être acheté ? ». Papin, sans hésiter : « Pas un, mais deux joueurs. On ne peut pas arranger un match avec un seul joueur, car, à dix, on peut toujours jouer. Avec deux joueurs en moins, la partie devient plus difficile. » Il aurait même tenté de prévenir Berlusconi, le président du Milan, mais trop tard.
Au déjeuner, encore sur le cul, le quatuor de journalistes italiens se décide pour savoir s’ils doivent rendre public cette discussion à l’origine privée. « Je ne suis pas son ami » coupe l’un d’eux. Juste le temps pour les rumeurs de circuler dans l’hôtel Intercontinental. Mise au courant de la publication prochaine de l’intégralité de ces déclarations, l’agence de presse Ansa contacte Jean-Pierre Papin, qui nie en bloc, évoquant « une manipulation ».
« J’ai parlé en toute amitié et cela me retombe dessus. J’ai juste confirmé l’existence de rumeurs circulant à Marseille après les dernières déclarations de Jean-Pierre Bernès. J’ai ajouté qu’on disait qu’il avait parlé de la finale, ça s’arrête là. »
Présent ce jour-là parmi ce petit groupe de journalistes italien, Olivier Villepreux se souvient aujourd’hui de la scène qu’il décrivait dans Libé, 20 ans plus tôt : « C’était un tournoi de pré-saison et j’étais venu pour suivre le PSG. Je discutais avec des journalistes italiens et Papin s’est installé. Nous avions une discussion informelle, déclenchée par rien. Il n’y avait pas d’interview prévue, c’était une discussion de hall. Et sans prendre garde, il va dire ce qu’il a dit. Je confirme mots pour mots ce qu’il a dit.
Même moi au départ je suis surpris, je ne m’attends pas du tout à ça. C’est vraiment quelque chose qu’il a dit de manière très spontanée, sans avoir l’impression de dire quelque chose de très important. Il n’a pas eu conscience de ce qu’il disait, la discussion était très décontractée. Il l’a dit de manière sincère, il a dit ça sans y penser deux fois. »
À l’époque, les rapports entre joueurs et journalistes ne sont pas les mêmes qu’aujourd’hui. Il y a une relation de confiance, d’amitié, de secret. Enfin, jusqu’à un certain point visiblement. Dans les jours qui suivent, Papin en prend pour son grade.
« Ça avait surpris énormément de monde à Marseille, se rappelle Gilles Castagno, historien de l'OM. Papin était considéré comme un immense joueur mais aussi comme un enfant, un peu idiot. Tout le monde se disait qu’il avait été poussé par des journalistes qui l’avaient fait boire… On savait très bien comment il était, on pouvait lui dicter ses envies, ses idées, qu’il était influençable. Ce n’était pas une grosse surprise qu’il raconte n’importe quoi.
Vous savez, les joueurs sont très rarement au courant de ce genre de choses, mais s’il y en avait bien un à qui il ne fallait pas dire qu’on voulait acheter un match, c’était lui. Ça semblait tellement gros et impossible d’avoir acheté le Milan, c’est n’importe quoi…. »
Membre de l’OM 93, Jean-Philippe Durand réagit dans la foulée en estimant que « Papin parle beaucoup et, suivant le contexte, est capable de raconter beaucoup de choses, même sur le ton de la galéjade. Pour moi cette histoire est impossible, mais elle fait du mal, parce qu’elle fait surgir des doutes ». Marcel Desailly, en privé, dézingue son ancien coéquipier.
Noël Le Graët, alors président de la Ligue, dédramatise : « Ces accusations me semblent peu plausibles. Il est difficile de croire que deux joueurs de Milan, dont il faut savoir que la prime individuelle s’élevait pour ce match à la "bagatelle" de 4 millions de FF, aient pu être corrompus… D’autant que la trésorerie de l’Olympique de Marseille ne se portait déjà plus très bien à l’époque… »
Jean-Pierre Papin n’a pas répondu à nos sollicitations pour revenir sur cette histoire. Sans doute parce qu’il n’aurait rien à y gagner. Cette histoire « a fait plouf » dans les jours qui suivent selon Olivier Villepreux, et c’est presque miraculeux pour JPP. Surtout si on s’imagine le shitstorm qu’auraient engendré de tels propos aujourd’hui.
« Le public marseillais en a énormément voulu à Papin pendant un moment, c’était négatif pour tout le monde, poursuit Gilles Castagno. Il faut se souvenir que dans le contexte de l’époque, on parlait beaucoup de corruption, on était en plein dans le procès VA-OM. Mais finalement, il a fait son jubilé à Marseille en 99 et tout le stade était derrière lui, ça a fini par être oublié. »
Chez ses anciens coéquipiers aussi ? Non sans nous reprocher de remuer une merde sous prescription, Bernard Casoni coupe net, irrité. « Je n’y pense pas. Sur le moment, ça m’a pris 30 secondes et voila.
Dans la communauté autour de l'OM, on a vécu une soirée compliquée hier avec la qualification du PSG en finale de Ligue des champions. Le club parisien va-t-il lui aussi soulever la Coupe aux grandes oreilles ? Le PSG avait déjà eu sa chance en 2020 mais avait finalement dû s'incliner face au Bayern Munich. Nouvelle opportunité cinq ans plus tard. Le club de la capitale, après avoir éliminé Arsenal dans sa double confrontation, va défier l'Inter Milan pour la deuxième finale de Ligue des champions de son histoire.
Avec une question. 32 ans après l'OM, le PSG va-t-il devenir le deuxième club français à soulever le prestigieux trophée ? En tout cas, nombreux sont ceux à y voir un signe. Comme l'OM en 1993, le PSG va jouer sa finale à Munich. Comme l'OM, le PSG va défier un club de Milan, puisque Marseille avait battu le Milan AC. Et comme l'OM avec Jean-Pierre Papin qui avait rejoint le club milanais juste avant, le PSG peut donner de gros regrets à un certain Kylian Mbappé d'avoir quitté Paris l'été dernier.

« J’ai la haine. Comment c’est dur de les voir en finale ».
De manière piquante, la Provence rappelle que « Les Olympiens de Bernard Tapie étaient à jamais les premiers à soulever la coupe aux grandes oreilles. Les hommes de Nasser Al-Khelaïfi seront-ils à jamais les deuxièmes ? ».
Ligue des Champions: le monde en 1993 lors de la dernière (et unique) victoire française
La perspective de voir Paris imiter l’exploit marseillais de 1993, à Munich face à un club milanais, ravive tensions et jalousies. Certains redoutent déjà que Paris devienne « à jamais les deuxièmes ».
Moins d’un an après les Jeux olympiques et paralympiques, le club de la capitale pourrait offrir ce samedi soir, en cas de victoire en finale de la Ligue des champions de football face à l’Inter Milan, un nouveau moment historique au sport français et parisien. Trente-deux ans après l’unique sacre hexagonal dans la compétition, celui de l’Olympique de Marseille de Didier Deschamps et Bernard Tapie en 1993 à l’origine du célèbre slogan « À jamais les premiers », le PSG n’est plus qu’à une seule marche du graal européen derrière lequel il court depuis la prise de contrôle du club par les Qatariens de QSI (Qatar Sports Investments), en 2011.
Les nostalgiques se tourneront plutôt vers Reims, Saint-Étienne et l’OM, et se demanderont où placer ce PSG dans la grande histoire du foot français. « Chacun de ces clubs correspondra à une période forte du football français », tranche le spécialiste en géopolitique du sport Jean-Baptiste Guégan.
« Si le PSG devenait champion d’Europe, cela couronnerait un projet vieux de plus d’une décennie, et ça marquerait la capacité du sport français à performer », une semaine après une autre finale continentale - perdue - de l’AS Monaco en Euroligue de basketball.
« Le PSG, c’est une autre forme du sport professionnel français », analyse cet enseignant à Sciences Po, « avec des acteurs étrangers comme actionnaires, mais un ancrage local encore fort ».
Ces derniers jours avant la finale ont d’ailleurs été marqués par la controverse : faut-il supporter ce club au-delà de l’Île-de-France ? Derrière cette question, il y a celle de l’identité d’un club mondialisé depuis qu’il appartient à des investisseurs qatariens qui en ont fait un enjeu de communication, de diplomatie et de “soft power”.
Dans le vestiaire, pas moins de 10 nationalités se côtoient. Mais la France y est bien représentée, avec pas moins de six joueurs des Bleus dans l’effectif parisien. Et l’équipe masculine du PSG donne désormais, avec l’entraîneur espagnol Luis Enrique, une image de plus grande cohésion qu’à l’époque de Messi, Neymar, Sergio Ramos ou même Kylian Mbappé, qui a rejoint le Real Madrid l’été dernier.
« Je ne crois pas que le PSG soit un club français », a lâché sur le plateau de L’Équipe du soir, grand-messe quotidienne des footeux où se font et refont les débats du ballon rond, le journaliste Stéphane Guy, avant d’étayer le propos : « Le PSG, c’est le club qui représente Paris mais ce n’est pas un club français. Il n’y a aucun autre État qui est propriétaire d’un club français. » Un État, aussi, régulièrement mis en cause sur la question des droits humains.
Cela n’a pas empêché le PSG version pétrodollars d’acquérir une dimension internationale et commerciale qui en fait un club à part, aux moyens faramineux lui permettant d’avaler tous les titres de champion de France depuis 2013, à deux exceptions près.
Devenu une structure stable financièrement imposante, le Paris-SG a changé de dimension pour devenir une marque connue dans le monde entier.
« À Marseille, il y a plutôt de l’admiration, voire de la jalousie », avance même le spécialiste.
Les ambitions des dirigeants parisiens sont en effet encore grandes, avec notamment la volonté de quitter le Parc des Princes, la Ville de Paris refusant de leur vendre l’enceinte pour agrandir sa capacité.