Le rugby est non seulement un sport de contact, mais aussi un sport de combat collectif, au cours duquel les joueurs s’affrontent parfois violemment sur le terrain. Les blessures y sont courantes, et parmi elles la fameuse commotion cérébrale dont l’évocation fait frémir.
A Vichy, dans l’Allier, se déroule un tournoi international de rugby réservé aux moins de 18 ans. Pour ces jeunes, ce festival des Six nations est l’occasion de se confronter aux exigences du haut niveau. Valentin Hutteau, joueur de l'Équipe de France U18, explique : “C’est une expérience énorme, vu que c’est en France. C’est incroyable. Il peut y avoir toute notre famille. Le public est pour nous, donc c’est vraiment top”. Lilian Baret, joueur de l'Équipe de France U18, ajoute : “C’est une chance dans une carrière d’être là. Il faut savourer au maximum”.
Cette compétition prend place dans un contexte où la violence des chocs dans le rugby est de nouveau sur le devant de la scène. Il y a quelques jours, Sébastien Chabal a avoué ne plus avoir aucun souvenir de ses matchs en bleu. De quoi raviver les craintes chez les familles des rugbymen. Une mère de famille indique : “Ils ont eu la chance de ne jamais avoir de commotions. Ils ont des copains qui en ont eu. Cela fait peur, c’est sûr”. Une autre mère souligne : “On est habitués. Ils sont sur les terrains depuis qu’ils ont 5 ans. On apprend à vivre avec ce danger-là. Évidemment, ils sont passés par la case hôpital depuis qu’ils sont petits”.
Face à ces préoccupations, les instances du rugby ont renforcé les protocoles liés aux commotions cérébrales ces dernières années. Dans ce tournoi, tout est fait pour limiter les risques. Un médecin analyse en direct les actions de tous les matchs.
Nicolas Dance, directeur médical du festival des Six nations, insiste : “Aujourd’hui, à la moindre suspicion, le joueur sort et ne rentre pas sur le terrain. Si la commotion est confirmée, il reste hors des terrains pendant 23 jours, c’est-à-dire trois semaines sans contact. Toutes les équipes ont un staff médical composé de médecins et de kinés".
Mais de quoi s’agit-il exactement ? Quels sont les symptômes et les risques d’une commotion cérébrale ? Comment s’en protéger ?
Qu'est-ce qu'une commotion cérébrale?
La commotion cérébrale est une lésion cérébrale, consécutive à un traumatisme crânien, et responsable d’une perturbation du fonctionnement du cerveau. Cette lésion cérébrale peut provoquer des signaux immédiats ou décalés dans le temps. Il faut savoir que tout le monde n’a pas le même seuil de commotion cérébrale. Certains sportifs ont ainsi un seuil très bas, avec des commotions qui surviennent après des chocs modérés.
Les signes de la commotion cérébrale sont très variés. Comme le souligne l'Inserm dans un article paru en septembre 2023, les signes d'une commotion cérébrale sont parfois fugaces. C'est pourquoi, lors des matchs professionnels de rugby, est présent un "superviseur vidéo médicale" (SVM). Grâce à sa tablette tactile, il a accès aux caméras du direct et peut revoir un choc sous tous les angles.
Le plus souvent, les symptômes s’estompent dans les 10 jours à un mois qui suivent le choc. Les séquelles dépendent énormément du nombre de chocs qu’il y a eu et de leur sévérité.
L’importance de connaître les gestes à suivre après une COMMOTION CÉRÉBRALE ! - En théorie
Pour limiter au maximum les séquelles sévères de commotion cérébrales, un « Protocole commotion » a été mis en place au début des années 2010 par les instances du rugby professionnel. Il est régulièrement remis à jour. Dans chaque processus de protocole, plusieurs paliers doivent être validés avant la reprise par un spécialiste des commotions sportives.
« Entre 48h et 72h post-commotion, des tests neurologiques et psychologiques évaluent la gravité de la commotion, qui est ensuite comparée à une base de données des joueurs faite au repos en pré-saison sans traumatisme, ce qui permet d’évaluer la gravité de la commotion et donc la longueur de l’arrêt estimé », explique le Dr Savigny.
Si la commotion cérébrale peut laisser des séquelles graves et invalidantes, elle reste rarement mortelle, surtout si le protocole est bien respecté. « D’où l’importance capitale de ne pas tenter de dissimuler une commotion, comme peuvent être tentés de le faire certains joueurs qui redoutent d’être arrêtés pendant plusieurs matchs », insiste le Dr Savigny.
Pour diagnostiquer une commotion cérébrale, un protocole d’Évaluation de Blessure à la Tête (HIA) a été mis en place par World Rugby pour les équipes adultes de l’élite. Ce processus en trois étapes vise à contribuer à l’identification, au diagnostic et à la prise en charge des impacts à la tête avec risque de commotion cérébrale.
« La commotion cérébrale n’est pas visible à l’imagerie médicale. D’après une étude publiée en 2018 dans le Journal de Traumatologie du Sport a révélé que la commotion cérébrale était un évènement non négligeable dans le rugby professionnel, puisqu’on en compte en moyenne 0,31 par match, soit une commotion tous les trois matchs effectifs.
La principale façon d’éviter les commotions cérébrales est de respecter strictement le protocole et ses étapes. Les règles du rugby ont par ailleurs beaucoup changé cette dernière décennie, afin de réduire au maximum les risques de blessures aux cervicales et de commotion. Les règles du plaquage ont ainsi évolué en 2018 : avec une ligne de plaquage abaissé au niveau de la ceinture, une interdiction du plaquage à deux joueurs et du plaquage tête contre tête. Les sports les plus à risque de commotion cérébrale sont les sports de contacts et les sports à risque de chute.

Le rôle du Dr. Mesjak et le Carton Bleu
Chaque week-end, le téléphone du Dr Mesjak est en alerte. Cet ancien médecin est mobilisé presque 24 heures sur 24 face aux dangers de la pratique du rugby, en particulier celui des commotions cérébrales liées aux chocs engendrés par le jeu. Ce retraité vivant à Savigné-en-Sancerre (Cher), venu au rugby tardivement, est le référent médical de la ligue du Centre-Val de Loire. Une fonction qui existe désormais dans toutes les ligues régionales de rugby dans l’Hexagone et outre-mer.
Jean-Claude Mesjak a été précurseur dans ce domaine puisque son action est à l’origine de l’instauration du carton bleu, désormais en vigueur dans le rugby amateur, et qui permet à un arbitre de sortir du terrain un joueur soupçonné d’avoir subi une commotion cérébrale lors d’un choc.
« Nous avions mis en place un protocole de suivi expérimental qui a finalement été validé par la FFR et qui a été une étape vers la création du carton bleu. Au départ, c’est vrai qu’il y avait une certaine réticence dans les clubs mais la prévention est finalement entrée peu à peu dans les mœurs. »
« J’interviens souvent en fin de réunion, dans les clubs, sourit-il. Les anciens restent parfois sceptiques. » Mais les pratiques ont quand même évolué sous l’influence de la commission médicale et du suivi désormais mis en œuvre.
« Nous avons mené une campagne de sensibilisation avec une affiche et une BD distribuée à l’ensemble des joueurs, indique-t-il. Ces documents évoquent la marche à suivre en cas de commotion. Pendant les matchs, les arbitres peuvent utiliser le carton bleu. Mais les symptômes d’un choc peuvent apparaître dans les vestiaires après le match ou même pendant un entraînement. Donc, les clubs peuvent aussi faire un signalement par internet via la plateforme “ Ovalie 2 ”. »
A chaque signalement, le Dr Mesjak est saisi du cas. « J’appelle alors le joueur pour lui rappeler les consignes. Je me renseigne sur son état de santé. »
La ligue a aussi mis en place une communication adaptée à destination des parents des jeunes joueurs de rugby. Des parents souvent effrayés par l’image véhiculée par ce sport à travers les médias ces dernières années.
« C’est sûr que ça peut faire peur aux parents, poursuit le médecin. Mais je leur explique que c’est justement le choc non décelé qui est dangereux. Dans la commotion cérébrale, le vrai danger, c’est la répétition des chocs. Et puis, il y a des dangers partout. Un enfant de deux ans qui tombe en descendant un escalier peut être victime d’une commotion cérébrale, deux enfants qui se percutent dans la cour de récréation aussi. Le rugby a eu le courage d’en parler. Et on ne le dit pas assez. »
Protocole Précis en Cas de Commotion
Dans le milieu amateur aussi, les joueurs de rugby sont désormais soumis à un protocole précis en cas de commotion cérébrale.
La première mesure, c’est la suspension de toute activité pendant 48 h. Pas d’école, pas de travail, pas de jeu vidéo ni d’internet… Et évidemment, pas de sport. Ensuite, chez les moins de 18 ans, le joueur est mis au repos sportif pendant trois week-ends consécutifs avant d’être autorisé progressivement à reprendre après avis médical.
Chez les seniors, la reprise du jeu (entraînement et compétition) peut avoir lieu dès le treizième jour après le choc, soit un week-end de suspension sans compétition.
Étude sur l'Application du Protocole
Une étude descriptive rétrospective a été menée auprès des joueurs ayant fait l’objet d’un carton bleu au cours de la saison 2018/2019 au sein de la ligue de rugby Auvergne-Rhône Alpes. L’objectif était d’évaluer le respect du protocole de reprise proposé par la FFR et d’étudier le recours au système médical dans les suites de la commotion cérébrale.
Les résultats, basés sur 68 questionnaires, montrent que 63,2 % des joueurs avaient connaissance du protocole de reprise par paliers, mais il a été appliqué dans son intégralité pour seulement 42,64 % des joueurs. Le jeune âge et la déclaration de symptômes consécutifs à la commotion étaient des facteurs de meilleur respect du protocole. Une consultation médicale précoce dans les 48h post-commotion a été observée pour 73,5 % des joueurs.
En conclusion, les commotions cérébrales sont un sujet majeur du rugby depuis plusieurs années. Les données scientifiques sont unanimes sur la nécessité d’une reprise progressive du sport après le traumatisme. Les joueurs commotionnés ont une bonne connaissance du protocole mais l’application reste à améliorer par la sensibilisation de l’ensemble des acteurs du rugby.
| Variable | Pourcentage |
|---|---|
| Connaissance du protocole de reprise par paliers | 63.2% |
| Application intégrale du protocole | 42.64% |
| Consultation médicale précoce (dans les 48h) | 73.5% |