Jouer au hockey sur glace peut s’avérer dangereux, notamment à cause des risques de commotions cérébrales qui règnent dans ce genre de sports. En effet, que l’on joue au niveau professionnel ou amateur, les joueur·euses sont rarement épargné·es par les secousses ! En France, selon les estimations, plus de 150 000 traumatismes crâniens seraient diagnostiqués chaque année, parmi lesquels une proportion importante de commotions cérébrales. Une part non négligeable de ces commotions surviendrait dans le contexte d’une activité sportive. Certaines pratiques sportives, comme les sports collectifs ou les sports de contact, peuvent provoquer des chocs au niveau de la tête. Certains chocs peuvent entraîner une commotion cérébrale, qui est une forme de traumatisme crânien. La commotion cérébrale correspond à un traumatisme crânien léger. Elle n’est généralement pas associée à une fracture de la boîte crânienne et le plus souvent, aucune plaie ou blessure visible n’est observée. Pourtant, même si le traumatisme crânien est léger, la commotion cérébrale n’est pas à prendre à la légère, car le cerveau a bel et bien subi un choc. Dans un nombre important de situations, la pratique sportive est le théâtre de survenue de la commotion cérébrale.
Les traumatismes crâniens sévères peuvent être fatals. En la matière, selon Santé Publique France, les sports les plus dangereux sont les sports de montagne (37 % des décès), suivis des activités aquatiques (23 %) et des sports mécaniques (21 %). Mais les commotions cérébrales - une perturbation du fonctionnement du cerveau, consécutive à un choc crânien - sont tout aussi préoccupantes. Elles représentent entre 5 et 9 % de tous les traumatismes liés au sport. Une statistique qui varie considérablement selon les disciplines. Les sports de contact comme le rugby, le football américain ou la boxe présentent logiquement des risques plus élevés.
Mais ces chiffres sont aussi probablement sous-estimés. Avec les politiques actuelles de promotion du sport amateur, de nombreux cas passent inaperçus. Car à côté des chocs violents, il en existe des plus insidieux sur lesquels alerte l’Académie nationale de médecine. Ces chocs à la tête, qui ne provoquent aucun symptôme immédiat peuvent facilement passer complètement inaperçus. « Or, leur répétition pourrait provoquer des dysfonctionnements neuronaux transitoires et silencieux, mais potentiellement dévastateurs à long terme », commente l’Académie. Car c’est bien cet effet cumulatif qui inquiète la docte assemblée. Même des impacts crâniens jugés mineurs, lorsqu'ils se répètent à l'entraînement ou en compétition, peuvent augmenter significativement le risque de développer ces pathologies graves. Des études épidémiologiques établissent des liens préoccupants entre les commotions cérébrales répétées et certaines maladies neurodégénératives comme la sclérose latérale amyotrophique (SLA) ou la maladie d'Alzheimer.
Les commotions cérébrales, fléau du hockey professionnel
Qu'est-ce qu'une commotion cérébrale ?
Une commotion cérébrale désigne un traumatisme reçu au niveau de la tête, suite à un coup ou à une chute. On parle de commotion cérébrale lorsqu’un impact direct ou indirect se produit au niveau de la tête, provoquant une “secousse” ayant pour conséquences des perturbations du fonctionnement du cerveau. Vous avez subi un choc responsable d’une commotion cérébrale ? Dans les heures et les jours qui suivent, d’autres manifestations peuvent apparaître. Les conséquences d’une commotion cérébrale ou d’un traumatisme crânien sont nombreuses, et parfois invalidantes.
Les symptômes les plus fréquents sont les céphalées, le vertige, le ralentissement psychomoteur, ainsi que l’asthénie. Relatifs au sommeil : difficulté à l’endormissement, temps de sommeil raccourci ou augmenté par rapport à l’habitude, somnolence. Certains signes cliniques observés permettent à eux seuls d’établir le diagnostic de commotion cérébrale dans le contexte de l’application d’une force d’impulsion à l’extrémité céphalique. Ils traduisent immédiatement le dysfonctionnement cérébral.
Cette règle est tout autant applicable pendant un combat ou un match que pendant un entraînement. La sortie du sportif doit se faire avec les précautions médicales d’usage : dans la mesure où il s’agit d’un traumatisme de l’ensemble tête-cou, le sportif doit être considéré comme systématiquement porteur d’une lésion cervicale jusqu’à preuve du contraire. Cette précaution est d’autant plus importante si la vigilance est altérée, toute manipulation intempestive du cou étant susceptible de faire courir un risque de lésion neurologique médullaire secondaire. Le joueur doit être évalué dès que possible par un professionnel de santé formé à la prise en charge des commotions cérébrales.
Diagnostic et évaluation des commotions cérébrales
Le diagnostic de commotion cérébrale repose, en l’absence de signe pathognomonique, sur un faisceau d’arguments traduisant à des degrés divers le dysfonctionnement cérébral. Il se fait d’abord par l’évaluation des symptômes présentés, puis par les signes cliniques vus et enfin par la réalisation de tests physiques et cognitifs. Les symptômes sont d’une grande variabilité, ce qui rend le diagnostic difficile. Mais celui-ci est indispensable devant l’importance des conséquences potentielles.
L’examen est réalisé au mieux à l’aide de l’évaluation initiale du test SCAT5 développé par la conférence internationale de consensus sur les commotions dans le sport de 2016 (26). Même si les imageries conventionnelles comme le scanner cérébral et l’IRM cérébrale sont normales, certaines séquences IRM réalisées le plus souvent dans le cadre de protocoles de recherche retrouvent des anomalies chez les sujets commotionnés. Les principales séquences utilisées dans ce cadre sont les séquences de diffusion, la spectroscopie et l’IRM fonctionnelle.
En IRM de diffusion, on peut observer dans certaines régions cérébrales une diminution de la fraction d’anisotropie et un appauvrissement apparent de certains faisceaux de fibres de substance blanche en tractographie. Une méta-analyse de Aoki et al. décrit les lésions les plus importantes au niveau du corps calleux (15). La spectroscopie permet, quant à elle, de suivre les modifications du pic de N-acétylaspartate (NAA). Les études en IRM fonctionnelle objectivent des modifications du signal lors de tâches cognitives, prédominant sur les tâches concernant la mémoire de travail (16) et la mémoire épisodique (17) ainsi que des modifications dans l’organisation des réseaux analysés en IRM fonctionnelle de repos. (18, 19). Il faut noter néanmoins que les résultats sont inconstamment retrouvés dans les études, discordances expliquées par l’hétérogénéité d’un grand nombre de paramètres, par exemple les différences dans les techniques d’acquisition d’image ou le délai depuis la commotion.

Prévention des commotions cérébrales
Face à ces constats, les académiciens rappellent que la prévention devient cruciale. Plusieurs approches complémentaires sont nécessaires. A commencer par l’amélioration des casques et autres protections adaptés qui, s’ils sont efficaces et obligatoires dans des disciplines comme le hockey sur glace, sont beaucoup plus discutés en boxe ou au rugby.
L’adaptation des règlements pour limiter les situations à risque semble aussi nécessaire. « En boxe, l’arrêt du combat doit être envisagé au bon moment par l’arbitre ou l’entraineur (’ jet de l’éponge’), d’où l’importance de leur formation par des médecins experts », commentent-ils. « De nombreuses discussions se déroulent aussi autour du ‘jeu de tête’ qui expose aux impacts sous-commotionnels répétés. » Dans le sport amateur ou de loisir, les entraîneurs et autres encadrants sont souvent les premiers témoins d'un accident.
La première mesure à prendre après une commotion cérébrale est le repos complet de la personne ; en effet, seul un repos à la fois physique et psychique permet de reposer le cerveau. La consultation médicale n’est pas indispensable, mais en cas de doute, mieux vaut quand même prendre rendez-vous chez un professionnel de santé.
Lorsqu’un tel accident se produit, les sportifs professionnels, en particulier les rugbymen, se font accompagner par un kiné du sport, spécialiste de tous les traumatismes sportifs. Celui-ci établit un programme de réentraînement qui doit permettre un retour graduel à l’activité, sans danger pour le joueur. La rééducation se fait progressivement : après une phase initiale de repos, qui dure quelques jours le temps que les symptômes disparaissent, le programme commence par des exercices doux, de type vélo ou marche, sans musculation. Ensuite, le sportif ajoute progressivement des mouvements, et recommence notamment à courir. Arrive ensuite une phase d’entraînement sans contact, avec reprise progressive de la musculation. Puis, sur validation du médecin, le retour à l’entraînement classique peut se faire.
L'innovation au service de la prévention
Alors attention, Mathieu Falbriard et Tom Bertrand, tous deux fondateurs de la société Bearmind, ne sont pas en train d’effrayer les passionnés ou de décourager les curieux. La spin-off de l’EPFL a développé des capteurs sensoriels qui permettent de détecter les risques de commotions à l’avance. Ils ont donc une fonction préventive, qui assiste, mais ne remplace pas la médecine sportive.
C’est avec le Lausanne Hockey Club que Bearmind teste actuellement ses capteurs qui se nichent dans les mousses des casques des joueurs. Ainsi, il s’agit de récolter un maximum de données (ou metrics) neurologiques durant les matchs et les entrainements. Dans un second temps, le duo d’ingénieurs souhaiterait étendre son domaine d’expertise aux autres sports comme l’équitation, puis, dans un troisième temps, à des domaines à risques comme la construction ou la sécurité (armée par exemple).
Statistiques et études sur les commotions cérébrales dans les sports féminins
Aux États-Unis, de 1,6 à 3,8 millions de commotions cérébrales surviennent chaque année (20, 21). Les sports concernés sont les sports dits de “contact” ou de “collision” regroupant les arts martiaux, les sports de combat et quelques sports d’équipe comme le football américain et le rugby, ainsi que les sports de vitesse (ski, motocyclisme, équitation…), sans oublier un grand nombre de sports d’équipe (football, handball, basketball…) (22, 24). Dans toutes les études épidémiologiques, les femmes apparaissent plus touchées en proportion des hommes.
L'étude suivante visait à déterminer les taux d'incidence de commotion cérébrale liée au sport (SRC) dans les sports de contact/collision féminins. Le rugby à XV a enregistré les taux de SRC les plus élevés pour les sports de collision, tandis que le football et le football gaélique ont enregistré les taux les plus élevés pour les sports de contact.
Nous avons émis l'hypothèse que les taux de SRC les plus élevés seraient observés dans le rugby à XV féminin, le football gaélique et le football. Cela était évident dans les données collectées, puisque les taux de SRC en match variaient de 8,2 à 16,11 (IC 95 % 8,4 à 31) pour 1000 heures d'AE dans le rugby à XV et 5,21 pour 1000 heures d'AE dans le football gaélique, 47 avec une fourchette de 2,08 à 4,04 pour 1000 événements d'AE dans le football.
Cette revue est la première à rapporter les taux de SRC pour le sport de camogie. Il est intéressant de noter que les taux de SRC de ses matchs ressemblent à ceux d'un sport à haut risque comme le football (1,79-2,65 pour 1000 heures d'AE). Cependant, ce sport ne compte que deux SRC diagnostiqués dans la littérature actuelle.
L'un des principaux résultats de cette étude est que, dans presque tous les cas, les taux de SRC en match étaient beaucoup plus élevés que les taux à l'entraînement, ce qui est conforme à la littérature. La présentation des taux globaux de SRC a été jugée nécessaire pour saisir toutes les données épidémiologiques disponibles sur un territoire clairsemé pour les athlètes féminines pratiquant des sports de contact/collision. Cependant, cela n'a été fait que si une alternative spécifique au contexte ne pouvait être calculée.
Il a été précédemment indiqué que les athlètes féminines sont deux fois plus susceptibles de subir une SRC dans le même sport que les hommes. Ces athlètes sont également plus susceptibles d'éprouver des symptômes plus graves et peuvent mettre plus de temps à se rétablir. Les études de la NCAA-ISP qui ont reproduit nos études sur le football masculin, le basket-ball, le hockey sur glace et la crosse ont montré que seul le football présentait un risque global de SRC nettement plus élevé pour les femmes. Cependant, une étude américaine a trouvé des taux de SRC plus élevés chez les femmes que chez les hommes dans chacun de ces sports.
Une revue systématique des SRC dans les sports de contact d'équipe a également rapporté des taux de match bien plus faibles pour le rugby à XV masculin (2,16-8,93 par 1000 heures AE) que ceux rapportés pour les femmes dans l'étude actuelle. La probabilité d'autodéclaration d'une SRC peut jouer un rôle dans les taux plus élevés de SRC dans les sports féminins, mais les facteurs biomécaniques et neurophysiologiques en jeu sont encore loin d'être clairs. La divergence de l'inflammation systémique et de la gravité des symptômes entre les sexes, ainsi que le dysfonctionnement et la déficience cognitive spécifiques au sexe, qui sont 1,7 fois plus importants chez les femmes après une SRC, ont été suggérés comme des mécanismes potentiels de l'augmentation du fardeau des blessures.
Seuls les États-Unis fournissent des données longitudinales pour cette étude, provenant des bases de données américaines HS-RIO et NCAA ISP, deux structures aux méthodologies bien documentées. La plupart des pays n'ont pas de lois spécifiques aux commotions cérébrales comme les États-Unis. Par conséquent, l'étude actuelle ne peut pas être généralisée à l'échelle internationale car elle ne tient pas compte de la complexité des facteurs de décentralisation, de politique et de culture qui affectent l'épidémiologie des SRC.
Tableau comparatif des taux de SRC dans les sports féminins
| Sport | Taux de SRC en match (par 1000 heures d'AE) |
|---|---|
| Rugby à XV | 8,2 - 16,11 |
| Football gaélique | 5,21 |
| Football | 2,08 - 4,04 |
| Camogie | 1,79 - 2,65 |
Initiatives et associations de soutien
Malgré les innovations technologiques et les actions mises en place par les fédérations, les commotions laissent parfois des traces et peuvent impacter la vie sociale des sportif·ves. Afin de les accompagner, des associations voient le jour. C'est le cas d'Alerte Commotions, une association créée en février 2023 par Antoine Semeria. "La commotion dans le sport est une question de santé publique, trop peu médiatisée. Dans le cadre de mon métier d'avocat, j'ai pu accompagner de nombreux·ses sportif·ves amateur·ices comme professionnel·les et me suis rendu compte du retard sur le sujet des commotions dans le sport. Mon but premier en créant cette association est de libérer la parole, tout en informant au maximum, quel que soit le niveau, le sexe, l'âge, la pratique..." Tout en évitant la stigmatisation de certains sports, car selon Antoine Semeria, "les commotions n'arrivent certainement pas qu'au rugby ou au hockey sur glace. C'est aussi dans ces sports que les efforts mis en place sont les plus importants."
En prenant la parole sur le sujet, l'association se fixe plusieurs objectifs. "En créant par exemple des groupes de parole ou des forums en ligne, on libère cette prise de parole et on permet d'éviter l'isolement des sportif·ves." Deuxième objectif pour Antoine Semeria : aider sportifs et sportives dans le suivi médical lié aux commotions, quel que soit leur niveau de pratique. "Amateur·ices, semi-pro ou professionnel·les, tou·tes doivent bénéficier d'un traitement adapté. C'est loin d'être le cas aujourd'hui. Il existe un gouffre entre le traitement d'une commotion en milieu professionnel et amateur. Un·e pro va immédiatement être pris·e en charge par un staff médical avec kinésithérapeute, podologue, neurologue, ostéopathe, neuropsychologue et passer des IRM rapidement. L'amateur·ice n'aura pas ce réflexe et cette chance d'être accompagné·e. Notre but est de réduire cet écart."
D'autres actions comme les échanges avec les fédérations sportives, le ministère des sports, les assurances, la distribution de prospectus sur les actions mises en places par les fédérations à destination des amateur·rices ou encore la reconnaissance de l'encéphalopathie traumatique chroniques (ETC) en tant que maladie professionnelle seront à l'initiative de l'association. Toujours dans le but de sensibiliser et accompagner sportif·ves sur le sujet des commotions.