Le paysage audiovisuel du football français est en pleine tourmente. Après le refus de DAZN d'accepter la proposition financière du médiateur concernant les droits TV de la Ligue 1, le conflit entre le diffuseur et la Ligue se poursuit, semant l'incertitude pour l'avenir de la diffusion des matchs.
Malgré ce conflit persistant entre la LFP et DAZN, la diffusion des matchs de Ligue 1 n’est pas remise en question pour le moment. DAZN va continuer de diffuser ses huit matchs par week-end, comme le prévoit son contrat pour les cinq dernières journées et les barrages L1/L2.
Crise entre la LFP et DAZN - Où verra-t-on la Ligue 1 l'année prochaine ?
Où en est ce projet de chaîne de la Ligue ?
À l’heure actuelle, la seule alternative qui semble possible à DAZN pour la LFP, c’est la création de sa fameuse chaîne interne. Le projet avait déjà été sérieusement travaillé l’été dernier. Les équipes de Benjamin Morel, ancien DG de LFP Media avaient trouvé un accord avec Max, la plateforme commercialisée par WarnerBros, pour intégrer son portefeuille de contenu aux cotés de séries prestigieuses. L’abonné aurait donc eu accès à un large choix de contenu pour 27,99 euros par mois.
Le projet avait été présenté au conseil d’administration mais finalement, devant le peu de garanties de revenus d’un tel modèle, les présidents avaient préféré, à deux semaines du début du championnat, opter pour l’option DAZN/beIN qui assurait des revenus immédiats. Mais le projet est toujours standby au sein de LFP Media.
Plusieurs présidents, comme Joseph Oughourlian ou John Textor souhaitent pousser cette option. Vincent Labrune a aussi clairement penché vers ce projet lors du collège de Ligue 1, mardi 15 avril. "Il faut avancer par nous-même", a-t-il lancé hier lors de la réunion avec les présidents. Nicolas de Tavernost, successeur de Benjamin Morel à la tête de LFP Media, devrait travailler dans ce sens. L’idée est de proposer tous les matchs de L1 au même endroit et que la Ligue soit maître de son produit de la production à la distribution en passant par tout l’aspect éditorial.
Il faudrait trouver des accords de distribution avec tous les fournisseurs d’accès internet (SFR, Bouygues, Orange, Free) mais aussi Canal, voire Amazon, Netflix, Molotov… Un point crucial resterait à trancher: la tarification de l’abonnement afin de réunir le plus grand nombre d’abonnés possible.
L’autre enjeu énorme sur cette option, c’est le financement des clubs. En attendant que l’argent des abonnements s’accumule, il faudrait assurer les revenus des clubs en s’associant à un organisme financier durant plusieurs mois. CVC, actionnaire minoritaire de LFP Media, aurait le profil pour proposer une solution.
Les clubs recevront-ils l'argent de l'échéance du 30 avril?
Le 30 avril, c'est la date de l’avant-dernière échéance de paiement des droits TV pour DAZN cette saison. La dernière est attendue deux mois plus tard. La LFP et donc les clubs doivent recevoir 140 millions sur ces deux dernières échéances, dont 70 millions le 30 avril.
Vu qu’aucun accord de séparation n’a été conclu mardi 15 avril, le contrat actuel doit s’exécuter. Mais DAZN, lors de la dernière échéance de février, n’avait déjà pas payé en totalité son dû en temps et en heure. Le diffuseur n’avait versé que la moitié de son échéance à la Ligue, plaçant sous séquestre l’autre moitié afin de mettre la pression sur la LFP pour renégocier à la baisse le contrat.
Vu sa volonté de ne pas poursuivre sa collaboration dans les conditions financières actuelles, il est fortement probable que DAZN ne paie pas rubis sur l’ongle ces 140 millions d’euros restant au titre de cette fin de saison. Si tel était le cas, la Ligue devra vite réagir en demandant la saisie de la garantie de l’actionnaire de DAZN afin de faire exécuter le contrat et donc le paiement des droits. Une nouvelle action en référé serait aussi très probable.
Plus que jamais, les clubs sont en grande difficulté financièrement. Ceux qui ont participé aux Coupe d’Europe cette saison s’en sortent plutôt bien, notamment Lille et Brest grâce aux revenus de l’UEFA. Mais il y a une dizaine de clubs en grande difficulté économique, comme Le Havre, Montpellier, Angers, Reims. "Les prochaines échéances sont vitales pour qu’on finisse la saison", confie un président à RMC Sport.
Les critiques et les défis de DAZN
L'été dernier, la plateforme DAZN débarquait dans le paysage médiatique français en rachetant les droits de la Ligue 1 de football. Critiquée pour le prix de ses abonnements et la couverture de certains matchs, la chaîne évolue et tente de séduire de nouveaux clients.
DAZN a multiplié les promotions après un torrent de critiques en début de saison concernant les prix de l’abonnement. En cette fin d’année, plusieurs existent, dont celle à 19,99 euros par mois mais pour un an, ou 39,99 euros par mois, sans engagement. Mais pour l'instant, ils sont à peine 500.000 abonnés à la plateforme.

C'est une fourchette haute : les chiffres précis ne sont pas communiqués. C'est très loin encore des objectifs, explique Luc Arrondel, spécialiste de l'économie du football au CNRS : "Le problème essentiel, c'est effectivement cette clause libératoire qui voudrait que si on n'arrive pas à atteindre le 1,5 million d'abonnements en décembre 2025, DAZN mais aussi la LFP pourraient donc décider de se retirer. À ce moment-là, il y aurait sans doute un nouvel appel d'offre, ou bien la LFP serait contrainte de développer sa propre chaîne."
Selon lui, le prix de l'abonnement a marqué les fans de football, et rebuté de nombreux potentiels abonnés. "Il y a peut-être des formules à revisiter", estime le chercheur. "Cette façon de vendre du football à travers un abonnement pour tous les matchs est un peu dépassée."
La lutte contre le piratage
Le diffuseur de la Ligue 1 doit aussi faire face aux retransmissions illégales. Selon l"Arcom, le gendarme de l'audiovisuel français, "depuis le début de la saison 2024-2025, nous faisons face à un phénomène d'ampleur inédite". D'après une étude d'Ipsos, 37% des personnes ayant regardé la Ligue 1 cette saison l'ont fait illégalement. Selon cette enquête, 55% des spectateurs du dernier classico OM-PSG, fin octobre, ont eu recours à des sources illégales.
Le piratage a joué un rôle important dans cette faillite, malgré le tarif prohibitif de DAZN et une communication mal ficelée. La direction de la filiale commerciale de la LFP a missionné son propre enquêteur privé chargé de lui fournir des dossiers clé en main pour ses dépôts de plaintes. LFP Media prend très au sérieux la menace du piratage et nourrit le rêve de convertir les pirates en abonnés payants.
Comparaison avec Mediapro
Il est intéressant de comparer la situation de DAZN avec celle de Mediapro, qui avait également acquis les droits de la Ligue 1 avant de se retirer. Mediapro a eu beaucoup de temps pour lancer Téléfoot, sa chaîne en France. Son premier match, Bordeaux-Nantes (0-0), est diffusé le 21 août 2020, plus de deux ans après avoir obtenu les droits. Entretemps, aucun accord de distribution n'avait été conclu avec Canal+. L'échec dans l'acquisition des droits de la C1 en novembre 2019 avait aussi affaibli le catalogue proposé.
DAZN, lui, a dû bâtir sa stratégie commerciale et éditoriale en trois semaines : attribution des droits par la LFP le 25 juillet 2024, premier match diffusé le 16 août suivant (Le Havre-PSG, 1-4). D'où des changements constants sur les tarifs d'abonnement jugés trop élevés au départ, la création tardive de magazines et le retour d'un multiplex du dimanche seulement à partir de janvier.
Stratégie différente pour DAZN. Si la plateforme n'a versé que la moitié de son échéance financière due à la LFP (35 M € brut), les 35 autres millions dus sont mis sous séquestre sur un compte pour montrer que ce n'est pas une question financière. Et pas question de fermer la chaîne. La clause de sortie, activable au bout de deux ans si le seuil de 1,5 M d'abonnés n'est pas atteint au 1er décembre 2025 (pour l'instant DAZN compterait près de 500 000 abonnés), n'est pas automatique. « Nous n'avons aucun intérêt à activer cette clause, assurait encore Brice Daumin, le DG France du groupe, au Figaro mercredi soir. Le seul sujet qui nous anime, c'est la construction dans la durée. »
Ligue 1+ : Une Alternative Prometteuse
En parallèle, la Ligue de football professionnel (LFP) a lancé sa propre plateforme, Ligue 1+, en réponse à la rupture du contrat avec DAZN l’année dernière. Ce nouveau site diffuse la quasi-totalité des matchs du championnat, beIN Sports conservant les droits d’un match par journée.
L’abonnement s’élève à 14,99 euros par mois avec un engagement de douze mois, ou 19,99 euros par mois sans engagement. Plusieurs spectateurs ont notamment salué les efforts éditoriaux fournis par la LFP.

Points Forts de Ligue 1+
- Coulisses des matchs
- Statistiques en direct
- Analyses et images inédites
Cependant, quelques problèmes techniques ont été signalés, notamment une mauvaise résolution d’image et des bugs à répétition. De nombreux utilisateurs se sont également plaints d’un décalage entre le son et l’image pouvant aller jusqu’à plusieurs secondes.
Crise des Droits TV et Réactions
Les formations de l'élite sont surtout dans l'attente des évolutions du dossier DAZN. Face à la crainte d'un refus de paiement du principal diffuseur, la LFP a convoqué un conseil d'administration exceptionnel des présidents de clubs français.
Joseph Oughourlian, président du RC Lens, a critiqué la gestion de la crise des droits TV, estimant que l’erreur DAZN est pire que celle de Mediapro. Bruno Genesio a également taclé le choix de la LFP de rompre sa relation historique avec Canal +.
Plusieurs acteurs du football français ont exprimé leur inquiétude face à cette crise, soulignant l'importance des droits TV pour l'avenir du sport. La LFP va puiser dans son fonds de réserve pour payer les clubs en attendant la décision du tribunal de commerce sur son référé contre DAZN.
| Diffuseur | Montant annuel des droits | Nombre de matchs par journée |
|---|---|---|
| DAZN | 400 millions d'euros | 8 |
| Ligue 1+ | N/A | Quasi-totalité |