Comme souvent, on se plait à qualifier la série Pro Evolution Soccer comme le messie des jeux vidéo. Et force est de constater qu’au fil des ans, le titre de Konami nous surprend alors que l’on pensait avoir atteint le summum en matière de jeu de football sur consoles, reléguant par la même occasion la licence FIFA et ses déclinaisons au rang de simples remplaçants pour ne pas dire supporters du dimanche. C’est en plein mois d’octobre qu’a choisi Konami pour ouvrir le bal des passements de jambes, des hat tricks et autres corners à la rémoise avec Pro Evolution Soccer 6.
Avec beaucoup de retard par rapport aux autres plateformes, voici donc PES 6 sur DS. La série phare de Konami se devait d'être présente sur Nintendo DS, ne serait-ce que pour y poursuivre la guerre fratricide avec son concurrent FIFA. Le premier contact est aussi rude qu'un coup de crampons dans le tibia : la réalisation datée vous renvoie à des références de dix ou vingt ans d'âge.
Autant jouer cartes sur table : Pro Evolution Soccer 6 sur DS n'est pas vraiment un cadeau pour ceux qui possèdent la console et ne jurent que par le football. Avec une sortie aussi tardive, on aurait pu croire que cette version aurait bénéficié de quelques retouches afin de profiter au maximum des fonctionnalités tactiles de la console. Konami s'est finalement contenté de garder les bras croisés, quitte à nous renvoyer à l'ère PSone.
Et voilà, encore un PES pour ma pomme. En cumulant toutes les différentes éditions de toutes les consoles, j'ai un paquet de tests à mon palmares. Honnêtement, il y en a tellement que j'ai perdu le compte, mais le pire, c'est que j'y prends encore plaisir. Surtout lorsqu'il s'agit une version spécialement développée pour une machine, comme c'est le cas ici pour la DS.
Adaptation et graphismes
Contrairement à sa concurrente directe, la PSP, il faut bien avouer que la petite portable Nintendo n'offre pas les mêmes capacités techniques, surtout en matière de 3D... Alors Konami a-t-il trouvé les ressources nécessaires pour nous offrir un PES 6 aussi prenant que sur les autres consoles ?
Maintenant, il faut se demander si ces modifications n'ont pas trop dénaturé le jeu... et hélas j'ai bien peur que ce soit le cas. Tout d'abord, on se rend rapidement compte que le jeu ne tire pas profit des deux écrans, puisque celui du bas n'affiche qu'un radar ou un menu simplifié de formation (au choix dans les options), pareil pour l'utilisation des fonctions tactiles, qui ne servent qu'à naviguer dans les menus et à contrôler les caméras lors des replays. Donc voilà, c'est dit : PES 6 ne présente donc aucune nouveauté majeure.
La DS est vraiment limitée en ce qui concerne la 3D. Du coup, il a fallu tout simplifier à mort, ce qui fait que graphiquement, on retrouve à peu près le niveau de ce bon vieux ISS Pro Evolution époque PSone, en plus laid. Pareil pour les animations, réduites ici à leur plus simple expression. Malgré tout cela, le jeu affiche encore des saccades lorsque beaucoup de joueurs sont dans la surface de réparation.
Car Pro Evolution Soccer 6 ressemble grosso modo aux premiers volets de la série, avec des graphismes pixellisés et des joueurs aux coudes et aux cuisses carrés que l'on peine à distinguer. Le jeu se permet même quelques ralentissements aux abords de la surface de réparation, un peu comme Virtua Striker en son temps. Les dimensions du terrain donnent l'impression de devoir parcourir des kilomètres avant d'approcher le but d'en face, et la taille du radar ne permet pas d'identifier clairement ses partenaires pour construire des actions cohérentes. Même s'il est possible de lui dédier l'écran tactile, la gymnastique occulaire engendrée n'est guère confortable.
Vous lancez un match exhibition, et là c'est le choc ! Les graphismes antédiluviens évoquent immédiatement ISS pro 98 sur PlayStation. Les joueurs sont mal modélisés et tellement pixellisés que vous avez parfois du mal à distinguer les différentes parties de leur corps. Le terrain est affreusement terne ; la visualisation latérale de l'action manque un peu de recul - vous épargnant cependant la bouillie de pixels censée représenter le public. L'animation n'est pas mauvaise en soi mais se voit lésée par ce rendu visuel désastreux. Il est en outre difficile de passer sous silence ces inadmissibles ralentissements qui interviennent de façon systématique lorsqu'un trop grand nombre de joueurs sont présents à l'écran.
L'ambiance sonore, quant à elle, ne relève pas le niveau de la réalisation. Les bruitages sont affligeants et vous renvoient à vos souvenirs de Kick Off. Les clameurs du public évoquent le bruit d'une chasse d'eau en action. Les commentaires brillent par leur absence, excepté lors d'un but (mais n'ayant jamais été le fort de la série, il est peut-être superflu de les regretter).
Pro Evolution Soccer 6 était sans doute inadaptable en l'état sur DS et devait être repensé. Les développeurs ont clairement fait l'impasse sur la réalisation pour s'attacher à retranscrire l'inimitable gameplay propre à la série. Avoir privilégié la simulation et la sobriété graphique au détriment de l'arcade et du spectaculaire est tout à fait louable.
Difficile par contre de pardonner la pauvreté du contenu, qui diminue forcément la durée de vie. Pro Evolution Soccer 6 DS est donc un coup d'essai non dénué d'intérêt, mais dont la prochaine version devra revoir à la hausse ses ambitions en matière de réalisation et de contenu.
Jouabilité et maniabilité
Quant à la maniabilité, elle aussi en a pris un coup, étant donné que les joueurs sont rigides comme du bois. Les tirs manquent également de précision (on n'a du mal à ajuster son shoot) et les dribbles ont quasiment disparu, même si l'on retrouve encore les une-deux. L'IA des joueurs ne s'en sort pas trop mal en revanche, même si les gardiens sont de vraies passoires.
L'amplification donnée aux passements de jambe et les genoux qui rasent le menton rappellent ce que l'on voyait déjà dans ISS Deluxe sur Super Nes, ce qui ne nous rajeunit pas. Exceptée l'éternelle feinte de frappe ou de passe, il s'agit du seul gri-gri dispo dans la palette technique du joueur. Oubliez donc les drag back, v-feint ou autres virgule pour éliminer le joueur adverse; il va falloir faire dans la maçonnerie et réaliser de longs sprints pour se mettre en situation de frappe. Cela dit, les une-deux sont toujours de mise pour destabiliser une défense, et les passes en profondeur viennent également étoffer un gameplay qui snobe le stylet.
Dès le coup d'envoi, une autre surprise vous attend : le jeu est nettement plus lent que ses confrères. C'est un peu désarmant au départ pour les habitués, mais vous vous y faites vite. D'autant que la jouabilité est sensiblement identique aux versions de salon. A savoir que c'est toujours un véritable régal de pouvoir construire des actions complexes tout en exécutant des mouvements de façon intuitive. Mais "sensiblement", parce qu'elle a quand même été quelque peu simplifiée. Le ballon colle davantage au pied, et il est de fait plus facile de dribbler un adversaire ; ce qui expliquera peut-être le faible nombre de gestes techniques disponibles.
Pourtant, cette épuration du gameplay fonctionne à merveille : le jeu, moins technique à l'évidence, en devient cependant plus tactique, d'autant que la relative lenteur permet d'organiser au mieux ses actions. Une réserve cependant : dans les deux premiers modes de difficulté (facile et moyen), le "pressing", mouvement qui consiste à se précipiter sur un joueur adverse pour s'emparer du ballon, est beaucoup trop efficace. Il permet alors une tactique imparable : envoyer un long ballon sur la défense adverse, le récupérer immédiatement grâce au pressing d'un attaquant, et marquer ainsi facilement. D'autant que les gardiens sortent beaucoup trop systématiquement de leurs buts et se trouent au moindre de vos tirs. Par contre, en mode difficile, le jeu devient un vrai challenge, exigeant et intéressant.
Il est possible de passer outre la réalisation old school pour profiter pleinement d'un jeu exigeant mais intéressant, qui vous gratifie de vos efforts après plusieurs heures de persévérance.
Contenu du jeu
Question contenu, c'est faible aussi : si au niveau des équipes nationales le jeu est bien fourni, on n'a droit qu'à 10 clubs seulement, et parmi eux aucun ne sont français ni espagnol. Dur. En termes de compétitions, on en compte à peine deux : la classique Coupe Konami ainsi qu'un mode Tour du Monde qui n'est qu'une espèce de Master League light. Heureusement, toutes les options de formation sont là, elles, aussi bien pour l'ensemble de l'équipe que pour les joueurs. Les fins stratèges pourront donc s'en donner à cœur joie.
International Superstar Soccer... Laid comme un pou, Pro Evolution Soccer 6 propose les modes de jeu habituels : exhibition, entraînement, multi, Coupe Konami et Tour du Monde. Ce dernier est le pendant de la fameuse Ligue des Masters, et reprend les mêmes règles qui la définissent. Avec une équipe de base composée de joueurs de district, il va falloir grimper dans la hiérarchie mondiale en traversant les différentes poules.
Pendant cette tournée mondiale, on peut recruter les meilleurs éléments des équipes vaincues via le Gacha, une sorte de distributeur dans lequel on glisse quelques pièces obtenues grâce aux victoires.
Outre le classique entraînement, qui permet d'assimiler les contrôles de jeu, vous avez trois possibilités de parties : Match exhibition, Coupe Konami et Tour du monde. Le match simple vous oppose à la console, ou bien à un autre joueur en mode réseau ou Wifi. La coupe Konami est une compétition à élimination directe comprenant 16 équipes maximum, et hormis le choix de ces équipes, elle n'est pas paramétrable. Quant au Tour du monde, il s'agit d'une sorte de mode carrière simplifié dans lequel vous affrontez une à une toutes les équipes nationales afin de débloquer de nouveaux joueurs et de nouvelles équipes. Original, mais vous en faites vite le tour. Où sont donc les possibilités de championnat, de compétition personnalisée?
Pire encore, la base de données n'est nullement satisfaisante : toutes les équipes nationales sont au rendez-vous, mais vous n'avez droit qu'à une ridicule sélection de quelques clubs européens, dont pas un français! Vous retrouvez par contre les options de paramétrage propres à la série : personnalisation des joueurs, sélection de la formation et de la stratégie, désignation des tireurs de coup francs...
A noter enfin que l'écran inférieur ne sert qu'à visualiser le positionnement de vos joueurs et leur état de fatigue. La seule possibilité tactile réside dans la modification de la stratégie (offensive ou défensive) de votre équipe.
Il n'y a plus qu'à espérer que les prochaines versions de PES sur DS utiliseront plus efficacement les capacités de la console.
Finalement, le pire, c'est que Konami a carrément fait du bon boulot. Faire tenir PES 6 sur DS, ça revient à vouloir faire rentrer Carlos dans une Smart. Ils y sont arrivés mais ça s'est fait au prix de coupes trop importantes.
