Le club du Paris Saint-Germain (PSG) a prolongé son partenariat avec le Rwanda, suscitant de vives critiques et soulevant des questions éthiques et politiques. Ce partenariat, comme d'autres similaires dans le monde du football, est scruté à la loupe, notamment en raison du contexte historique et politique du Rwanda.
Le Rwanda a débuté son aventure dans le football européen en 2018 à Londres, avec Arsenal, suivi du PSG en 2019, et plus récemment du côté de la Bavière au Bayern Munich en 2023. Arsenal, par exemple, diffuse le logo sur la manche gauche de ses joueurs, ce qui, selon le Rwanda Development Board (RDB), garantit une visibilité mondiale de 35 millions de vues par jour.
Le partenariat du Rwanda avec le PSG est donc régulièrement dénoncé dans le monde du football, y compris par d'anciens joueurs parisiens. L'argument selon lequel le football n’a rien à voir avec la politique vient de rencontrer un contre-argument supplémentaire. Il y a des fois où le football peut déranger un supporter et ses convictions en matière de droits humains. Voilà ce que pouvaient penser les supporters d’Arsenal.
Rwanda/PSG/Arsenal : des partenariats aux stratégies différentes
Le contexte historique et politique
Le génocide de 1994 reste gravé dans les mémoires. Ministre puis président de la République, Paul Kagamé, qui a accéléré la fin des massacres et pris le pouvoir, promettait de grandes choses pour le pays. Plus de 20 ans plus tard, il dirige toujours le Rwanda d'une main de fer. La plupart d'entre eux, forcés à l'exil, sont menacés ou agressés même à l'étranger.
Paul Kagamé souffle également sur les braises en République démocratique du Congo, où la guerre fait rage. Le pays a été attaqué par la milice M23, soutenue par le Rwanda. Le conseil de sécurité de l'ONU a dénoncé les exactions du M23 et exigé en février le retrait des troupes rwandaises en adoptant une résolution rédigée par la France.
Depuis des années, Paul Kagame président depuis 25 ans du Rwanda, est pointé du doigt pour son soutien au M23, un mouvement rebelle actif dans l’est du Congo depuis 2012. La République démocratique du Congo accuse le Rwanda de financer et d’armer les insurgés afin d’y récupérer les métaux rares du Sud-Kivu. Des allégations confirmées par l’ONU, pendant que Kigali, la capitale rwandaise, nie en bloc.
Depuis décembre 2024, l’offensive s’intensifie. Ce mercredi, la cité minière de Nyabibwe est tombée aux mains du M23 et des troupes rwandaises, selon Le Monde Afrique. Une semaine plus tôt, des combats éclataient en plein cœur de la ville de deux millions d’habitants Goma entre le M23 et les forces congolaise. Le bilan humanitaire est catastrophique : 6,3 millions de déplacés depuis 2024, selon un rapport récent l’UNHCR.
La controverse s’est déclarée dimanche, quand Thérèse Kayikwamba Wagner, ministre des Affaires étrangères de la République démocratique du Congo, a dégainé sa plume pour noircir le bilan de trois clubs de football : le PSG, le Bayern et Arsenal. Elle n’est pas la seule à dénoncer ce « partenariat de la honte ».
Début février, Thérèse Kayikwamba Wagner, ministre des Affaires étrangères de la RDC, exhortait le PSG, Arsenal et le Bayern Munich à mettre fin à un accord « taché de sang ».

Les objectifs du Rwanda : tourisme et image de marque
L’objectif principal est de promouvoir le tourisme, une industrie clé pour l’économie rwandaise. Transformer l’image du Rwanda après le génocide de 1994 est également un enjeu majeur.
L’objectif des campagnes comme "Visit Rwanda" est de rompre avec ce passé tragique pour présenter le pays comme une destination moderne, sûre et dynamique. Le slogan ne vise pas seulement à attirer les touristes, mais aussi les investisseurs.
"Au cours des 25 dernières années, le Rwanda est passé d’un pays tristement connu pour sa tragédie à l’un des pays les plus dynamiques grâce à son énergie, sa créativité et ses innovations", a expliqué Clare Akamanzi dans une interview à TV5 Monde. Ce repositionnement est renforcé par des investissements massifs dans les infrastructures, comme le développement d’un aéroport moderne à Bugesera financé en partie par Qatar Airways, ou encore la rénovation du stade national Amahoro pour accueillir 45 000 spectateurs.
Clare Akamanzi, directrice du RDB, a affirmé que les partenariats avec Arsenal et le PSG ont généré plus de 160 millions de dollars de valeur médiatique, attiré un million de visiteurs, et rapporté 445 millions de dollars de revenus touristiques. Ces chiffres témoignent de l’efficacité d’une campagne qui ne se limite pas au sponsoring.
Le PSG a même lancé une académie de football à Huye, au Rwanda, en 2021, et ses joueurs vedettes comme Kylian Mbappé ou Neymar ont participé à des vidéos promouvant les paysages et la culture du pays.
La communication du Rwanda va bien au-delà des excursions de Gonçalo Ramos, Mauro Icardi ou Warren Zaïre-Emery dans les forêts brumeuses à la recherche de gorilles.
Chaque 7 avril, Kigali commémore le génocide des Tutsis de 1994, qui a coûté la vie à près d’un million de personnes. Les clubs sous contrat jouent le jeu. Arsenal, le Bayern, le PSG, tous affichent alors leur soutien.
« Nous honorons la mémoire de plus d’un million de victimes », lance Alexandre Lacazette, alors membre des Gunners. Aujourd’hui, le PSG reste silencieux. Ni réponse aux autorités congolaises, ni réaction à la pétition.
Les mêmes mots mais pas les mêmes visages, dans une autre vidéo publiée là encore mercredi matin; Kylian Mbappé prononce lui aussi ces 3 mots "souvenir, unité, renaissance". S'affiche aussi le mot Kwibuka qui signifie en langue kinyarwanda, la langue du Rwanda, "Souviens-toi ».
Le Paris Saint Germain et Arsenal, partenaires du pays, ont commémoré cette semaine le 27e anniversaire du génocide des Tutsis du Rwanda.
De leur propre initiative, le club, propriété du Qatar et ses joueurs ne se seraient jamais exprimé sur un sujet aussi sensible. Ils l’ont fait car, là encore, le PSG et le Rwanda ont signé un accord il y a un an et demi.
10 millions d’euros par an versés par le pays, pour délivrer des messages politiques mais surtout faire la promotion du tourisme.
Le président rwandais, Paul Kagame, est un grand amateur de football… et un fin stratège qui veut utiliser la popularité de ce sport pour attirer les touristes.
Tableau récapitulatif des retombées économiques selon le Rwanda Development Board (RDB)
| Indicateur | Valeur |
|---|---|
| Valeur médiatique générée | Plus de 160 millions de dollars |
| Nombre de visiteurs attirés | 1 million |
| Revenus touristiques rapportés | 445 millions de dollars |

Les critiques et le "sports-washing"
La stratégie de Paul Kagame, qui dirige le pays d’une main de fer depuis 2000, est critiquée comme étant une forme de "sports-washing" destinée à détourner l’attention des accusations récurrentes de violations des droits humains.
Si les autorités rwandaises vantent les retombées économiques et médiatiques des partenariats sportifs, des critiques s’élèvent. Victoire Ingabire, une opposante politique, estime que ces dépenses ne répondent pas aux besoins des populations rurales. "Ces investissements ne profitent pas à la majorité des Rwandais. C’est de l’argent gaspillé", a-t-elle déclaré à l’AFP.
Avec un revenu annuel moyen de 822 dollars par habitant selon la Banque mondiale, ces partenariats sont perçus comme un luxe superflu par une partie de la population. Le montant exact des partenariats reste confidentiel, mais des sources indiquent que le contrat avec Arsenal aurait coûté environ 36 millions d’euros sur trois ans, tandis que celui avec le PSG atteindrait 30 millions d’euros. Ces chiffres, bien qu’élevés, sont relativisés par Clare Akamanzi : "Les retours dépassent de loin nos investissements", a-t-elle affirmé.
Comme à Arsenal, certains supporters du PSG expriment leur malaise face à cette association avec un État au régime autoritaire. Une pétition a d’ailleurs recueilli plus de 75 000 signatures.
Arsenal a annoncé que ce partenariat ne sera pas renouvelé à l’issue de la saison 2025-2026. L’utilisation de fonds publics rwandais dans le football européen, dans un contexte économique difficile pour une partie de la population locale, a été l’un des facteurs du mécontentement des fans.
Selon The Athletic, cette pression populaire est perçue comme un facteur ayant influencé la non-reconduction du contrat. Ce partenariat faisait la fierté de Paul Kagame, dirigeant du Rwanda, lui-même supporter des Gunners. Son gouvernement est régulièrement critiqué pour son autoritarisme, ses atteintes aux droits de l’homme et son rôle dans des conflits régionaux. Ces éléments ont renforcé le malaise autour de ce partenariat, accusé de servir à redorer l’image du pays à l’international par le biais du sport.
Ces critiques n’empêchent pas les autorités de poursuivre leur ambition. Clare Akamanzi a déclaré à Africanews : "Nous ne céderons pas à la pression des sceptiques. Ces investissements sont essentiels pour notre développement".
En misant sur le sport, le Rwanda espère diversifier son économie et attirer des investisseurs étrangers. Selon Simon Chadwick, professeur en économie du sport, "investir dans des événements sportifs ou des partenariats de sponsoring est une démarche coûteuse et compétitive. Mal gérée, elle peut conduire à des dettes importantes", explique le spécialiste à African Business.
Pourtant le Rwanda est régulièrement montré du doigt pour ses violations des droits humains. Les ONG dénoncent la répression contre les opposants au pouvoir de Paul Kagamé. Mais le mariage du club le plus en vue de France avec ce régime n’a pas suscité la moindre polémique.
Au contraire du Royaume-Uni où le deal entre Arsenal et le Rwanda continue de faire débat. Et pour cause, le gouvernement est l’un des plus sévères avec le régime de Kigali.
La question des droits de l’homme est très présente dans le football britannique au point d’expliquer en partie l’échec l’an dernier du rachat du club de Newcastle par des investisseurs d’Arabie Saoudite.
Ce mercredi, quatre députés de La France Insoumise (LFI), élus en 2024 sous l’étiquette du Nouveau Front Populaire (NFP), appellent à « l’arrêt immédiat de ce partenariat » et à un « rassemblement » ce dimanche 6 avril à 14 heures devant le Parc des Princes « pour dire stop au partenariat de la honte » entre le PSG et « Visit Rwanda ».
Youssouf Mulumbu, ex-joueur congolais du PSG, se fait depuis plusieurs mois l’un des porte-parole du drame actuel en RDC. « Le foot peut faire bouger les choses, nous confiait-il début mars. La communauté congolaise est importante en France. Le PSG n’est pas responsable de ce qu’il se passe mais, maintenant, il est informé. Tout le monde doit prendre sa responsabilité. J’ai espoir que les choses bougent. On a vu que cela commençait avec la communauté internationale.
Une manifestation aux abords du Parc des Princes s'est tenue le dimanche 6 avril, au lendemain d'une rencontre des Parisiens contre Angers (1-0).
Diversification des investissements sportifs
Le football n’est qu’une pièce du puzzle. Le Rwanda investit massivement dans d’autres disciplines sportives pour diversifier son attractivité. En 2025, le pays accueillera les Championnats du monde de cyclisme sur route, devenant ainsi le premier pays africain à organiser cet événement.
Le Tour du Rwanda, une compétition cycliste annuelle, attire déjà des équipes internationales, renforçant l’image du pays comme destination sportive. En parallèle, le basketball a bénéficié d’un soutien significatif avec la création de la Ligue Africaine de Basketball (BAL) en partenariat avec la NBA.
La Kigali Arena, inaugurée en 2019, accueille régulièrement des matchs internationaux et autres événements culturels, renforçant les capacités du pays à recevoir des manifestations d’envergure.
Le Rwanda ne s’arrête pas au football ou au basketball. Le pays a récemment annoncé son intention d’accueillir un Grand Prix de Formule 1 dès 2026, un projet qui nécessitera la construction d’un circuit près de l’aéroport de Bugesera. Si ce projet aboutit, il marquera le retour de la Formule 1 en Afrique, après une absence de plus de 30 ans.