Il ne faut jamais croire aux coïncidences. Au moment de dresser le bilan de la saison en Ligue 1, une équipe survolait la meute concernant les données physiques : l'AS Monaco. Dans l'Hexagone, la troupe de Philippe Clement fut celle qui a le plus couru, qui a réalisé le plus de courses à haute intensité, qui a couvert le plus de distance en sprints et qui a effectué le plus de changements de rythme. Trop gros pour être un simple hasard.
"Ces chiffres, c'est un peu une validation de notre projet, sourit James Bunce, responsable de la performance de l'ASM depuis 2020. On essaye de dominer les matches physiquement. On en perdra forcément mais, au moins, on est sûr qu'on tiendra la distance". Et même un peu plus que ça : en Europe, l'ASM s'invite également sur le podium de ces données, devant les plus grosses cylindrées européennes, preuve que l'accent a été mis sur cet axe de progression. Depuis deux ans, c'est une montée en puissance incontestable qu'ont connu les Monégasques.

Une Nouvelle Philosophie de Performance
A la base, tout découle d'un choix fort de Paul Mitchell, directeur sportif nommé en juin 2020. Venu du groupe Red Bull, il décide rapidement de revoir la façon de faire en interne. L'idée est simple : créer un pole performance qui chapeaute tous les secteurs du club (préparation physique, staff médical, nutrition, psychologie et datas physiques). Entre alors en scène James Bunce, directeur de performance passé par la Fédération américaine mais également la Premier League dans des rôles similaires. C'est alors une tout autre philosophie qui prend le pouvoir sur le Rocher.
"C'est une approche plus moderne, avance l'Anglais. J'aime bien comparer cela à un orchestre : chaque pole est spécialiste de ce qu'il fait et mon job, comme un chef d'orchestre, est de m'assurer qu'ils jouent tous ensemble. Derrière, je travaille main dans la main avec Philippe Clement pour m'assurer que la charge de travail à l'entraînement est correcte, que le développement physique est comme attendu, qu'on prend soin des joueurs qui jouent mais aussi, et presque surtout, de ceux qui jouent moins".

Un fonctionnement plus transversal qui gagne du terrain tant le modèle monégasque a fait ses preuves. Parce que le foot avait "du retard" mais aussi parce qu'à l'heure d'une professionnalisation accrue de toutes les sphères des clubs, tout mettre entre les mains d'une seule et même personne est fatalement contre-productif. "Forcément, je ne suis pas objectif mais pour moi c'est une nécessité aujourd'hui, estime James Bunce. En tout cas pour les grands clubs qui cherchent à faire des grandes choses. Dans mon département, il y 23 membres du staff. Donc c'est impossible qu'un coach ou qu'un directeur sportif gère ça tout seul, de manière aussi détaillée que nécessaire. On est sur des données et des choses très pointues. Donc avoir un directeur de la performance est une conséquence logique des choses".
A son arrivée à l'été 2020, Axel Disasi a vite compris qu'il était passé dans une autre dimension. "A Reims, il y avait beaucoup de personnes compétentes mais en arrivant ici, j'ai vu que j'allais passer un cap sur cet aspect, nous explique-t-il. Tous les postes sont doublés voire triplés et le suivi est vraiment quotidien et individualisé. Quand je suis arrivé ici, on m'a mis dans les meilleures dispositions physiques".

Se pose alors la question de l'organisation concrète au quotidien. "Le défi principal, c'est de réussir à aligner tout le monde autour du même projet, sachant qu'il y a beaucoup de membres dans le staff et que chacun a ses spécificités, estime Yann Le Meur, "sport scientist", responsable du développement athlétique qui travaille aux côtés de James Bunce. Donc il faut une vision claire sur le style de jeu et les méthodes d'entraînement vers lesquelles on veut tendre. Ça, ça relève plutôt de la direction sportive. Et nous, au quotidien, il faut qu'on soit aligné dans les prises de positions et qu'on puisse faire remonter des infos les plus claires possibles au staff technique".
Face à ce nouveau modèle, les joueurs ont d'abord été surpris. Puis curieux avant de définitivement devenir enthousiastes tant la domination physique de l'ASM a fini par devenir une évidence lors du sprint final de la saison passée. "Les joueurs sont terriblement ambitieux et veulent absolument devenir meilleurs, avance le directeur de la performance. Si on reprend l'exemple de Tchouameni : quand on a commencé à en faire plus, il a commencé à poser plus de questions. Cette saison, par exemple, on a ramené une nouvelle machine pour des sprints sous résistance et Fofana nous a demandé de travailler sa démarche, pour améliorer sa posture et son orientation du corps. Plus vous commencez à construire une structure professionnelle et minutieuse, plus ils ont tendance à se l'approprier".
"A l'entraînement, on a nos datas en direct, confirme Disasi. Avec nos GPS qui sont reliés à une tablette, les préparateurs peuvent venir nous voir pour ajuster les distances, les vitesses, l'intensité. C'est vraiment précis et pointilleux. Et après tous les matches, on a toujours nos kilomètres parcourus le lendemain, les distances en sprint etc…. On a la chance d'avoir de beaux outils pour être le plus efficace possible".

Une Philosophie de Jeu = Une Philosophie de Travail Physique
A l'heure de reprendre l'entraînement en vue des échéances décisives d'août et de septembre, l'équipe de James Bunce peut se targuer d'avoir réussi une mission presque impossible avec cette qualification pour le tour préliminaire de la Ligue des champions malgré un sacré déficit de points à l'arrivée de Philippe Clement, en janvier. Mais toutes les parties ont fini par pousser ensemble, pour le résultat que l'on connaît (9 victoires sur les 10 derniers matches de la saison).
"Quand Philippe est arrivé, en janvier, il avait un degré supplémentaire de compréhension des régimes d'entraînements mais il devait aussi comprendre la philosophie qu'on souhaitait appliquer, rembobine James Bunce. Explosif, rapide, transitions rapides, contre-pressing : il a été recruté pour permettre aux joueurs d'arriver à ce niveau supérieur physique mais il a aussi dû apprendre sur le tas avec cette arrivée en janvier. Mais on a eu notre récompense en fin de saison. En janvier, on a discuté du fait qu'on devait avoir une sorte de pré-saison en plein milieu de la saison. C'est le pire : tu ne peux pas sacrifier les matches mais on devait aussi pousser au maximum les joueurs pour espérer accrocher le podium. On n'avait pas prévu cela au début de la saison mais quand Philippe est arrivé, on a finalement tout imaginé autour de ça".

"A mon arrivée, les joueurs baissaient légèrement de niveau après l’heure de jeu, alors qu’aujourd’hui nous sommes capables de jouer à haute intensité tout le match", savourait le Belge en fin de saison dernière après s'être plaint à son arrivée de ces carences physiques difficilement compréhensibles. "Je me rappelle des premières semaines du coach ici : on avait du mal à assimiler parce que c'était nouveau, il y avait plus de charges, confirme Disasi. Mais ça a fini par porter ses fruits. En fin de saison, quand les matches ne tournaient pas rapidement en notre faveur, on savait qu'autour de la 60e ou 70e minute de jeu, on allait prendre l'ascendant. C'était logique au vu du travail quotidien qu'on faisait". Dans l'affaire, Philippe Clement a clairement permis à l'ASM de passer un cap supplémentaire dans le domaine.
"Pour moi, c'est l'un des meilleurs entraîneurs que j'ai eu concernant cet aspect, avance d'ailleurs Bunce au propos du coach monégasque. Il est très analytique, très obsédé par les détails. Donc il est capable d'adapter son entraînement sans que ça le perturbe ou qu'il nous reproche qu'on ait "détruit" son entraînement. Il est vraiment excellent pour s'adapter aux cas individuels et trouver la bonne solution".
En somme, à la philosophie de jeu, il fallait greffer une philosophie physique adéquate, ce qui a été facilité par l’installation dans le tout nouveau centre de performance, qui était souhaité par le président Dmitri Rybolovlev depuis plusieurs années Forcément, le modèle de Liverpool, avec un recrutement ciblé en fonction des idées tactiques de Jürgen Klopp, vient en tête. C'est en tout cas vers cela que l'ASM veut tendre. Avec un travail aussi minutieux que possible, au quotidien, sur et en dehors du terrain. Avec, toujours, les joueurs au cœur du projet.

Paradis fiscaux et évasion fiscale : ce que vous ne saviez pas | SIMPLE
La Fin des Clichés Français ?
"Quand les joueurs arrivent au centre d'entraînement, on fait le point sur leur état de forme, physique et aussi mental, l'intensité de leurs courbatures, nous éclaire Yann Le Meur quant aux journées types des membres du pole performance. On identifie toutes les petites douleurs qu'ils peuvent avoir. On croise ça avec les données qu'on peut avoir sur eux, sur leur manière de répondre au quotidien - certains ont tendance à exacerber la douleur, les fatigues, d'autres ont tendance à les minorer -. On passe du temps à échanger avec le joueur pour numériser ces données et ainsi les visualiser de manière logique. On croise ça aussi avec des marqueurs sanguins qui permettent d'avoir une indication sur le niveau de fatigue musculaire des joueurs. Sur cette base-là, on échange avec le staff sur le bon dosage à avoir en entraînement. On conçoit les objectifs ciblés de chaque séance d'un jour sur l'autre puis, en fonction de la réponse des joueurs à l'entraînement, on décide d'ajustements individuels éventuels ou d'ajustements de la séance dans son ensemble".
Face à ces nouvelles méthodes, c'est le cliché d'une Ligue 1 flemmarde sur le travail physique qui prend une claque. "La Ligue 1 est devenue si intense et si physique, insiste James Bunce. Mauricio Pochettino l'avait bien expliqué, avançant que c'était un peu un mythe que la L1 avait une intensité inférieure aux autres ligues. Mais la jeunesse amène beaucoup d'intensité. A Monaco, on veut développer les joueurs au plus haut niveau physique, donc au niveau réclamé par la Champions League. Je pense que l'image qu'on a de la L1 n'est pas toujours justifiée".
D'ailleurs, si les clubs étrangers n'hésitent plus à offrir des sommes folles pour les talents français, c'est qu'ils sont aussi convaincus qu'ils récupèrent un "produit fini". Un motif de fierté, aussi, pour le club monégasque. Parce qu'au fond, il boxe déjà dans la même catégorie. "Si le Real a dépensé beaucoup d'argent sur Tchouameni, c'est qu'ils sont confiants, et nous aussi, qu'Aurélien peut arriver au Real et être déjà très à l'aise physiquement, sourit James Bunce. Pareil s'il avait choisi Liverpool. Pourquoi ? Parce que nos données nous montrent simplement qu'on en fait plus que ces équipes physiquement".
Les Avantages Fiscaux et les Polémiques
Ce jeudi 26 février, la France du football chante à l’unisson les louanges de l’AS Monaco, auteur d’un exploit retentissant sur la pelouse d’Arsenal, la veille en Ligue des champions. Mais ce n’a pas toujours été le cas. Car les avantages fiscaux de la principauté constituent un sujet de polémique récurrent, comme en témoigne le récent bras de fer entre les dirigeants monégasques et la Ligue française. Avec, en toile de fond, cette interrogation: pourquoi l’AS Monaco joue-t-elle en Ligue 1?
D’abord, il convient de préciser que l’AS Monaco est un club, et pas l’équipe de la principauté (qui participe par exemple aux Jeux Olympiques). Monaco ne disposant pas de championnat propre, l’ASM s’est donc affiliée à la Fédération française de football, comme certains clubs du Liechtenstein - autre principauté - l’ont fait avec la fédération suisse. En outre, l'ensemble des sections du club (volley-ball, handball, etc.) ont suivi la même voie et évoluent dans les championnats français.
Pourquoi la France? Simplement pour des raisons historique (Monaco est sous protectorat français depuis 1860) et géographique (son territoire est considéré comme enclavé dans le département des Alpes-Maritimes). Mais l’AS Monaco a tout à fait le droit de demander à la fédération italienne (ou autre) de l’accueillir.
Les joueurs étrangers sont en effet totalement exonérés d’impôt sur le revenu, les Français bénéficiant quant à eux d’environ 20% de charges sociales en moins. Selon l’Union des clubs professionnels de football (UCPF), "le net en poche pour un joueur en France par rapport à un joueur étranger de Monaco est ainsi inférieur de 103% en application du régime de droit commun", pour un individu touchant 600.000 euros annuels. Le tout grâce à la convention fiscale signée par le Général de Gaulle en 1963, liant la France à Monaco.
Lors de la remontée du club en Ligue 1, porté par les investissements spectaculaires de son nouveau propriétaire, la Ligue professionnelle de football a donc décidé de passer à l’offensive afin de rétablir une certaine forme d’équité entre les clubs. Et a opportunément fait voter une modification de son règlement, qui oblige désormais les clubs professionnels à implanter leur siège social en France.
En passe de remonter en Ligue 1, l’AS Monaco va devoir impérativement installer son siège social en France d’ici un an, et sera donc obligée de s’aligner sur le même système fiscal que ses concurrents français, sous peine d’exclusion. C’est du moins ce qu’a décidé la Ligue de Football Professionnel, laquelle a laissé jusqu’au 1er juin 2014 au club de la Principauté pour se mettre en règle. Cependant, si cette exigence est logique sur le papier, elle risque d’avoir beaucoup de mal à s’appliquer, des accords existants entre la France et Monaco, et il sera difficile à la LFP d’outrepasser ces textes officiels.
Dans l’Equipe, la ministre des Sports ne dit pas le contraire. « Il est important qu’il puisse y avoir une égalité de traitement entre les clubs. Je comprends donc que la LFP soulève cette difficulté aujourd’hui (…) Mais il y a des accords importants et historiques avec la Principauté de Monaco. Il faut donc voir ce qu’il est possible de faire dans ce cadre. Ce dossier est suivi par le ministère du Budget et coordonné par le Premier ministre », a précisé Valérie Fourneyron, un peu gênée aux entournures. De son côté, Noël Le Graët reconnaît également qu’il voit mal comment l’AS Monaco pourrait être exclu de notre championnat compte tenu des rapports historiques entre la Principauté et la France.
Les Triomphes Européens et les Défis Relevés
La première fois que l’ASM a renversé une situation européenne mal embarquée, c’est en 1979 au 1er tour de la Coupe UEFA. Défaite par le Shakhtar Donetsk en Ukraine (2-1), elle l’emporte (2-0) au Louis-II au retour. Delio Onnis (49’) et Christian Dalger (53’) permettent aux joueurs de Gérard Banide de sortir de l’ornière.
Neuf ans après Donetsk, en 16es et en 8es de la Coupe des clubs champions, Reykjavik et le Club Bruges subissent, coup sur coup, la foudre des Monégasques. Islandais et Belges l’emportent (1-0) chez eux mais ne résistent pas au retour en Principauté. Les insulaires craquent (2-0). Baldursson contre son camp (15’) et une frappe limpide de trente mètres de George Weah (37’) les éliminent. Luc Sonor (8’) et José Touré (24’, 30’) sont les autres buteurs.
En 2004, sur son chemin jusqu’à la finale de la Ligue des champions qu’il perdra lourdement contre Porto (3-0), Monaco a réussi, par deux fois, à se relever d’une défaite au match aller. Mais c’est d’abord dans le froid russe que l’ASM se fait surprendre. Sur un terrain synthétique, contre un adversaire dont le championnat est en pause et dont les individualités sont méconnues, la troupe de Didier Deschamps passe à côté de son sujet.
Battus (4-2) au Bernabeu, dans une partie où chaque accélération de Ronaldo « fait tout trembler » dixit l’ancien milieu Édouard Cissé, les Monégasques s’imposent (3-1) dans la liesse au Louis-II. Giuly (45’+1, 66’) et Morientes (60’), prêté par le Real, terrassent le monstre espagnol. L’ASM n’est plus spectatrice des stars d’en face. Elle joue et domine physiquement. En 2004, Ludovic Giuly et l’ASM avaient piégé les Galactiques de Roberto Carlos au Louis-II.
L’année 2017 est le dernier grand frisson européen connu par le Rocher. L’ASM, passée par les tours préliminaires durant l’été, trace sa route jusqu’aux demi-finales de la Ligue des champions où la Juventus et ses roublards mettent fin à son parcours (2-1, 2-0). Cette belle épopée a été sublimée par un 4-4-2 redoutable et redouté. Cette année-là, le coach Leonardo Jardim avait fait de solistes talentueux, un magnifique orchestre.
Fenerbahçe, vainqueur (2-1) chez lui au 3e tour préliminaire, est la première formation épinglée par les Monégasques. Les Turcs boivent la tasse au Louis-II (3-1), torpillés par un penalty de Falcao et un doublé de Germain (2’, 65’), qui retrouve la Principauté après un prêt d’un an à Nice. « Germain est un enfant du club.
Vaincue (5-3) en Angleterre, malgré la révélation au grand monde de Mbappé et un lob magistral de Falcao, l’ASM dompte les Citizens au retour (3-1). Kylian Mbappé et les Monégasques avaient dominé les Mancuniens (3-1) en Principauté.