Pourquoi les Indiens ne jouent pas au football : les raisons

Échec sportif, manque de culture footballistique, passif lié à la colonisation ou simplement difficultés économiques, de multiples raisons expliquent l’absence des pays les plus peuplés de la planète lors de la prochaine Coupe du monde de football. Seuls deux des dix pays comptant le plus d’habitants au monde seront présents lors du tournoi majeur du sport le plus populaire.

Un exploit d’autant plus retentissant qu’une majorité des nations les plus peuplées du globe manqueront à l’appel. Et ça malgré les efforts de la FIFA et de son président Gianni Infantino pour ouvrir la compétition au plus grand nombre en passant de 32 à 48 participants. Sur le top 10 des pays les plus peuplés du monde, seuls deux tenteront de remporter le trophée: les États-Unis et le Brésil. Les autres devront se contenter, au mieux, de regarder les matchs à la télévision.

Voici le top 10 des pays les plus peuplés du monde et leur statut pour le Mondial 2026:

PaysPopulation (milliards)Statut pour le Mondial 2026
Inde1,46Élimination au 2e tour des qualifs de la zone Asie
Chine1,41Élimination au 3e tour des qualifs de la zone Asie
États-Unis0,347Qualification en tant que pays hôte
Indonésie0,286Élimination au 4e tour des qualifs de la zone Asie
Pakistan0,255Élimination au 2e tour des qualifs de la zone Asie
Nigeria0,238Élimination lors des barrages de la zone Afrique
Brésil0,213Qualification avec la 5e place de la zone Amérique du Sud
Bangladesh0,176Élimination au 2e tour des qualifs de la zone Asie
Russie0,144Exclusion de la zone Europe à cause de la guerre en Ukraine
Éthiopie0,135Élimination au 1er tour de la zone Afrique

L’Inde est un des plus grands pays du monde, mais malheureusement ce n’est pas un grand pays de football. Les raisons de cela sont nombreuses, allant de l’histoire à des influences extérieures, en passant par les conditions de jeu locales. En Inde, le cricket est le sport le plus populaire et est soutenu par de nombreuses entreprises et organisations, ce qui empêche les clubs de football locaux d’investir dans leurs infrastructures et d’attirer de meilleurs joueurs.

Pourquoi un pays aussi vaste, avec un réservoir de talents théoriquement immense, n’a-t-il jamais produit une équipe de premier plan ? Entre manque d’infrastructures, culture sportive dominée par le cricket et faible soutien institutionnel, de nombreux freins expliquent cette anomalie.

Inde: Le cricket, un sport national

La sélection nationale indienne de football, surnommée les Blue Tigers, a une histoire riche, mais reste un acteur modeste sur la scène internationale. Bien que l’Inde ait connu des succès continentaux dans le passé, elle peine à s’imposer dans le football mondial.

L’Inde ne s’est jamais qualifiée pour une Coupe du Monde. En 1950, le pays s’était hissé par défaut pour le tournoi au Brésil après le retrait de plusieurs équipes, mais a refusé d’y participer (souvent attribué, à tort, au refus de jouer en chaussures - la raison principale étant des contraintes financières et un manque de préparation).

Malgré une finale perdue en 1964, l’Inde n’a jamais vraiment brillé non plus en Coupe d’Asie avec seulement cinq participations en 1964, 1984, 2011, 2019 et 2023, et des résultats modestes. Son meilleur classement FIFA a été 94ᵉ en 1996, et oscille généralement entre la 100ᵉ et la 110ᵉ place. Sous l’entraîneur Igor Štimac, la sélection a tout de même montré des progrès récents, notamment en remportant la Coupe de la SAFF 2023.

Malheureusement, hormis quelques disciplines, l’Inde est quasiment invisible dans la majorité des sports les plus pratiqués et populaires dans le monde, surtout dans le monde du football.

"Les non-qualifications de la Chine et de l’Inde, c’est d’abord lié à l'absence de véritables politiques publiques qui favorisent le football et son développement", analyse Jean-Baptiste Guégan, spécialiste de la géopolitique du sport, auprès de RMC Sport. "Ce n'est pas une priorité pour l'Inde de Narendra Modi parce qu’il vise plutôt une candidature aux Jeux olympiques 2036. […] Pour ce qui est de la Chine, il y a eu un plan jusqu'en 2018 et jusqu'au rapatriement des fonds sous l'ordre clair de Xi Jinping, Et donc aujourd'hui, il n'y a pas une volonté chinoise de peser littéralement avec la sélection en Asie ou en-dehors, sinon ils en auraient les moyens."

Et l’enseignant de souligner la place du foot dans ces deux pays auprès des jeunes. "Historiquement, même si on pratique le foot, ce n’est pas le premier des sports. Ça reste un sport qui est vu comme un sport colonial. C'est aussi un sport qui n'est pas considéré de la même manière, parce qu'il est très élitiste et élitaire en Chine, il ne se pratique pas dans la rue. On n'a pas cette pratique habituelle, commune, qui vient du bas. Ça coûte cher de faire du football en Chine. Et en Inde, c’est différent. Le cricket a pris l'espace et le football n'a pas été une priorité. Et puis surtout, si on a joué au foot en Inde, il n'y a pas eu la même adhésion qu'ailleurs. Et on le voit par exemple sur le rugby: le rugby indien n'est pas développé, le seul sport qui soit resté de l'empreinte coloniale, c'est le cricket".

A l’image de l’Inde, le football reste perçu comme un reliquat de la présence coloniale dans plusieurs autres grands pays asiatiques. Et au-delà des contraintes liées au développement économique, on ne considère pas forcément ce sport comme une discipline ancrée dans les mœurs locales.

"Pour le Pakistan et le Bangladesh, il y a d'abord la question du développement qui se pose. On se rend compte que pour performer dans le football, il faut quand même avoir un certain IDH et une politique publique", détaille ensuite Jean-Baptiste Guégan. "Pour ce qui est du Pakistan et du Bangladesh, ce ne sont pas des priorités. Là encore, on est dans cet environnement qui est le sous-continent indien dans lequel le football n'a jamais été une priorité et reste associé à la présence coloniale. Et qui, en plus de ça, ne s'est jamais vraiment ancré."

"Donc il n'y a pas de tradition de football. Il y a une question de politique publique qui est inexistante, et en plus, il y a la question du développement qui est encore plus marquée, finalement, pour le Bangladesh."

En 2018, le Bureau de Conseil de la FIFA a suspendu la Fédération Indienne de Football pour avoir exercé une influence indue sur les tiers.

L’incompétence et l’utilisation des pieds nus sont également des raisons pour lesquelles l’Inde n’est pas aussi réussie dans le football que d’autres pays. De plus, l’utilisation des pieds nus pour jouer au football est une pratique courante en Inde, ce qui rend les joueurs plus vulnérables aux blessures et aux coups.

Sunil Chhetri est un joueur de football indien qui a récemment connu un grand succès. Il a remporté le Prix de l’AIFF Player of the Year à deux reprises et a été le premier joueur indien à être nommé pour le Ballon d’Or de la FIFA en 2017. Il est considéré comme la figure de proue du football indien et a aidé à relancer l’intérêt pour le football en Inde.

L’Inde a une longue histoire avec le football, mais elle n’a pas été en mesure de réussir dans ce sport. Les principales raisons de cela sont les influences extérieures et les conditions locales, telles que le manque de soutien financier et l’utilisation des pieds nus. Heureusement, des efforts sont en cours pour améliorer les performances de l’Inde dans le football et relancer l’intérêt pour ce sport. Sunil Chhetri est l’un des principaux contributeurs à cette renaissance et il est considéré comme un modèle pour les jeunes joueurs indiens.

De plus, l’utilisation des pieds nus pour jouer au football est une pratique courante en Inde, ce qui rend les joueurs plus vulnérables aux blessures et aux coups. Heureusement, des efforts sont en cours pour améliorer les performances de l’Inde dans le football et relancer l’intérêt pour ce sport. Sunil Chhetri est l’un des principaux contributeurs à cette renaissance et il est considéré comme un modèle pour les jeunes joueurs indiens.

Depuis son accession au poste de Premier ministre en 2014, Narendra Modi a mis en œuvre diverses initiatives pour promouvoir le sport en Inde, renforçant ainsi l’image du pays sur la scène internationale. Le gouvernement a lancé plusieurs programmes pour encourager la pratique sportive et améliorer les infrastructures, tels que Khelo India. Ce programme vise à développer le sport à la base en identifiant et en soutenant les jeunes talents, tout en améliorant les infrastructures sportives à travers le pays.

Il y a certes eu des investissements accrus avec un budget national dédié au sport qui a été augmenté, reflétant une volonté de soutenir diverses disciplines sportives. Malheureusement, la vérité du terrain est loin d’être aussi glorieuse, puisque les infrastructures sont loin d’être aux normes pour briller à l’international.

Certains observateurs estiment que le gouvernement Modi instrumentalise le sport pour renforcer son image nationale et internationale, ce qui peut parfois éclipser les besoins réels des athlètes et des infrastructures sportives de base. Le gouvernement de Narendra Modi utilise le sport, notamment le yoga, comme un levier de soft power. Dès le début de son mandat, Modi a créé un ministère dédié au yoga et a œuvré pour l’établissement de la Journée internationale du yoga le 21 juin. Cette initiative vise à diffuser la culture indienne et à renforcer son influence culturelle à l’étranger.

L’Inde a formalisé sa candidature pour accueillir les Jeux Olympiques de 2036, démontrant son ambition de s’affirmer sur la scène sportive internationale. Ces efforts reflètent une stratégie visant à utiliser le sport comme vecteur d’influence culturelle et diplomatique, renforçant ainsi le soft power de l’Inde sous la direction de Narendra Modi.

Depuis son accession au poste de Premier ministre en 2014, Narendra Modi a été l’objet de diverses critiques concernant sa gouvernance et ses politiques. Des observateurs ont mis en lumière une érosion des institutions démocratiques en Inde sous son mandat. Des accusations d’instrumentalisation de la justice et de harcèlement des opposants politiques ont été formulées.

Malheureusement, la vérité du terrain est loin d’être aussi glorieuse, puisque les infrastructures sont loin d’être aux normes pour briller à l’international.

Le cricket occupe une place centrale dans la société indienne, bien au-delà d’un simple sport. Il est souvent considéré comme une véritable religion en Inde, unifiant des millions de personnes à travers les castes, les religions et les régions. Bien que le hockey sur gazon soit officiellement le sport national de l’Inde, le cricket est de loin le plus populaire. Il est pratiqué dans les rues, les écoles et les villages, et suivi avec ferveur à la télévision.

L’Inde utilise le cricket comme un outil diplomatique, notamment dans ses relations avec le Pakistan. Les rencontres entre les deux nations sont chargées d’émotions et suivies par des millions de personnes. Grâce à la Indian Premier League (IPL), le cricket indien s’impose comme une puissance économique et culturelle mondiale, attirant les meilleurs joueurs étrangers et générant des milliards de dollars.

Les joueurs de cricket, comme Virat Kohli ou Sachin Tendulkar, sont considérés comme de véritables idoles et jouissent d’une immense influence médiatique et commerciale. A contrario, le football est presque invisible.

Même au sein de l’énorme diaspora indienne présente au Royaume-Uni, rares ont été les joueurs qui ont réellement explosé dans les championnats écossais, gallois, irlandais ou anglais. Néanmoins, toutes les anciennes colonies ou autres pays du Commonwealth ne sont pas représentés : il n’existe presque aucune trace d’Indiens ni de Sud-Asiatiques dans le football britannique.

Bien que le cricket demeure le sport prédominant en Inde, le football a gagné en popularité ces dernières années. L’Indian Super League (ISL), lancée en 2013, a attiré l’attention sur le football en Inde, en accueillant des joueurs internationaux renommés et en augmentant la visibilité du sport.

Il y a également eu des régions à forte culture footballistique comme les états du Bengale occidental, de Goa et du Kerala qui possèdent une riche tradition footballistique, avec des clubs historiques tels que Mohun Bagan et East Bengal.

La domination du cricket en Inde laisse peu de place aux autres disciplines comme le football, l’athlétisme ou le hockey sur gazon (qui était historiquement le sport national).

Introduit au temps de l'Empire britannique, le rugby a été balayé par la concurrence du cricket. L'équipe nationale accumule les revers, malgré l'arrivée dans ses rangs d'un acteur bollywoodien.

Sport élitiste, le rugby n'a jamais trouvé sa place en Inde, qui est l'un des rares pays de l'ancien empire britannique à ne pas avoir succombé aux charmes du jeu de ballon à deux bouts.

Deux raisons sont généralement avancées pour expliquer cet apparent dédain pour le rugby : il souffre des rigidités traditionnelles de la société indienne ; et il subit la concurrence du cricket, immensément populaire dans le sous-continent indien.

"Aujourd'hui, la plupart des Indiens eux-mêmes répugnent à voir leurs enfants jouer à un sport de contact avec des castes inférieures", explique la journaliste Shivani Naik. "Le rugby est un jeu aristocratique qui se joue sur des pelouses immaculées de cercles sportifs très sélects, ajoute Ramachandra Guha, sociologue spécialisé dans l'histoire du sport en Inde. Le cricket se joue n'importe où, dans une cour, sur un terrain vague."

L'existence d'une équipe nationale de rugby surprend la plupart des Indiens de la capitale. Seuls les lecteurs des journaux people ont pu entendre parler d'elle lorsque l'acteur bollywoodien Rahul Bose s'est joint à la sélection nationale en 1998, date de l'entrée de l'équipe indienne sur la scène internationale.

Avec un match nul, quinze défaites et seulement deux victoires en près de neuf ans, ses résultats sont médiocres. "Mauvais selon les standards internationaux, en progression selon les standards indiens", précise Shivani Naik, journaliste sportive de l'Indian Express.

Vikash Dhorasoo : "Je passe beaucoup de temps avec Vincent, il connait très bien ma vie. Je lui racontais régulièrement mes histoires de footballeur, et ça le faisait marrer. Il a eu l’idée de transformer mes histoires en un projet collectif. Nous avons contacté la dessinatrice Emilie Gleason dont nous avions adoré la BD “Ted, drôle de coco”. Voilà, comment est né le projet."

Test ADN à l’appui, je suis 100% indien. Mon arrière grand-père vient d’un village de l’Andhra Pradesh d’où il a été déporté en 1890 pour travailler la canne à l'île Maurice. Mes grands-parents, mon père et ma mère sont nés à Maurice. Ils parlaient tous le Telugu (ndlr : langue officielle de l’Andhra Pradesh et du Telangana). Là-bas on ne se mariait qu’entre personnes parlant le Telugu.

Enfant ou ado, je ne suis jamais allé en Inde, mais je me suis rendu à quelques reprises à Maurice avec ma famille, pas souvent, car on n’avait pas beaucoup de moyens. Ma rencontre avec l’Inde s’est faite plus tard… J’y suis venu pour la première fois grâce au football pour jouer un match caritatif à Delhi, en 2008. La deuxième fois c’était au Sikkim pour les mêmes raisons. Et puis il y a eu Calcutta, Bombay… C’est toujours le foot qui m’a fait voyager en Inde. J’y reviens après 8 ans, et je suis pour la première fois au Telangana.

Je suis d’origine mauricienne, j’ai le look d’un Mauricien, toutefois à Maurice on me prend toujours pour un touriste. Mais en Inde c’est totalement différent. Un jour je me suis retrouvé au coin d’une rue à Delhi, et quelqu’un m’a demandé de l’aider à trouver son chemin. C’est la première fois de ma vie que je me suis dit “ici c’est chez moi”.

L’apparition de la VAR (Assistance vidéo par l’arbitrage) est LE changement suprême, très mauvais selon moi pour le foot, mais excellent pour le business et le système. Ce n’est pas ce foot là qui m’intéresse, même si j’avoue qu’avec tous les moyens que la FIFA et l’UEFA mettent dans les nouvelles technologies, on assiste aujourd’hui à de grands spectacles télévisuels préfabriqués, créateurs d’émotions, mais c’est un tout autre football.

L’association Tatane rend possible un jeu plus créatif avec de nouvelles règles de jeu qui peuvent être inventées, débattues et actées. Elle défend un sport inclusif où les femmes, les seniors, les passionnés de foot de toutes religions sont inclus.

Selon moi la première chose à faire serait de proposer une femme comme entraineuse de l’équipe. La deuxième initiative qui pourrait être rapidement mise en place, serait d’acter l’égalité salariale entre hommes et femmes dans les sélections nationales.

J’ai vraiment été surpris par les très belles infrastructures que j’ai pu visiter. Certes elles sont pour la majorité privées, comme la Padukone Dravid Centre for Sports Excellence à Bangalore ou la Deccan Academy à Hyderabad où j’ai d’ailleurs rencontré d’excellents joueurs. J’ai participé à des rencontres organisées par Décathlon qui essaie de rendre le sport plus accessible en Inde au niveau des équipements sportifs.

Les moins timides m’ont demandé des conseils pour devenir footballeur professionnel. L’Inde est un pays où le cricket est roi, mais l’intérêt des jeunes pour le foot ne cesse de croître.

Si mon visage et mon parcours peuvent inspirer de jeunes joueurs, c’est tant mieux. Au-delà de mon image, je voudrais surtout pouvoir inspirer par mon histoire, partager mes expériences de vie.

J’ai appris que seulement 5% de la population indienne pratiquait un sport, c’est très faible… Rien qu’augmenter ce chiffre de 1 pour cent, c’est tout de suite 15 millions de personnes en plus ! J’ai fait des rencontres fabuleuses ici. Je suis en discussion avec le Président du Comité olympique local et avec Decathlon pour voir comment je peux intervenir afin de faire progresser le foot ici dans le sud de l’Inde.

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