Pourquoi la Chine n'est pas forte au football : Analyse des défis et des perspectives

La Fédération Internationale de Football Association (FIFA) a officiellement annoncé les pays chargés d’accueillir la Coupe du Monde 2030. Alors que les États-Unis, le Canada et le Mexique peaufinent les derniers détails pour l'édition 2026, la FIFA travaille déjà sur les compétitions de 2030 et 2034.

Une grande nouveauté a été officialisée pour 2030 : l’Espagne, le Portugal et le Maroc ont été choisis comme pays organisateurs, tandis que l’Uruguay, le Paraguay et l’Argentine accueilleront un match d’ouverture à domicile pour célébrer le centenaire de la Coupe du Monde de la FIFA.

La FIFA a également annoncé l’ouverture officielle des candidatures pour la Coupe du Monde 2034. Afin de respecter la règle d’alternance des continents organisateurs, l’institution a confirmé vouloir donner les clés de la 25ème édition à un pays membre de la Confédération Asiatique de football (AFC) ou de la Confédération du football d’Océanie (OFC).

Forte de son développement footballistique, l’Arabie saoudite a d’ores et déjà déposé son dossier de candidature.

En 2011, environ un an avant de devenir leader du pays, Xi Jinping a présenté sa vision cherchant à faire passer la Chine du statut de vairon du football à celui de superpuissance du football. Il a jeté son dévolu sur la plus haute distinction de ce sport et a présenté un plan en trois étapes pour l’équipe nationale masculine : se qualifier, accueillir et remporter une Coupe du Monde.

Pour un pays qui, à l’époque, ne faisait pas partie du top 70 mondial et ne s’était qualifié qu’une seule fois pour la plus grande compétition de football depuis sa première tentative en 1957, l’ampleur de la tâche s’annonçait immense…

Pourtant, peu de gens auraient pu douter de la détermination du président chinois, lorsque la Fédération chinoise de football (CFA) a dévoilé en 2016 un plan visant à faire du pays une «superpuissance mondiale du football» d’ici 2050.

À l’origine de ces propos, une augmentation des dépenses a fait tourner la tête des joueurs et des fans du monde entier. Les conglomérats et les promoteurs affiliés à l’État, au sortir d’un boom immobilier, ont inondé de liquidités le principal championnat national du pays.

La Super League chinoise (CSL) est devenue un foyer pour les superstars étrangères à la recherche de salaires lucratifs - chaque grand nom signant plus aguicheur que le précédent. Le Brésilien Alex Teixeira a signé avec Jiangsu Suning pour 54 millions de dollars, tout comme ses compatriotes Hulk au SIPG de Shanghai pour 60 millions de dollars et Oscar, également à Shanghai, pour 65 millions de dollars.

La CSL rivalisait avec les plus grandes ligues européennes en termes d’argent dépensé. Au cours de l’année du boom 2015-2016, 451 millions de dollars ont été dépensés en transferts, ce qui place ce pays parmi les cinq ligues les plus dépensières au monde.

Faire entrer des talents étrangers dans la CSL ne consistait pas seulement à naturaliser des stars nées à l’étranger, mais à élever le niveau de football auquel les joueurs locaux étaient exposés dans l’espoir que cela se répercuterait à son tour sur l’équipe nationale.

Mais malheureusement, cette relative attractivité permise grâce à une explosion soudaine était tout aussi extraordinaire que fragile. Lorsque la Covid-19 a frappé l’économie chinoise et que le marché immobilier du pays s’est arrêté, les fonds des entreprises et des promoteurs affiliés à l’État se sont taris.

Des règles strictes en matière de pandémie signifiaient que moins de fans regardaient les matchs en direct, et donc moins de sponsors s’accolaient au football chinois. Les stades vides impactent non seulement les recettes des entrées, mais également les contrats de sponsoring. Et comme l’économie du pays a été durement éprouvée, les conglomérats et les promoteurs immobiliers ont tout simplement eu moins de liquidités à dépenser.

Au milieu de toutes les épidémies et des confinements, les rencontres de foot ont souvent été reportées, ce qui a entraîné une frustration encore plus grande dans les sphères footballistiques. Dans les rares cas où les matchs se jouaient, ils se déroulaient dans des stades vides et sans ambiance.

Alors que les restrictions liées au Covid rendaient la vie difficile à de nombreux joueurs, la pandémie faisait des ravages dans les entreprises qui finançaient leurs salaires. Le groupe Evergrande, dont l’effondrement en 2021 a déclenché la pire crise du marché immobilier jamais enregistrée dans le pays , est issu de la répression du gouvernement chinois contre le secteur. Son équipe masculine de football affiliée, Guangzhou Evergrande, n’a pas été en mesure de payer l’intégralité des salaires des joueurs et en 2022, les doubles champions d’Asie ont été relégués de la CSL.

Dans le but de favoriser les talents locaux, la Fédération de Chine de football (CFA) a augmenté en 2017 les taxes sur les recrues à l’étranger : tout club dépensant plus de 7 millions de dollars devrait payer un montant égal à la CFA.

Les clubs ont réagi en resserrant considérablement leurs portefeuilles, ce qui a eu pour conséquence de nuire à la participation des supporters et à l’intérêt des sponsors. Il est difficile d’exagérer les conséquences de toutes ces forces combinées.

Les clubs de CSL ont eu du mal à payer les salaires des effectifs et de nombreux joueurs et entraîneurs étrangers recrutés pour élever le niveau du football national ont jeté l’éponge et ont ainsi démissionné : beaucoup d’entre eux, citant les décisions sévères du gouvernement chinois, ont reconnu que le «zéro Covid» avait rendu presque impossible la possibilité de voir leurs familles.

La politique stricte «zéro Covid» de la Chine signifiait que les clubs étaient tenus de s’entraîner et de jouer dans des sites «bio-sécurisés» et que les joueurs ne pouvaient pas quitter ces lieux pendant plusieurs mois consécutifs. Le mal du pays s’est installé chez de nombreux joueurs internationaux et une véritable fuite des talents a eu lieu, au grand dam du football chinois.

Certains grands protagonistes des années dorées du football chinois sont tous repartis dans leur pays natal : l’entraîneur italien Fabio Cannavaro a renoncé à une prolongation de 28 millions de dollars de salaire annuel et de primes pour quitter le banc de Guangzhou en 2021, déclarant aux médias d’État que le «Covid avait tout changé». Le milieu brésilien, Alex Teixeira est parti pour le club turc du Beşiktaş, puis chez lui au Brésil dans l’équipe du Vasco da Gama. L’attaquant brésilien Hulk a décidé de rejoindre l’Atlético Mineiro au Brésil, tout comme la légende brésilienne du football chinois, Paulinho qui s’est engagé au Corinthians après une petite pige en Arabie saoudite. Ils sont tous partis via des transferts gratuits ou des ruptures contractuelles mutuelles.

Évolution des dépenses en transferts dans la Super League chinoise.

Quand la Chine a annoncé son intention de développer le ballon rond, les chances d’organiser une Coupe du Monde semblaient tout aussi farfelues, compte tenu des divers scandales de corruption présumés qui ont émergé dans le football chinois. Mais le politicien de 70 ans a pris le problème à bras le corps depuis un an, en exigeant à l’organisme de surveillance anti-corruption du Parti communiste chinois d’enquêter sur des figures puissantes du sport chinois et notamment au sein de la Fédération de football chinoise (CFA).

C’est ainsi que l’ancien président de la Fédération Chen Xuyuan, son ancien vice-président Yu Hongchen, l’ancien sélectionneur Li Tie, l’ancien secrétaire général Liu Yi, l’ancien directeur général du championnat chinois Dong Zheng mais aussi l’ancien chef du comité disciplinaire de la CFA Wang Xiaoping, ont tous fait l’objet d’une enquête et ont été, pour la plupart, inculpés pour corruption. L’unique représentant de la FIFA en Chine, Du Zhaocai, a récemment perdu son siège. En avril dernier, Du Zhaocai est devenu le dernier à faire l’objet d’une enquête pour «violations présumées de la discipline et de la loi», le gouvernement ayant désigné un groupe de travail de sept membres pour diriger le CFA.

Classement FIFA de la Chine et de l'Inde.

Finalement, le problème du football en Chine se trouve être une impasse loin d’être incontournable. Le manque de développement de jeunes talents prodigieux chinois a conduit la Super League chinoise (CSL) à tenter de contourner ce déficit en important un nombre grandissant de joueurs étrangers au fil des années.

Des obstacles inattendus comme une crise immobilière historique et une longue pandémie ont ralenti sa croissance. Cependant, comme tout joueur le sait, football ou non, le match n’est jamais terminé avant le coup de sifflet final. Et le président chinois Xi Jinping, réélu en avril 2023 pour un inédit troisième mandat de cinq ans, en a bien conscience et n’a pas oublié son grand projet d’accueillir une Coupe du Monde.

Pourquoi le modèle chinois est voué à l'échec

La Chine a souvent été pointée du doigt pour son non-respect des Droits de l’Homme, notamment en 2022 lorsqu’un rapport de l’ONU, qui confirmait posséder des preuves de tortures et de violences sexuelles à l’égard de la minorité musulmane des Ouïgours, a demandé à la communauté internationale d’agir contre les possibles «crimes contre l’humanité» commis par la Chine contre la communauté musulmane.

Néanmoins, depuis plusieurs mois, Pékin essaye de sortir de son isolement diplomatique à l’international en espérant nettoyer sa réputation aux yeux du monde. Une stratégie géopolitique qui peut jouer un rôle prépondérant auprès de la FIFA dans l’acquisition d’une Coupe du Monde, surtout après les multiples critiques et polémiques suite à l’attribution de l’édition 2022 au Qatar.

Sur le sujet de la Guerre en Ukraine, le président Xi Jinping, son Premier ministre Li Quiang et son ministre des Affaires Etrangères Wang Yi, ont tous temporisé chaque intervention médiatique pour respecter le rôle de la Chine qui se veut médiateur de paix dans le conflit, malgré une proximité historique avec la Russie de Vladimir Poutine.

Autre point clef : la Chine a manœuvré, en avril dernier, un rapprochement historique entre l’Arabie saoudite et l’Iran après sept ans de rupture entre ces deux grandes puissances du Moyen-Orient.

Le sujet de discorde, sur lequel la Chine pourrait perdre beaucoup sur la scène internationale, est l’éternelle crise aux abords de l’île de Taiwan - zone aux mille enjeux économiques et démocratiques. A plusieurs reprises ces derniers mois, la Chine a envoyé des navires de guerre et des aéronefs encerclant Taïwan, au lendemain de longues préparations militaires. Une accélération géopolitique qui a mis à mal la scène internationale, notamment les alliés puissants de Taipei à savoir les États-Unis et l’Union européenne.

Il sera aussi intéressant de surveiller la position de Zhongnanhai, lieu qui abrite le siège du gouvernement chinois et de son Parti communiste, dans le conflit israélo-palestinien.

C’est probablement la première grande manœuvre réalisée par Xi Jinping pour relancer son projet de superpuissance du football mondial d’ici 2050.

Infrastructures sportives en Chine.

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