Il y a quelque chose de romantique à supporter les Blazers, surprenants dauphins du Thunder et des Spurs dans l'ultra-dense conférence Ouest. Si on se laisse volontiers envahir par la hype Portland, c'est parce que ce club est diablement attachant, et que son histoire tumultueuse, tout de même auréolée d'un titre en 1977 (pour la première participation en playoffs de la franchise, née en 1970 !), revêt un caractère quelque peu injuste.

Les Débuts et le Titre de 1977
La franchise des Portland Trail Blazers a vu le jour en 1970. Dès sa première participation aux playoffs en 1977, l'équipe a remporté le titre NBA, marquant ainsi le début d'une histoire riche en émotions.
L'Ère Clyde Drexler
C’est donc Clyde Drexler qui a été prié de laisser sa place, après avoir régalé les fans des Blazers dans les années 80 et le début des années 90. Il ne lui manque que le titre suprême, mais à part ça, Clyde Drexler a tout fait à Portland. Meilleur scoreur et intercepteur de l’histoire de la franchise, mais aussi au nombre de matchs disputés, “The Glide” a régné pendant 12 saisons sur les Blazers.

Scoreur élégant, Clyde Drexler était aussi un sacré défenseur. Mais jamais au dessus des 34% à 3-points, il était essentiellement un slasher et un attaquant à mi-distance. De plus, il finira par savourer un titre NBA à Houston, où il avait aussi fait sa fac avec Hakeem Olajuwon. Lors du run pour les Finals en 1990, il apportait pas moins de 20 points, 8 rebonds et 3 interceptions !
Damian Lillard : Une Nouvelle Légende
C’était le grand accomplissement attendu cette nuit, et il a bien eu lieu. Dans une défaite au buzzer malheureusement, Damian Lillard a dépassé Clyde Drexler au scoring dans l’histoire des Blazers. Damian Lillard le savait, ce moment allait arriver tôt ou tard.
⭐️ DAMIAN LILLARD, NOUVEAU MEILLEUR SCOREUR ALL TIME DES BLAZERS !!
Dans le Top 10 des matchs, dans le Top 5 des minutes, dans le Top 3 des points et des passes, Damian Lillard est déjà, statistiquement parlant, l’un des meilleurs Blazers de tous les temps. Quatre fois All-Star et quatre fois élu dans les NBA All-Teams, Dame a encore renforcé sa légende avec un superbe run de playoffs jusqu’en finale de conférence au printemps dernier. Son tir décisif face à OKC s’ajoute à un autre fameux buzzer beater face à Houston, pour clore la série à chaque fois.
Prolongé pour cinq saisons cet été, il s’est donné pour objectif de devenir le meilleur joueur de l’histoire des Blazers. Car oui, ce qu’on souhaite désormais pour Damian Lillard, c’est cette fameuse bague dont il rêve désespérément. Cette saison, difficile d’y croire, mais qui sait dans quelques années ? L’histoire le voulait, on aurait juste aimé que cela ne se passe pas sur une défaite au buzzer. Mais c’est ça, aussi, la carrière de Damian Lillard.
Longtemps considéré comme le meilleur meneur de l’histoire des Blazers, Terry Porter se voit détrôné par la qualité offensive bien supérieure de Lillard.
1 Hour of Damian Lillard's BEST Moments As A Trail Blazer ⌚
Autres Joueurs Emblématiques
Parce qu’il a été une star locale, qu’il a été un personnage central de la période Jail Blazers (dans le bon comme dans le mauvais), et tout simplement parce qu’il a été globalement bon à Portland, Damon Stoudamire mérite sa place sur le podium des meneurs. À vrai dire, si l’on retire sa pire saison à 7 points en 2002-03, en bisbille avec son coach Mo Cheeks, Damon Stoudamire a toujours assuré à la mène.
Sachant qu’on peut décaler Clyde Drexler sur l’aile, le poste faible dans l’histoire des Blazers, Brandon Roy peut aisément se glisser dans le cinq idéal au poste d’arrière. Gamin du Nord Ouest, natif de Seattle, Brandon Roy s’est parfaitement adapté à Portland avec une saison rookie conclue avec le trophée de ROY en 2007, à son nom donc ! Tout aussi élégant et racé dans le jeu, il avait surtout impressionné par ses performances clutch.
S’il s’est vu affublé du surnom peu reluisant de « Geoff Who » à sa Draft en 1970, Geoff Petrie a rapidement mis tout le monde d’accord. Il dame le pion à CJ McCollum car il a été nommé deux fois All-Star. Et sur le même nombre de saisons, il possède des stats plus clinquantes à 22 points et 5 passes de moyenne, dont deux sorties (alors des records) à 51 pions ! L’ombre au tableau ? Sa fin de carrière abrupte.
Lieutenant attitré de Damian Lillard à Portland, CJ McCollum a comme son meneur su se construire une belle petite carrière après être passé dans une petite fac. Avec son Game 7 à Denver, il a prouvé qu’il continuait encore et toujours à progresser. Ayant renoncé à Team USA pour se concentrer sur la saison à venir, l’étudiant en journalisme devenu podcasteur compte bien faire les gros titres en mai prochain.
Les Ailiers
Ailier massif capable de tutoyer les nuages, Jerome Kersey a pour le coup réussi une saison 1988 qui place bien le personnage à 19 points, 8 rebonds et 3 passes de moyenne. Troisième aux rebonds et aux interceptions, mais aussi là dans le Top 10 des contres dans l’histoire des Blazers, Jerome Kersey est le défenseur ultime. Pendant 11 saisons, il a été parmi les joueurs qui se donnaient corps et âme pour son équipe.
Ce n’était certes plus le Scottie Pippen des Bulls mais la pige du Pip à Rip City se place pour nous devant un Cliff Robinson voire un Nic Batum par l’impact immédiat de son arrivée en 1999. Enorme de leadership dans une équipe bardée de talents, mais pas exempt de tout reproches, Scottie Pippen a encore signé de très belles performances avec la tunique des Blazers sur le dos.
Les Ailiers Forts
On l’avoue d’entrée : ce n’est pas le choix sexy. Mais au sommet du poste 4 à Portland, on ne peut que poser LaMarcus Aldridge et ses neuf saisons de très haut niveau. L’intérieur est tellement métronomique qu’il plante les mêmes moyennes en playoffs. Et c’est là aussi un de ses défauts : il n’est pas tellement le leader qui porte son équipe.
On a longtemps hésité à placer le volcanique Sheed devant l’enforcer Mo Lucas. Mais Rasheed Wallace reste davantage synonyme de Portland pour notre génération. Comment oublier ses dunks rageurs, son tir à mi-distance et son caractère détonnant ? Ses fautes techniques et ses sorties dans les médias ont à la fois contribué à son mythe dans l’univers NBA et à son statut plus qu’ambigu dans l’histoire des Blazers.
Débarqué en 1976 en Oregon après deux saisons en ABA, l’ailier fort Maurice Lucas a fait passer les Blazers dans une autre dimension. Durant ses 5 saisons chez les Blazers, Maurice Lucas a été nommé 3 fois All Star, avec une production magnifique de 20 et 10 grosso modo.
Les Pivots
Champion en 1977, MVP des Finals et MVP de la saison l’année suivante, Bill Walton a écrit les heures les plus glorieuses de l’histoire des Blazers. Deux fois All-Star avec Portland, le pivot représentait l’excellence à son poste. Le problème, c’est qu’il n’a pu disputer que 209 des 410 matchs des Blazers sur ses quatre saisons en Oregon. Plombé de nombreuses blessures au pied et aux chevilles, parmi d’autres pépins, Bill Walton n’a pu être bon que par séquences.
N°1 à l’évaluation globale, à 23, Bill Walton était cependant un monstre d’efficacité, à 51% aux tirs en carrière. Surtout, il était capable de tout faire sur le parquet, avec un excellent sens de la passe et un abattage défensif impressionnant en tour de contrôle.
Un chiffre qui en dit long : 20. C’est le « Win Shares Per 48 Minutes » d’Arvydas Sabonis à Portland. Le meilleur de l’histoire des Blazers devant les 17.8 de Bill Walton et les 17.7 de Clyde Drexler ! Encore capable de sortir une saison record à 16 points, 10 rebonds, 3 passes de moyenne en 1997-98 (à 33 ans), il aurait pu faire un tel carnage s’il était arrivé dans la fleur de l’âge.
En attendant que Jusuf Nurkic s’invite peut-être sur ce podium, c’est le massif Kevin Duckworth qui hérite de la médaille de bronze. Titulaire des équipes finalistes et deux fois All-Star, il était un intérieur lourd mais avec de bonnes mains. Blessé à la main et absent durant six matchs, Kevin Duckworth a effectué un retour gravé dans les mémoires des fans lors du Game 7 de la demi finale de conférence 1990, finalement remportée face aux Spurs.
Vaillant défenseur, il avait un bon petit tir à mi distance pour compléter la panoplie.
La Direction et le Staff
Pas de résultats sans un front-office pertinent. Pressenti comme candidat au titre de GM de l'année, le discret Neil Olshey réussit jusqu'à présent un quasi sans-faute à la tête des Blazers. Le 10ème GM de l'histoire du club a réussi "l'après-Rick Cho", et il a les faveurs de l'exigeant boss Paul Allen, "Mr. Neil et les scouts ont réalisé un excellent travail pour faire croître notre talent.
3ème du vote pour le "dirigeant de l'année" en 2011-2012, Olshey avait été un acteur majeur des venues de Chris Paul, Caron Butler et Chauncey Billups, et de la re-signature de DeAndre Jordan aux Clippers (voir ses opérations passées ici). Depuis son arrivée dans l'Oregon, il a clairement imposé son style, comme l'explique cet excellent article de Joe Freeman, de l'Oregonian.
Au bout de seulement deux mois, il avait choisi Lillard et Meyers Leonard (bon, jusque-là, c'est moins une réussite) à la draft, re-signé Batum (qui était tout près de filer à Minnesota à l'été 2012) et engagé Terry Stotts (56 ans, assistant de Rick Carlisle à Dallas pendant quatre ans, en charge du secteur offensif, un titre à la clef en 2011), aujourd'hui à la tête d'une équipe calibrée pour les playoffs.
Olshey a par ailleurs opéré des réajustements dans le staff (pour travailler sur la prévention des blessures, explique l'article de Freeman) et dans le département vidéo. "Il est très important de créer le meilleur environnement possible, de manière à effectuer une transition vers une culture de premier choix pour les joueurs. Quand ces gars sortent, qu'ils parlent à d'autres gars, ou les "tweetent", ou leur envoient des messages, etc., ils pourront dire : "Personne ne prend mieux soin de ses joueurs que les Portland Trail Blazers. C'est le meilleur endroit où j'ai été.
La "patte" Olshey ? Dénicher et gagner avec des jeunes ambitieux, miser sur la stabilité, le tout en gardant un semblant de flexibilité salariale (donc de la réactivité), si d'aventure il fallait rapidement reconstruire.
Le Jeu et les Caractéristiques de l'Équipe
Ce qui est certain, c'est que ce Portland 2014 vit et meurt par l'attaque (109 pts par match, n°1). Si l'escouade de Terry Stotts est aussi performante jusqu'ici (et on sait qu'un excellent départ est très important dans la course à l'avantage du terrain, surtout dans cette redoutable conférence Ouest), elle le doit surtout à sa capacité à enchaîner les matches à 100 unités (18 de suite entre le 23 novembre et le 31 décembre, pour un bilan de 13-5). Adeptes du pick-and-roll (cf. l'entente Lillard - Aldridge), ces Blazers-là possèdent jusqu'ici l'un des meilleurs "offensive rating" de l'histoire (!).
Aussi paradoxal que cela puisse paraître, Portland marque peu en contre-attaque (10,5 pts, 24ème bilan). D'ailleurs, quand Jalen Rose et Bill Simmons ont établi dans leur bilan de début de saison un classement des "League Pass team", ces équipes qu'on est tout content de retrouver la nuit dans la liste des matches au programme, même si doit se taper au moins 43 fois la pub à la con des deux gugus ("hashtag smart, keep it"), les deux compères de Grantland ont oublié les Blazers, garants d'un basket attrayant et huilé (seulement 14,1 TO par match, l'un des tous meilleurs bilans de la ligue).
Si l'on ne doute pas de leur capacité à scorer, le salut des Portland Trail Blazers viendra sûrement de leur défense. On peut difficilement tout faire. Cartonner offensivement et contenir l'adversaire dans le même temps sur toute une saison (playoffs compris) relève de l'exploit, et il faut avoir un roster à rallonge pour pouvoir relever pareil défi.
Si les Blazers franchissent souvent la barre des 100 points, c'est aussi le cas de leurs adversaires (23 fois sur 35), ce qui fait de Portland la 4ème pire défense de la ligue (103,2 pts par match, à 45,7% pour l'adversaire). Batum, Aldridge ou encore Lopez constituent des éléments défensifs majeurs (Batum a notamment contenu Durant en fin de match lors du récent succès contre OKC), mais ils ne peuvent pas non plus se démultiplier et être régulièrement aussi performants en attaque qu'en défense.
Portland se base plutôt efficacement sur une défense agressive en périphérie (les Blazers encaissent peu de tirs à 3-pts). Même si l'arrivée du jumeau de Brook a changé le visage de Portland (10,3 pts, 8,3 rbds et 1,5 block en 30 minutes), notamment en raison de son abnégation (4 rbds offensifs par match, cf. sa prise dans les mains d'Ibaka après le 0/2 de Mo Williams contre OKC, ou encore son interception décisive qui a permis à Lillard de tenter - et rater - son lay-up samedi contre Philly), certains observateurs estiment qu'il manque à Stotts un pivot ultra-défensif pour réaliser un parcours en playoffs, type Ben Wallace à Detroit en 2004 ou Tyson Chandler à Dallas en 2012 (bon, en même temps, ce genre de joueurs dominants ne court pas les rues...).
Les Défis et l'Avenir
Il vaut mieux ne pas être cardiaque quand on supporte Portland (on l'a encore vu hier contre Sacto). Les Blazers sont des habitués des comebacks, des trous noirs, des fins de matches étriquées, des shoots à la sirène. "C'est vrai, on doit apprendre à tuer les matches. On est encore jeunes. On a parfois des absences. On apprend à être bons. Parfois, pendant trois minutes, on est la meilleure équipe NBA.
Au regard du rythme infernal du calendrier, on ne peut donc décemment pas s'enflammer sur le parcours des Blazers. D'une part, parce qu'il est bien trop tôt, avec encore quelque 50 matches à disputer; d'autre part, parce qu'on aurait peur de réveiller les vieux démons de l'Oregon (un nom qui viendrait du terme "ouragan", selon certains initiés).
A moins d'un cataclysme comme seul... Portland peut en vivre, les Blazers seront en playoffs pour la première fois depuis 2010-2011. De là à dire qu'ils franchiront leur premier tour depuis les cruelles finales de conf' 2000 face aux Lakers (soit la plus longue série en cours dans la conférence Ouest) ? Is it too late to join the Eastern Conference?
Au regard des forces en présence à l'Ouest, il serait miraculeux que ce Portland, sans ajustements, atteigne les Finales (même les fans de Portland, échaudés, restent prudents quant à un éventuel bon parcours en postseason). Mais en fonction de leur place à l'issue de la saison régulière (Top 4 ou pas ?), les Blazers, outsiders, pourraient bien avoir un coup à jouer dans leur salle, le bouillant Moda Center (du nom d'une compagnie locale, qui fournit...
Quand "Rip City" (surnom inventé par le speaker local Bill Schonely, à la suite d'un shoot "avé Maria" de Jim Barnett face aux Lakers en février 1971) évite les psychodrames (Bowie/Jordan, époque "JailBlazers", Oden/Durant, blessure(s) de B-Roy...) ou les mauvais choix (Sebastian Telfair devant Al Jefferson, Josh Smith et J.R. Smith en 2004, Martell Webster en 2005), elle redevient Portland la magnifique, "The City of Roses". Comme une revanche sur leur histoire romanesque, en fait.
Vente de la Franchise en 2025
Enfin, la dernière pluie de billets verts s'est abattue sur l'Oregon avec l'annonce de la vente des Portland Trail Blazers des héritiers de Paul Allen à Tom Dundon, déjà propriétaire d'une franchise de hockey (NHL) à Carolina. Le prix ? 4 milliards de dollars, soit la cinquième vente de l'histoire pour une franchise absente des play-offs depuis... 2020.
« Si Portland, une équipe dans la moyenne en NBA, vaut 4 milliards, il n'y a pas beaucoup d'investisseurs capables d'aligner une telle somme. Mais si vous pouvez vendre 10 % de la franchise, vous allez plus facilement trouver des investisseurs capables de dépenser 400 millions de dollars », résume l'économiste américain.