Pologne-Allemagne: Une Histoire Footballistique et Historique

La Pologne a surpris l'Allemagne (2-0) championne du monde pour décrocher une première victoire historique sur son illustre voisin, samedi à Varsovie, lors de la deuxième journée des qualifications à l'Euro-2016.

Grâce à deux buts en contre de Milik et Mila en seconde période, la Pologne a décroché son premier succès sur l'Allemagne depuis leur première confrontation en 1933.

Après la victoire laborieuse sur l'Ecosse (2-1) le mois dernier en ouverture, la Mannschaft a connu sa première défaite dans des éliminatoires (européennes ou mondiales) depuis le 3-0 encaissé à domicile face à la République Tchèque le 17 octobre 2007 en route vers l'Euro-2008.

L'équipe de Joachim Löw se retrouve reléguée au 3e rang du groupe D derrière la Pologne et l'Irlande, qui avait infligé quelques heures plus tôt un 7-0 à Gibraltar (comme les Polonais le mois dernier).

Privé de nombreux éléments-clés comme Schweinsteiger, blessé (genou) depuis la finale mondiale, et Özil, stoppé pour trois mois (ligaments croisés), Löw alignait un onze inédit pour ce premier match à l'extérieur depuis la victoire sur l'Argentine (1-0) en finale mondiale au Maracana.

Le sélectionneur confiait le milieu défensif au duo Kroos-Kramer, les clés du jeu à Götze, la pointe de l'attaque à Muller, et offrait une première chance au milieu offensif Bellarabi et une première titularisation au latéral Rüdiger.

Sifflée à chaque touche de balle par un stade plein à craquer, l'équipe allemande dominait la première période face à une formation locale regroupée et misant sur le contre et un exploit de son buteur néo-bavarois Robert Lewandowski.

La Mannschaft se créait les meilleures occasions dans les dix dernières minutes avant la pause.

Sollicité à droite, Götze renversait le jeu sur Bellarabi au deuxième poteau mais la reprise du plat du pied de l'attaquant de Leverkusen passait devant le but de Szczesny (38).

Dans la minute suivante, Schürrle lançait au centre Müller qui entrait dans la surface mais tergiversait pour finalement voire sa frappe détrounée par le gardien d'Arsenal.

L'équipe de Löw se faisait surprendre peu après le retour du vestiaire.

Sur un centre adressé de la droite par Piszczek, Milik gagnait le duel aérien avec Boateng pour ouvrir la marque de la tête (51, 1-0).

L'Allemagne a immédiatement repris le contrôle du ballon face à un adversaire encore plus recroquevillé en défense pour conserver son petit avantage.

Les Götze (53, 87), Schürrle (61) et Bellarabi (79) butaient sur un Szczesny très sûr dans ses interventions.

Quelques minutes après son entrée en jeu, Podolski, d'une reprise tendue, faisait trembler la barre transversale et le public de son pays natal (81).

Et sur un nouveau contre, Lewandowski servait Mila pour le 2-0.

Un score identique à celui de la triste défaite contre l'Italie dans ce même Stade National en demi-finales de l'Euro-2012.

Un dernier coup-franc parfaitement enroulée par Kroos terminait sa course juste au-dessus de la lucarne droite du portier polonais dans le temps additionnel.

Les champions du monde seront à l'épreuve de l'Irlande mardi à Gelsenkirchen tandis que la Pologne visera une 3e victoire en accuillant l'Ecosse.

Euro-2016: la Pologne décroche le nul face à l'Allemagne

Varsovie est donc un lieu maudit pour l'Allemagne.

Battue en demi-finale de l'Euro 2012 par l'Italie (1-2) dans la capitale polonaise, la Nationalmannschaft s'est inclinée, ce samedi, pour la première fois de son histoire en dix-neuf confrontations face à la Pologne (0-2).

La Coupe du monde paraît déjà loin pour une équipe qui avait déjà souffert pour battre l'Écosse (2-1, le 7 septembre), lors de la première journée de ces éliminatoires.

Au Stade National, seulement six joueurs alignés ce samedi soir par Joachim Löw l'étaient déjà pour la finale du Mondial face à l'Argentine (1-0 a.p., le 13 juillet) : Neuer, Hummels, Boateng, Kramer, Kroos et Müller.

Pourtant, après vingt-cinq premières minutes équilibrées, les Allemands ont semblé prendre le dessus sur leurs hôtes.

Mais Bellarabi (38e, 44e), comme Müller (39e) ou Hummels (45e), n'ont su trouver le cadre ou tromper la vigilance de Szczesny, brillant tout au long de la rencontre.

Parfois critiqué pour ses performances avec Arsenal, celui-ci a en effet multiplié les arrêts au cours du second acte.

Götze (53e), Schürrle (56e, 60e), Durm (63e), Bellarabi de nouveau (79e), tous ont vu leur tentative stoppée par le gardien des Gunners, au moment où l'Allemagne, vexée de se retrouver menée, a tenté de refaire son retard.

Car à la 51e minute, les partenaires du Rennais Kamil Grosicki et de l'ancien Rémois Grzegorz Krychowiak, avaient pris les devants par Milik.

Ce dernier, à la réception d'un centre de Piszczek, s'était en effet imposé de la tête devant un Neuer trop court.

Dans une superbe ambiance, l'équipe de Robert Lewandowski a su tenir bon, et même faire mieux.

Alors que Lukas Podolski venait de trouver la barre transversale (81e), Mila, entré en jeu à la place du premier buteur de la rencontre, a doublé la mise du gauche après avoir été décalé par l'attaquant du Bayern Munich, peu en évidence jusque-là (88e).

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Euro 2016 : Allemagne vs. Pologne, l’histoire d’une difficile Histoire

Ils se font face en aigles de faïence, scrutant les flots tourmentés de l’Oder/Odra comme frontière de leurs inimitiés historiques.

Deux peuples, deux voisins, longtemps ennemis intimes au fil d’une Histoire commune, complexe et belliqueuse.

L’Allemagne et la Pologne, comme deux frères si proches et pourtant si loin de l’autre, n’ont eut de cesse, dans l’histoire, de s’affronter, de s’amouracher et de se réconcilier (parfois).

Ce soir, pas question de guerre, de partition, de couloir de Dantzig et de traité de paix.

Ce soir, c’est le football qui sera juge sur la pelouse verte et grasse de Saint-Denis, dans un stade où les supporters des deux pays se feront face, bardés de leurs étendards.

Si le football n’est qu’un jeu, il y a des confrontations qui le transcendent, et les Polonais le savent.

C’est pourquoi l’aigle blanc sera leur totem protecteur, et le rouge couleur de la furie d’un peuple qui, ce soir, vénérera 11 héros comme des idoles.

Tout un symbole pour deux identités (pas si) semblables, qui se sont toujours comparées l’une à l’autre sans jamais vraiment se comprendre, maîtres d’un jeu politique que la Pologne a souvent perdu.

Une histoire complexe

Il y a des matchs qui se vivent intensément, des matchs qui ravivent comme des feux de joie les cendres encore fumantes du passé.

La Pologne et l’Allemagne, c’est une histoire de haine plus que d’amour.

L’histoire d’un pays qui a toujours voulu récupérer un territoire qu’il a parfois jugé sien, et une nation indépendante qui voulait préserver sa terre, encadrée par deux autres aigles puissants que sont l’Allemagne et la Russie.

L’histoire fait partie intégrante de la vie des Polonais, cette histoire si tragique qui les a vu renier à leur souveraineté, à leur nation, mais qui n’a jamais voulu oublier son identité.

L’identité polonaise est forte : la langue tout d’abord, les couleurs ensuite et puis vient, enfin, la pierre angulaire de cette équation.

La religion catholique.

Une trinité sacrée qui marque l’appartenance de ce peuple à cette terre

De Miesko Ier (en 960) à Andrzej Duda (maintenant), en passant par Boleslas III (1138), Dobrowski et Lech Walesa.

Du Royaume de Pologne à la République Polonaise, en passant par la République des Deux Nations et l’Occupation Russo-Allemande, la Pologne se bat, combat sur tous les fronts ses voisins envahissant - la Russie, la Prusse, l’Autriche - pour se faire une place dans l’échiquier politique européen.

Le partage de la Pologne (intervenu 3 fois) par les puissances voisines, la 1ere Guerre mondiale, la Seconde Guerre mondiale le sort terrible de la ville de Varsovie et le communisme sont des blessures ouvertes profondes presque insondables dans l’histoire polonaise.

Ce fut donc une bataille longue de plus de 10 siècles pour finalement obtenir un pays indépendant aux frontières qui sont les siennes aujourd’hui, à savoir de l’Odra à l’ouest, la mer Baltique au nord jusqu’au Bug à l’est.

Je ne vous ferai pas un cours d’histoire complet et universitaire sur les 1000 ans d’Histoire polonaise, ceci pourrait prendre bien plus que le temps qui vous reste avant le début d’Allemagne - Pologne, et ce n’est pas le but.

Mais pour comprendre l’importance de ce match, il faut en effet s’accrocher au contexte historique qui, comme une ombre, flotte au-dessus de cette rencontre, et ce malgré les années, les siècles et la paix.

Certains vous diront que le football ne doit pas être politique, mais le sport n’a-t-il pas été inventé pour éviter des guerres, à travers des compétitions regroupant des nations ?

Combattre dans les règles sur un terrain de jeu, pour ne plus se combattre armes à la main, est bien plus louable.

C’est donc cette longue histoire polono-allemande dont il sera question sur le terrain ce soir, comme un exutoire dans un esprit de revanche maintenant apaisé de tout un peuple sur l’histoire.

La question de la double nationalité des joueurs polonais en Allemagne

La région de Slask, longtemps sous occupation de l’Allemagne durant l’histoire commune des deux pays, est le creuset de cette question de la double nationalité qui tiraille beaucoup de polonais.

Pour résumer cette situation ambiguë, je vous conterai l’histoire du grand-père de ma compagne, né polonais d’origine allemande à Wroclaw, devenu Breslau sous l’occupation allemande, puis redevenu Wroclaw après la guerre.

Sa vie est le résumé parfait à l’époque, et encore un peu aujourd’hui, de la non-acceptation dans la société polonaise de la double nationalité.

Piotr a en effet la double nationalité, polonaise et allemande (par son père), comme beaucoup de gens dans cette partie ouest de la Pologne.

Durant l’occupation, sa nationalité intrigue autant du côté polonais, « collabore-t-il avec les autorités allemandes ? » et du côté allemand, « peut-on faire confiance à un Polonais ? »

Un homme qui pourrait faire partie de l’Armia Krajowa, principale armée de l’ombre en résistance au Nazisme.

La guerre terminée, il immigre avec femme et enfants en Allemagne pour travailler, le passeport allemand aidant, et fuir le communisme qui pose sa main lourde sur la société polonaise et l’est de la Pologne.

Encore une fois, la double nationalité de Piotr pose question.

Lors d’un voyage en Pologne pour retourner voir sa famille restée au pays, il est incarcéré et envoyé en camp de travail pour la simple raison qu’il était allemand et avait fui la Pologne.

Devenu prisonnier politique, sa famille est mise au ban de la société.

Il s’en évadera et ne reviendra embrasser la terre froide polonaise que lors de la chute du communisme.

Comme vous avez pu le lire, il fut difficile d’être Polonais et de posséder la double nationalité.

Les choses se sont améliorées, mais les regards se font toujours inquisiteurs.

Comme si ces deux identités ne pouvaient pas se mélanger dans vos veines, comme l’eau et l’huile, le feu et l’eau.

Il fut un temps où être Polonais et Allemand faisait de vous un coupable idéal, mauvais patriote malgré vous.

Même la star, l’idole, Robert Lewandowski qui pourtant est Polonais et ne possède pas de double nationalité, a pu être vu, à ses débuts en dehors de la Pologne, comme un mauvais Polonais suite à son excellente intégration au Bayern Munich, chez « l’ennemi » allemand.

Être Polonais en Pologne ou ne pas être.

Miroslav Klose a toujours indiqué que le pays qui l’avait fait grandir était l’Allemagne, et que s’il était devenu le footballeur qu’il est, c’était grâce à l’Allemagne.

D’où la justification de représenter l’Allemagne et non la Pologne.

Un message, presque une déclaration de guerre pour grand nombre de Polonais.

Un autre binational célèbre - Lukasz Podolski né à Gliwice et dont la famille a dû fuir alors qu’il avait 2 ans - est lui aussi le symbole de ce déchirement ou cet amour pour ses deux pays.

Comme beaucoup fuyant le communisme et allemand par ses grands-parents, il passera toutes ses classes footballistiques en Allemagne et choisira lui aussi de jouer pour la Mannschaft.

Mais comme il aime le dire : « Au plus profond de moi, dans mon cœur, battent deux pays. L’Allemagne et la Pologne ».

Un message parfois dur à accepter pour une partie de la classe politique et de la société polonaise, à la recherche de l’identité purement polonaise, sans faille.

Les choses se sont un peu calmées depuis que la Pologne possède enfin une équipe compétitive sur la scène européenne.

Il est vrai que le choix de tous ces talents jouant pour l’Allemagne plutôt que la Pologne était vécu, premièrement, comme une trahison et, deuxièmement, comme un manque de courage des Polonais d’origine jouant pour l’Allemagne préférant les paillettes de la sélection aux 4 étoiles aux Bialo-Czerwoni.

Le choix sportif contre le choix du cœur.

Toutefois, Lukasz Podolski, DJ à ses heures perdues et encore un peu footballeur, devrait être bien reçu par les supporters polonais au Stade de France ce soir.

Mais s’il venait à rentrer et marquer, les sourires et applaudissements des Polonais pourraient se transformer, vite, très vite en flot d’insultes et de rage.

Et le foot dans tout ça ?

Des confrontations Allemagne - Pologne, il y en aura eu quelques-unes.

La première interviendra un jour de décembre 1933, le 3 pour être précis, avec une première victoire allemande sur le score d’un but à zéro.

Puis, successivement, en 34, 35, 36, et 38, alors que le pacte de non-agression germano-polonais est signé entre Józef Piłsudski et le Troisième Reich, l’Allemagne continue de remporter la plupart de ses matchs face à la Pologne, avec un petit nul et 3 victoires allemandes.

Cette invincibilité footballistique allemande aura tenu pas moins de 81 ans, et ce qu’importe les terrains, qu’ils soient Allemands, Polonais ou neutre.

81 longues années qui prendront enfin fin lors de la dix-septième confrontation de l’histoire, pour que cette population polonaise puisse enfin connaitre le goût de la victoire après cette longue traversée du désert pour les Bialo-Czerwony, malgré des joueurs comme Lato, Deyna, Lubanski ou encore Boniek.

L’Allemagne arrivait donc ce 11 octobre 2014 à Varsovie avec une certaine confiance.

Malgré tout, la Pologne a su battre son grand rival pour la toute première fois dans un stade à guichets fermés, et ce grâce à un but d’Arkadiusz Milik et d’un Sebastian Mila tout juste entré en jeu.

Confrontations Allemagne vs Pologne
Date Match Score
04.09.15 Germany - Poland 3 : 1
11.10.14 Poland - Germany 2 : 0
13.05.14 Germany - Poland 0 : 0
06.09.11 Poland - Germany 2 : 2
08.06.08 Germany - Poland 2 : 0
14.06.06 Germany - Poland 1 : 0

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