Essence du rugby de combat et source de l'affrontement, la mêlée est une phase incontournable du rugby. Deux packs face à face - comptez environ 900 kg de moyenne - huit joueurs qui poussent pour conserver (ou récupérer) le ballon et le jeu peut se lancer... ou pas. Car la mêlée est aussi un exercice délicat, où les équilibres sont fragiles.
Tout un art que nous décryptons avec Didier Bès, entraîneur des avants à Clermont. Plutôt que de rôle, je préfère parler de posture, explique Didier Bès. Tout le monde a le même rôle finalement, celui de pousser. Mais pour pousser, chacun a sa posture.
Rugby - La mêlée: Le travail des piliers (n°1 et 3)
Dans une mêlée, les joueurs se lient entre eux par les bras pour ne former qu'un. Voici la disposition des joueurs dans une mêlée:
- Première ligne : pilier gauche (numéro 1), talonneur (2), pilier droit (3)
- Deuxième ligne : la tête encastrée sur chaque flanc du talonneur
- Troisième ligne aile (6 et 7)
- Troisième ligne centre (8)
- Demi de mêlée, ballon en mains

Disposition des joueurs dans une mêlée
Le Pilier Gauche (Numéro 1)
Le pilier gauche (numéro 1) est seul de la première ligne à avoir la tête libre. Il n'a qu'une zone de contact, au niveau de son épaule droite. S'il est dans une mauvaise posture ou qu'il est battu par son vis-à-vis au moment de la poussée, il peut donc être ''éjecté'' facilement.
La principale difficulté pour lui, c'est de bien rester lié (à son talonneur par son bras droit, à son vis-à-vis par son bras gauche) pour ne pas s'écrouler. Il y a donc une technique à avoir pour maîtriser ses liaisons et ainsi être bien ancré dans la mêlée.

Le Pilier Gauche (Numéro 1)
Les Autres Joueurs de la Mêlée
Le Pilier Droit (3)
Il a lui la tête prise entre le talonneur et le pilier gauche adverses. C'est le poste le plus dur dans la mêlée en termes d'intensité et de force physique. Ses deux épaules sont engagées, et il subit beaucoup de pression, coincé entre le talonneur et le pilier gauche adverses. C'est un poste où il faut allier force et souplesse.
Le Talonneur (2)
Il est au centre de la première ligne, à la pointe du combat. C'est le ciment de la mêlée, entouré de ses piliers et sa deuxième ligne. Il a également beaucoup de pression sur les épaules mais il doit ajouter à sa force une grande technique puisque c'est lui qui doit talonner le ballon. Cela veut dire perdre un appui sous pression et exercer une rotation du bassin pour botter le ballon vers l'arrière.
Les Deuxième Ligne (4 et 5)
Dans le jargon, ils forment « l'attelage », tête prise entre la hanche du talonneur et celle du pilier (idéal pour des oreilles en chou-fleur). Si on prend l'image d'une voiture, c'est la propulsion arrière. Ce sont eux qui vont pousser sur leurs jambes pour transférer de la puissance à l'avant de la mêlée. C'est un effort violent sur le bas du corps. Comme c'est l'axe droit de la mêlée qui subit le plus de pression, on privilégie à droite un profil plutôt massif pour solidifier ce côté. Et à gauche, ça peut être un profil plus élancé, plus ''léger''.
Les Troisième Ligne Aile (6 et 7)
Ils sont placés côté hanche extérieure de leur pilier. Même logique qu'en deuxième ligne. On mettra le plus costaud côté droit. Ils se retrouvent sur des postures similaires aux deuxième-ligne mais ils ont une main libre. Ils ont un rôle important dans l'équilibre du pilier devant eux ou pour maintenir leur bassin dans l'axe, afin qu'il reste lié à son talonneur. Les troisième-ligne ailes ont un rôle important sur l'action après la mêlée puisque ce seront les premiers défenseurs ou les premiers soutiens offensifs. Donc le profil idéal, c'est le joueur puissant pour tenir en mêlée et coureur pour être très vite disponible dans le jeu.
Le Numéro 8
Au centre de la troisième ligne, il peut récupérer le ballon en sortie de mêlée. Avant cela, il est celui qui soulage les deuxième-ligne quand ils se relèvent pour pousser (car ils se placent souvent genou au sol) puis il transmet de la force vers l'avant au moment de l'impact. Il est donc capital dans la synchronisation et l'engagement du bloc au moment de l'entrée en mêlée. Et il doit lui être attentif à la sortie du ballon pour intervenir rapidement.
Le Demi de Mêlée
Ajoutons le demi de mêlée qui doit introduire le ballon et éventuellement le récupérer derrière son paquet d'avants. Il communique avec son talonneur pour l'introduction. Quand le talonneur lève le pied, c'est un signal pour introduire.

Le Demi de Mêlée
Les Trois-Quarts
Ils ne participent pas physiquement à la mêlée mais se placent, à au moins 5 mètres derrière pour ne pas être hors-jeu, de façon à participer à la suite de l'action. Tant que le ballon n'est pas joué, les joueurs à cinq mètres n'ont pas le droit de franchir la ligne virtuelle de hors-jeu.
La Mise en Place de la Mêlée
Les joueurs se mettent en place de façon méticuleuse, le talonneur se lie à ses piliers et vice-versa. Puis la deuxième ligne et les troisième-ligne aile se greffent aux trois de devant, le huit se tient au 4 et au 5. En place ? La phase de mêlée peut débuter avec les commandements de l'arbitre : « Flexion, Liez, jeu » en français, « Crouch, bind, set » en anglais.
Ce sont les instructions que donne l'arbitre aux deux packs pour faire en sorte que l'entrée en mêlée se passe au mieux. Il n'y a pas de temps prédéfini pour les commandements, chaque arbitre les donne à sa discrétion. Des commandements lents par exemple, ça permet à l'arbitre de voir si les équipes tiennent bien l'équilibre, explique Didier Bès. Mais quand vous avez joué première-ligne, je peux vous dire que ça pique dans les cuisses...
« Flexion/Crouch »
Les première-ligne se baissent, en position fléchie, « chacun ayant la tête à gauche de son adversaire immédiat, sans toucher le cou ou les épaules d'un adversaire », comme le dit la règle. Selon Didier Bès, « c'est à ce moment-là qu'il faut trouver la bonne posture pour les première-ligne : des joueurs bien fléchis, le dos plat, qui remonte légèrement, de telle sorte que la ligne des épaules est au-dessus de celle de la ligne du bassin et la tête légèrement levée. » L'objectif est de tenir en équilibre.
« Liez/Bind »
Les piliers se lient entre eux, attrapant leur vis-à-vis. La règle demande que « chaque pilier tête libre (le gaucher donc) se lie en plaçant son bras gauche à l'intérieur du bras droit du pilier tête prise adverse (le droitier). » Et inversement, « chaque pilier tête prise se lie en plaçant son bras droit à l'extérieur du bras gauche du pilier tête libre adverse. »
Une bonne liaison, c'est la base pour l'équilibre de la mêlée. Sinon, c'est la mêlée écroulée... Avant la règle exigeait de placer sa main sur le flanc de l'adversaire. Pour des piliers aux bras ''courts'', ce n'était pas évident. Maintenant on les autorise à remonter jusqu'à l'épaule pour se lier.
« Jeu/Set »
Les première-ligne s'imbriquent l'une dans l'autre.

Les commandements de l'arbitre lors de la mise en place de la mêlée
Nouvelle Règle Entre « Liez » et « Jeu »
Attention, nouvelle règle entre « liez » et « jeu » ! Cet été, une nouvelle règle est entrée en vigueur pour éviter les prépoussées entre le « liez » et le « jeu ». Des prépoussées ? Et oui, au moment du « Liez », « on s'est rendu compte que les premières-lignes se mettaient en déséquilibre avant pour appuyer avec leur tête sur l'épaule de leur vis-à-vis, explique Romain Poite, arbitre international. Vous êtes talonneur et vous avez déjà de la pression sur vos épaules alors que la phase de poussée n'a pas commencé. Non seulement cela créait des premiers mouvements et donc des déséquilibres mais c'était surtout dangereux pour la santé des joueurs avec des risques de hernies cervicales par exemple. »
Ses pressions sont désormais interdites. « On demande aux première-ligne de tenir en équilibre et donc de ne plus s'appuyer sur les adversaires avant le ''Jeu''. Il a donc fallu revoir les postures cet été, explique Didier Bès. Il faut que toute la première ligne descende verticalement en position fléchie et tienne en équilibre. Il faut avoir sa tempe contre celle de l'adversaire. Cela remet un petit peu d'espace entre les premières lignes et remet la force de l'impact au goût du jour. »
Plus d'impact, donc plus de mêlées écroulées ? « Certains pensent que oui, répond Bès. Mais c'est toute la complexité de la mêlée ou on règle un problème et on en crée d'autres (rires). »
Fautes et Sanctions
Le non-respect des commandements entraîne un coup franc. De la même manière que l'arbitre veille au respect des commandements, il s'assure qu'il n'y ait pas de poussée tant que le ballon n'a pas été introduit. Si une équipe pousse trop tôt, elle est également sanctionnée d'un coup franc.

Un exemple de coup franc accordé suite à une faute lors de la mêlée
Introduction du Ballon
Une fois que le ballon a été introduit, les deux packs vont donc pousser. L'équipe qui a la possession a l'avantage puisque le ballon sera introduit''de son côté''.
« Le demi de mêlée peut avoir une épaule au niveau de la ligne médiane de la mêlée, ce qui signifie qu'il peut par conséquent se tenir avec une largeur d'épaule vers son côté de la ligne médiane », dit la règle. Avec une introduction droite, le ballon va donc arriver dans les pieds du talonneur jaune. Sauf si les adversaires mettent tout de suite une grosse pression, avancent et arrivent à talonner le ballon dans leur camp.
Stratégiquement, quand vous avez la possession, si vous talonnez vite le ballon, vous vous évitez des problèmes... Mais si vous traînez à le faire, alors l'équipe adverse peut vous mettre la pression.

Introduction du ballon par le demi de mêlée
Talonnage Rapide
Voici un exemple de talonnage rapide : Le ballon est introduit, talonné, passe entre les deuxième-ligne et arrive dans les pieds du numéro 8, qui va l'extraire.
Favoriser le Jeu par la Règle
Plusieurs règles ont été mises en place ces dernières années pour favoriser des mêlées plus rapides. Par exemple, les piliers sont aussi autorisés à talonner. Sur cette image, c'est le 17 irlandais, un pilier gauche (cercle jaune) qui a talonné (flèche jaune). Le ballon, au lieu de suivre le parcours habituel (flèche rouge), se retrouve donc entre un deuxième-ligne et un troisième-ligne aile (cercle rouge). Le numéro 9 irlandais va pouvoir plus rapidement s'en saisir et lancer le jeu.
C'est le chemin de sortie le plus court et donc le plus rapide, explique Didier Bès. Ça se fait beaucoup aujourd'hui. Vous pouvez le faire si vous voulez jouer vite ou si vous êtes en difficulté dans le match et que vous vous voulez abréger l'affrontement.

Talonnage du ballon par le pilier gauche
Autre règle qui favorise la vitesse : le numéro 8 peut se servir dans les jambes de ses deuxième-ligne à partir du moment où le ballon a été talonné. Avant, le 8 devait attendre que le ballon arrive dans ses pieds donc ça prenait du temps et cela générait beaucoup de mêlées à refaire.
Mêlée plus rapide = moins d'affrontements = moins de risque de mêlée à refaire ou de fautes = jeu.
Options de Lancements de Jeu
Quand le ballon arrive à l'arrière de la mêlée, quelle que soit la voie choisie, il existe plusieurs options de lancements de jeu. Derrière sa mêlée, qui s'écroule, le demi de mêlée irlandais Conor Murray, a récupéré la balle dans les pieds de son troisième-ligne centre et lance le jeu vers son numéro 10. C'est l'option la plus sécuritaire, celle qu'on utilise par exemple quand on est dans son camp.
Sergio Parisse, le numéro 8 italien, a ramassé le ballon et le passe à son demi de mêlée qui s'est décalé. La fameuse ''89''. Ici, on cherche le surnombre dans les duels entre trois-quarts avec le numéro 9 qui se décale dans la ligne d'attaque alors que son vis-à-vis reste près de la mêlée.
Ici, le numéro 8 écossais sort ballon en mains de la mêlée et va aller directement au duel. Cela peut permettre de bloquer les troisième-ligne adverses qui vont être mobilisés pour le plaquer et défendre dans le ruck. On crée un point de fixation en attirant du monde pour ensuite aller au large où il peut y avoir des espaces.

Différentes options de lancements de jeu après la mêlée
La Synchronisation
De la mise en place à la sortie du ballon, la mêlée exige donc une synchronisation parfaite entre ces acteurs. Vous voyez une confrontation brutale ? Regardez plutôt une chorégraphie. C'est exactement le terme. Ça peut faire sourire mais pour être efficace dans ce secteur, il faut que tout soit fait au même moment, dans un même mouvement.
Par exemple, si au ''jeu'' le côté droit s'engage avant le côté gauche, l'impact va être moins efficace. Pareil quand les liaisons ne sont pas bonnes entre vos joueurs. L'idée, c'est de propulser un bloc uni vers l'avant pour gagner ce jeu de pression. S'il y a une faille, une mauvaise liaison, un pilier qui subit, c'est comme quand vous commencez à fissurer un mur. Une petite fissure en entraîne une plus grande et au bout du bout, le mur finit pas s'écrouler.
Quand la Mêlée se Dérègle
Derrière la théorie, il y a la pratique. Si vous regardez un minimum des matches de rugby, vous savez que les mêlées sont souvent à refaire (quasiment 50 % en Top 14 sur une saison en moyenne) et que l'on peut y passer beaucoup de temps, au détriment du jeu. Relevées, écroulées, tournées, elles donnent du fil à retordre aux arbitres.
C'est clairement la phase la plus difficile à arbitrer, confirme Romain Poite, qui officiera pendant la Coupe du monde. Car elle est sujette à de nombreuses interprétations. Je peux siffler quelque chose mais on peut se convaincre en revoyant l'action à la vidéo qu'on pouvait siffler autre chose.
Tableau Récapitulatif des Rôles en Mêlée
| Position | Numéro | Rôle Principal |
|---|---|---|
| Pilier Gauche | 1 | Assurer la liaison, pousser droit |
| Talonneur | 2 | Talonner le ballon, ciment de la mêlée |
| Pilier Droit | 3 | Résister à la pression, pousser droit |
| Deuxième Ligne | 4 et 5 | Propulsion arrière, pousser fort |
| Troisième Ligne Aile | 6 et 7 | Équilibre du pilier, soutien offensif/défensif |
| Numéro 8 | 8 | Soulager la deuxième ligne, extraire le ballon |
| Demi de Mêlée | 9 | Introduire le ballon, lancer le jeu |