C'est l'histoire d'un mec, mort le 19 juin 1986 dans le choc de sa moto avec un "putain de camion", sur une route des Alpes-Maritimes. Un humoriste de grand talent et un comédien hors pair.

Un décès tragique
C'était le jeudi 19 juin 1986. L'homme à la salopette à rayures bleues s'est tué dans un accident de moto, près de Grasse, percuté par un camion.
Sur la route qui lui a été fatale, sur un rond-point qui porte son nom, un totem réalisé par le dessinateur de presse Kristian rend hommage depuis à l'artiste. Chaque année, des amoureux de l'humoriste s'y retrouvent. Il est d'habitude organisé un "Run" à moto, mais cette année l'hommage était plus modeste. Règles sanitaires obligent.
Les organisateurs donnent rendez-vous dans un an ": pour mieux se retrouver avec un succès encore plus grand."La consigne était claire : "N'hésitez pas: du klaxon au rupteur, un max de bruit. Pour son 35e anniversaire.!"
Ce jour-là, l’humoriste circulait sur une petite route départementale près d’Opio, dans les Alpes-Maritimes, lorsqu’il a percuté un camion qui effectuait une manœuvre. L’accident a été d’une violence extrême : la collision s’est produite en quelques secondes, ne laissant aucune chance à l’artiste.
Selon l’enquête menée après l’accident, le 19 juin 1986 à Opio (Alpes-Maritimes), Coluche roulait à moto lorsqu’il a percuté un camion de 38 tonnes conduit par Albert Ardisson. Les constatations officielles indiquent qu’il circulait autour de 60 km/h, une vitesse modérée sur cette route. Le camion venait de manœuvrer pour tourner à gauche dans un chemin non signalé, coupant brutalement la trajectoire de la moto.
Le conducteur du poids lourd, Albert Ardisson, a été poursuivi pour homicide involontaire. Des années plus tard, des théories remettant en question le caractère strictement « accidentel » du drame ont circulé, évoquant des irrégularités, voire des hypothèses d’« assassinat ».
Les premiers instants après le drame
Ce jeudi 19 juin 1986, Jean-François Giorgetti est encore un jeune journaliste. Pigiste à FR3 Côte d'Azur, ce milieu d'après-midi, son rédacteur en chef Hugues Girard, lui demande dans un couloir de repartir en tournage :"Il m'a dit qu'il y avait un accident, un mort et apparemment il pouvait s'agir de Coluche..."
Arrivée sur place, l'équipe de la station de La Brague à Antibes, est la première. "La moto était là, par terre. Le camion en travers. Le corps avait déjà été évacué vers l'hôpital de Grasse. Les copains, compagnons de route, étaient assis dans l'herbe, au bord de la route..."
On a fait l'interview du chauffeur du poids-lourd à la volée... Il nous disait rentrer chez lui, avait tourné à gauche, ne pas avoir vu la moto... Elle avait tapé sur le bord droit du pare-chocs précise le journaliste. Une interview, simple et directe. La première sur le drame.
Jean-François, avait connu pour son travail la guerre en Afghanistan, mais il le reconnait toujours aujourd'hui : "L'ambiance était particulière... Les gendarmes très coopératifs, l'un d'eux nous avait montré le casque de Coluche, accidenté. Mais avec les collègues nous n'étions pas mal à l'aise, nous voulions faire notre travail le mieux possible, avec sang-froid, distance et recul".
Après le boulot, on s'est dit : merde, c'est Coluche. Avec Jean-Claude Honnorat, on en parle encore, cela reste un "grand moment" dans nos carrières Jean-Francois Giorgetti.
La cassette des images, les rushes, a été mise sous coffre dès le retour à la station. "Même si à cette époque, nous pouvions travailler sur le terrain plus facilement, sans périmètre de sécurité à 10 km par exemple. On entrait au coeur des faits. Mais il y avait une grosse pression des paparazzi, "se souvient-il.
Le lendemain, il a aussi filmé la levée du corps à la morgue de Grasse. "Il n'y avait quasiment personne sur place... "
Et voici qu'une putain d'après-midi de juin 86 Jean-François Giorgetti avec sa caméra et moi, avec mon micro, arrivons sur cette petite route d'Opio... Le silence. Les sanglots étouffés de ses deux copains motards, tête dans les mains, incrédules. Le chauffeur du camion répète en boucle « je l'ai pas vu arriver, j'avais déjà braqué la cabine pour tourner... J'ai rien entendu du choc ».
Un gendarme tient le casque broyé façon paquet de chips. Coluche ne le portait pas. Ce casque léger était enfilé sur le guidon. Il a été écrasé et traîné sous la moto. Peut-être que porté, il lui aurait sauvé la vie... Sentiments mélangés de tourner un document "historique", et envie aussi de tout poser là nous raconte Jean-Claude Honnorat journaliste à FR3.
Coluche avait notre âge. Ils nous avait vengé des années de plomb des censures de l'information sous De Gaulle, Pompidou et Giscard. Il expliquait si bien les jeux de pouvoirs par ses jeux de mots. Depuis personne ne l'a remplacé. Plus personne pour moquer les blancs, les noirs, les arabes, qui tous rigolaient ensemble de ses gags. Aujourd'hui, il serait viré des radios et des télés. Triste époque selon lui.
Un parcours exceptionnel
Coluche est né le 28 octobre 1944 à Paris, près de la porte d'Orléans, d'un père ouvrier (mort quand le gamin avait 3 ans) et d'une mère femme de ménage.
Individualiste forcené, Coluche monte en 1972 sa propre troupe, "Au vrai chic parisien". Il crée "Thérèse et Triste" et "Ginette Lacaze" (où il partage la vedette avec Balasko), deux comédies loufoques que remarque Paul Lederman, producteur avisé et par ailleurs manager de Claude François et Thierry Le Luron.
La légende se construit avec son lot de provocations et de gags, dont le vrai-faux mariage le 25 septembre 1985 avec l'imitateur Thierry Le Luron, complice et rival qui mourra peu après lui, le 13 novembre 1986.
De son vivant, le rondouillard gouailleur ne faisait pas l'unanimité. Ainsi, la décision de se porter candidat à "l'érection pestilentielle" en 1981 (sous l'étiquette du "candidat nul") suscita des remous à droite et à gauche.
C'est ce Coluche en campagne qu'a retenu en 2008 Antoine de Caunes pour son film "Coluche, l'histoire d'un mec", incarné par François-Xavier Demaison.
Au début de sa carrière, Coluche était juste un trublion, il faisait des sketches et faisait rire avec son nez de clown. Ce n’est qu’à partir de sa candidature aux élections présidentielles de 1981 que le ton à commencé à monter. Ensuite je me souviens de son faux mariage avec Thierry le Luron en septembre 1985.
Pour tous ses sketches et son humour décapant depuis ses débuts. Et aussi, pour son interprétation magistrale du pompiste dans Tchao pantin sorti en 1983, que je me souviens avoir redécouvert en décembre 1995.
Son aventure commence en 1969, dans le 14e arrondissement de Paris qui l’a vu naître, 25 ans plus tôt. Rue d’Odessa, Coluche retape d’anciens ateliers pour se tailler une salle de spectacles avec sa bande de copains. Ils s’appellent Miou-Miou, Patrick Dewaere, Henri Guybet, Romain Bouteille, Sotha. Le Café de la Gare est né ainsi.
La compagnie verra passer les grands talents comiques français au fil des années, mais Coluche, lui, n’y restera pas si longtemps. En 1971, il est viré. La suite est connue. Elle se joue dans le temple du music-hall, l'Olympia, en salopette à rayures. C’est le Schmilblick et Papy Mougeot qui font le tour de la France. Puis le haut de l’affiche, au cinéma.
Sous le direction de Claude Zidi, il donne la réplique à De Funès dans «L'Aile ou la Cuisse» en 1976, puis à Depardieu dans «Inspecteur la Bavure» en 1980. En 1982, Coluche tourne « Deux heures moins le quart avant Jésus-Christ » pour son copain Jean Yanne. L’année suivante, Claude Berri lui offre son grand rôle, «Tchao Pantin», avec un César à la clé.
Les années du succès sont aussi celles des égarements et des fêlures. La drogue. L'alcool. Son divorce de Véronique .
S’il renonce finalement à se présenter face à Mitterrand et Giscard en 1981, Coluche va réaliser, d’une certaine façon, son oeuvre politique cinq ans plus tard. Le 26 septembre 1985, animateur de «Y’en aura pour tout le monde» sur Europe 1, il lance à l'antenne un appel resté célèbre. L’acte fondateur des «Restos du Cœur ».
Quatre jours après son «mariage», le 29 septembre 1985, il bat le record du monde de vitesse du kilomètre lancé sur piste. 252 km/h.

Les Restos du Cœur : Un héritage durable
L’influence de Coluche dépasse le cadre de sa génération. Il est devenu une référence incontournable, tant pour les humoristes que pour les militants associatifs. Son courage à briser les tabous, à rire de tout mais pas avec n’importe qui, a ouvert la voie à une forme d’humour engagé qui perdure. Sa capacité à transformer sa notoriété en outil de mobilisation sociale reste un modèle.
En 1985, Coluche fonde les Restos du Cœur, une initiative caritative qui perdure encore aujourd'hui. Le 26 septembre 1985, animateur de «Y’en aura pour tout le monde» sur Europe 1, il lance à l'antenne un appel resté célèbre. L’acte fondateur des «Restos du Cœur ».
«J'ai une petite idée, comme ça. Si y'a des gens qui sont intéressés pour 'sponsorer' une cantine gratuite (...) Nous, on est prêt à aider une entreprise comme ça, qui ferait un resto par exemple qui aurait comme ambition de faire deux milles, trois milles couverts par jour, gratuitement.
Les Restos avaient fermé leurs portes à la fin de la campagne d’hiver, le 21 mars. « Que vont-ils devenir ? On a jusqu’à décembre pour le savoir. Et tenter de relancer la machine… » appuie notre journal. Notre consœur Mireille Parailloux retrace la naissance de cet engagement humanitaire : « Tout a commencé avec 30 bénévoles. » Et ce mot de Coluche : « Tu vas voir, je vais faire un truc pas possible : faire manger ceux qui n’ont rien.
L’histoire avec Coluche, en réalité, ne faisait que commencer. Le Parisien lui consacrera toute une série de unes au fil du temps, à mesure que la dimension sociale de son engagement s’enracine dans les mémoires, mais aussi comme révélateur toujours aussi présent de la misère sociale.
En 1991, à l’occasion d’une biographie de référence qui lui est consacrée, Le Parisien, sous le titre « Coluche était un vrai Enfoiré », déroule : « Cinq ans après sa mort, Coluche n’est déjà plus ce qu’il était. » Sa révélation comme comique venu d’un milieu très populaire, sa chute dans la drogue, sa rédemption comme activiste social, le portrait est planté.
Et pour de bon, « Coluche est immortel » dans une autre une de 2008, à l’occasion d’un film cette fois. François-Xavier Demaison joue l’humoriste en campagne électorale en vue de la présidentielle de 1981, sous la caméra d’Antoine de Caunes.
En 2011, le dynamiteur du Shmilblick, ce jeu populaire dont il a fait une blague formidable sur Europe 1, revient encore en une avec ce titre bilan : « 25 ans après, ce qu’il nous reste de Coluche ». La légende de une salue Michel Colucci, fils d’un immigré italien peintre en bâtiment qui meurt quand son fils a 3 ans, un petit gars de la banlieue, à Montrouge, « symbole d’une France d’en bas qui n’a jamais oublié ses origines ».
En 2016, pour les 30 ans, « Que reste-t-il de Coluche ? » le dépeint en « humoriste engagé qui a laissé une empreinte indélébile dans la société française », toujours à la une. Une empreinte qui, à n’en pas douter, ne se sera pas effacée en 2026 pour les 40 ans de sa disparition. Déjà ? Coluche fêterait alors ses 82 ans.
Peut-être parce que sa plus belle oeuvre, les «Restos du Cœur», fondés quelques mois seulement avant sa mort, semble aujourd’hui plus utile et nécessaire que jamais.

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Les circonstances troubles de sa mort
Pierre Botton, ancien détenu et ami de Coluche, était l'invité mercredi de l'émission "On marche sur la tête", animée par Cyril Hanouna. L'ex-homme d'affaires en a profité pour s'exprimer sur le scandale des photos de "Nice Matin" et "Paris Match". "Je n'ai jamais su comment ça a été possible".
Ce mercredi, l'ex-homme d'affaires Pierre Breton était l'invité de Cyril Hanouna dans l'émission On marche sur la tête. L'ancien détenu et ami de Coluche s'est notamment exprimé sur le scandale des photos de Coluche dans son cercueil, parues en 1986 après sa mort dans Nice Matin et Paris Match.
"Nous n'étions que sept. J'étais présent. Les théories du complot ont été alimentées par des éléments tels que la disparition de certaines pièces à conviction et des témoignages contradictoires.
Une photo de Coluche sur son lit de mort avait d'ailleurs été faite, elle circulait dans certaines rédactions, "pas chez nous" précise le rédacteur devenu spécialiste des sujets justice sur France 3 Provence Alpes Côte d'Azur.
Un hommage permanent
Coluche est une star, mais pas encore une icône. Pas encore tout à fait entré dans la postérité.
Plus de trois décennies après sa disparition, Coluche reste étonnamment présent dans la société française. Ses répliques sont entrées dans le langage courant, ses sketches sont régulièrement rediffusés et continuent de faire rire les nouvelles générations. Diverses rues, écoles et espaces publics portent aujourd’hui son nom à travers la France, témoignant de son impact sur la culture nationale.
Pour lui rendre hommage ici, et perdurer sa mémoire, je me suis rendu sur sa tombe pour me recueillir en pensant à lui.
La tombe de Coluche se trouve au cimetière de Montrouge dans la 66e division. L’emplacement exact de la tombe se situe dans la 1ère ligne (18e tombe). Elle dépasse des autres avec une sorte de toit soutenu par 4 piliers de marbre noir ; le plan d’accès est affiché à l’entrée du cimetière.
C’est donc dans les Hauts-de-Seine (limitrophe à Paris), que repose Michel Colucci depuis le 24 juin 1986. Sa tombe, simple et accessible, est devenue un lieu de pèlerinage pour de nombreux admirateurs. L’épitaphe « Michel Colucci dit Coluche 1944-1986 » est accompagnée de la mention « Homme de cœur et du rire », résumant parfaitement ce qu’il représentait.

Coluche aurait célébré ses 75 ans ce lundi 28 octobre. Trois décennies après sa disparition brutale, son souvenir reste intact...