La carrière de Philippe Schaff dans le handball : Des "Barjots" aux Jeux Olympiques

Alors que les « Experts » s’apprêtent à aller défendre leur titre à Rio, il est opportun de revenir sur les racines du succès du handball français. Depuis, les Tricolores ont su inscrire leur pays sur la carte du hand international au point d’en faire LA référence loin devant des places fortes habituelles (Suède, Allemagne…). Quintuple champion du monde, double champion olympique et triple champion d’Europe, l’équipe de France collectionne les titres et s’est vue attribuer différentes étiquettes au fil de ses exploits.

L'équipe de France de handball a marqué l'histoire avec des générations de joueurs talentueux et des succès retentissants. Avant les Experts, on se souvient aussi des Bronzés, des Barjots, ou encore des Costauds... À chaque qualificatif sa petite histoire.

Les "Bronzés" : Les débuts d'une nation handball

Lors des Jeux Olympiques de Barcelone en 1992, l’équipe de France atteint les demi-finales et défie la Suède, meilleure nation du moment qui truste alors tous les honneurs. Afin de détendre l’atmosphère et sans doute pour dédramatiser l’événement, tous les joueurs se teignent les cheveux en blond. Un joli coup de com mais pas que. Cette excentricité capillaire reflète parfaitement l’état d’esprit d’une équipe de copains, présents en Catalogne pour gagner sans oublier de s’amuser et de profiter des Jeux. Les Bleus s’inclinent finalement (25-22) face à l’armada viking mais remportent la petite finale contre l’Islande (24-20), autre référence sur la planète hand. La France monte sur le podium et remporte sa première médaille dans un tournoi international. Elle est en bronze mais suffit au bonheur des Français qui adopteront le surnom de Bronzés » en référence à la couleur de leur médaille.

En 1992, les joueurs de l'Équipe de France remportent pour la première fois une médaille dans une compétition internationale. Médaillés de bronze aux JO de Barcelone, ils s'autoproclament logiquement les Bronzés. Le pseudonyme fait également écho à un carton du cinéma français sorti une dizaine d'années plus tôt...

«Le nom n'a pas dû être compliqué à trouver», nous avoue Jérôme Fernandez, l'actuel capitaine de l'équipe de France, «puisqu'il se rapporte directement à la médaille de bronze aux JO de 1992.» «Ce surnom m'inspire la notion de commencement», confie au Scan Sport Xavier Barachet, âgé de ... quatre ans à l'époque. «Sans ces joueurs-là, sans ce qu'ils ont véhiculé, sans un entraîneur comme Daniel Costantini, nous n'en serions pas là aujourd'hui.

« Frédéric Volle est assurément l’une des têtes d’affiche des « Bronzés », omniprésent sur le terrain comme dans les vestiaires et lors des troisièmes mi-temps épiques. Mais ce fort en gueule constitue avec Denis Lathoud , Stéphane Stoecklin, Jackson Richardson et Philippe Gardent, la colonne vertébrale des « Bronzés ».

L'équipe des Bronzés aux JO de Barcelone en 1992

L'ère des "Barjots" : L'ascension vers le titre mondial

Après la médaille de bronze de Barcelone (1992), le soufflé aurait pu retomber. Au contraire, les Bleus accrochent leur premier titre mondial trois ans plus tard offrant au sport tricolore son premier sacre planétaire, devançant de trois ans les footballeurs !

En 1995, les coéquipiers de Philippe Gardent offrent à la France son premier titre de championne du monde de handball. Interrogé par Europe 1, Philippe Gardent se souvient avoir donné ce surnom à son équipe en "répondant à une simple question d'un journaliste". En quelques jours, la presse reprend le sobriquet.... qui restera jusqu'en 2001.

Volle, Lathoud & Co se réveillent alors, font de nouveau parler la poudre et exhibent des coupes de cheveux étonnantes lors de la Marseillaise.

Aux JO d'Atlanta, en 1996, les Barjots font irruption dans un restaurant du village olympique, et montent sur une table, vêtus de simples cravates, chaussettes, et coquilles de protection au niveau des parties génitales... Quelques temps plus tard, ils seront rapatriés dans leur chambre par des policiers.

Pour Fernandez: «Ce surnom les représentait bien. C'était une génération à part, qui avait tout sacrifié pour l'équipe de France. Ils passaient énormément de jours ensemble en sélection, souvent au détriment de leurs carrières en clubs. Cela a payé et cela a permis de lancer le handball français sur la voie que l'on connait aujourd'hui.»

Le Championnat du Monde 1995 : Le sacre des Barjots

L'esprit Barjot : Plus qu'une équipe, un état d'esprit

Qui se souvient réellement de la qualité de handball de cette équipe de France de 1995 ? A part les spécialistes, sans doute pas grand monde. En revanche, personne n’a oublié la folie dégagée par cette escouade, pilotée tant bien que mal par Daniel Costantini.

L’échec des JO d’Atlanta en 1996, où la nouvelle génération n’a pas su s’intégrer aux anciens, a marqué la fin des Barjots.

Les "Costauds" : La confirmation au niveau mondial

En 2001, les Bleus décrochent un second titre mondial, qui plus est à domicile. Un sacre qui clôture l’ère Costantini qui va passer la main à Claude Onesta. Un journaliste interroge alors le sélectionneur en lui demandant de définir son équipe : « Costauds » lâchera-t-il.

En 2001 qu'il fait son apparition, lorsque Fernandez, Gille, Omeyer, Karabatic et Cie décrochent une deuxième victoire aux mondiaux de Bercy.

Arrivé en 1997 en sélection, Fernandez y a pris pleinement son essor à ce moment-là: «Je suis arrivé avec une génération qui avait beaucoup de pression sur les épaules, car elle devait reprendre le flambeau d'une génération dorée. Ce surnom est donc venu du fait que nous ayons réussi à prendre le relais en devenant nous aussi champions du monde en 2001.

Les "Experts" : L'ère de domination du handball français

Cette fois ce sont les journalistes qui se sont chargés de trouver un surnom aux joueurs de l’équipe de France. Et c’est Olivier Bischoff, directeur général de l’agence Carat Sport, qui a touché le gros lot : « Ils sont rigoureux, disciplinés, travailleurs, on a donc rebondi de manière opportune sur la série télévisée des « Experts ». C’était aussi d’une certaine manière en opposition aux inconstants et indisciplinés Barjots ».

En 2008, avec le bronze européen et surtout l'or olympique après lequel elle courait, la France rentrait dans l'ère des Experts, cette fameuse génération qui allait être capable de détenir en même temps les trois grands titres du handball: mondial, européen et olympique.

«C'est le surnom que je préfère et c'est celui qui dure depuis le plus longtemps», précise Fernandez. «C'est aussi celui qui nous définit le mieux. On est passé de joueurs talentueux à joueurs très bien entraînés et préparés. Forcément, quand on arrive à un tel niveau, cela demande une certaine expertise.

Cette équipe décroche en 2008 face à l’Islande (28-23) sa première médaille olympique. Une séquence spectaculaire s’ouvre ensuite pour les Bleus, qu’aucune autre nation n’avait jamais fait : ils remportent le Mondial en 2009 et l’Euro en 2010, devenant la première équipe à détenir les trois grands titres simultanément. En remportant de nouveau le Mondial l’année suivante, les Experts deviennent la première équipe de handball de l’histoire à rafler quatre grandes compétitions d’affilée.

Depuis lors, les Experts ont raté leur Mondial en 2013 mais remporté l’Euro en 2014, puis de nouveau le Mondial en 2015, date à laquelle ils ont de nouveau détenu les trois titres simultanément. S’ils ne peuvent plus s’en targuer depuis février dernier (ils ont terminé 5e de l’Euro), nul doute que les « Experts » vont attaquer les JO de Rio, avec une faim de loup.

Avec 7 médailles d’or glanées en 10 compétitions internationales, ces Bleus là ont d’ailleurs la particularité d’avoir toujours « raté » l’Euro lors des années olympiques… pour mieux monter sur le toit du monde quelques mois plus tard.

Tableau des surnoms de l'équipe de France de Handball

SurnomAnnéesÉvénements marquants
Les Bronzés1992Médaille de bronze aux JO de Barcelone
Les Barjots1993-1996Championnat du monde 1995
Les Costauds2001-2008Championnat du monde 2001
Les Experts2008-?Or aux JO de Pékin 2008, Multiples titres mondiaux et européens

Philippe Schaaf : De joueur à volontaire olympique

Parmi ceux venus récupérer leur tenue, Philippe Schaaf. Sa particularité : avoir déjà participé aux Jeux olympiques. C'était à Atlanta, aux États-Unis en 1996, avec l'équipe de France de handball, surnommé, à l'époque, « Les Barjots. » Cette année-là, les Tricolores terminent à la 4e place, une déception qu'il mettra « quelques mois à accepter ».

Peu importe, aujourd'hui, Philippe Schaaf est engagé dans l'aventure des Jeux 2024 avec un immense enthousiasme. « Ce sera extraordinaire. C'est vraiment un rêve. » Au moment de récupérer sa tenue, l'excitation monte encore d'un cran. « J'ai vraiment hâte. Maintenant que je vois et que je porte la tenue, je me dis que ça se précise et qu'on y est très bientôt ! »

Sa mission est toute trouvée puisque Philippe Schaaf sera au stade Pierre-Mauroy à Villeneuve-d'Ascq, près de Lille, pour six matchs de handball. « Je dois m'assurer que les joueurs et le staff ne manquent de rien, comme de l'eau ou des serviettes. Je vais accompagner les joueurs, par exemple, aux contrôles antidopage. » Une présence au bord du terrain pour des quarts de finale et les deux finales qui ravit l'ancien sportif de haut niveau.

Reconversion et nouvelle vie

A 37 ans et après quinze ans en équipe de France, le demi-centre met un terme à sa carrière en 2005. 417 matches (ce qui fait de lui le joueur le plus capé) pour 787 buts, des statistiques tout aussi impressionnantes que son style de jeu.

C’est effectivement au pays du Soleil-Levant, que Volle décide de poser ses bagages avec son compère « bronzé » Stéphane Stoecklin. Il finira sélectionneur dans ce pays où le handball se développe dans la foulée du Mondial 1997.

Avec Charly (Frédéric Volle), nous nous sommes lancés dans l?aventure en pensant surtout à notre reconversion. Pour être honnête, on ne savait même pas où on allait, j?ai même regardé sur une carte pour situer Suzuka.

-Avez-vous néanmoins pensé à ce que vous auriez pu faire si nous n’aviez pas choisi cette vie-là ?Non, jamais. Tout roule comme on avait prévu. Je ne m?imagine pas tous les samedis dans une salle en tout cas?

Non, parce que je ne suis pas super patient. Je n?aurais pas eu la psychologie pour entraîner ou encadrer. Et puis j?ai toujours voulu changer de vie. Connaître autre chose. Me faire un cercle d?amis hors du handball. Depuis la section sports-études jusqu’à la fin de ma carrière, ça fait quelque vingt années consacrées au handball. C?est déjà beaucoup, non ? Toute ma carrière a été pensée avec cette idée derrière la tête. Je n?avais rien fait de particulier en terme d?études, et je voulais juste gagner de l?argent, le mettre de côté afin de m?offrir la vie que nous menons aujourd’hui.

Oui et non? Je me suis investi parce que j?ai toujours su qu?il y aurait un après et que cet après passait par des sacrifices.

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