Le football, sport le plus populaire au monde, suscite autant d'enthousiasme que de critiques. Entre les dérives financières, les inégalités croissantes et les controverses éthiques, il est légitime de se demander si l'on peut encore aimer ce sport. Cet article explore les arguments en faveur de l'amour du football, tout en reconnaissant ses aspects problématiques.

Un sport devenu oligarchique
Dans son ouvrage « Ce que le football est devenu », Jérôme Latta dénonce un sport oligarchique où le mérite sportif est de moins en moins récompensé, laissant place à des mécanismes artificiels d'enrichissement des plus riches. Il souligne que le creusement des inégalités économiques et sportives est un processus connu et documenté, mais souvent occulté ou exposé de manière non critique.
Au début des années 2000, le discours dominant prétendait que l'élitisme dans le football profiterait à tous, que les ressources produites ruisselleraient sur tous les clubs. Jean-Michel Aulas, président de l'Olympique Lyonnais, tenait ce genre de propos pour légitimer l'adoption par les clubs de statuts juridiques d'entreprise commerciale et surtout défendre l'adoption d'un système de répartition des droits TV qui profiterait principalement aux clubs les plus riches.
Cependant, la théorie du ruissellement s'est avérée être un leurre, et même les médias sportifs ont commencé à employer des termes comme « castes », « oligarchie » et « élitisme insupportable ». La puissance économique détermine de plus en plus directement la performance sportive, créant une corrélation étroite entre les ressources financières des clubs et leurs résultats sportifs.
Au cours de cette évolution, de grands clubs historiques comme l’Ajax Amsterdam, le Benfica Lisbonne ou les Glasgow Rangers ont été relégués économiquement et sportivement, pénalisés par la taille insuffisante de leur marché intérieur, mais surtout par le système de répartition des revenus.
Le football, un divertissement ?
Le football a toujours eu une dimension de spectacle et une grande puissance de séduction. Mais l'équilibre entre la logique de compétition et la logique du spectacle a complètement évolué à l'avantage de la seconde. Désormais, des superclubs qui concentrent les superjoueurs disputent des supercompétitions et proposent une sorte de « football Marvel ».
Une hiérarchisation très stricte a été instaurée dans le football, avec en haut l'élite, et en dessous des clubs voués à rester à leur place et à servir de vivier de joueurs.
Le football reste populaire, au sens où il continue de susciter une audience massive qui lui donne une place exorbitante dans la hiérarchie de l'information médiatique. Il est d'ailleurs plus « populaire » que jamais depuis qu'il a conquis l'Asie et l'Amérique du Nord au fil de sa mondialisation. En revanche, si par populaire, on entend son accessibilité par les classes populaires, alors la réponse est à nuancer.
La systématisation de la diffusion sur des chaînes payantes, qui a permis à l'industrie de s'enrichir, a privé le football d'une partie de son public, qui n'a plus les moyens de suivre les matchs à la télé.
Pourquoi le football est-il si populaire ? - Ça va mieux en le disant
Les raisons d'aimer le football
Malgré ces critiques, il existe de nombreuses raisons d'aimer le football :
- Vivre dans l'instant présent : Un bon match de football offre une immersion totale dans le présent, permettant aux joueurs et aux spectateurs de se concentrer sur l'action et d'oublier le passé et le futur.
- Accueillir l'incertitude : Le football est un lieu où tout est incertain et incontrôlable, où le pire peut côtoyer le meilleur. Cette capacité à nous surprendre nous remet en contact avec la vie même.
- Affronter la peur et la douleur : Dans le football, nous n'avons d'autre choix que d'accepter et de vivre nos émotions, qu'elles soient positives ou négatives.
- Compétition et coopération : Le football est un lieu où compétition et coopération cohabitent à chaque instant, tant au sein des équipes qu'entre elles.
- Unité et fraternité : Un match de football offre l'expérience de l'unité et de la fraternité, où ce qui unit les êtres humains est plus fort que ce qui les sépare.
- Inspiration : Le football nous inspire dans ce grand jeu qu'est la vie, avec ses défis, ses opportunités et ses leçons.
- Expérience totale : Un match de football comprend toutes les dimensions de l'être humain : physique, émotionnelle, intellectuelle et intuitive.

Le dopage : une ombre au tableau
Le dopage généralisé qui touche le foot fait l’objet d’un déni qui l’est tout autant. Reconnaître l‘étendue du phénomène serait sans doute admettre trop ouvertement que l’important dans le football n’est pas de participer, mais de gagner.
Selon Jean-Pierre de Mondenard, médecin spécialisé dans le sport, les acteurs de la lutte antidopage qui sont chargés de faire les contrôles appartiennent au monde du football. Donc bien entendu qu’ils vont dire qu’il n’y en a presque pas. La coupe du monde de football est l’épreuve sportive de grande importance où l’on détecte le moins de cas positifs de dopage.
Il explique également que les laboratoires cherchent des substances que les sportifs ne prennent pas, tandis que les sportifs absorbent des dopants que les analyses ne détectent pas. Il a fallu attendre l’affaire Festina pour que les autorités se décident enfin à dépister l’EPO, les hémoglobines synthétiques, les perfluorocarbones, les corticoïdes… alors que pour les corticoïdes par exemple, les chevaux de compétition sont contrôlés depuis 1985.
| Discipline | Pourcentage de compétiteurs contrôlés par an |
|---|---|
| Cyclisme | 1,6% |
| Rugby | 0,18% |
| Tennis | 0,03% |
| Football | 0,002% |
Le football et la culture
Il existe une opposition systématique entre le football et la culture, mais plus largement entre sport et culture. Le football apparaît comme une sous-culture en France, en raison d'un double snobisme des sportifs et des intellectuels.
Les sportifs rejettent toute forme de théorisation, qu'ils considèrent comme illégitime et dénaturante, tandis que les intellectuels se piquent de ne pratiquer aucun sport, ce qui est perçu comme un gage de sérieux.
Pourtant, le football n'est pas forcément un art, il est en revanche, à coup sûr, un moyen d'expression individuel et collectif au même titre que la danse, le théâtre, le chant choral. Comme le disait Menotti : « le football, c’est l’opéra des pauvres ».
