Dimitri Payet : Entre l'Étoile de l'OM et un Passé Parien

Comme de nombreux Marseillais, Dimitri Payet n'appréciait pas l'idée que le Paris Saint-Germain puisse devenir le deuxième club français à remporter la Ligue des Champions.

En rendez-vous avec l'histoire, le PSG n'a pas eu le droit de soulever le trophée face à un Bayern Munich trop expérimenté, qui remporte la sixième ligue des Champions de son histoire (1-0). 27 ans après la victoire de l'Olympique de Marseille dans la compétition face à l'AC Milan, aucune équipe n'avait réussi à reproduire cet exploit.

De nombreuses réactions ont fleuri sur les réseaux sociaux, félicitant le parcours du club de la capitale dans ce format unique de la C1 (les trois derniers tours se sont joués à Lisbonne, sans public). Dimitri Payet y est également allé de son petit commentaire, sans cacher sa satisfaction de voir l'OM rester « à jamais les premiers ».

A deux jours du Clasico, le Marseillais a répondu en conférence de presse à la polémique sur son tweet chambreur après la défaite du Paris-Saint-Germain en finale de Ligue des champions contre le Bayern Munich. Le Réunionnais assume.

Pour rappel, le Marseillais avait écrit "Une histoire. Un club: OM. Une ville: Marseille. A jamais les premiers", en légende d’un GIF montrant le logo du PSG avec une étoile, qui laisse ensuite apparaître celui de l'OM, victorieux de la C1 en 1993. L’étoile au-dessus du blason de l’OM représente la victoire en Ligue des champions. Beaucoup d’autres clubs utilisent ce symbole pour rappeler dix titres nationaux. Dimitri Payet est le dernier à l'avoir utilisée. L'étoile, emblème du succès européen de l'OM en 1993, qui différencie son club du PSG.

La Réaction de Payet et la Polémique

A peine assis sur son siège au lancement de cette conférence de presse, qu’une première question sur ce tweet est lancée. L’international français s’y attendait et a répondu sans aucun filtre et avec beaucoup d’assurance.

« Oui c’est un tweet qui m’a fait beaucoup rigoler. Quand j’ai vu le GIF, je l’ai reposté. Avant, on se plaignait parce que les joueurs faisaient de la langue de bois. Quand on charrie maintenant, on dit que c’est le buzz. Ça m’a bien fait rire. Il n’y a pas plus d’histoire que ça. »

Relancé sur le sujet, Dimitri Payet assure ne pas regretter son chambrage. « C’est de bonne guerre », ajoute-t-il. Pour illustrer son propos, le Marseillais a rappelé un tweet chambreur du club de la capitale en 2018 après un match nul de l’OM face à l’Apollon Limassol en Ligue Europa.

« Entre ennemis, on se charrie », estime le Phocéen, qui ne craint pas la réaction des joueurs parisiens. « Ça ne met pas plus de pression », indique-t-il.

« Ce tweet m'a fait beaucoup rire, assume Payet, à deux jours du premier clasico de la saison au Parc des Princes. Avant, on se plaignait parce que les joueurs faisaient de la langue de bois. Quand on charrie maintenant, on dit que c'est le buzz. Il n'y a pas d'histoire. »

PSG-OM - Payet qui chambre les Parisiens sur Instagram : "C'est de bonne guerre"

Payet n'est pas le seul à utiliser régulièrement cette étoile comme signe de chambrage. Dimitri Payet est un chambreur. Une manière de rappeler que l'OM, vainqueur de la C1 en 1993, est toujours le seul club français à avoir remporté la Ligue des champions.

Le Marseillais a complété son tweet par un message équivoque : « Une histoire, un club (OM), une ville (Marseille). #AJamaisLesPremiers. » Payet n'est pas le seul Marseillais à avoir réagi : il y en a eu beaucoup, dont Brandao.

Un Passé où Payet Rêvait de Paris

Si ce message prouve l'attachement de Payet à l'OM, il possède une saveur toute particulière, teintée d'oubli et d'ironie, au regard de l'histoire. Car le comportement du milieu offensif aurait pu être tout autre s'il était parvenu à ses fins, quelques années plus tôt. Rappel des faits.

Après un début de saison 2010-2011 remarquable, durant laquelle Dimitri Payet, affûté, vole sur les terrains de Ligue 1, le Réunionnais suscite la convoitise de plusieurs clubs. C'est le cas du PSG qui appartient alors au fonds d'investissement américain Colony Capital.

Pour pallier un éventuel départ de Stéphane Sessegnon durant le mercato hivernal, le club parisien, dirigé par Robin Leproux, se penche sur le cas du joueur de 23 ans. Débarqué à Saint-Étienne en 2007 en provenance de Nantes et sous contrat jusqu'en 2013 avec les Verts, l'ailier voit sa valeur estimée entre 6 et 7 millions d'euros.

Le club de la capitale contacte l'ASSE, le 27 janvier au matin. Payet est attaché aux Verts. Mais ses dirigeants viennent de reporter à l'été prochain des discussions pour une éventuelle prolongation. Et il le vit mal. Le PSG s'engouffre dans la brèche.

S'il s'est fait opposer une fin de non-recevoir, il offre 6 millions d'euros le lendemain pour celui qui a fait ses débuts avec les Bleus trois mois plus tôt, contre la Roumanie (2-0, le 9 octobre, avec une passe décisive du Stéphanois).

La proposition est refusée par la direction stéphanoise, qui craint de ne pouvoir se retourner, à trois jours du terme du mercato. « Dimitri est perturbé », regrette Bernard Caïazzo, le président du conseil de surveillance du club stéphanois. Il l'est tellement que, pour la première fois, il sèche le dîner de veille de match de l'équipe, auquel ont assisté Roland Romeyer, le président du directoire, et Dominique Rocheteau, le directeur sportif.

Le 29, Sessegnon file à Sunderland. Le même jour, Payet va au bras de fer : il ne se présente pas au rassemblement prévu avant le match contre Toulouse, qui a lieu dans la soirée. La tension monte entre les deux clubs.

Romeyer et Rocheteau déplorent, dans un communiqué, « les manières de faire indignes de grands clubs (Toulouse est aussi visé pour Emmanuel Rivière) », et Romeyer indique qu'il « ne pensai [t] pas que Robin Leproux pourrait se comporter de la sorte. » Ce dernier se défend, affirme n'avoir « eu aucun contact avec le joueur ou son agent » et se déclare « exemplaire dans ce dossier ».

Ce n'est pas le cas de Payet, auteur d'une « erreur de jeunesse » pour Rocheteau. Romeyer se montre, lui, moins compréhensif et évoque un « comportement inacceptable ».

Le dirigeant insiste : « Il y aura une sanction, c'est sûr. Il faut qu'il arrête de faire l'andouille et qu'il vienne s'excuser. » La tendance est à l'opposé et Payet, qui a pu échanger des textos avec son entraîneur Christophe Galtier dans l'après-midi, refuse d'être dans le groupe pour la réception du TFC. Sans lui, les Verts s'imposent 2-1.

Le 30, Payet refuse cette fois de s'entraîner et le 31, dernier jour du mercato, il décide de rejoindre Paris dans la matinée. L'international français (3 sélections alors) est convaincu que le transfert va se faire. D'autant que l'ASSE a pu boucler les arrivées de Pierre-Emerick Aubameyang et Alejandro Alonso.

Mais la direction forézienne reste sourde aux propositions parisiennes. Le PSG est pourtant prêt à reverser l'intégralité de la somme perçue par la vente de Sessegnon (7 M€ + 1 M€ de bonus).

Payet décide de prendre les choses en main et appelle à plusieurs reprises ses dirigeants dans l'après-midi pour tenter d'infléchir leur position. En vain. À 21 h 30, le PSG dépose les armes, au grand désespoir du milieu offensif. Pour Saint-Étienne, il était hors de question de voir Payet rejoindre Paris, dont la façon de faire a « outré » Romeyer.

Le 1er février, Payet n'est pas à l'entraînement à l'Étrat. Mais s'il déclare avoir été « très en colère », Christophe Galtier joue l'apaisement. « Son train était en retard, et il s'en est excusé [...] Qui, à vingt-trois ans, ne fait pas de bêtises ? Il est responsable, mais pas coupable. »

Avant de filer à Lille, un dernier match avec les Verts contre le... PSG. Titulaire pour le derby contre Lyon, il délivre une passe décisive (1-4), avant de peiner, devenir remplaçant trois rencontres, et attendre un mois pour marquer de nouveau (2-0 contre Brest, le 12 mars). Au total, il termine le Championnat avec 13 buts à son compteur.

Payet dispute son dernier match officiel avec Saint-Etienne le 29 mai, en Ligue 1, contre... le PSG (1-1). Mais il ne jouera jamais pour Paris : le 28 juin 2011, il s'engage à Lille, avant de connaître la trajectoire que l'on sait.

Elle restera un symbole du chambrage entre fans qui se retrouvent dimanche soir pour le clasico.

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