Hier, Médine a captivé l’Espace Julien avec deux concerts acoustiques à guichets fermés, à 17h et 20h. Accompagné de Félix Kaonefy et Guillaume Redzol, il a offert une performance unique, oscillant entre engagement, humour et introspection. Sur scène, Médine a prouvé une fois de plus qu’il sait allier fond et forme, livrant un spectacle aussi percutant qu’agréable.

Médine lors d'un concert acoustique.
Une Scène Acoustique, des Mots Incisifs et un Humour Désarmant
Dans une configuration dépouillée mais sublimée par un éclairage apportant une touche de poésie, Médine s’est plongé dans son répertoire avec un format acoustique qui met ses textes au premier plan. Ses paroles, à la fois incisives et réfléchies, prennent une dimension nouvelle grâce aux arrangements de Félix Kaonefy (batterie, chant et pads) et Guillaume Redzol (piano et guitare).
Médine a fait preuve d’un humour désarmant et d’une autodérision presque digne d’un stand-up, rendant le moment à la fois drôle et percutant. Il jongle avec les anecdotes sur son parcours, ses idéaux de jeunesse et les paradoxes de la société actuelle, tout en offrant un regard critique et mature sur l’homme qu’il a été et celui qu’il est devenu.
Au cours de la soirée, Médine a surpris son public en dévoilant deux extraits de son futur album, laissant entrevoir une évolution audacieuse dans sa musique. Le premier, véritable surprise en termes de sonorité offre une direction inédite pour Médine. Le second morceau, interprété intégralement, propose un refrain chanté qui évoque sa manière d’encaisser les crises actuelles - écologiques, géopolitiques, et bien d’autres - qui nous frappent « en pleine face ».
Avec des paroles telles que « Je vois la tempête, je lui choisis un nom », ce titre dévoile une poésie brute et une puissance intacte, confirmant que Médine continue de se réinventer tout en restant fidèle à lui-même. Ces morceaux prometteurs augurent un futur album captivant.
L’Autotune comme Miroir d’une Société Factice
L’autotune, omniprésent mais parfaitement maîtrisé, devient ici un symbole, comme il le dit lui-même : celui d’une société superficielle où les valeurs sont devenues des slogans vides. « Liberté, Égalité, Fraternité » ? Une façade, tout comme les JO, vitrine d’une France inclusive qui cache un racisme systémique.
Sur scène, Médine déroule ses vérités avec une plume acérée, abordant des sujets comme Gaza avec des titres poignants tels que « Gaza Soccer Beach », tristement actuels. À travers ses morceaux et son discours, il invite à la réflexion sans jamais tomber dans la violence ou la moralisation.
Lors de son titre dédié à sa femme, toujours présente sur les tournées, une demande en mariage s’est glissée dans le public, comme pour souligner l’amour et les liens humains qui imprègnent son œuvre. La musique de Médine, c’est une affaire de famille. « Ma musique est familiale et militante, comme une bagarre à Disneyland », dit-il avec cette touche d’humour qui lui est propre.
Il a également annoncé une tournée dédiée à sa série « Enfant du destin », ces récits bouleversants et fictifs inspirés des drames géopolitiques réels. Véritables histoires dans l’histoire, ces morceaux illustrent la nécessité de déconstruire le monde pour mieux le reconstruire.
« L’Amour » par Médine - Une Ode à l’Humanité dans « La Haine »
Pour clôturer son concert, dans un moment de grâce et de vérité, Médine, qui a prêté sa plume et sa voix à « La Haine », la comédie musicale inspirée du film culte, interprète « L’Amour ». Avec ce titre, il explore les failles, les blessures et les espoirs d’une société fracturée.
Ce texte, spécialement conçu pour cette œuvre collective, transcende les frontières de la simple performance musicale. Médine y déploie tout son art pour capturer l’essence de la révolte et de l’humanité, unissant la poésie et la musique dans une prière universelle.
« L’Amour » n’est pas qu’un mot ici ; c’est une quête, un cri du cœur, un défi lancé à la haine omniprésente. Une invitation à repenser nos relations, nos regards, nos jugements. Avec une intensité rare, Médine nous rappelle que, même dans l’obscurité, l’amour peut être la lumière.
La chanson est reconnue depuis longtemps comme un écho des opinions populaires, voire comme un instrument de ralliement derrière une cause. Si ce format acoustique laisse parfois les habitués de ses concerts énergiques sur leur faim, il permet néanmoins d’explorer une autre facette de son art : plus introspective, plus nuancée, mais toujours aussi percutante. Marseille a répondu présent, et l’ovation des convaincus démontre que Médine reste une figure essentielle du paysage musical.
Dans le cas de la Palestine elle joue un rôle supplémentaire. Ce n’est pas un mystère : l’entreprise de colonisation du territoire palestinien s’est très tôt accompagnée d’une colonisation culturelle qui a entravé, menacé de disparition, voire totalement nié la culture palestinienne. Dans un tel contexte, les chansons palestiniennes, ou même celles qui « parlent de Palestine », en plus de participer à la lutte proprement dite, constituent en elles-mêmes des actes de résistance, des « preuves de vie », des preuves de créativité d’une population qui ne se laisse pas détruire.
Médine performe "Gaza Soccer Beach" en live | LES FLAMMES 2024
L'engagement de Médine envers la Palestine à travers sa musique
Médine est plutôt bien placé pour en parler. Depuis le début de sa carrière en 2002 au sein du collectif La Boussole, le rappeur du Havre a régulièrement donné à entendre cette violence réelle à partir de choix singuliers, qui vont du relevé de terrain (« Gaza Soccer Beach », chanson caritative écrite en réaction aux bombardements israéliens sur une plage où jouaient des enfants palestiniens) au portrait poignant (« Enfant du Destin (Daoud) »), autant d’angles d’attaque qui élargissent les perspectives.
Difficile de retenir ses larmes et dénouer sa gorge devant la prestation de « Gaza Soccer Beach ». Poète virtuose, Médine a interprété ce titre écrit en hommage à 4 enfants palestiniens tués par des missiles israéliens en juin 2014 alors qu’ils jouaient au football sur une plage. Le texte est un bijou de poésie, tout en rimes et en métaphores chargées de double sens autour du champ lexical du football. Derrière l’artiste, des noms d’enfants décédés à Gaza s’affichent en blanc au fur et à mesure sur un écran noir.
Il y a aussi IAM, qui a fait une référence aux pratiques du gouvernement israélien sur «J’aurais Pu Croire», Kalash, qui milite pour une «Palestine libre, laïque comme horizon» sur «Guerriers Sans Armes», ou encore Z.E.P., dont le titre «Palestine» se veut «du côté de l’opprimé, du côté du tiers-monde et des peuples martyrisés». Mais il y a surtout tous ces rappeurs qui, en plus d’y faire plus ou moins régulièrement allusion dans leur texte, prennent ouvertement position.

Pochette de l'album "Protest Songs" de Médine.
Les Flammes 2024 : Médine et son hommage à la Palestine
L’artiste a interprété son titre « Gaza Soccer Beach » jeudi 25 avril au théâtre du Châtelet à Paris en hommage à « tous les enfants palestiniens morts » à Gaza. Une prestation en hommage à la Palestine. Le rappeur Médine a marqué la cérémonie des Flammes 2024, qui récompense les artistes français de musique urbaine, ce jeudi 25 avril au théâtre du Châtelet à Paris en interprétant son titre « Gaza Soccer Beach », sorti en 2015.
À la fin de sa performance, Médine a dédié son titre « à tous les enfants palestiniens morts sous les bombardements à Gaza ». « Un morceau qui date de dix ans, preuve que les bombardements n'ont pas commencé hier », a-t-il souligné. « Merci aux Flammes de nous permettre d'afficher le nom de tous les enfants disparus. Il n'y a pas assez de place sur les murs du théâtre pour pouvoir inscrire sur les noms des 35 000 victimes », a-t-il conclu, alors que des dizaines de noms s'inscrivaient en toile de fond.
Dans son morceau, Médine chante « Gaza Soccer Beach » où « l'on joue la Coupe du monde sous l'œil des journalistes ». Il avait suscité la polémique l'été dernier après un tweet jugé antisémite.
« Je ne peux pas être là devant vous sans avoir une pensée pour toutes les victimes de Gaza », a déclaré le DJ Kore. « Pour toutes les victimes du Congo, toutes les victimes en Haïti et dans tous les pays où demeure la guerre. Cette Flamme, c'est pour eux. »
Censure et liberté d'expression : l'affaire Médine à Saint-Quentin
La récente décision de la municipalité de Saint-Quentin d’annuler le concert du rappeur Médine suscite un émoi des défenseurs de la liberté d’expression et de la création artistique. Médine cristallise autour de sa personne et de ce qu’il peut représenter les obsessions identitaires de l’extrême droite et de l’islamophobie. En effet, il y a un « sentiment d’islamophobie qui grandit ».
Officiellement, la mairie justifie l’annulation par un « risque de troubles à l’ordre public » et des « propos polémiques » tenus par l’artiste dans le passé. Or, ces raisons vagues et non détaillées par des éléments concrets relèvent davantage des considérations idéologiques que d’un réel danger sécuritaire. Médine n’a jamais été condamné pour incitation à la haine, ni pour des propos relevant du racisme ou de la violence. En se basant sur des interprétations subjectives de ses textes, la mairie franchit une ligne rouge : celle de la censure arbitraire.
Empêcher sa venue revient à faire taire une voix qui dérange précisément parce qu’elle touche là où le débat public peine parfois à aller. La liberté d’expression, pilier de notre démocratie, implique d’accepter des discours critiques même s’ils dérangent certains. « Je pense que mon engagement en faveur de Gaza y est pour beaucoup aussi, déclare Médine. Médine nous dit alors qu’appartenir à la communauté musulmane est un « facteur aggravant » lorsqu’un artiste prend position sur un sujet quelconque où le débat public peine à aller.

Médine lors d'une interview.
En effet, que ce soit sur les réseaux en partageant des Messages de soutien à la Palestine ou dans certaines de ses œuvres comme Gaza Soccer Beach : en dénonçant le génocide dans la bande de Gaza, le rappeur n’a jamais caché son soutien au peuple palestinien. Si nous restons sur cette lancée, le risque est une multiplication des censures des artistes tenant des discours engagés dans n’importe quelle cause, cela est contraire à la liberté d’expression et contrevient, au-delà de l’aspect culturel, à la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen qui, dans son article 11, affirme : « La libre communication des pensées et des opinions est un des droits les plus précieux de l'homme : tout citoyen peut donc parler, écrire, imprimer librement, sauf à répondre de l'abus de cette liberté dans les cas déterminés par la loi.