Paolo Perrone : L'Homme de l'Ombre Derrière le Volley Français

Dans le monde du volley-ball de haut niveau, les projecteurs sont souvent braqués sur les athlètes qui réalisent des prouesses sur le terrain. Cependant, derrière chaque équipe performante, il existe des figures discrètes mais essentielles, dont le travail acharné et l'expertise contribuent de manière significative au succès collectif. Parmi ces artisans de l'ombre, les statisticiens, ou « scouts », occupent une place de choix. L'un d'eux, Paolo Perrone, joue un rôle crucial au sein de l'équipe de France.

Jamais très loin des Bleus, dans le sillage de leurs entraîneurs, on les repère à leur teint pâle et leurs cernes de plus en plus marqués à mesure de l'avancement de la compétition. Hommes de l'ombre et de la nuit, les statisticiens ont une vie à part, se nourrissant de ce qui leur passe sous la main, ne dormant que quelques heures par nuit.

Ce jour-là, au terme d'un entraînement à Varna (Bulgarie), Paolo Perrone, un épais roman à la main, ne peut réprimer un bâillement. Il n'aura sans doute pas terminé son bouquin avant samedi, jour de clôture de l'Euro, se contentant d'en parcourir quelques pages lors de rares moments de transition.

Statistiques de volleyball | Comment lire un compte rendu de match ?

Le Quotidien Intense d'un Statisticien

Valentin Routeau, 28 ans, complice de Perrone auprès de l'équipe de France depuis l'Euro 2021, adjoint de Rubinho à Saint-Nazaire durant le reste de l'année, décrit son quotidien : « Le matin, on a les matches de la veille à finir, ensuite on va à la salle voir les suivants en temps réel, qu'on corrige le soir en rentrant, avec la vidéo. La première partie de la compétition est la plus dure car il y a tous les groupes, plus d'adversaires potentiels et donc plus de travail. C'est assez intense, mais c'est un bonheur au quotidien. Même si on ne voit pas beaucoup les joueurs, on a un échange privilégié avec le staff, ça vaut tout l'or du monde. Mais si tu n'es pas passionné c'est difficile. »

Impensable aujourd'hui de faire sans cette spécialité italienne que sont les datas. La Pologne et les États-Unis ont créé leur propre logiciel, la France s'est adjoint un programme pour comparer les équipes. À l'Euro, de là où ils étaient, les scouts de chaque nation envoyaient les vidéos des matches de leur équipe dans un serveur commun.

Le logiciel permet ensuite d'engranger une quantité considérable de chiffres, chaque équipe créant ses propres filtres, codes dignes d'une clé wifi, pour se focaliser sur ce qui l'intéresse.

Analyse et Stratégie : Le Cœur du Métier

La France d'Andrea Giani se penche particulièrement sur le jeu des passeurs. « On s'intéresse à la zone de travail avec les réceptions parfaites ou positives, quels sont les choix faits à 5-0 ou dans les moments chauds, explique Perrone, 40 ans, homme de chiffres à Milan toute la saison. On va contrôler si ce qu'on dit aux joueurs se vérifie, s'il faut changer quelque chose, surtout que les adversaires nous regardent, s'adaptent. »

Avant, pendant et après les matches, pour analyser son propre camp comme celui d'en face. Confirmer, ou pas, une impression. Parfois en direct pendant la rencontre, Perrone conversant par écrit avec Roberto Ciamarra, adjoint de Giani depuis huit ans et ancien statisticien, muni d'une tablette où il peut consulter les chiffres et les vidéos des dernières actions.

Différentes positions au volley-ball

« On peut aussi dire spontanément qu'un joueur est en train de baisser sur ses qualités de service, pour proposer un changement, complète Routeau. Mais l'entraîneur adjoint choisit de transmettre à Giangio (Giani) ou pas. »

Le staff se confronte ensuite, tard le soir. « Les statistiques sont froides, mais réelles, estime Ciamarra. Ce qui permet de s'échapper du "selon moi", parce qu'à cinq personnes dans le staff, il est rare d'être tous d'accord. On essaie de résumer, notamment parce que nous n'avons pas beaucoup de temps pour discuter, les matches s'enchaînent. Il est très important de tout savoir, mais pas de tout transmettre aux joueurs. Il faut aussi leur faire confiance, spécialement avec cette équipe très créative, leur laisser de la liberté. »

L'essentiel réside dans le tri et l'utilisation des données.

L'Impact sur les Joueurs

Libre aux joueurs de s'y intéresser. « J'ai toujours aimé, confie Benjamin Toniutti, le capitaine des Bleus. Surtout l'analyse, la compréhension de ce que l'équipe met en place contre toi. La stat est importante dans les moments sensibles du match, c'est là que le joueur se raccroche à ce qu'il aime faire. » De là à faire gagner un match ? « Ça peut faire basculer une fin de set sur un détail, faire gagner 25-23 et pas perdre 25-23, mais les stats ne te feront pas gagner un Euro », estime Toniutti. Perrone sourit en entendant la question : « Oui et non, si les joueurs n'appliquent pas la tactique derrière... »

Paolo Perrone : Un Parcours Électrisant

Il a cet accent qui fait le charme italien mais Paolo Perrone s’exprime dans un français quasi-parfait. Avant de devenir statisticien des Bleus, le jeune homme de 26 ans a exercé deux ans dans l’Hexagone. Avec Silvano Prandi, originaire comme lui de Cuneo et coach de Lyon entre 2013 et 2015.

« C’est Fabrice Chalendar, avec qui j’avais travaillé à Lyon, qui m’a dit que Thomas Bortolussi, le statisticien des Bleus, cherchait quelqu’un pour le seconder », raconte le jeune homme, lui-même ancien joueur de volley, à Cuneo, sa ville natale. « A 18 ans, on m’a proposé de devenir entraîneur statisticien pour l’équipe de ma ville natale, puis quand Cuneo a arrêté, Silvano Prandi, avec qui j’avais travaillé, m’a proposé de le rejoindre à Lyon, j’ai fait deux saisons là-bas. »

Il y a une semaine, la France a croisé la Bulgarie du légendaire Prandi. Rebelote contre l’Italie deux jours plus tard, que les Bleus retrouvent ce mardi en quart, pour boucler la phase de poules. "Avec l’Italie, il y a deux joueurs de Milan où je travaille le reste de l’année. Trévor (Clévenot) y joue aussi et le statisticien de l’Italie est un bon ami", souligne le souriant Paolo Perrone.

Ce mardi contre l’Italie, en liaison avec le coach Laurent Tillie et ses adjoints (Cédric Enard et Arnaud Josserand), Paolo Perrone n’aura encore pas une seconde pour souffler. "Je transmets les informations à Cédric et Arnaud. Ils ont la vidéo de l’action sur leurs tablettes avec quelques secondes de décalage. Laurent peut regarder pourquoi ça a marché ou pas. On a beaucoup d’informations mais on doit synthétiser les 2 ou 3 plus importantes. Pour les joueurs, avec le stress et la pression, il faut aller à l’essentiel", glisse celui qui, une fois à l’hôtel, se repasse le match pour affiner ses analyses.

Paolo Perrone a une formation… d’électricien. "J’ai fait le centre de formation de Cunéo. J’ai débuté comme passeur mais le filet est devenu trop haut alors je suis passé libéro ! (rires.) Je parvenais à bien analyser les situations en match alors le club m’a embauché comme entraîneur-statisticien. Le statisticien de l’équipe première a commencé à me former. Malheureusement, le club s’est arrêté et je suis parti à Lyon avec Silvano. C’est comme ça que j’ai fait connu Thomas Bortolussi, le statisticien de l’équipe de France. Il m’avait proposé de le rejoindre pour une pige lors du Tournoi de qualification olympique de Berlin (en janvier 2016). Quand Thomas a arrêté avec la France en 2017, Laurent m’a proposé de le remplacer." Il n’a pas hésité.

« C’est comme ça que la connexion franco-italienne s’est faite et la raison pour laquelle on retrouve Paolo Perrone au poste de scout des Bleus, lui qui officiera par ailleurs après l’été 2017 aux côtés d’Andrea Giani à Milan.

Avec les Bleus ou Milan, Paolo Perrone est un technicien choyé. Ce n’est pas toujours le cas. "Certains clubs ne mettent pas beaucoup d’argent sur le statisticien. Ils prennent des personnes déjà sur place pour ne pas payer d’appartement. Avec Milan, j’ai eu la chance qu’on vienne me chercher.

Statistiques Clés

Aspect Description
Nom complet Paolo Perrone
Date de naissance 17 mai 1993
Lieu de naissance Cuneo (Italie)
Rôle Statisticien de l'équipe de France de volley-ball
Anciennes expériences Lyon (avec Silvano Prandi), Milan (avec Andrea Giani)

Paolo Perrone note tout à chaque match et à chaque entrainement. "Je regarde tout ce qui se passe sur le terrain, tous les fondamentaux que les joueurs peuvent faire. J'écris les deux équipes qui s'affrontent, le numéro de chaque joueur", explique-t-il avec son accent italien. Un ace au service va tout de suite remplir sa feuille de notes. Un block correspond également à un code. Une passe. Une bonne ou une mauvaise réception. "On va tout écrire en direct et comme ça, on peut voir ce qui se passe sur le terrain."

Au service d'Andrea Giani, le sélectionneur des bleus. Il note chaque geste des Bleus, mais aussi des adversaires. Chaque point, chaque geste est traduit en codes et en pourcentages. Ces chiffres vont traduire en compte rendu les performances des joueurs. Andrea Giani, le sélectionneur italien de l'équipe de France, pourra ainsi vérifier que ses consignes ont bien été appliquées. Ou bien au contraire, que tel ou tel joueur est passé à côté de son match. "On peut voir si un joueur est performant et aussi tous les choix du passeur et comme ça, on peut donner des infos aux joueurs. Cela nous permet de mettre en place des tactiques. Il faut être le plus précis possible."

Durant les rencontres, le natif de Cuneo, l'un des fiefs du volley italien, s'installe en tribune de presse à côté des journalistes. Assis face au match, il tape sur son ordinateur sans regarder le clavier. Comme une dactylo. Tout est précis. Le volley-ball est un sport qui va très vite. Par exemple, le premier match des Bleus au Mondial 2025 aux Philippines s'est soldé par une victoire française trois sets à zéro : 25-12 25-18 25-16. Soit 121 points à analyser en une heure de jeu. Près de deux par minute. À l'inverse, la concentration doit être totale pour une rencontre accrochée en 5 sets et qui va dépasser les 3 heures et demie de jeu. Paolo Perrone n'a pas le temps de souffler.

Lui et ses confrères passent leurs journées à regarder les matchs, "on reste toute notre journée dans la salle !" Ceux de leurs propres équipes. Mais aussi ceux des autres nations qui pourraient devenir un adversaire des bleus durant la suite du tournoi. Lors des Jeux olympiques de Paris 2024, Paolo Perrone quittait le village olympique à 6 heures du matin pour rentrer vers minuit. La phase de groupe a duré une semaine. Et chaque jour, il analysait quatre matchs.

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