Imaginez-vous confortablement installé dans votre canapé, la télécommande à la main, avec une envie soudaine de revivre un match de prestige. Vous allumez votre télévision et commencez à parcourir les plus grandes rencontres, les moments les plus mémorables de votre sport favori. Perspective plutôt agréable, n’est-ce pas ? Avec Prolongation, plongez dans l’univers de ce mordu de la balle orange.
Au moment d’allumer votre écran, imaginez que vous tourniez le dos à Netflix, Disney+, OCS et les autres. Au lieu de cela, une plateforme numérique entièrement dédiée à la NBA, avec des centaines de matches en bonne qualité, catalogués selon les saisons ou même les joueurs, disponibles à portée de télécommande, et surtout, sans même avoir besoin d’une connexion internet.
C’est le projet de Jeff, un passionné de basket-ball et de NBA depuis plusieurs décennies. Ce quarantenaire, infographiste de métier, a créé sa propre plateforme numérique, entièrement dédiée à la balle orange. Plusieurs milliers de matches à disposition !

Une collection impressionnante de cassettes VHS NBA.
La Naissance d'une Passion : La Dream Team de 1992
Et c’est à l’été 1992, du côté de Barcelone où se déroulent les Jeux olympiques, que tout a commencé. Les États-Unis décident d’envoyer aux Jeux olympiques une équipe constituée des plus grandes stars de la NBA : la Dream Team. Jusqu’alors, les Américains se contentaient d’envoyer des sélections de jeunes, lycéens ou universitaires, aux compétitions internationales.
Comme beaucoup d’autres, il est tombé dans la marmite basket en 1992, avec la Dream Team. C’est donc une première dans l’histoire, et pour Jeff, c’est une révélation : « Je suis tombé dedans avec cette équipe. Je ne connaissais pas ce qu’était le basket avant et c’est arrivé par hasard. » Voir Michael Jordan et les autres dominer à ce point leur discipline le fascine à l’époque. « Une claque, complètement hallucinant. » Alors il plonge à pieds joints. « Vraiment quand je tombe dedans, y a tout qui déboule dans le salon du jour au lendemain ! C’est fatal ! », se remémore le quadragénaire.
Dès 1993, Jeff commence à tout enregistrer, la plupart du temps en direct. « C’était automatique. J’avais toujours une cassette sous la main, en train de guetter la moindre image de basket. Canal + diffusait encore en clair pour une seule année, c’était un gros avantage. » Le passionné s’abonne également à Pontel, un service d’envoi hebdomadaire de matches sur K7. Ces cassettes passent de mains en mains, s’échangent et se copient. Chaque match est précieux.
Le monde d’il y a 20 ou 30 ans n’a pas grand chose à voir avec celui d’aujourd’hui et sa profusion d’images. « C’était tellement rare qu’on n’hésitait pas à regarder les matches plusieurs fois.
L'Ère de la VHS : Un Trésor Précieux
Parenthèse pour jeunots : la K7 est l’ancêtre lointain du DVD qui permettait d’enregistrer sur bande magnétique jusqu’à quatre heures de contenu télévisuel, grâce au non moins mythique magnétoscope. Les années passent, Jordan prend sa retraite, le DVD débarque et commence progressivement à supplanter la VHS. Parti à Paris pour ses études, Jeff laisse sa collection chez ses parents tout en continuant de récupérer du contenu. Aux piles de K7 entassées s’ajoutent bientôt celles de DVD, car jusqu’à trois ou quatre disques sont nécessaires pour contenir un seul match.
À 40 ans passés, Jeff est un passionné de basket et de NBA depuis plusieurs décennies. Collectionneur de VHS de rencontres, il a entrepris la numérisation de ses cassettes il y a 5 ans.
Mais avec le temps, que faire de tout ça ? « Je n’ai jamais su. Je voulais quand même garder car c’est une part de mon adolescence et j’étais sûr d’avoir des pépites. C’est à la fois un trésor et un fardeau énorme. À chaque déménagement, c’est l’horreur ! Et en couple forcément… J’ai le droit, mais il faut que ça reste discret !
La Numérisation : Un Travail de Titan
Aujourd’hui, il possède une bibliothèque de plusieurs milliers de matches rétro qu’il peut choisir à sa guise sur sa télévision via une box numérique. « C’est un projet que j’ai eu en 2016. C’est une bibliothèque numérique de ma collection de matches de basket, explique Jeff. Plutôt que de laisser ma collection dans des placards, sur des étagères, je vais tout rassembler dans un media center qui sera accessible via une seule boxe branchée à ma télé et j’aurais tout à disponibilité, accessible visuellement à l’écran.
Résultat, près de trois décennies pus tard, Jeff possède une collection riche de plus de 3 000 matches. Si bien que ce n’est pas une, mais bien deux boxes que possède le collectionneur : « Sur une box, on peut placer entre 1000 et 1300 matches environ. Ce sont des matches qui durent en moyenne 2h, 2h30. Comme j’ai environ 3000 matchs, j’ai dû faire deux boxes. Une consacrée à Jordan uniquement (qui compte autour de 1150) et une autre que j’appelle ’Classic ’. L’écran de la box dédiée à Michael Jordan. Magnifique.

Le menu de sélection avec des matches triés par saison.
Pour numériser sa collection, Jeff a abattu un travail monstre. Car passer de la VHS au format numérique est une opération particulièrement chronophage. Alors forcément, le temps consacré est énorme : « Il n’y a pas une semaine où je n’ai pas travaillé dessus depuis 2016, dit-il. Des vignettes au tri, aux données et à la numérisation, pour un match je dirai que c’est entre 2 et 3 heures. La numérisation déjà prend le temps du match lui-même alors ça monte vite.
« C’est assez simple, explique Jeff. La VHS c’est un support obsolète maintenant, très peu de gens ont un magnétoscope et même si c’est le cas on ne peut plus le brancher sur les télévisions modernes. Il fallait donc les moderniser ce qui me donne une fois l’opération faite un fichier mp4. Ce fichier brut, il a des défauts, des bordures ou autres, alors tout ça j’essaie de le gommer. Ce deuxième traitement se fait sur un logiciel de montage. »
Une fois le fichier numérisé et traité, le travail ne s’arrête pas là. Il faut le référencer et créer les visuels appropriés. Un processus minutieux mais indispensable afin de classer ses matches selon la saison, l’équipe ou encore les joueurs, et facilitant la navigation dans la box
Notre homme a beau tenir des listes Excel, il a de plus en plus de mal à y voir clair dans sa collection de… 3 000 à 4 000 matches. Sur la décennie 1990, il dit avoir tous les matches de playoffs, de chaque série. Jordan ? 1 150 matches de lui, dont toutes ses rencontres en playoffs et ses plus grands moments. À une exception sans doute : « Son match où il a porté le numéro 12. Tout le monde le cherche, il est introuvable, sans doute parce qu’il était mal diffusé à l’époque.
La Box NBA : Un Trésor à Portée de Main
Un jour de vacances sans réseau à la campagne, chez son cousin, ce dernier lui lance : « T’as pas un match à nous montrer ? » Négatif, Jeff n’a rien sur lui. C’est le déclic. Il veut tout centraliser pour avoir sa collection en permanence à portée de main. Après une première version, le collectionneur opte pour une « box Himedia », capable d’accueillir un disque de 10 voire 12 To (12 000 Go). En 2016, je décide de centraliser toute ma "collection" de matchs de basket au format digital dans une seule et même box, via un media center, que l'on branche sur sa tv en hdmi. D'abord en prototype, avec un Raspberry Pi, un hub et 3 HDD de 3To chacun, dans une box en bois.
Ce passionné de rétrogaming a fouillé des mois durant dans les forums d’internet pour parfaire son outil. L’infographiste de métier a également soigné l’allure de son interface. Ainsi, il a créé la plupart des vignettes de matches, en inspirant de l’univers des cartes de collection. Il a également cherché un maximum de métadonnées sur chaque rencontre, de sorte d’avoir un minimum de contexte. Autre intérêt, il peut transporter son trésor partout sans avoir besoin d’internet. « Tout est hors ligne. Je ne voulais pas être dépendant d’internet, avoir des temps de chargement, des compressions d’image…, énumère Jeff, qui n’hésite pas à flamber devant son cousin depuis. La plus-value est que la qualité d’image est assez élevée. On mérite mieux qu’une bouillie de pixels imbuvable sur Youtube. Sur sa chaîne, il diffuse toutefois certaines de ses rencontres, tandis qu’il poursuit son travail de numérisation de ses VHS. Toujours en prenant soin des détails : « Je croppe les bandes sur les côtés, je réhausse le contraste, parfois les sons et j’arrive à avoir une qualité honnête.
Jeff a désormais un appareil 100% NBA en main qu’il dit pouvoir dupliquer facilement.

Les informations complètes disponibles pour un match.
Partager sa Passion : Un Projet en Devenir
Un travail de fourmi qui fait de lui aujourd’hui l’unique détenteur de deux boîtiers multimédias sur la NBA. Une possession qui laisse rêveurs tous les fans de la balle orange du monde. Comme il le reconnaît, un brin amusé : « C’est vrai que ça fait rager beaucoup de gens. Conscient qu’il détient entre ses mains une pépite, l’idée n’est pas forcément d’en tirer profit mais de la partager avec le plus grand monde : « C’est un projet purement personnel, je n’ai jamais voulu le vendre. Cette collection est différente d’une de timbres ou de cartes de basket, on ne la voit pas. C’est ce qui me gênait. Pour la montrer le seul moyen que j’ai trouvé c’était en la matérialisant par des images, donc avec une bibliothèque numérique et un media center.
Si la commercialisation n’en est donc pas la finalité première, Jeff avoue pourtant avoir entamé des discussions pour voir ce qui était possible de faire. Mais pour partager son bijou, la route semble encore longue tant les questions sont nombreuses : « Pour commercialiser ça, il faut les droits de la NBA, on ne peut pas faire ce qu’on veut avec cette ligue. Dans la box il y a beaucoup de matches américains diffusés par des chaînes locales et on ne peut pas faire ça sans passer par eux et avoir leur accord. Ça se négocie et pour le moment je n’en suis pas là. C’est pour ça que je suis dans une posture de déjà faire connaître mon projet dans un premier temps. Mais je ne ferme pas du tout la porte à l’idée que ça puisse être commercialisé un jour.
Quid d’une éventuelle commercialisation alors ? « Je laisse la porte ouverte à toutes les opportunité. Aujourd’hui, ce n’est pas du tout à l’ordre du jour. C’est plus un projet de fan, un peu comme une œuvre d’art, un instantané comme ça. En cas de vente, se poserait la difficile question du bon tarif mais également des droits sur ces images captées. « Qui le sait aujourd’hui ? Quels sont les droits TV d’une chaîne enregistrée il y a 35 ans ? C’est délicat… » En attendant, Jeff ne va pas gâcher son plaisir.
Toujours seul possesseur à l’heure actuelle de ce concentré de basket rétro, sa passion a fait de lui un connaisseur hors pair de la NBA des années 90 (et pas que). Avec plusieurs milliers de matches visionnés, il est un témoin privilégié de l’évolution d’un sport qui semble avoir encore gagné en popularité au cours des dernières années. Sans encenser une époque qu’il admet souvent idéalisée et loin de l’adage « c’était mieux avant » son travail a le mérite « de rendre compte de la réalité », comme il le dit.
« On a souvent tendance à avoir un avis un peu biaisé sur le passé mais quand on regarde comme ça les matches on se rend compte qu’il y avait aussi des défauts. Il faut dire aussi que le niveau technique des joueurs est plus poussé maintenant. Avant, ils avaient plus tendance à tenir un rôle spécifique et s’y tenir alors qu’on observe beaucoup plus de polyvalence aujourd’hui.
Mais l’évolution du jeu n’est pas le seul changement constaté au fil des ans par Jeff. La façon de consommer la discipline, et le sport en général, a elle aussi incroyablement évolué. Si aujourd’hui, il est très facile de suivre la NBA, avec un voire plusieurs matches en direct tous les soirs, des émissions quotidiennes et toutes les images diffusées sur les réseaux sociaux, il y a 30 ans, c’était une autre histoire : « on consommait différemment le sport, il y avait un match par semaine et les cassettes permettaient de revoir encore et encore les matches. Aujourd’hui c’est différent on regarde les highlights ou des petits morceaux sur internet mais on ne regarde pas un match en entier plusieurs fois.
Souvenirs de Jeunesse : Les VHS Mythiques des Années 90
Dans la série des souvenirs de jeunesse, j’en appelle à la mémoire auditive des plus vieux des moins jeunes d’entre nous. Dans les années 1990, afin d’avoir notre shot quotidien de NBA, pas de résumés matinaux des matchs sur NBA.com, pas de NBA Extra, pas de Top 10 quotidien, non non, rien de tout ça. La première que j’ai reçu fut le mythique Come Fly with Me de Jordan (par la beauté d'internet et pour votre plus grand bonheur, je vous mets les liens de toutes les vidéos, dispo en ligne). Pour vous situer l’époque, il a encore des cheveux sur la jaquette. Je réalise aujourd’hui que j’ai vu cette cassette pour la première fois en 1993, alors qu’elle date de 1989, c’est dire la vitesse à laquelle l’info circulait à l’époque dans le fin fond des Vosges.
Première impression : déception, le film est en VOST ! Faut savoir qu'à l'époque, on se satisfaisait très bien du doublage, Stalone avait cette voix et Bruce Willis celle-ci, on était très content et on ne savait même pas ce que VOST voulait dire... Avec le recul, c’est ce qui m’a permis d’être aujourd’hui pas trop dégueu en anglais, à force d’écouter et réécouter Michael. Le film nous raconte MJ avant qu’il devienne le gagneur ultime des années 1990.
Deuxième vidéo, celle de Magic Johnson, Always Showtime (1993). C’est un peu l’équivalent pour Magic du film précédent, qui permet de suivre le jeune Earving dans le Michigan et son parcours universitaire, mais surtout les Lakers des années 1980s, et leurs joutes avec les Celtics, puis les Pistons.
Deux autres vidéos complètent la trilogie MJ du début des années 1990s : Jordan’s Playground (1991) et Air Time (1993). Le premier porte est une espèce de fiction avec une rencontre entre un gamin jouant sur son playground et MJ qui nous raconte son approche du jeu, comment il a fait face aux difficultés : le fameux Leroy Smith au lycée, les bastons avec les Pistons, etc. C’est à partir de Air Time que Jordan est enfin sur le toit de la NBA, qui relate la course au titre, notamment de 1992, avec le match à 6 trois points (record de l’époque, mais c’était des plombier) et le coup de coaching de Phil Jackson au Game 6.
Je termine avec un peu de musique. Un must de ces VHS sont les vidéos de clips musicaux sur fond de highlights. Deux me viennent en tête : NBA Superstars 2 (j’imagine qu’il doit bien y avoir un NBA Superstars 1, on me dit oui dans l'oreillette), avec une clip par joueur - Do Wilkins, Drexler, Tim Hardaway et Chris Mullin, Robinson/Ewing/Olajuwon,Barkley, ... ; et NBA Jam Session, qui se focalise plutôt par types de moves - dunks, défense, passes, etc.