La nationalité sportive, bien que distincte de la nationalité administrative, est au cœur des enjeux sportifs internationaux, exacerbant le sentiment national chez les spectateurs. De prime abord, il semblerait naturel d’avoir une équivalence totale entre les deux nationalités, mais ce sont les fédérations internationales qui déterminent les critères d’éligibilité à la représentation au sein de leur sport, en totale indépendance par rapport à la nationalité administrative telle qu’elle est entendue par le Code civil.
En outre, le concept de nationalité sportive varie en fonction des fédérations. Il est possible pour des étrangers de représenter l’équipe nationale. Or, pour certaines compétitions, les critères diffèrent encore et il ne sera pas tenu compte des règles posées par les fédérations : c’est le cas des Jeux Olympiques.
"Chérif Sadio alerte : vers une indemnité pour le changement de nationalité sportive ? 😱⚽"
La plupart des fédérations internationales interdisent à un sportif plurinational de bénéficier de plusieurs nationalités sportives. Ainsi, il leur est imposé de faire le choix d’une unique nation à représenter. Certaines exceptions peuvent cependant être faites. C’est le cas en football concernant les « nationalités partagées ».
D’après l’Annexe 2 du Commentaire du Règlement du Statut et du Transfert des Joueurs, « au vu de leur nationalité, certains joueurs seraient théoriquement qualifiés pour l’équipe nationale de plusieurs associations ». Ce cas regroupe des pays qui n’auraient pas de nationalité propre, mais qui du fait d’événements historiques, ont acquis celle d’un autre.
Assouplissement des règles pour les joueurs binationaux
Les jeunes binationaux auront désormais plus de facilités pour changer de nationalité sportive, selon les nouvelles règles de la FIFA tout juste approuvées en congrès annuel. La FIFA se veut un peu plus souple avec les binationaux. L'instance a adopté vendredi, à l'occasion de son congrès annuel, de nouvelles règles pour les changements de nationalité sportive.
Elles ciblent les jeunes, qui pourront changer d'équipe nationale, s'ils disposent du passeport adéquat et s'ils n'avaient pas encore participé à une Coupe du monde, un Euro, une Copa America ou une Coupe d'Afrique des nations, entre autres. Un assouplissement des règles sur les conditions d’éligibilité en équipe représentative qui donne une seconde chance aux joueurs binationaux.
Critères spécifiques pour le changement de nationalité sportive
Dans le détail, les nouveaux critères permettant à un joueur de changer de nationalité sportive sont les suivants:
- Avoir moins de 21 ans lors du dernier match disputé avec la précédente équipe nationale;
- Ne pas avoir disputé plus de trois matchs avec l'équipe A de la précédente équipe nationale;
- Que trois ans se soient écoulés depuis le dernier match disputé avec la précédente équipe nationale;
- Ne pas avoir disputé de match de phase finale avec la précédente équipe nationale.
L’idée est de limiter les naturalisations dans le domaine sportif aux seules fins utilitaristes. Première exception, l'article 8 précise ainsi qu'un joueur qui "possède plusieurs nationalités, en reçoit une nouvelle ou est autorisé à jouer pour plusieurs équipes représentatives en raison de sa nationalité", peut alors obtenir le droit de jouer en match international pour une autre équipe nationale mais seulement "une seule fois".
Pour cela le joueur devra remplir plusieurs critères :
- le joueur n’a pas encore disputé de match international « A » dans le cadre d’une compétition officielle pour l'équipe nationale dont il relève jusqu’au moment de la demande, "et il était déjà au bénéfice de la nationalité qu’il souhaite désormais représenter, au moment de sa première entrée en jeu (intégrale ou partielle) dans un match international d’une compétition officielle" ;
- il ne pourra pas jouer avec sa nouvelle équipe nationale "dans toute compétition à laquelle il a déjà participé" avec son ancienne équipe.
La seconde exception, concerne un joueur qui aurait perdu la nationalité de sa première équipe nationale "sans son consentement ou contre sa volonté en raison d’une décision gouvernementale". Les mêmes conditions sont applicables dans le cas où un joueur souhaiterait obtenir une nouvelle nationalité.
L'Annexe 2 du Commentaire du Règlement du Statut et du Transfert des Joueurs précise que "au vu de leur nationalité, certains joueurs seraient théoriquement qualifiés pour l’équipe nationale de plusieurs associations". En effet, "certains pays n’ont pas de nationalité propre mais ont adopté celle d’un autre pays pour des raisons historiques. Les cas visés sont au nombre de six. Il s’agit des nationalités française, britannique, néerlandaise, chinoise, danoise et de celle des États-Unis d’Amérique.
Une dernière exception concerne les quatre Fédérations britanniques. Celles-ci "ont conclu un accord spécial dans lequel sont stipulées les conditions à remplir pour jouer dans leurs équipes nationales respectives.
Cas de Munir El Haddadi
Cette réforme pourrait profiter à un joueur comme Munir El Haddadi, désireux de jouer la Coupe du monde 2018 avec le Maroc, mais bloqué par son unique apparition avec l'équipe nationale A de l'Espagne en 2014. Vicente del Bosque l'avait fait jouer un match des éliminatoires de l'Euro 2016, ce qui rendait impossible toute possibilité de changement de sélection. N’ayant eu qu’une sélection avec l’équipe A d’Espagne en 2014, il avait entamé une procédure de changement de nationalité sportive. Les règles de l’époque ne lui permettaient pas d’éligible avec le Maroc.
Désormais, meme si un joueur prend part à une rencontre officielle avec l’équipe A d’un pays, il lui ait possible de changer de nationalité sportive. L’amendement offre ainsi la possibilité aux joueurs binationaux qui ont opté pour les sélections d’un de leurs pays de revoir leur décision.
Impact et exemples récents
Opérationnelle depuis le 1er janvier 2025, la plateforme de la FIFA recense à ce jour près de 100 changements de nationalité sportive.

Pays de départ et d'accueil des joueurs
Au niveau des associations quittées, les grands pays formateurs, qui ont connu par le passé une forte immigration, arrivent en tête :
- France (12 départs)
- Pays-Bas (10)
- Angleterre (8)
- Suisse (7)
- Belgique (5)
Quant aux associations qui accueillent le plus de joueurs ayant obtenu un switch cette année, on retrouve :
- Kosovo (5 arrivées)
- Maroc (5 arrivées)
- Venezuela (5 arrivées)
- Cameroun (4 arrivées)

Cas spécifiques
Au Luxembourg, par exemple, le cas de Brian Madjo (16 ans, FC Metz), qui a fait ses classes au Grand-Duché (Mersch, RFCU, CFN Mondercange) et qui a joué durant 3 matches avec les Rout Léiwen avant de tourner le dos et de rejoindre les U17 anglais, a dernièrement fait beaucoup jaser. Surtout, il a fait ressortir la question de l'indemnisation des années de formation.
Dans Le Quotidien du 2 septembre 2025, le DTN de la Fédération luxembourgeoise de football (FLF), Manou Cardoni, assurait qu'une année de formation coûtait «10 000 à 15 000 euros». Faudrait-il faire signer une décharge demandant le remboursement des frais engagés en cas de choix d’une autre fédération à l’issue de la formation ? «On va étudier, bien sûr, les possibilités juridiques. Mais je ne veux rien déclarer comme ça, à chaud.
Implications pour les Comores
Cet amendement de la FIFA concerne évidemment les sélections «A». Pour le cas des Comores, aucun joueur binational n’a encore joué pour une autre sélection «A». La plupart de nos joueurs binationaux sont des franco-comoriens évoluant dans les équipe jeunes de France. À l’exemple des jeunes pépites Zaydou Youssouf (21 ans), Myziane Maolida (21 ans) ou de Naouir Ahamada (18 ans).
Wesley Saïd (38 sélections dont 1 en Espoirs) n’est cependant pas concerné. À 25 ans avec des maigres espoirs d’être convoqué en Equipe de France «A», il peut sans difficulté opter pour les Comores ou Maurice, ces deux autres pays. Sa dernière sélection avec la France (Espoirs) date du 10 novembre 2016.
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