L'orgue, instrument majestueux et polyvalent, a marqué l'histoire de la musique, du sport et de la tradition. De l'église à la patinoire, en passant par les stades de baseball, l'orgue a su s'adapter et se réinventer, témoignant de sa richesse et de son potentiel expressif.

Grand orgue de l'église Saint-Eustache à Paris.
L'Orgue de Lunéville: Un Trésor Unique
La ville de Lunéville, en Meurthe-et-Moselle, possède un orgue unique au monde grâce au roi Stanislas Leszczynski. C'est le seul instrument du genre à tuyaux cachés.
L'orgue de Lunéville a fêté en même temps les 250 ans de la réunion de la Lorraine à la France et la mort de Stanislas Leszczynski, roi de Pologne et dernier duc de Lorraine.
Le monarque fit édifier l'instrument à l'entrée de l'Eglise St Jacques en 1747. Un orgue unique en son genre puisque c'est le seul au monde qui ne dévoile pas ses tuyaux.
En 1751, toute l'église Saint Jacques de Lunéville retentit pour la première fois des harmoniques majestueuses de ses grandes orgues. Pour réaliser cette scénographie digne d'un opéra, Emmanuel Héré conçoit une véritable oeuvre d'architecture et pas seulement une boiserie destinée à enfermer une mécanique et des 3800 tuyaux.

L'orgue de l'église Saint-Jacques à Lunéville.
Stras'Orgues: Un Festival pour Promouvoir l'Orgue
La soirée d’ouverture a eu lieu mardi soir dans la cathédrale. Mais c’est ce mercredi que la programmation de Stras’Orgues, nouveau festival des orgues de Strasbourg, rentre dans le vif du sujet.
Un petit-déjeuner en l’église Saint-Paul a ainsi lancé la deuxième (des six) journée(s) du rendez-vous musical bien décidé à s’implanter.
C’est que Stras’Orgues ne vise rien de moins que de « faire connaître cet instrument, son répertoire et son univers au plus grand nombre. » Et pas seulement dans les murs des treize édifices retenus. Quitte à mêler, même, sport et gastronomie.
Quelques événements du festival Stras'Orgues
- Des reprises de chansons populaires pour les enfants.
- Une soirée ciné-concert sur du Buster Keaton.
- Plusieurs petits concerts d’orgue en rollers.
La Dynastie Puget: Facteurs d'Orgues de Père en Fils
Aux côtés de Joseph Merklin à Paris, Louis Debierre à Nantes et Théodore Puget à Toulouse, la famille Puget a marqué l'histoire de la facture d'orgues en France. En 120 ans (jusqu’en 1960) les trois générations de Puget construiront près de 350 orgues neufs. Avec les restaurations, relevages et réparations, ils interviendront au total sur 742 instruments.
On trouve leurs instruments dans quarante-quatre départements français, treize orgues rien qu’à Paris. Ils s’exportent en Algérie, Allemagne, Espagne, Italie.
Le patriarche de la maison Puget est un autodidacte, musicien, violoniste, organiste. Esprit curieux, il fut même horloger avant d’apprendre le métier d’organier auprès de Prosper Moitessier. Il s’installa à Toulouse en 1834 pour fonder la Manufacture d’orgues Puget & fils. Le succès arriva vite.
Brillant élève du Conservatoire de Toulouse, Eugène Puget était destiné à une carrière de musicien. Mais après le décès brutal de son frère aîné, Eugène Puget rejoignit l’entreprise familiale. Doué, travailleur passionné, remarquable harmoniste, il laissa deux instruments magnifiques à Toulouse : l’orgue de Notre-Dame du Taur et celui de l’église de la Dalbade.

Orgue Puget de la basilique Notre-Dame de la Daurade à Toulouse.
L’orgue du Taur devint le modèle des réalisations novatrices d’Eugène Puget. À l’époque (1880), cet instrument était le plus révolutionnaire de tout le sud de la France. Avec sa mécanique parfaite et ses sonorités inouïes, c’était le seul orgue toulousain adapté aux exigences musicales de l’époque.
En 1885, le curé de la Dalbade commande un nouvel orgue à Eugène Puget. Il sera terminé en 1888, et c’est le plus grand instrument sorti des ateliers toulousains. Devant plus de mille auditeurs, il fut inauguré par Charles-Marie Widor.
En 1923, le clocher de l’église de la Dalbade, le plus haut de la ville, s’effondra. Les tonnes de briques, de poutres et de métal firent des dégâts humains et matériels considérables. Mais par chance, l’orgue, situé à l’autre extrémité de l’église ne fut pas trop touché.
Plus doué pour le dessin que pour la musique, Jean-Baptiste Puget était chargé des plans et des buffets des instruments. Passionné par les innovations techniques de son temps, il correspondait avec de nombreux scientifiques. Lorsqu’il succéda à son frère Eugène, il fit la promotion du système tubulaire pneumatique des orgues Puget, ce qui propulsa la manufacture sur la scène nationale et internationale. Son chef-d’oeuvre est l’orgue de la cathédrale d’Albi.
Le fils aîné de Jean-Baptiste était musicien comme son oncle Eugène. Il reprit les rênes de la Manufacture en 1922 qui s’éteignit avec lui, en 1960. Père de l’orgue néo-classique, il tenta, comme le voulait l’époque, de « baroquiser » certains instruments.
L'Orgue dans le Sport: Une Tradition Américaine
Aujourd’hui Max Dozolme nous parle de l’orgue et d’un usage original de cet instrument ! Imaginez un match de NBA.
Les Knicks de New York jouent face à leurs rivaux, les Bulls de Chicago. La tension est à son comble, le public est galvanisé par le score très serré entre les deux équipes. Et là, cette musique retentit…
Ces quelques notes sont jouées par un orgue électrique, l’instrument phare des des rencontre de Basket, de Hockey sur Glace ou de Baseball aux Etats-Unis.
Si la pratique est moins commune en France, la plupart des clubs de basketball, de hockey ou de baseball américain ont leur organiste attitré. Placés en hauteurs, à côté des tribunes presse, ils ne ratent pas une miette du match et jouent des petites pièces musicales pendant toute la rencontre.
Parfois ils reprennent même du classique comme ce Liebesfreud de Fritz Kreisler.
Les Chicago Cubs sont le premier club de Baseball a avoir embauché un organiste pour agrémenter leurs matchs joués à domicile. La formule a tellement plu aux autres clubs américains que la pratique s’est généralisée dans tous les clubs à partir des années soixante.
Avec le temps, ces organistes qui supportent leurs équipes lors des matchs à domicile sont devenus des figures importantes ! Il sont parfois plus connus que certains joueurs. C’est le cas d’Eddie Layton qui fut l’organiste du club de baseball les New York Yankees pendant près de quarante ans.
L’orgue électrique peut facilement être branché sur des amplificateurs et avoir une puissance sonore suffisante pour rivaliser avec les bruits du stade ! L’orgue est également un instrument riche en sonorités différentes. C’est un ensemble instrumental à lui tout seul.
L’autre raison qui fait de l’orgue l’instrument dieu du stade, c’est que les organistes sont connus pour être de très bons improvisateurs.
Pour accompagner des matche, il faut justement un sacré sens de l’improvisation car les organistes ne jouent pas que des reprises ou des hymnes de club au début et à la fin des rencontres. Comme des speakers sans paroles, ce sont eux qui rythment les faits de jeux.
Par exemple, ils comblent les temps morts entre deux actions. Avec le temps, les organistes de stade ont même construit leur propre répertoire ! Certaines mélodies sont communes à tous les matchs de baseball, de hockey ou de basket ! C’est le cas de ce petit motif de six notes joué un demi-ton au dessus à chaque fois et de plus en plus vite ! Il aurait été écrit en 1946 par un jeune joueur de baseball Tommy Walker. Son nom ? "Charge", un motif tout simple et tellement populaire qu’on le retrouve aussi dans plusieurs jeux vidéos !

Un organiste de stade lors d'un match de baseball.
Ray Castoldi: L'Organiste Légendaire du Madison Square Garden
Ray Castoldi est un des derniers organistes de la NBA. Présent au Madison Square Garden depuis plus de trente ans, il laissera sa marque dans l’histoire du sport à New York.
La longue tradition des organistes en NBA se perd peu à peu. Aujourd’hui, seules deux franchises en emploient encore un : les Hawks ont Sir Foster, et les Knicks ont Ray Castoldi. Les autres ont été remplacés par un D.J. ou par un ordinateur qui joue des musiques électroniques génériques.
Ray Castoldi, lui, est le joueur d’orgue du Madison Square Garden depuis 1989. Il est là pour les matchs des Knicks mais aussi ceux des Rangers, l’équipe de hockey de la Grosse Pomme. Il a même écrit la chanson Slapshot, jouée depuis 1995 quand les Rangers marquent un but.
Ray Castoldi est le seul à avoir joué pour trois franchises majeurs de New York (Knicks, Rangers, et les Mets en baseball) dans la même saison. Autant dire qu’il est un pilier du sport à New York, comme l’est la salle qu’il connaît par cœur, le Madison Square Garden. « Ce que j’aime avec le MSG, c’est son histoire. Tous les joueurs, les artistes, les comédiens qui sont passés par ici… C’est incroyable de se dire que je fais partie de cette tradition, de quelque chose qui va rester.
Depuis son perchoir, le point culminant du Madison Square Garden, Ray Castoldi a toute la visibilité dont il a besoin pour s’adapter à l’action, pour réagir aux moments forts de son équipe, pour la soutenir dans ses moments faibles. Comme un fan le fait, à vrai dire. « J’adore être dans cette position, voir toute l’énergie qu’il y a dans la salle. J’essaye d’évoquer des émotions chez les gens. Qu’ils ne s’occupent pas de ce qu’il se passe en coulisses, qu’ils entendent la musique et se laissent embarquer. Je suis le plus grand fan depuis mon studio, celui qui a la voix la plus forte.
Peu de gens connaissent son nom, mais tout le monde connaît sa musique. Au milieu des années 1990, il a créé les Jock Jams, une compilation de musiques électroniques et house reconnaissables instantanément par les fans de sports, et notamment de NBA. Ce sont les chansons qu’on entend pendant les temps morts, quand la caméra de la salle s’amuse avec le public, ou avant et après les matchs.
Les résultats des New York Knicks sont en dents de scie depuis 50 ans, mais l’organiste Ray Castoldi est l’élément de la franchise qui, lui, est solide comme un chêne.
L'Orgue: Un Instrument Amplifié pour les Stades
Au départ, tout est une question d’amplification, une question pratique. L’orgue électrique a dans les années 60 de nombreux avantages vis-à-vis du piano. Il est puissant grâce à son amplification incorporée et il peut être facilement raccordé à la sono du stade. Face aux clameurs et au fond sonore constant, il était important que l’instrument puisse être entendu. L’autre atout est la diversité des sonorités produites qui, aujourd’hui, s’est enrichi de quelques synthétiseurs dans le box réservé au musicien.
Placé en hauteur, comme les commentateurs sportifs, l’organiste doit avoir une vision panoramique du stade pour qu’il puisse interagir avec les événements de la rencontre.
L’organiste a un rôle fédérateur, identitaire même. Ce musicien-là n’est pas comparable avec celui qui anime discrètement la vie d'un restaurant en jouant des mélodies en fond sonore. C’est tout le contraire, il doit s’imposer habilement en faisant jeu avec la rencontre qui se déroule en contrebas des gradins.
C’est pour cette raison, que certains d’entre eux détiennent une forte popularité en devenant des « supporters et animateurs attitrés » de grandes équipes, et ce, durant des années.
Le musicien correctement équipé se suffit à lui-même. Sa qualité première est d’être prompt à réagir en fonction du déroulement de la rencontre.
Par conséquent, il doit être un bon improvisateur en ayant toujours un œil sur le stade ou la patinoire pour voir ce qui se déroule. Lors du lancement d’un morceau, il existe que rarement de fin programmée. L’organiste doit apprendre à rebondir tout de suite. L’interaction avec le match est totale.
Cette discipline atypique et exigeante explique que tous les musiciens ne sont pas nécessairement « taillés » pour y parvenir. La plupart des organistes se forment sur le tas et ils doivent impérativement rythmer les faits de jeux, notamment lors des temps morts.
La qualité première de ces musiciens de stade étant de faire preuve d’initiative, il n’est pas rare qu’ils produisent des musiques originales de leur cru. Toutefois, certaines mélodies sont communes à toutes les rencontres, comme ce court motif de quelques notes que le musicien joue un demi-ton au-dessus à chaque reprise et de plus en plus vite ; une idée qui a depuis fait son chemin et que l’on doit, comme par hasard, à un jeune joueur de baseball du nom de Tommy Walker en 1946.