Musique Anti-PSG : Explication du Chant Polémique « Les Rats »

Dans l'univers du football, les chants font partie intégrante de la culture des supporters. Ils nourrissent les rivalités, forgent une identité collective et participent à la ferveur des tribunes. Cependant, certains chants peuvent susciter la controverse, notamment en raison de leur potentiel caractère discriminatoire ou injurieux. C'est le cas du chant « les rats », repris en chœur par une partie du public parisien, et qui s'inscrit dans cette tradition de chambrage à l’encontre du rival marseillais.

Ce chant est un classique, présent dans les travées depuis de nombreuses années. Les quatre vers sont toujours repris avec entrain et enthousiasme par le Parc, sur un air entraînant :

« Dans la boue y’a les rats / Dans les égouts les rats / Ils sont partout les rats / Ce sont les Marseillais ! »

Ce chant, populaire parmi les supporters parisiens et ressortie chaque saison à l’approche des Classiques, suscite la polémique. D’un côté, les Marseillais crient au racisme. De l’autre, les Parisiens plaident volontiers le chambrage à propos de l’hygiène de la ville.

Depuis plusieurs saisons, les instances du football ont durci leur position face aux propos jugés discriminants dans les stades. Insultes, stigmatisations ou références à caractère raciste font l’objet d’une vigilance accrue, avec des procédures codifiées pouvant aller jusqu’à l’interruption d’un match.

C’est précisément ce changement de regard qui place le chant « les rats » sous les projecteurs. Si de nombreux supporters assurent n’y voir qu’une moquerie visant la ville ou le club adverse, d’autres y perçoivent une charge symbolique plus lourde. La polémique naît de ce décalage.

Au fil des saisons, « les rats » est devenu le symbole d’une époque où certaines paroles passaient inaperçues, et symbole, aussi, des difficultés du football à faire évoluer ses codes sans heurter une partie de son public. Plus que son contenu seul, c’est donc la question de son maintien qui interroge aujourd’hui.

Une fois de plus, un chant entonné par les supporters a provoqué une intervention du speaker, une brève interruption du match et, ce faisant, l’ire de Luis Enrique. Un chant qui revient, réglé comme une montre suisse, dès qu’approche un clasico face à Marseille.

Si certains chants sont épinglés pour leurs insultes, grossièretés, leur caractère ouvertement et explicitement raciste, discriminant, homophobe, le vice de celui-ci est un peu plus subtil. Depuis quelques années, d’aucuns soulignent la connotation raciste derrière le mot « rat », aux acceptions pourtant multiples.

La Connotation Raciste du Terme « Rat »

La connotation raciste du terme « rat » n’est pas nouvelle et relève du racisme colonial, particulièrement prégnant au XXe siècle. On parlait alors de « ratons » (jeunes rats), un terme qui vise à animaliser sous forme d’injure les populations colonisées. C’est, aussi, la dénomination sous laquelle les nazis désignaient les populations juives pendant la Seconde Guerre mondiale.

C’est donc en dérivant du terme « ratons » qu’est né celui de « ratonnades », à savoir « une expédition punitive ou brutalités exercées contre des Maghrébins » selon le Petit Robert. Au moment de la guerre d’Algérie, puis des évènements survenus sur le territoire français après l’indépendance algérienne, les ratonnades se sont multipliées au cours des années 1960 à 1980, et l’histoire de la ville de Marseille a été particulièrement marquée par ces phénomènes. D’abord avec la rafle qui s’est déroulée au Vieux-Port les 22, 23 et 24 janvier 1943 par les nazis accompagnés de la police collaborationniste afin de nettoyer les quartiers adjacents avant leur dynamitage en février 1943.

C’est dans ce contexte sociétal, en marge de la rivalité grandissante entre le PSG et l’OM, qu’est né ce qui est désormais connu comme « le chant des rats » lancé depuis la tribune Boulogne.

Selon Sébastien Louis, docteur en histoire contemporaine et spécialiste du supportérisme, le racisme de ce chant ne fait aucun doute : « Le terme “rats” est un des nombreux vocables xénophobes pour désigner les populations maghrébines en France, et évidemment, dans ce chant cette parole est une référence aux Marseillais. Alors il suffit de se souvenir des blagues racistes sur la ville de Marseille, qui est une ville qui connaît et qui a toujours eu de par son histoire une forte population immigrée. Bien sûr, ce terme se réfère à l’idée que les Marseillais ne seraient pas véritablement des Français, mais uniquement des Maghrébins. »

« Rat », « Raton », un mot devenu pour certains une injure raciste Dans l’argot français, le mot « raton », ou jeune rat, s’est mué dès le mitan du XXe siècle en une insulte raciste, dirigée contre les Arabes. C’est de là qu’est né le mot « ratonnade », ces expéditions punitives visant notamment les Arabes de France, particulièrement fréquentes durant la guerre d’Algérie (1954-1962).

Cette interprétation, partielle, rejoint la rivalité PSG-OM en deux points. D’une part, l’histoire douloureuse des ratonnades dans la ville de Marseille, et un épisode particulièrement marquant en 1973 ; d’autre part, les liens évidents avec l’extrême droite patriote d’une partie des anciens ultras du Paris Saint-Germain, logés en tribune Boulogne, jusqu’à la dissolution progressive de ces groupes entre 2006 et 2010.

Jusqu’à la mise en place du plan Leproux à la suite de la mort de Yann Lorence, en marge du Classique du 28 février 2010, les groupes qui peuplaient la tribune Boulogne étaient pour la plupart adeptes d’une idéologie d’extrême droite, comme l’explique Sébastien Louis : « On le voit dès le début des années 1980, plus précisément en 1985, lors d’une interview de quelques membres du Kop de Boulogne lors de PSG-Toulouse par Charles Biétry.

Depuis, les tribunes du Parc des Princes se sont recomposées, à la faveur du plan Leproux et de l’arrivée des Qataris. C’est désormais le Collectif Ultras Paris, posté au sein du virage Auteuil, qui règne en maître sur l’animation du stade depuis le retour des ultras en 2016. Un collectif qui réunit en son sein plusieurs groupes de supporters, rappelle Sébastien Louis. « Le CUP est une émanation plutôt récente, et n’affiche pas véritablement d’idéologie à proprement parler, selon l’auteur d’Ultras, les autres protagonistes du football. Sa population est bien plus représentative de la banlieue parisienne et c’est une identité multiculturelle qui se reflète à Auteuil, qui est l’inverse de celle qui était voulue par Boulogne, c’est-à-dire une identité blanche. » Pour autant, ce sont bien les supporters d’Auteuil qui lancent aujourd’hui ce chant.

Pour Mathéo Moreau, abonné au Parc des Princes et fidèle supporter du PSG, « est-ce que le chant a une histoire raciste ? Oui. Est-ce que le chant, aujourd’hui, est prononcé par des racistes et a une connotation raciste ? Non. Après, est-ce qu’il faut le changer ? Libre interprétation aux gens qui le lancent, c’est-à-dire au CUP, et ils ont manifestement fait le choix que non. »

Une vision que partage Nicolas Hourcade, sociologue et spécialiste du supportérisme : « De manière générale, les ultras cherchent à dénigrer leurs adversaires dans leurs chants ou sur leurs banderoles. Pour les supporters parisiens, traiter les Marseillais de “rats” est un moyen de les discréditer. Cette insulte pouvait aussi avoir une dimension raciste quand elle était utilisée par des supporters du Kop de Boulogne, dont une minorité active était ouvertement nationaliste. En revanche, pour les ultras du virage Auteuil aux origines diverses, il n’y a pas d’intention raciste derrière cette injure. Au stade, l’émotion doit se transmettre avec des engagements forts. Envers notre club, nos joueurs, et l’esprit de ce sport que nous aimons tant. Un droit à l’injure que réclament également les supporters niçois, épinglés à l’occasion du derby face à Marseille en janvier pour une banderole qui a fait scandale.

Pour Mathéo Moreau, élève avocat dans le civil, c’est un chant populaire parmi les supporters parisiens car il est connu de tous et possède un rythme entraînant : « Je pense que c’est un chant entraînant, que tout le stade connaît. Il n’y en a pas beaucoup, trois ou quatre. Le terme “rats”, c’est juste un terme péjoratif. Est-ce raciste ? Peut-être dans son origine, mais plus aujourd’hui quand il est prononcé par les gens qui le prononcent : ce n’est pas pareil s’il est chanté par quatre mecs skinheads de Boulogne ou par tout le stade.

Pour Sébastien Louis, en revanche, « le caractère raciste est nié par les personnes qui le chantent ». L’excuse trouvée pour désigner l’hygiène de la ville resterait même « un cliché véhiculé par l’extrême droite, il est trop facile de s’abriter derrière le fait qu’il s’agisse juste d’un chant partisan alors qu’il y a tout un contexte historique derrière celui-ci ».

Cette signification est pourtant massivement rejetée par les supporters du Paris Saint-Germain. « Après la première polémique concernant ce chant, autour de 2017, j’avais parlé à de nombreux supporters pour essayer d’en chercher l’origine et je n’avais pas pu la retracer avec certitude, retrace un abonné historique du Parc des Princes. L’unanimité en revanche c’est qu’il n’a absolument aucune portée raciste. La boue, les égouts, tout a toujours été présentée comme référant à la crasse et la saleté de Marseille. » Un argument hygiénique déjà mis en avant, même chez les Boulogne Boys, il y a plus de vingt ans.

« Quand il y avait une volonté de chants racistes à Boulogne, c’était assumé ouvertement, poursuit notre supporter. Dans Ô ville lumière, après chasser l’ennemi, ils rajoutaient bougnoules derrière. Or, à ma connaissance, jamais Boulogne n’a revendiqué le racisme sur le chant des rats. »

Surtout, « c’est un chant que j’ai l’impression d’avoir toujours entendu dans les deux virages du Parc », expose Pierre Barthélémy, avocat de l’Association nationale des supporters (ANS) et fan du PSG. « Dans mes souvenirs, il a toujours été chanté par Auteuil, y compris dans les années 1990-2000 avec un antiracisme revendiqué. Il a été repris par le CUP, groupe parmi les plus cosmopolites dans les tribunes en France avec les virages marseillais… Jamais Auteuil ne le chanterait si c’était raciste dans leur esprit. »

Pourtant, c’est bien la connotation raciste qui est avancée par la Ligue de Football Professionnel (LFP) pour épingler ce chant à chaque fois qu’il refait surface au Parc des Princes. La proximité entre « rat » et « ratonnade », et donc la connotation raciste de l’insulte, « en fait un chant qui incite a minima à la haine, voire à la haine raciale », avance-t-on du côté de l’instance. Une position difficile, a priori, à tenir d’un point de vue légal, selon Pierre Barthélémy : « Rat est une injure publique, ça ne fait aucun doute. Mais on ne peut pas caractériser, en droit pénal, le caractère raciste. L’élément moral fait défaut : l’intentionnalité est impossible à prouver ».

Comme à chaque fois qu’un tel événement se produit, il sera traité en commission de discipline à la suite du rapport de match rendu par le délégué. Pour rappel, ce sont les délégués, formés sur ces thématiques, qui identifient les chants problématiques et qui décident, en concertation avec l’arbitre central et au moment où ceux-ci sont entonnés, d’enclencher la procédure qui peut mener à l’interruption de la rencontre.

Chaque club a ensuite un dispositif plus ou moins étoffé pour répondre à ces événements. Au Parc des Princes, le speaker Vincent Royet a adressé deux messages aux supporters, qui ont également été affichés sur les écrans géants du club, pour leur demander de cesser les chants.

Ce dimanche soir, le derby opposant le PSG au Paris FC a été interrompu alors que les supporters en tribune Auteuil donnaient de la voix sur « les rats », un chant emblématique du Parc des Princes. Profondément anti marseillaises, les paroles sont dans le viseur de la Ligue de football professionnel.

Les supporters du Collectif Ultras Paris (CUP) avaient annoncé la couleur avant le Clasico PSG-OM. Avant le coup d’envoi du match, les supporters parisiens n’avaient pas caché qu’ils comptaient réserver un accueil gratiné à Adrien Rabiot, ancien Titi passé sous les couleurs phocéennes l’été dernier.

Au courant des risques liés au retour de Rabiot au Parc des Princes, le Paris Saint-Germain avait anticipé la chose en lançant une campagne « Supporters, supportons », pour inciter son public à ne pas entonner des chants ou déployer des banderoles pouvant provoquer de lourdes sanctions comme l’arrêt du match.

Une campagne de prévention qui n’a servi à rien puisque, comme prévu, les supporters parisiens se sont lâchés sur Adrien Rabiot et sa famille. Cependant, la banderole déployée dans le virage Auteuil a provoqué un tollé XXL. « Loyauté pour les hommes, trahison pour les putes. Telle mère, tel fils. Véro c’est lequel son vrai père ? Déhu, Fiorèse, Cana ou Heinze ? ».

Cette dernière phrase a fortement ému le clan Rabiot qui y a vu une attaque au père du joueur, décédé en 2019. Depuis, Véronique Rabiot et son fils se sont manifestés dans les médias pour demander des sanctions et dénoncer l’attitude du PSG. Le club de la capitale est depuis sous la menace d’une enquête disciplinaire et pourrait devoir se rendre devant la commission de discipline pour s’expliquer.

En attendant de connaître la sanction qui sera prononcée contre les Rouge et Bleu, Le Parisien a pu s’entretenir avec un des supporters parisiens ayant participé à la confection de la banderole.

Après avoir expliqué que le texte a été fait en 20 minutes et que certains participants ont travaillé sur chacune des lettres sans connaître le message final, ce supporter a confirmé que le but était d’atteindre le néo Marseillais, même s’il réfute d’avoir insulté son père décédé.

« Si on lit bien, on n’a pas cité son père. On s’en prend à lui et sa mère. Maintenant, le message n’est pas glorieux dans le fond, mais c’était fait pour l’atteindre, pour choquer. Ensuite, ce dernier a fait savoir qu’aucun représentant du PSG n’était présent lors de la confection de la banderole et que les stadiers présents n’ont prêté aucune attention au contenu des messages qui étaient en train d’être mis en place.

En revanche, il a confirmé que ces mêmes stadiers se sont montrés plus virulents au moment de retirer la banderole quelques instants après son déploiement. « C’était assez tendu ». Une chose est sûre : ce supporter ne regrette pas ce qui a été fait pour accueillir Adrien Rabiot.

D’ailleurs, à l’heure où la famille Rabiot n’a cessé de clamer son ignition dans les médias et après les messages de soutien de l’ensemble du football français, ce supporter estime que toutes ces réactions sont tout simplement une indignation à géométrie variable.

« Les Marseillais essaient de faire monter le truc pour faire du buzz autour de ça. Rabiot fait sa vierge effarouchée, mais il l’a bien cherché après avoir attisé les rancœurs des Parisiens. Je pense qu’il s’en fout, il joue sur ça pour se plaindre. (…) Moi, ce qui me choque, c’est que tout ce pataquès n’a pas été fait quand Bradley Barcola se fait insulter sa mère par les supporters de l’OL ou qu’au Vélodrome à Marseille, on lance des chants contre les supporters parisiens. Ça n’est pas plus ou moins violent que ce qu’on voit dans d’autres stades de Ligue 1 le week-end. Pour moi, il y a deux poids, deux mesures. Même trois ou quatre d’ailleurs.

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