Michel Blanc : Ses Dernières Confidences à Paris Match et l'Hommage à un Grand Acteur

Le monde du cinéma français a été frappé par le deuil avec la disparition de Michel Blanc, survenue dans la nuit du jeudi 3 au vendredi 4 octobre 2024. L'acteur, âgé de 72 ans, aurait été victime d'un choc anaphylactique et d'un malaise cardiaque à l'hôpital. Cette perte soudaine a suscité une vive émotion parmi ses proches et le public français.

Gérard Jugnot, son ami de toujours, a exprimé sa douleur sur Instagram : "Putain Michel... Qu'est-ce que tu nous as fait". Les membres de la troupe du Splendid se sont réunis le 10 octobre à l'église Saint-Eustache, à Paris, pour un dernier hommage, dans une ambiance joyeuse comme le souhaitait sa compagne.

Quelques mois avant sa disparition, le 13 avril 2024, Michel Blanc et ses amis du Splendid se réunissaient pour une séance photo accordée à Paris Match, à l'occasion des 75 ans du magazine. Une occasion rare, puisque la troupe ne s'était pas retrouvée au complet depuis la Cérémonie des César de 2018, où elle avait reçu une statuette d'honneur.

Dans une interview amicale accordée à nos confrères de Paris Match, Michel Blanc évoquait sa relation avec sa troupe, avec laquelle il avait peu à peu pris ses distances. Il parlait du Splendid "comme une famille".

Cette réunion a permis de filmer de longues séquences de ces retrouvailles aussi émouvantes qu'inédites. Michel Blanc, avant dernier arrivé, a rejoint la bande vers 11h30, quelque peu contrarié. Il venait de se faire une entorse du gros orteil sur un tournage et avait du mal à plier le pied. « Ça fait un mal de chien », résume-t-il à ses complices. Pour monter sur la scène du Splendid, il préférera emprunter l’escabeau de notre photographe, pourtant moins stable, plutôt que les marches qui y mènent, afin de ne pas avoir à plier le pied.

Malgré une amitié solide avec sa bande, rencontrée au lycée Louis Pasteur de Neuilly-sur-Seine, il avait été le premier à prendre ses distances... "Je suis allé au bout de ce que je pouvais faire dans la comédie", avait estimé Michel Blanc à propos des derniers Bronzés. Un détachement de l'humour qui lui a d'ailleurs réussi, puisque le thriller L'Exercice de l'État lui a valu un César en 2012.

Malgré l'âge et le temps qui passe, la troupe du Splendid n'a a priori "pas beaucoup évolué" disait-il.

Michel Blanc : Les coulisses de la séance photo et l'ambiance sur le plateau

Ce qui ne l’a pas empêché de jouer le jeu lors de la séance photo qui a duré toute la journée, sur scène en costume, puis bleu de travail, sur les fauteuils rouges de la mythique salle et même dehors, valise à la main quand la bande a refait un tract de 1981 annonçant son déménagement.

Cet orteil endolori n’a surtout pas empiété une seule seconde son sens de l’humour et de la répartie. Quand tout le monde pose, voilà Michel Blanc qui lâche un seul mot, la bonne vanne au bon moment. Lui garde son sérieux, mais pour les autres impossible de ne pas pouffer de rire. Il taquine Christian Clavier en demandant à ce qu’on mette en incruste la tête de Sandrine Rousseau, au-dessus de l’épaule de ce dernier. Pour être à la hauteur de Thierry Lhermitte, il monte sur un cube de 15 cm et fait des saluts princiers. Voilà Christian Clavier qui se retrouve entouré de deux grands. Quelqu’un dans la salle tente de mettre de l’ordre : « On va faire des photos posées et après vous parlerez entre vous ». « De toute façon c’est toujours ce que l’on fait, on ne se voit pas souvent mais qu’est-ce qu’on dit comme conneries », réplique Blanc.

Une fois la séance photo achevée, chacun en a profité pour discuter à deux ou à trois, donner des nouvelles, parler des projets en cours. Michel Blanc et Josiane Balasko n’avaient pas encore quitté leur bleu de travail qu’ils ont longuement échangé tous les deux et se sont embrassés sous l’objectif de notre autre photographe qui immortalisait les coulisses de ce shooting. À 14h30, tout le monde est rhabillé, prêt à retrouver sa vie après cette parenthèse. « Bon les jeunes, les autres aussi, au revoir », lance Michel Blanc. « Salut Mich Mich », lui répond Gérard Jugnot. C’était la dernière réunion du Splendid. Un moment unique et précieux.

Six mois avant sa mort, Michel Blanc avait accordé à Paris Match cette interview, restée inédite.

Les confidences de Michel Blanc à Paris Match

Dans cette interview, Michel Blanc s'est confié sur plusieurs aspects de sa vie et de sa carrière, notamment :

  • Ses sentiments lors de la séance photo avec le Splendid.
  • Son histoire avec la troupe, depuis le lycée Pasteur jusqu'au succès des Bronzés.
  • Son regard sur le succès des Bronzés et son personnage de Jean-Claude Dusse.
  • Son départ du Splendid et son envie d'explorer d'autres registres.
  • Ses relations avec les autres membres du Splendid et l'évolution de leurs opinions politiques.

Voici quelques extraits de cette interview :

Paris Match. Qu’avez-vous ressenti lors de la séance photo avec tous vos complices du Splendid ?

Michel Blanc. On ne se voit pas souvent tous ensemble. Je parle régulièrement avec Josie au téléphone, j’échange avec Gérard et Christian de temps en temps, mais nous voir tous les sept, c’est vraiment rare. Et là, j’ai pu constater qu’il y a un niveau d’imbécillité entre nous qui n’a pas bougé. C’est même triste : côté maturité intellectuelle, nous n’avons pas beaucoup évolué. [Il rit.] Mais, oui, j’étais très heureux d’être là.

Votre histoire avec eux a démarré il y a ­cinquante ans.

Michel Blanc. Ah ça oui ! [Il se marre.] J’étais au lycée ­Pasteur, assis en classe à côté de Gérard. Il voulait déjà être metteur en scène de cinéma, alors il m’a traîné avec lui à la cinémathèque de Chaillot voir des films. Très vite, j’ai compris que je voulais être acteur. On s’est trouvé un terrain commun lui et moi.

Était-ce compliqué d’écrire tous les sept ?

Michel Blanc. Au départ on avait une règle très post-soixante-huitarde : on n’écrivait pas son rôle pour ne pas se “gâter” plus que les autres. Mais, au bout de trois séances, on savait clairement qui allait jouer quoi. C’est comme ça que j’ai inventé Jean-Claude Dusse, que Thierry s’est créé Popeye ou que Marie-Anne s’est projetée dans Gigi.

Comment avez-vous vécu le succès des “Bronzés” ?

Michel Blanc. Le succès, pour moi, c’est Jean-Claude Dusse. Avant ça, j’avais tourné avec Tavernier, Polanski ou Claude Miller, qui m’avait offert mon premier vrai rôle dans “La meilleure façon de marcher”. C’est la première fois qu’un critique citait mon nom de manière agréable. Mais du jour où “Les bronzés” ont eu le succès populaire qu’on sait, le cinéma d’auteur ne m’a plus jamais rien proposé. Jusqu’à ce que Blier me tire par les fesses, si je peux me permettre, pour faire “Tenue de soirée”.

Donc vous étiez prisonnier de Jean-Claude Dusse ?

Michel Blanc. Oui… mais non. Parce que “Tenue de soirée” est finalement arrivé assez vite, six ou sept ans seulement après “Les bronzés”. Là, j’ai un prix à Cannes et on me reconsidère comme un acteur.

C’est aussi cette envie d’autres univers qui vous a fait quitter le Splendid avant “Le père Noël est une ordure” ?

Michel Blanc. J’avais surtout peur de m’ennuyer et d’ennuyer les gens. Et puis, il y a un moment où je me suis dit : “Je suis allé au bout de ce que je pouvais faire dans la comédie.” J’ai eu l’impression que je pouvais être plus facilement à l’aise dans d’autres registres.

Vous aviez retrouvé “Les ­bronzés” en 2006 malgré tout !

Michel Blanc. Et ce n’est pas ce que j’ai fait de mieux ! C’est le film de trop pour moi. Enfin, pour moi en tant que comédien. Parce que ­Christian, par exemple, est extraordinaire dedans. C’est moi qui ne suis pas bon, je l’ai senti en le tournant, je ne croyais plus à Jean-Claude Dusse. Je n’étais pas heureux de ma prestation et je ne suis pas heureux du résultat. Je me trouve artificiel. Je préfère infiniment les deux premiers films.

Comment expliquez-vous le succès à chaque rediffusion des “Bronzés” ?

Michel Blanc. Il est dû à la neige. Tout simplement parce que “Les bronzés” font du ski. Je m’explique : tout le monde - quand on a la chance d’aller au ski - vit les mêmes trucs, les télésièges qui se bloquent, les gens qui tombent, la neige trop poudreuse. On a présenté au public un miroir déformant de sa propre expérience. Et c’est pour ça que ça marche encore. Il retrouve des personnages qu’il connaît et qui sont confrontés aux mêmes aléas que lui.

Aimeriez-vous réécrire avec vos complices du Splendid ?

Michel Blanc. Je ne crois pas qu’on en soit capables. J’avais compris dès le deuxième “Bronzés” qu’on avait donné le meilleur de nous-mêmes. Et que ce qui était fait n’était plus à faire. D’où la catastrophe du troisième film. Le Splendid c’est comme une famille, il y a un moment où il faut en sortir. Ça ne nous empêche pas de nous marrer quand on est ensemble, vous avez pu le constater, et d’avoir certains points communs. Mais écrire de nouveau ensemble… je serais bridé.

Politiquement, la vie a fait que vous n’êtes plus tous du même bord.

Michel Blanc. Thierry et Christian faisaient partie des jeunesses communistes, ils m’y ont même entraîné. Hormis Josie, qui a toujours été engagée à gauche, ça me semble compliqué pour les six autres de nous mettre dans un groupe précis. Moi, je ne suis pas très à droite. Je ne suis pas non plus pour La France insoumise. Josie non plus, cela dit. Mais c’est elle qui allait manifester pour les sans-abri quand des flics devaient les déloger. Christian n’est pas très à gauche. Ça n’empêche pas qu’on se marre ensemble.

Les Dernières Heures de Michel Blanc

Dans la journée du 3 octobre, toutes les craintes de ce perpétuel angoissé se sont concrétisées jusqu'au dénouement tragique, la mort de l'acteur après un choc anaphylactique.

Ce jeudi 3 octobre, le comédien de 72 ans doit se rendre dans un centre médical du XIVe arrondissement pour passer une radio des reins. Rama, sa fiancée qui l’accompagne généralement à tous ses rendez-vous médicaux, n’a pas pu se libérer. Dans le taxi qui le mène de la rue de Turenne au sud de Paris, il éprouve une sensation étrange, comme un gonflement ainsi que des démangeaisons dans le cou. Au praticien qui lui demande comment il se sent, il dit « avoir l’impression de manquer d’oxygène », se plaint de mal respirer, s’auto-diagnostiquant un œdème à la gorge.

C’est à ce moment-là que survient le choc anaphylactique (une réaction allergique) qui se traduit par un œdème de Quincke. Appelé en urgence, les équipes du Samu transfèrent l’acteur à l’hôpital Saint-Antoine où il est admis à 14h35 en réanimation. Rama est informée par les équipes de l’hôpital de la gravité de la situation et fonce à son chevet. Mais, en fin d’après-midi, le cœur de Michel lâche. Un premier infarctus le terrasse, peu avant 20 heures.

Rama prévient Josiane Balasko, sa plus ancienne amie de ce qui vient se produire, qui se charge à son tour d’informer ses complices du Splendid. Quand elle rallume son portable à la fin de la représentation, un sms de cette même Josie l’informe que Michel est décédé. Hagard, Gérard Jugnot poste un message en pleine nuit sur Instagram « Michel, qu’est-ce que tu nous as fait… » Il faudra attendre 8h45 pour que l’attaché de presse du comédien envoie un texto laconique aux médias : « Michel Blanc est décédé.

L'héritage de Michel Blanc

Michel Blanc laisse derrière lui une œuvre riche et variée, marquée par son talent pour la comédie, mais aussi par sa capacité à explorer des rôles plus dramatiques. Son personnage de Jean-Claude Dusse restera à jamais gravé dans la mémoire collective, mais il ne faut pas oublier ses autres performances remarquables, notamment dans Tenue de soirée et L'Exercice de l'État.

Son humour, son intelligence et sa sensibilité manqueront à tous ceux qui l'ont aimé et apprécié.

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Les réactions à la disparition de Michel Blanc

Depuis l'annonce de son décès, de nombreuses personnalités du monde du cinéma ont rendu hommage à Michel Blanc. Parmi elles, Gérard Jugnot, son ami de toujours, a exprimé sa tristesse et son émotion :

"Ça a été un coup de massue. C'est un truc très soudain. Tout allait bien, on s'était vus il n'y a pas longtemps pour la couverture de Paris Match. On avait ri comme des cons, comme d'habitude. On ne se voyait pas souvent, mais à chaque fois qu'on se retrouvait, on reprenait l'histoire là où on l'avait laissée avec beaucoup de drôlerie, de dérision sur nous".

Josiane Balasko, autre membre emblématique du Splendid, a également partagé sa peine :

«Embrassez qui vous voudrez…» Entre Michel Blanc et Josie (Josiane Balasko), une amitié indéfectible. C’est elle qui transmettra la triste nouvelle aux autres membres du Splendid.

Michel Blanc et le Splendid : Une histoire d'amitié et de succès

Michel Blanc était très proche de trois membres du Splendid :

"Je parle régulièrement avec Josie [Josiane Balasko, ndlr] au téléphone, j'échange avec Gérard [Jugnot, ndlr] et Christian [Clavier, ndlr] de temps en temps, mais nous voir tous les sept, c'est vraiment rare", confiait le comédien auprès de nos confrères.

Par la suite, Michel Blanc avait tout de même avoué que leurs liens restaient inchangés, malgré les années qui sont passées. "J'ai pu constater qu'il y a un niveau d'imbécillité entre nous qui n'a pas changé", avait-il ajouté.

Michel Blanc agacé d'être comparé à son personnage dans Les Bronzés ?

S’il n’a pas apprécié son passage dans le troisième opus des Bronzés, Michel Blanc n’avait pourtant, de son vivant, aucun problème avec la saga. Lors d’une interview accordée à Gala, en 2002, l’acteur s’était d’ailleurs épanché au sujet du personnage de Jean-Claude Dusse qu’il a longtemps campé. "Je ne suis là que parce que j’ai été lui. Et je trouve génial que Les Bronzés fassent rire les jeunes aujourd’hui.

Pourtant, si son rôle a marqué le public français, au quotidien, c’était parfois difficile pour Michel Blanc de se libérer de l’image de Jean-Claude Dusse. Au cours de sa carrière, il "[luttait] pour pouvoir faire autre chose", confiait-il. Et lorsqu’il croisait des fans des films, il était constamment confondu avec son personnage. "À l’époque, j’entrais dans un restaurant et on me lançait : 'Alors, t’as une ouverture ?’, etc. C’est charmant une fois, mais quand c’est systématique, c’est insupportable ! ", avait-il ajouté.

Filmographie sélective de Michel Blanc

Année Titre Réalisateur Rôle
1977 Vous n'aurez pas l'Alsace et la Lorraine Coluche Le réceptionniste de l'hôtel
1978 Les Bronzés Patrice Leconte Jean-Claude Dusse
1979 Les Bronzés font du ski Patrice Leconte Jean-Claude Dusse
1986 Tenue de soirée Bertrand Blier Bernard
2006 Les Bronzés 3 : Amis pour la vie Patrice Leconte Jean-Claude Dusse
2011 L'Exercice de l'État Pierre Schoeller Gilles

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