Le volley-ball au Japon est bien plus qu'un simple sport ; c'est une passion nationale qui investit des sommes d'argent colossales et récolte des fruits impressionnants. Classée 7e mondial, la sélection masculine japonaise retrouve le goût des phases finales des grandes compétitions, malgré des difficultés à rivaliser avec le top 5 mondial.
L'équipe de France a affronté une équipe japonaise en pleine progression. Le volley-ball en France n’a pas la même audience que dans d’autres pays du monde. Ainsi, l’évocation du Japon comme prochain adversaire des Bleus ne suscite pas autant de crainte chez nous que s’il s’agissait du Brésil et des Etats-Unis. Question d’habitude.
Le passeur des Bleus, Benjamin Toniutti, a souligné la qualité technique de l'équipe japonaise, sa précision et sa difficulté à être déstabilisée en réception. Laurent Tillie, ancien sélectionneur des Bleus, s'enthousiasme pour cette affiche entre deux équipes partageant les mêmes valeurs, tout en soulignant que le Japon est particulièrement dangereux lorsqu'il n'a rien à perdre.
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Les Progrès Techniques du Japon
Avec une équipe jeune, le Japon a progressé dans bien des domaines, notamment le contre, un secteur de jeu où il manque de centimètres par rapport à la majorité des équipes. Pour compenser ce déficit de gabarits, la sélection nippone a entrepris un travail spécifique sur la technique de contre et la lecture des trajectoires. Le sélectionneur du Japon, Philippe Blain, souligne l'amélioration de l'efficacité au contre, un domaine où l'équipe cherchait à progresser.
"L’un des enseignements des Jeux de Tokyo, c’est qu’on était capables d’avoir une très bonne qualité de service, mais qu’on n’était pas très efficaces, raconte le sélectionneur du Japon Philippe Blain. On avait une très bonne arrière défense mais on manquait d’efficacité au contre. Je dirais qu’on a rejoint le bas du top 8. Maintenant, je sais que si on veut passer le niveau supérieur, il faut qu’on élève notre capacité à contrer, pas juste à ralentir les ballons, mais aussi à marquer des points au contre."
Coïncidence ou pas, le meilleur contreur de la compétition à l’issue de la phase de poules est Japonais: Taishi Onodera, "petit" central de 2,01m. "Ils ont sans doute progressé dans tous les aspects techniques, mais ils s’appuient surtout sur une qualité de service intéressante face aux équipes qui ont une réception un peu moins stable. Ils ont une meilleure lecture, une meilleure agressivité, ils sont beaucoup plus agressifs que ce qu’ils pouvaient être avant", constate Laurent Tillie.

Schéma d'un terrain de volley-ball
Le Retour du Capitaine et l'Importance de la Cohésion
La bonne tenue du contre japonais peut aussi s’expliquer par le retour de leur meilleur joueur (absent lors des deux derniers matches contre la France, en VNL), le réceptionneur-attaquant Yuki Ishikawa, installé depuis plusieurs années en Italie. La présence du capitaine de cette équipe sur le terrain permet de rehausser le niveau de performance au contre.
Le réceptionneur-attaquant a vite retrouvé le rythme et réalisé un bien meilleur match contre Cuba (victoire 3-0). "Il leur donne un peu plus de sécurité, d’assurance. Il leur donne de la confiance et de l’allant. C’est un joueur talentueux. Il a le service, il a l’attaque. Il n’est peut-être pas aussi stable que les Français en réception, mais c’est un excellent joueur", analyse Laurent Tillie.
Les Stars Japonaises et leur Popularité
Ne soyez pas étonnés ce soir si, au détour d’un challenge vidéo, ou d’un "time out", des cris d’hystérie retentissent dans la salle. Encore moins si les caméras s’attardent sur le visage de Yuji Nishida ou Ran Takahashi. Ceci pouvant expliquer cela. Avec le capitaine Yuki Ishikawa, ces deux joueurs stars du Japon sont adulés dans leur pays. Extrêmement sollicités partout où ils se déplacent, les trois stars déchaînent les passions de leurs groupies, en majorité de sexe féminin.
"95% du public au Japon, ce sont des femmes ou des jeunes filles, c’est vrai que ça fait un peu boys band, sourit Philippe Blain. J’ai mis du temps à comprendre, mais quand on faisait un challenge, tout le monde regardait les écrans, et je ne comprenais pas pourquoi tout à coup les gens se mettaient à crier. On pensait que c’était la vidéo pour le challenge qui suscitait cette réaction, mais en fait, ils montraient le visage de Nishida ou celui d’Ishikawa, c’est amusant."
Le phénomène est tel que les joueurs se voient offrir des cadeaux comme on fait don d’une offrande à une divinité. Une forme de vénération pour des joueurs que les Japonais idolâtrent. "C’est assez extrême, à la limite du fanatisme", nous a-t-on confié. Ce qui se vérifie sur les réseaux sociaux ou les trois battent des records de popularité. Yuji Nishida (941.000) et Yuki Ishikawa (775.000) revendiquent deux fois plus d’abonnés sur Instagram que la star des Bleus Earvin Ngapeth (419.000). Ran Takahashi fait encore plus fort et dépasse le million d’abonnés (1,1M) !
Yuji Nishida : Un Attaquant Hors Norme
Les Bleus auront du boulot ce soir pour freiner le fer de lance de l’attaque japonaise, le petit pointu Yuji Nishida, qui semble jaillir d’un manga quand il explose à l’attaque. Un joueur hors norme et atypique à plus d’un titre. Sa taille - il mesure 1,87m - est loin de constituer une anomalie au Japon. Mais au très haut niveau, là où les spécialistes du poste culminent généralement à plus de 2m, les équipes ne font pas trop confiance à ce type de gabarit. Sauf que Yuji Nishida n’est pas tout à fait un joueur comme les autres.
"L’entraîneur qui aurait dit, avec la détente qu’il a, et la puissance qui est la sienne, tu n’y arriveras pas, il aurait pris un gros risque quand même, parie Philippe Blain. Il a une puissance au niveau de son swing qui est assez exceptionnelle, c’est un joueur spectaculaire." Le gaucher bondissant associe des qualités naturelles de saut à une grande puissance de frappe qui en font d’ores et déjà l’un des meilleurs attaquants de la planète, bien qu’il soit perfectible.
Façonné par la culture japonaise du travail, qui veut qu’un joueur s’entraîne cinq heures par jour, sept jours sur sept, tout au long de l’année, Nishida a développé d’autres qualités d’ouverture. Et ce n’est pas un hasard s’il a pris la direction de Vibo Valentia, en Italie, l’année dernière, sur les conseils de son sélectionneur.
Philippe Blain voulait le voir se confronter à des équipes extrêmement bien organisées: "En tant que pointu quand tu veux jouer au plus haut niveau, il faut apprendre à gérer le contre adverse dans des situations minimales, frapper haut, frapper la ligne, faire block out. Le championnat italien est un endroit parfait, ça l’a poussé." Si sa première saison n’a peut-être pas été aussi bonne qu’espérée, parce qu’il est arrivé blessé et a connu une autre blessure, Nishida a aussi connu des moments très hauts, avec des matches à plus de 30 points marqués.
L'Influence Croissante des Entraîneurs Français
Le Japon n’avait jamais fait confiance à un entraîneur étranger avant lui. Philippe Blain dirige la sélection du Japon depuis un an, après avoir débuté comme adjoint, en 2017. A la tête de l’équipe de France, qu’il a guidée sur les podiums internationaux (bronze au Mondial 2002, argent aux Euros 2003 et 2009), pendant onze ans, Blain est devenu un pionnier dans l’archipel.
Il a depuis été rejoint par un autre Français, Bruno Chateau. Investi sur la partie entraînement, Bruno Chateau est recruté dans cette optique par Philippe Blain, pour sa capacité à frapper des ballons, une caractéristique obligatoire pour faire travailler les joueurs.
Petit à petit, le volley japonais semble vouloir emprunter ce chemin, même si, au pays du Soleil-levant, le changement prend du temps. Ancré dans ses traditions, le Japon fut longtemps réticent à s’ouvrir aux autres, préférant vivre en vase clos. Philippe Blain et Laurent Tillie, chacun à leur niveau, œuvrent pour abattre ces barrières culturelles.
Les Défis de la Formation au Japon
Malheureusement, la formation au Japon est ainsi faite qu’elle n’aide pas forcément les plus grands à se développer. Les universités ont un énorme pouvoir sur la formation et le développement des joueurs. Les meilleurs joueurs du monde jouent déjà chez les pros à 17-18 ans, à un âge où les Japonais, eux, végètent encore dans le championnat universitaire, dont ils ne sortent qu'à 22 ou 23 ans, à l'issue de leur cursus.
"Le joueur évolue et avance s'il est confronté à meilleur que lui. C’est le concept que j’ai mis en place l’an dernier, et pour lequel je me suis fait taper sur les doigts, explique Laurent Tillie. On essaie d’accélérer mais c’est très politique, très hiérarchisé. Il est très compliqué de faire bouger les lignes." Et les difficultés ne s’arrêtent pas à l’université, tant s’en faut. Certains optent très tôt pour une carrière de joueur professionnel, mais la très grande majorité des joueurs intègrent des grandes entreprises, qu’il est souvent difficile de quitter, parfois même pour rejoindre la sélection.
"Même pour recruter d’un club à un autre club, il faut l’autorisation de l’entreprise. Panasonic demande à Toyota l’autorisation de libérer tel employé, mais s’ils ne veulent pas, on ne peut pas recruter, ou alors des conditions financières peu avantageuses, donc c’est très compliqué. Les joueurs changent très peu de clubs, mais ça commence à bouger un peu car ils veulent être professionnels.
Le Système 5-1 : Un Passeur Pénétrant
Dans le système 5-1, un seul passeur orchestre le jeu, peu importe sa position sur le terrain. Lorsque le passeur est en arrière, il y a quatre attaquants potentiels, d’où le nom 5-1. Ce système exige une grande coordination et une compréhension claire des rôles de chaque joueur. Chaque position et rotation a ses spécificités, et la maîtrise de ces mouvements est essentielle pour le succès de l’équipe.
Voici les différentes positions du passeur dans un système 5-1 :
- Position 1 (P1): Le passeur est au fond à droite et doit se préparer à courir vers le filet pour une passe dès que le ballon est servi.
- Position 6 (P6): Le passeur est au milieu du fond du terrain, prêt à courir vers le filet pour la passe.
- Position 5 (P5): Le passeur est au fond à gauche, se préparant à pénétrer pour la passe.
- Position 4 (P4): Le passeur se trouve devant à gauche.
- Position 3 (P3): Le passeur est maintenant devant au milieu.
- Position 2 (P2): Le passeur est en place.
Laurent Tillie, Nouveau Sélectionneur du Japon
Un nouveau défi pour Laurent Tillie. Et de taille, pour l'ex patron à succès des Bleus. Ce lundi, il a officiellement signé un contrat de quatre ans avec la Fédération japonaise pour devenir le nouveau sélectionneur de l'équipe nationale. L'objectif assigné est clair : un podium aux Jeux Olympiques de Los Angeles, en 2028.
« Le challenge proposé est vraiment intéressant et motivant, confie Tillie (60 ans), qui deviendra donc le deuxième entraîneur étranger de la sélection nippone après Philippe Blain (2017-2024), auquel, petit clin d'oeil du destin, il avait déjà succédé au chevet des Bleus en 2012. Les Japonais sont restés marqués par la déception vécue aux Jeux de Paris où ils sont passés tour près d'une qualification en demi-finales contre l'Italie (défaite 17-15 au tie-break, après avoir eu trois balles de matches au troisième set et encore une au cinquième). »
L'une de ses premières missions consistera à tenter de convaincre certains cadres - le passeur Masahiro Sekita, le pointu star Yuji Nishida ou encore le central Kentaro Takahashi - de revenir sur leur décision de prendre leur retraite internationale.
Son aura au Japon, où il a conquis l'or olympique avec les Bleus aux Jeux de Tokyo (2021) et où il entraîne Osaka Bluteon (ex Panasonic Panthers) depuis 2020, devrait l'aider dans sa quête qui débutera dès la fin de saison de la JSV-League que son équipe domine occupe actuellement, avec le titre national dans le viseur.
En revanche, Tillie n'honorera pas sa dernière année de contrat avec son employeur, soucieux de ne pas mélanger les genres. « Je remercie les dirigeants de Panasonic qui ont compris ma démarche et m'ont libéré avec l'appui de la Fédération », glisse le technicien, qui alternera les allers-retours entre l'Europe, où jouent certains des meilleurs joueurs nippons, et Tokyo, où il bénéficiera d'un appartement.
Dès la prochaine Ligue des nations voire au Championnat du monde aux Philippines (12-28 septembre 2025), Tillie croisera évidemment la route des Bleus. Une expérience qui lui rappellera le précédent de l'Euro 2005 où, alors sélectionneur de la Tchéquie de Jiri Novak, il avait affronté la France de Philippe Blain. « Je ne redoute pas ce rendez-vous, assure-t-il. Il y aura de l'émotion, des frissons et de la nostalgie, c'est sûr. On ne se souviendra que des bonnes choses.