Promue cette saison, l’Entente Feignies-Aulnoye traverse une crise de croissance. Son avenir s’inscrit en pointillés après l’annonce du retrait de son président-mécène et l’échec de la fusion avec Maubeuge. Fondé en 2016, l’EFAFC réunit les clubs de deux villes de tailles similaires et distantes de 15 km dans le bassin sambrien : le SC Feignies et l’AS Aulnoye.

Carte de la région de Sambre-Avesnois
A l’époque, les deux équipes évoluent depuis 5 ans dans le même groupe de CFA 2. Cette fusion est l’initiative de la famille Menissez, grands industriels dans la boulangerie de la région. Très vite, le club obtient sa montée en National 2 après être sacré champion de National 3 à l’issue de la saison 2017/2018. La saison suivante, malgré une bataille acharnée pour le maintien, Feignies-Aulnoye redescend.
Parcours et Évolution Sportive
Sous les ordres de Rachid Chihab, le club est classé 3e de son championnat en 2020, un résultat encourageant, lors de la saison “covid”, arrêtée après la 18e journée. Didier Toffolo prend la suite de Chihab, mais sa mission sera de courte durée. Alors qu’il a été engagé en juillet 2020, il est démis de ses fonctions en octobre, avec un bilan insuffisant : 4 points en 5 matchs. Un entraîneur local, qui sort d’une expérience fructueuse à l’IC Croix, vient le remplacer : Jean Antunes, ancien joueur emblématique de Wasquehal.
Pour sa première vraie saison à la tête de l’équipe, Jean Antunes connaît des montagnes russes. Au terme d’une “très bonne saison”, selon les dires de l’entraîneur, le club ne monte pas en N2, alors qu’il a un meilleur bilan que Wasquehal, qui sera promu ! La raison ? Une sanction administrative - l’équipe a aligné un joueur suspendu sur la pelouse de l’Amiens AC. Résultat : défaite sur tapis vert et point de pénalité. “Une grosse déception” pour l’ensemble du groupe, qui avait terminé premier sportivement.
Cette même saison, l’Entente réédite sa performance précédente et termine première de son groupe de National 3. Une place synonyme d’accession en National 2. Devant la DNCG, l’EFAFC se voit infliger un contrôle de la masse salariale pour réaliser son mercato. Rien de grave, c’est une « sanction » propre aux équipes promues. “Les joueurs qui nous ont rejoints ont été bien identifiés”, explique Jean Antunes, satisfait, dans ces conditions, de la gestion de l’intersaison.
De retour en N2, les Nordistes commencent mal le championnat (2 nuls et 5 défaites). Contre Haguenau (journée 3), alors qu’ils mènent 3-1 à la mi-temps chez eux, les locaux subissent une remontada et perdent le match 4-3. Finalement, il faut attendre le 4 novembre et la 8e journée pour assister à la première victoire de la lanterne rouge contre l’Olympique Saint-Quentin (2-1). Après un nul encourageant à Furiani (0-0), les Finésiens se qualifient pour le 8e tour de la Coupe de France en battant une valeureuse équipe de R1, Bondues (1-0). Ensuite, la machine se met en marche : victoire 2-1 en championnat à Colmar à 9 contre 11 (!
Après une défaite sur la plus petite des marges contre Créteil, Feignies passe les fêtes à l’avant-dernière place de son championnat, à 5 petits points du maintien avec deux matchs en retard. Tout reste possible.
Coupe de France : Des Parcours Mémorables
Car la France entière découvre le club de l’Avesnois lors de son 32e de finale au Stade du Hainaut, à Valenciennes, face au Paris Saint-Germain ! A guichets fermés, s’il vous plaît ! “La cerise sur le gâteau” pour le club, évidemment très heureux de ce tirage. Pour lui, deux objectifs : profiter et ne pas prendre de « rouste » en prime time à la télé. Objectif accompli, défaite 3-0, avec les honneurs. “Ils ont eu deux penalties, dont un très sévère. C’était une belle prestation. Ça a donné une très belle image du club et de l’équipe.
L’année suivante, le conte de fées se répète avec, cette fois-ci, une fin plus heureuse. En s’offrant le scalp de Quevilly-Rouen Métropole (Ligue 2), les Finésiens-Aulnésiens ont atteint, pour la première fois de l’histoire du club, les 16es de finale de la coupe de France. Et un nouveau beau parcours en Coupe de France 2022-23, seulement éliminé par Valenciennes au 8e tour à Maubeuge (0-3), à une marche des 32es de finale.
Après un match magnifique d’abnégation et de réussite, les hommes d’Antunes éliminent Quevilly-Rouen (1-0), notamment grâce à un pénalty stoppé par Samuel Atrous ! L’après-match a donné lieu à une grande fête avec l’ensemble des “gens qui œuvrent au quotidien pour le club, qui sont bénévoles pour la plupart”, salue le technicien.
Coupe de France : Entente Feignies-Aulnoye - PSG
Défis et Perspectives d'Avenir
Ce manque de reconnaissance pour ce beau geste illustre les difficultés du club sambrien à exister. Si l’on a vu passer en boucle la panenka ratée d’Antoine Mille (Châteauroux) ou le superbe 3e but du PSG à Revel, celui du milieu offensif de 33 ans n’a pas eu la même audience sur les réseaux sociaux.
Mais ce n’est pas le maintien qui occupe les esprits des joueurs pendant les fêtes, mais bien la perspective d’affronter un club de Ligue 2 en 32e de finale de Coupe de France. Particularité du club, la majorité des joueurs n’habitent pas dans la région de Feignies ou d’Aulnoye. Certains viennent de Lille, d’autres de Valenciennes. Pendant les vacances de Noël, ces incessants trajets ne s’arrêtent pas. “On s’est retrouvé le 27 décembre pour la reprise de l’entraînement. On a fait des séances tous les jours sauf le 31 et le 1er.
En 2019, la création d’une section sport-études à l’Entente attire les jeunes du club voisin. Le sens de l’histoire aurait pu être la création d’un grand club sambrien dans la foulée, afin de rivaliser avec les autres clubs de la métropole lilloise. Mais des querelles politiques et d’égo en ont voulu autrement.
Dans la lignée de cet échec, Laurent Menissez a annoncé tout récemment, dans les colonnes de la Voix du Nord, son intention de démissionner du poste de président et d’arrêter de financer le club à la fin de la saison. En cause, notamment, le fait que Feignies se trouve à cheval “entre le monde professionnel et le monde amateur”, ce qu’il “ne peut pas supporter”. On parle de lui du côté de Valenciennes. Pour les Vert et Bleu, ce serait le plongeon dans le grand inconnu. Son plus gros investisseur parti, reconstituer un budget deviendrait une tâche très ardue.
Pour cette rencontre, le staff espère “limiter la casse et faire durer le match”. En parallèle, Jean Antunes et ses hommes vont batailler le reste de la saison pour obtenir leur maintien en National 2, en évitant si possible le “trou d’air” que les équipes amateurs connaissent souvent après la campagne de coupe de France.
Jean Antunes : Un Entraîneur Passionné
Pur nordiste, Jean Antunes a passé l’entièreté de sa vie non loin de Roubaix, sa ville natale. Une carrière de footballeur professionnel, durant laquelle il a connu l’épopée de Wasquehal de CFA jusqu’en Ligue 2 à la fin des années 1990 et au début des années 2000 (le club du Nord a évolué en D2 et en L2 de 1997 à 2003). Puis, une fois les crampons raccrochés, une carrière d’entraîneur qui décolle à Croix (2012-2019) en CFA2 puis en CFA (N2), et aujourd’hui à Feignies-Aulnoye, qu’il a conduit de N3 en N2 cette saison.
Voici quelques souvenirs marquants de sa carrière :
- Montée en Ligue 2 avec Wasquehal (1996-1997): "On partait avec l’objectif de se stabiliser en National. On s’est pris au jeu et on a réussi à monter en Ligue 2, donc c’est vraiment un bon souvenir."
- Maintien en Ligue 2 avec Wasquehal (saison suivante): "Tout le monde nous voyait dans la charrette, on se sauve au dernier match à Mulhouse."
- Descente en National après 6 ans en Ligue 2: "On l’a senti sur la deuxième partie de saison. A partir de mars, les choses allaient de travers."
- Premier but en Ligue 2 contre Nice: "Une belle frappe de 25 mètres, pas un but de raccroc."
- Expulsion à Gueugnon: "Je prends deux cartons jaunes en faisant deux fautes successives et je suis expulsé au bout de 40 minutes."
- Montée en CFA (National 2) avec Croix (2013-2014): "Alors que nous n’étions pas les favoris. C’était plutôt Sedan ou Poissy qui étaient pressentis, avec des moyens autres que les nôtres. On avait réussi à gagner le championnat, c’est un beau souvenir."
- Deux montées sportives avec Feignies: "En 2022, on ne peut pas monter à cause d’une sanction administrative. On réédite la même saison, l’année dernière, et ce n’est vraiment pas évident."
- 1/8e de finale de la Coupe de France contre Concarneau (2015): "Que l’on perd à la séance de tirs au but chez nous. On joue dix fois ce match, on va le gagner neuf fois. C’est une grosse déception parce que je pense qu’on avait vraiment fait le match qu’il fallait."
- Qualification pour les 16es de finale de la Coupe de France contre QRM: "On sent qu’on est bien dans le match et tout le plan de jeu qu’on avait mis en place a été respecté à la ligne."
Antunes décrit son rôle sur le terrain : "Dès que j’ai commencé le foot, j’aimais bien toucher le ballon, courir, solliciter les partenaires… Donc ce rôle m’allait bien, avec un penchant pour la défense quand même, souvent dans un milieu à deux. J’aimais bien aussi récupérer et redonner le ballon donc ce rôle me convenait et me plaisait en tant que joueur, puis en tant qu’entraîneur."
Il ajoute : "Pour les qualités, c’est l’esprit collectif, même si on sait qu’aujourd’hui on tend plus vers l’individualisme."
En matière de modèles, il cite : "Il y a des coachs qui sont sympas dans leurs principes de jeu et dans leur conception du management et de coaching. Il y a Guardiola, Ancelotti, c’est la classe. Jürgen Klopp à Liverpool, c’est vraiment pas mal du tout."
Selon lui, "C’est plus le collectif qui prime, que des individualités qui en ressortent. J’ai eu un super défenseur à Croix, Yero Dia (2011-2017)."
Sa philosophie de jeu est claire : "On essaye de garder les mêmes principes. Une équipe qui fait du foot, qui sort les ballons, qui essaye de jouer, qui prône la possession et en parallèle le jeu. On se calque par rapport à l’adversaire aussi, parfois."
Jean Antunes est fier d’avoir "été monté en Ligue 2 et d’avoir été professionnel. Je suis fier de mes 200 matchs en pro. Lorsque j’ai commencé le foot, en aucun cas je ne pensais à ça. Quand j’arrive à Wasquehal, on joue en CFA à l’époque. A chaque montée, j’ai su élever mon niveau de jeu, ce n’est pas évident."
Pour lui, le football, c'est avant tout "Passion et respect. A l’époque, on défendait ses couleurs et on pouvait aller boire un verre tous ensemble. Aujourd’hui, ça n’est plus possible."