Le club de football des Chamois Niortais, fondé en 1925, a connu une histoire riche et mouvementée, marquée par des moments de gloire et des périodes difficiles. Alors qu'il allait fêter son centenaire, le club a subi une liquidation judiciaire avant la fin de la saison 2024/2025 et repart à présent de zéro.
Après 100 ans d'existence, c'est un club de football historique, les Chamois Niortais FC, qui a dû mettre la clé sous la porte. Un véritable crève-cœur pour Emmanuel Roux, journaliste au service des sports de France Télévisions, tombé amoureux du club à l'âge de 10 ans.
Cet anniversaire intervient quelques semaines seulement après la disparition du club, à la suite de lourdes difficultés administratives et financières. Actuellement, plus aucune équipe de ce club ne participe à des compétitions. Aucune festivité n’est prévue pour le centenaire du club historique de la Ville. Les supporters du groupe Niort 1925 regrettent que cet anniversaire ne soit pas célébré.
Dans le livre Chamois un jour…, 1925-2025, la légende des Chamois Niortais, coécrit avec le supporter Fabrice Liaigre, Emmanuel Roux rend hommage aux Chamois qui ont bercé son enfance. C'est une façon, même s'il n'y a pas eu d'anniversaire au centenaire, de se souvenir de ce club qui a fait beaucoup pour la renommée de la ville.
Le mot Chamois a été préservé et nous avons maintenant le Chamois Niortais Saint-Flo, le club repart du bas de l'échelle, en régionale 3. Les personnes qui ont précipité ce club dans sa chute sont parties désormais.
En mai 1925, le club a vu le jour sous la houlette de Joseph Boinot, petit-fils de Théophile Boinot, patron d’une chamoiserie et d’une ganterie à Niort. Dans les années 1920, la maison Boinot emploie 1 100 ouvriers et ouvrières et 400 gantiers et gantières à domicile, dans les communes environnantes. La production annuelle, près du quart de la production nationale, atteint 1,8 million de peaux et 1 million de paires de gants. La moitié de la production est exportée.
La dénomination Les Chamois Niortais est en corrélation étroite avec le métier pratiqué par une grande partie des adhérents. Avant tout, équipe de patronage, Les Chamois Niortais disposaient du matériel de l'usine qui les chapeautait.
Une grande partie de l’effectif est composée de chamoiseurs ganteurs. Le club est né, le nom tout trouvé : ce sera les Chamois Niortais. La présidence est alors confiée à un ingénieur chimiste des usines Boinot, Jean Gavaggio. On joue sur le terrain de Genève, quai Métayer.
Pour les personnes qui ne connaissent pas l'histoire économique de Niort, le nom de l'équipe peut paraître un peu étrange. La géographie de la ville n'affiche en effet pas les zones rocheuses, forêts et autres pâturages de montagnes à même d'accueillir des chamois. Il faut ainsi aller chercher ailleurs les origines du club.
Les Chamois niortais sont ainsi fondés en 1925 par Charles Boinot, fils du propriétaire d'une chamoiserie niortaise. Dans cette usine, on pratique le chamoisage, une technique artisanale qui consiste à fabriquer un cuir très souple et de grande qualité, utilisé notamment dans la ganterie. Un cuir qui était autrefois fabriqué à partir de peaux de chamois. Une activité qui va donc ainsi donner son nom à l'équipe de football niortaise.
Les premières années et l'impact de Ferdinand Faczinek
Durant la période d'entre-deux guerres, les Chamois disputeront un championnat départemental, remportant au passage quelques trophées. C'est à l'aube du deuxième conflit mondial, avec l'arrivée de l'ex international tchèque, Ferdinand Faczinek, que le club va prendre une autre dimension. Le technicien impulsera une dynamique compétitive.
En 1939, l'international Faczinek forme et entraîne l'équipe des jeunes durant son court séjour de trois mois à Niort. À son retour, lors de la saison 43-44, le club a su profiter de ses enseignements et enlève, deux années de suite, le championnat des Deux-Sèvres, ce qui lui vaut d'accéder à la nouvelle Division d'Honneur et de disputer la finale du Centre-Ouest de cette catégorie en 1945-1946. L'équipe des Chamois Niortais la remportera la saison suivante. Titres et coupes s'ajouteront.
Après son départ en 1948, les Chamois Niortais vivront une trentaine d'années, le plus souvent dans l'élite du football amateur, au gré des descentes et accessions successives. On peut citer la saison 1945-1946, baptisée l'année des 100 buts (nombre inscrits le long de la saison), avec le 3 janvier 1946 la naissance du premier club de supporters (Allez Chamois).
« Allez Chamois, l'un des plus anciens club des supporters, toutes divisions confondues, voit le jour le 3 janvier 1946. Quelques fervents supporters se réunissent et font de Roger Rougier leur président. "Il faut également rendre hommage au commandant Colomer, Armand Favreau, et « Jojo » Gerbier présents depuis la date de création.
Parcours en Championnat de France Amateur (CFA)
Les Chamois Niortais rejoignent la CFA pour la saison 1948-1949, pour cinq saisons. Parmi les joueurs de l’époque, l’arrière Jean Charraud, née à Brioux, qui restera 23 ans au club (un record). Le club évoluera en DH jusqu’en 1960 où, sous la direction de Nordine Ben Ali, il retrouve le CFA. Une descente est actée en 1969 pour un an seulement. Les Niortais intègrent alors la Division 3, juste créée.
Sur le plan sportif, les Chamois vont naviguer entre la D3 et la D4 entre 1960 et 1984. En 1984, sous la houlette de Gérard Proust, le club termine à la troisième place et remonte en Division 3. La saison suivante (1984-1985), les Chamois Niortais terminent premiers et atteignent la Division 2 pour la première fois de leur histoire, avec Patrick Parizon sur le banc et Pascal Gastien sur le terrain. Grâce à cette promotion, le Chamois Niortais FC devient un club professionnel pour la saison 1985-1986, jusqu’à évoluer en D1 lors de cette fameuse saison 1987-1988.
L'ascension en Division 1 et la saison historique de 1987-1988
Montés de la D4 à la D1 en quatre saisons, les Chamois ont marqué l’histoire au milieu des années 80. Le 23 mai 1987, les Chamois Niortais montaient en 1ère division après une saison exceptionnelle en deuxième division. Une saison 1986-1987 d'anthologie avec 24 victoires pour 3 défaites et 7 matchs nuls. Le principal artisan de cette année victorieuse s'appelle Abedi Pelé.
Il va devenir le joueur emblématique d'une équipe très soudée. La liesse s'empare de la ville mais elle sera de courte durée car le club de Niort ne restera qu'une seule saison en L1, la seule de son histoire. Une année fantastique tout de même dont il reste des souvenirs incroyables. La victoire au Parc. Le retour de Monaco avec 2 000 personnes à l'aérodrome de Souché. La seconde place après un succès à Lille.
Cette saison 1987-1988 restera la seule passée par le club Deux-Sévrien dans l’élite du football national. A Niort, tout le monde se souvient de cette épopée aux côtés de l'élite du football français. Cette aventure sportive au plus haut niveau ne dure malheureusement qu'une saison.
Chamois Niortais - Nîmes Olympique (1-0) - Résumé - (CNFC - NIMES) / 2015-16
Le club connaît ensuite des résultats en dent de scie. Il descend plusieurs fois jusqu'en CFA, l'actuel national 2 et remonte finalement en ligue 2, l'ancienne deuxième division en 2012. Un championnat où les Chamois ont depuis lors retrouvé leurs repères et notamment cette saison marquée par un très bon début des footballeurs niortais.

Des hauts et des bas et la remontée en Ligue 2
Les Chamois retrouvent la D2 pour la saison 1992-1993. Ils vont y rester jusqu’à la saison 2004-2005. En 2008, les Chamois descendent d’un étage, en National, puis de deux, en 2009-2010, et retrouvent le statut semi-pro, une première depuis 1970.
En juin 2009, Pascal Gastien est nommé entraîneur du club pour trois saisons. L’année suivante, c’est le retour en National, puis deux ans plus tard en Ligue 2. Ils redeviennent un club professionnel.
Le club y restera quatorze ans. Il est, à ce jour, celui qui compte le plus de matchs en Ligue 2. Une période où l’attaquant Ande Dona Ndoh va finir meilleur buteur du club avec 63 réalisations.
Les Chamois niortais font un excellent début de saison en ligue 2. L'occasion d'évoquer l'histoire du club de football phare de la ville de Niort.
La descente en National et la liquidation judiciaire
On connaît malheureusement la suite : une descente sportive en National, en 2023, puis une descente en enfer l’année suivante. Les Chamois Niortais, plus grand club du département des Deux-Sèvres n’existe plus depuis le 10 avril dernier.
Ce n’était pas l’anniversaire dont rêvaient tous les amoureux des Chamois Niortais. Alors que le 1er mai le club célèbrera son centenaire, les années glorieuses appartiennent désormais au passé. La faute à un été 2024 qui a vu le club être mis en vente par le propriétaire Mikaël Hanouna, puis descendre administrativement en Régional 3. En cessation de paiements depuis le 1er septembre, l’association des Chamois Niortais a été placée en redressement judiciaire par le tribunal de commerce de Niort le 25 octobre.
Depuis, l’incertitude demeure encore quant à l’avenir de l’association, comme l'a montré la dernière assemblée générale du 18 décembre, en attendant la validation d’une reprise par le tribunal de commerce.
Le Stade René-Gaillard
L'inauguration du Stade de la Venise Verte en 1974, marque un des tournants de l'histoire du club. Rebaptisé plus tard stade René-Gaillard, pour honorer la mémoire de l’ancien maire de Niort, il va être le théâtre de l'ascension des Chamois dans la hiérarchie du ballon rond.
Dans le même temps, le 3 août 1974, le stade de la Venise-Verte, ancien nom du stade René-Gaillard, est inauguré devant 3.000 spectateurs avec la première édition du Tournoi des Préfectures. Puis, les Chamois vont y affronter en amical le Dynamo Kiev.

Hommage aux personnalités du club
Cette histoire a été écrite par des personnalités qui ont marqué le club de leurs empreintes. Ils ont été présidents, entraîneurs, joueurs, bénévoles...
Parmi les figures mythiques du club, Emmanuel Roux s'arrête particulièrement sur un joueur qui a fait toute sa carrière au club, Franck Azzopardi. C'est le joueur emblématique, il a fait toute sa carrière à Niort, plus de 450 matchs et 16 saisons professionnelles, ce sont des choses qu'on ne voit plus dans le football d'aujourd'hui. On a senti que c'était un crève-cœur pour lui, il est resté quasiment jusqu'au bout. Il a dû partir pour des raisons professionnelles du côté de Sochaux.