Un match Rennes - Nantes, c'est toujours spécial. Le FC Nantes et le Stade Rennais forment l’une des rivalités les plus passionnantes du football français contemporain. Les deux clubs de l’Ouest s’affrontent pour la 85e fois de leur histoire demain au Roazhon Park.
Ce dimanche, le Stade Rennais reçoit son grand rival le FC Nantes lors de la 3e journée de Ligue 1. Les Rennais tenteront de rester invaincus à domicile face aux Canaris, une série qui dure depuis 2013. Samedi, Rennes va disputer le premier de ses trois derbies consécutifs, le plus attendu aussi par les supporters rennais.
LES PLUS BEAUX DE L'HISTOIRE DU FC NANTES
Les origines de la rivalité
Si vous interrogez des supporters rennais sur le plus grand rival du club, la majorité d'entre eux vous citera immédiatement le FC Nantes. Côté nantais, si le match face à Bordeaux a longtemps été le derby le plus attendu, Rennes est aujourd'hui le principal rival dans la nouvelle génération de supporters des Canaris. La proximité géographique des deux villes, qui prétendent toutes les deux au titre de capitale de la Bretagne historique, explique en partie l'animosité entre les deux clubs, mais l'histoire footballistique est riche d'enseignements sur l'évolution de l'antagonisme entre Bretons et Ligériens.
Une coexistence fraternelle dans les années 60
Créé en 1943, le FC Nantes atteint l'élite du football français pour la première fois en 1963. "À l'époque, les joueurs nantais et les joueurs rennais se côtoyaient en équipe de France, ou en sélection de jeunes, raconte Matthieu Lecharpentier, archiviste pour le site spécialisé Rouge Memoire. Ils étaient tous potes. Certains m'expliquaient que les Rennais venaient voir les Nantais à Saupin, et inversement ! Mais sur le terrain c'était quand même le derby local, parce que jusqu'à la fin des années 70, les autres clubs bretons ne sont pas performants. Le vrai rendez-vous sportif c'est Rennes-Nantes, mais sans animosité." Avec comme exemple marquant les deux clubs qui célèbrent ensemble dans les locaux de Ouest-France leurs titres glanés en 1965 : le championnat de France pour Nantes, la coupe de France pour Rennes. Impensable aujourd'hui.
Pendant de longues années, la rivalité géographique ne générera pas d'animosité, avec sur le plan sportif un écart très marqué entre les Jaune et Vert qui dominent le football français tandis que les Rouge et Noir font l'ascenseur entre première et deuxième division.

Fin des années 90, début des années 2000 : la rivalité prend de l'ampleur
"Pendant longtemps, le Stade Rennais était considéré comme le petit frère du côté de Nantes, embraye Matthieu Lecharpentier. Ils avaient les titres, un palmarès bien supérieur au nôtre, ça ne se discute pas. Leurs infrastructures étaient bien plus professionnelles, que ce soit le centre d'entraînement de la Jonelière ou la Beaujoire. En plus, ils nous battaient tout le temps chez eux." Un premier fait avait été mal vécu par les supporters nantais et avait commencé à faire vivre l'antagonisme sur les bords de l'Erdre : le transfert d'Olivier Monterrubio de Nantes à Rennes à l'été 2001, alors que les Canaris viennent d'être sacrés champions de France. "Une vraie trahison" témoigne un supporter nantais, qui poursuit : "Je pense que la rivalité est surtout apparue quand Rennes a commencé à devenir meilleur que Nantes, quand nous sommes descendus en Ligue 2... La frustration de n'être qu'un ancien grand club et la jalousie de les voir grandir."
Le transfert de Monterrubio avait en effet été mal perçu des deux côtés au départ se souvient Matthieu Lecharpentier : "Après un triplé contre Monaco, alors qu'il vient célébrer un but devant la tribune Mordelles, il avait été reçu avec quelques doigts d'honneur parce qu'il venait de Nantes." Pour autant, les performances de Monterrubio lui permettront vite de devenir l'un des chouchous de la route de Lorient par la suite.
Le vrai marqueur du renversement du rapport de force, et de la montée de l'animosité côté nantais, Matthieu Lecharpentier le situe au 4 janvier 2006, date de la première victoire rennaise à la Beaujoire depuis 41 ans à l'époque : "On commence à gagner deux saisons de suite à la Beaujoire 2-0, et finalement l'équilibre change. Pendant des années, le derby vu de Nantes ce n'était pas contre Rennes, mais contre Bordeaux. Pour Rennes c'était Nantes, mais pour Nantes, ce n'était pas Rennes, Rennes ça ne voulait rien dire. Là, le rapport de force s'inverse, Nantes commence à arriver dans ses années faibles, avec des saisons en Ligue 2."
Lors de la saison 2006/2007, l'envahissement de terrain des Nantais un soir de match face à Toulouse, qui donnera la victoire aux Violets sur tapis vert alors que le score était de 0-0, prive indirectement le Stade Rennais de la première qualification en Ligue des Champions de son histoire. Si cette mésaventure a été mal vécue dans la capitale bretonne, la volonté de nuire à Rennes de la part des supporters des Canaris est loin d'être évidente puisque le club sera rélégué en Ligue 2 cette saison-là.
Septembre 2013, l'incident
La rivalité entre les deux clubs connaîtra son paroxysme un soir de septembre 2013, lors d'un derby au Roazhon Park, l'année de la remontée de Nantes en Ligue 1 : "Le tifo du Roazhon Celtic Kop avait été massacré par les Nantais dans la nuit précédent le match, raconte Matthieu Lecharpentier. Il y avait une ambiance délétère, une grande tension en dehors du stade. On avait le sentiment que la domination rennaise par rapport à Nantes n'avait finalement peu ou pas été acceptée par les gens de Nantes qui ne l'avaient jamais connue, ce qui fait que la tension est montée rapidement. Les Rennais ont trouvé du répondant dans leur perception de cette concurrence côté nantais. À partir de ce moment-là, la rivalité est montée dans les tours." Certains supporters rennais avaient envahi la pelouse avant le coup d'envoi pour se précipiter vers le parcage nantais. Derrière, les Nantais l'emporteront 3-1, ce qui embrasera encore plus la tension entre les deux clubs, avec des déclarations sulfureuses des joueurs nantais après le match. Au match retour, Rennes gagne 3-0 et Paul-Georges Ntep célèbre son but en faisant le signe "chut" du doigt à la Brigade Loire. L'animosité entre les deux clubs atteint son point culminant.
31 janvier 2020, scénario fou et tension entre les joueurs
Le dernier derby en date devant du public a lui aussi marqué l'histoire de cette rivalité côté rennais. Le 31 janvier 2020, au terme d'un match âpre, engagé, et marqué par plusieurs échauffourées entre joueurs, les Rouge et Noir renversent le match en faisant passer le tableau d'affiche de 1-2 à 3-2 grâce à deux buts marqués à la 95e et 98e minute de la rencontre. Si Ntep et Lucas Deaux avaient par le passé personnifié l'existence de cette rivalité sur le terrain, ce soir-là les comportements de Niang, Raphinha, Lafont ou encore Touré prouvent bien que la tension est passée des tribunes jusqu'au rectangle vert. En sera-t-il de même ce dimanche au Roazhon Park ?
Moments clés de l'histoire du derby
Le derby Nantes-Rennes recèle des moments d’anthologie qui ont façonné cette rivalité sur 75 années d’histoire. Ces rencontres mémorables transcendent le simple résultat sportif pour marquer durablement les mémoires collectives des deux camps.
- Le 3 septembre 1969, Nantes inflige une correction historique 6-1 au Stade Rennais à la Beaujoire, avec notamment un triplé de Philippe Levavasseur pour les Canaris. Ce record d’écart sera dépassé quinze ans plus tard par la victoire 7-0 du FC Nantes en Coupe de France le 21 février 1984.
- Le 5 janvier 2006 constitue le basculement historique de cette rivalité. Étienne Didot et John Utaka offrent au Stade Rennais sa première victoire à la Beaujoire depuis 1965, brisant 41 années de malédiction.
- L’incident de septembre 2013 transforme définitivement la nature de cette confrontation. Le vol d’un tifo rennais par des supporters nantais provoque un envahissement de terrain avant même le coup d’envoi, intensifiant une rivalité jusque-là relativement cordiale.
- Le 6 mars 2016 entre dans la légende moderne avec le triplé foudroyant d’Ousmane Dembélé au Roazhon Park. À 18 ans, le prodige rennais inscrit trois buts en première mi-temps (1ère, 23ème et 45ème minutes), menant son équipe vers une victoire retentissante 4-1.
Analyse statistique des confrontations
L’analyse statistique des 100 confrontations entre Nantes et Rennes révèle une domination nantaise historique. Les Canaris comptabilisent 44 victoires contre 32 succès rennais, complétées par 24 matchs nuls. La répartition par compétition montre que la Ligue 1 constitue le terrain principal de cette rivalité avec 89 rencontres disputées. Ces confrontations s’étalent sur une période de 75 années, de 1950 à 2025, témoignant de la longévité de cette rivalité bretonne.
| Statistique | Nantes | Rennes |
|---|---|---|
| Victoires | 44 | 32 |
| Matchs nuls | 24 | 24 |
| Buts marqués | 142 | 118 |
| Clean sheets | 32 | 27 |
Domination à domicile
Au Stade de la Beaujoire, Nantes exploite remarquablement son avantage du terrain avec 32 victoires en 51 matchs à domicile, contre seulement 9 défaites et 10 matchs nuls face aux Rennais. À Roazhon Park, l’équilibre des forces penche en faveur de Rennes. Les Rouge et Noir affichent 23 victoires contre 12 succès nantais en 49 réceptions des Canaris, complétées par 14 matchs nuls.
La répartition offensive confirme l’impact du facteur terrain sur cette rivalité bretonne. À Nantes, les Canaris marquent en moyenne 1,8 but par match contre 0,9 encaissé.
Évolution récente
Les confrontations récentes modifient partiellement cette tendance historique. Depuis 2020, Rennes affiche un bilan amélioré à domicile avec 3 victoires contre 2 défaites face aux Nantais. La période 2020-2025 révèle un rééquilibrage des forces entre les deux formations. Les confrontations récentes se caractérisent par des écarts de buts plus importants qu’historiquement. La victoire 3-0 du Stade Rennais en octobre 2022 constitue l’une des performances les plus abouties des Rouge et Noir face aux Canaris depuis 2020.
Chiffres offensifs
Les chiffres offensifs du derby breton mettent en évidence la supériorité historique nantaise. Le FC Nantes totalise 142 buts marqués en 100 confrontations contre 118 pour le Stade Rennais, soit une différence de 24 réalisations. La répartition des clean sheets confirme cet avantage nantais avec 32 matchs sans encaisser de but contre 27 pour Rennes.
Du côté nantais, Bernard Blanchet domine ce classement avec 12 réalisations dans le derby, devant Philippe Gondet (8 buts).
Influence tactique
L’évolution tactique influence ces confrontations modernes. Les deux équipes privilégient désormais un jeu plus direct et physique, contrastant avec les approches techniques d’antan.