On a eu beau chercher, hormis une poignée de drapeaux palestiniens accrochés aux fenêtres et le ronron d'un hélicoptère survolant la ville, Udine a vécu un lundi tout ce qu'il y a de plus normal. La cité d'environ 100 000 habitants située à l'extrême nord-est de l'Italie a gardé son rythme habituel de début de semaine, avec les mêmes touristes allemands venus visiter son centre historique, les mêmes habitués sirotant leur café à toute heure, et les mêmes étudiants remplissant les parcs et les pizzerias sur leur temps de midi. On a connu plus agité pour une ville décrite en « alerte maximale » par la presse du pays.
Pourtant, pour comprendre pourquoi toute l'Italie aura les regards rivés sur Udine, il fallait se rendre à quatre kilomètres de la vieille ville, dans le quartier du Bluenergy Stadium, que les gens de là-bas appellent toujours « stade du Frioul ». C'est là que la qualification de la Nazionale pour la prochaine Coupe du monde pourrait se jouer ce mardi soir. Mais c'est surtout là que des incidents sont redoutés, en marge de la manifestation pro-palestinienne organisée pour protester contre la venue de la sélection israélienne. Et les abords de l'enceinte n'annoncent pas un lieu de fête.
Un match classé au risque le plus élevé
Cela fait plusieurs jours que les voitures d'autos-écoles s'exerçant sur les parkings adjacents ont été priées de trouver un nouveau terrain d'entraînement. Aux murs empêchant l'accès au stade se sont ajoutés deux, voire trois rideaux de barrières de plusieurs mètres de haut. La zone est couverte de rubalise et d'obstacles mobiles. Des rues d'accès ont commencé à être fermées. Les carabiniers et autres forces de l'ordre ne donnaient pas envie de s'y attarder, et plusieurs niveaux de barrages, ainsi que des détecteurs de métaux, sont prévus pour ce mardi, bien en amont de l'arrivée au stade.
La rencontre est classée risque 4, soit le niveau le plus élevé. C'est d'ailleurs la raison de sa tenue à Udine, comme il y a un an à pareille époque quand il avait déjà fallu recevoir Israël pour un match de Ligue des nations (4-1, le 14 octobre 2024). On parle d'une ville excentrée, à 20 kilomètres de la frontière slovène, loin d'être un point de passage, et, donc, aux flux de personnes facilement contrôlables puisque au match se juxtaposera en fin d'après-midi une manifestation regroupant environ dix mille personnes qui arpenteront le centre-ville.

Son mot d'ordre est de « montrer à Israël le carton rouge ». Or, la marche, qui partira à 17 h 30, « pourrait se voir infiltrée par une frange violente », redoute le préfet de la ville, Domenico Leone, depuis plusieurs jours. Face aux risques et aux contraintes - interdiction de vendre des boissons en bouteille -, la plupart des commerces ont déjà prévu de fermer à midi.
L'accord de cessez-le-feu signé vendredi matin, assorti de la libération des derniers otages israéliens d'un côté et de près de 2 000 prisonniers palestiniens de l'autre, rend moins pesant le contexte autour de la rencontre. C'est ce qu'espèrent les autorités. Sans certitude. La manifestation qui s'est déroulée en marge du dernier match de la sélection israélienne, à Oslo, face à la Norvège samedi dernier (5-0), n'a pourtant pas connu de débordements. « [Ces libérations] ne mettent pas fin à l'occupation, avait souligné l'une des organisatrices. Ça ne veut pas dire que la Cisjordanie est libre. Ça ne veut pas dire que la Palestine est libre. Nous devons continuer à pousser et à imposer des sanctions à Israël. » Dimanche, une délégation d'Amnesty International Italie s'est présentée devant le stade du Frioul en brandissant une pancarte « Stop au génocide à Gaza ».
Lundi, pendant que les principales chaînes italiennes étaient en édition spéciale pour retransmettre la descente sur le tarmac de l'aéroport de Tel-Aviv d'un Donald Trump triomphant, Gennaro Gattuso tenait sa conférence de presse d'avant match. « C'est merveilleux de voir les images de ces derniers jours, nous sommes tous très heureux, a lancé l'ancien milieu de terrain. Je suis content de voir que la guerre est finie, de voir les gens rentrer chez eux, j'espère que cela durera toujours. Vive la paix. Demain (mardi), nous profiterons du match et nous remercierons ceux qui sont venus au stade, car c'est important pour nous. Je respecte aussi ceux qui seront à l'extérieur. Je suis désolé pour les familles qui voulaient venir pour une journée de fête. »

Ran Ben Shimon, le sélectionneur israélien, a de son côté souhaité dissocier les événements nationaux et la rencontre : « Nous faisons partie du peuple israélien, qui a été très ému ces dernières heures. Mais il faut séparer le football du reste. Nous devons seulement penser au terrain et à apporter de la joie aux nôtres. »
Pour l'ambiance au stade, il faudra repasser. D'une capacité habituelle de 25 000 places, l'enceinte avait été ramenée à 16 000, toujours pour des questions de sécurité. Elle devrait péniblement atteindre les 10 000 spectateurs. Pour faire décoller les ventes de place, le club de l'Udinese, propriétaire du Bluenergy Stadium, est allé jusqu'à se payer une page publicitaire dans le journal local en rameutant les tifosi. Mais, en ville, les seules affiches que l'on trouve pour promouvoir un événement sportif ne concernent pas la rencontre de ce mardi. Elles parlent du « retour du grand rugby », avec le test-match entre l'Italie et l'Australie, prévu le 8 novembre.
L'Italie face à un possible désastre historique
Grande absente en Russie (2018) puis au Qatar (2022), l'Italie, quadruple vainqueur de la compétition et qui a pris part à 18 éditions sur 22 entre 1934 et 2014, va-t-elle devenir la première ? On ne le souhaite pas aux tifosi, qui attendent de vivre, a minima, un match d'un Mondial depuis le 24 juin 2014 et une défaite face à l'Uruguay (0-1) en phase de groupes. Un purgatoire de plus d'une décennie, quand même. Et pour une phase finale, il faut remonter... au 9 juillet 2006. La date vous est évidemment familière, puisqu'il s'agit de la finale remportée face aux Bleus à Berlin. Depuis, le bilan est sans appel : deux éliminations en poules puis deux absences. Et pour 2026, tout reste encore à jouer.
La faute, probablement, à cette défaite cuisante en Norvège (0-3) qui a compromis presque définitivement la première place de son groupe.
POURQUOI les défenses à 3 DOMINENT le football européen 🔍
Après cette débâcle, tout (ou presque) a changé. Le sélectionneur, déjà, avec la nomination de Gennaro Gattuso en lieu et place de Luciano Spalletti, licencié après avoir presque tout raté à la tête de la Nazionale (2023-2025). L'équipe, aussi, avec de nouvelles têtes bienvenues (dont le jeune attaquant Pio Esposito, grand espoir du foot italien) et des buteurs qui performent enfin (Kean, Retegui...) Et le rendement, enfin, puisque Gianluigi Donnarumma et ses coéquipiers sont parvenus à aligner trois victoires consécutives en marquant pas moins de treize buts depuis l'arrivée de "Rino" sur le banc, dont une rocambolesque (5-4) mais vitale face à Israël, contre qui les Azzurri pourraient valider leur ticket pour les barrages ce mardi soir (20h45) à Udine. Oui, pour les "barrages", seulement. Car la Norvège emmenée par Erling Haaland, elle, plane sur groupe I et n'a commis aucun faux pas : 6 victoires, 29 buts marqués et 3 encaissés.
Les Italiens comptent six points de retard sur le leader norvégien (18 pts) qui a certes disputé un match en plus mais dispose d'une différence de buts nettement favorable (+26, contre +7 à l'Italie). Autant dire mission impossible. Même si les quadruples champions du monde devaient réaliser un sans-faute, en remportant leurs trois derniers matches, dont la "finale" du groupe contre la Norvège le 16 novembre à San Siro, ils ne devraient pas décrocher la première place et la qualification directe pour la prochaine Coupe du monde. Et ça, tout le monde en est conscient de l'autre côté des Alpes, à la différence des deux dernières fois. Ce qui peut changer un peu la donne dans la "mentalisation" de la préparation à l'évènement.
"On joue gros ce mardi, car si on gagne, on peut mettre Israël hors de l'équation pour les barrages et bien préparer ces barrages", a estimé Gennaro Gattuso, qui ne se fait plus guère d'illusions et vise désormais ouvertement la deuxième place, synonyme de barrages. Un mot devenu tabou en Italie après les déroutes face à la Suède en 2017 et, surtout, la Macédoine du Nord il y a trois ans. Dans son histoire, la Nazionale n'a finalement passé qu'un barrage sur ses trois disputés : celui de 1997, face à la Russie. Aujourd'hui, la performance n'est plus de gagner un Mondial, mais bien d'y aller.
La pression monte pour la Nazionale
L'ancien technicien de l'OM s'en est aperçu très vite : c'est comme si les fantômes du passé continuaient sans cesse de rôder du côté de Coverciano. Tourmenté, angoissé, paralysé : le groupe italien a beau avoir été renouvelé dans sa totalité depuis le premier fiasco suédois, l'objectif d'aller au Mondial crispe tout le monde. La parenthèse enchantée de l'Euro 2021 n'y aura rien changé. C'est comme si l'Italie devait conjurer le sort une bonne fois pour toutes afin de pouvoir affronter, sans crainte, l'idée de se qualifier pour un Mondial.
"On avait parfois l'impression que le ballon pesait 50 kg", reconnaissait Sandro Tonali la semaine passée au sujet des récentes échéances manquées par son équipe. "Nous prenons du plaisir à l'entraînement, car Gattuso nous fait travailler dur, mais aussi prendre du plaisir, ce qui est important", ajoutait le milieu de terrain, confirmant ainsi un semblant de renouveau depuis le changement de sélectionneur. "Il a redonné de la confiance, de l'estime et de la conviction à cette équipe, écrivait La Gazzetta dello Sport dimanche. L'Italie a son caractère et son cœur." "Nous sommes en train de retrouver une équipe, se félicitait le quotidien Tuttosport. En jouant comme ça, nous pouvons y croire."
Pour son prédécesseur Luciano Spalletti, il n'y a aucun doute : cette fois, c'est promis, tout se passera bien. "La Nazionale ira au Mondial, c'est certain. Les joueurs sont forts et Gattuso a trouvé la bonne ossature. Il a été très bon, il a des solutions. Cette équipe peut devenir forte", a-t-il assuré lors du "Festival du Sport", un évènement organisé par La Gazzetta dello Sport.

Dans la foulée de sa nomination, Gattuso a passé ses semaines à sillonner l'Italie pour aller à l'encontre des clubs de Serie A. Avec un objectif clair : rétablir une connexion solide et installer un vrai dialogue entre les parties. Pour que la sélection (re)devienne une priorité nationale.
Enjeux économiques et sportifs colossaux
"Manquer un nouveau Mondial serait un énorme désastre : politique, sportif, économique. Un grand ménage s'imposerait partout. Cela enverrait le système football en perdition totale. Personne ne serait épargné (...) Rappelons que lors de l'Euro remporté en 2021, le PIB avait augmenté de 0,7%."
En 2018, entre les bonus FIFA ratés, les "malus" prévus par les sponsors et les recettes manquantes liées au tournoi (sponsoring, royalties), l'impact négatif de l'absence au Mondial en Russie avait eu un impact négatif de 31,9 millions d'euros sur le marché italien. Pour celui au Qatar, le chiffre était encore plus élevé : 41,1 millions. Et comme 2026 est l'année où les contrats des sponsors seront renégociés, comme tous les quatre ans, mieux vaut ne pas manquer le voyage vers l'Amérique.
"Plus que tout, nous devons disputer le Mondial, reconnaissait le défenseur Gianluca Mancini lundi. Tous les matches qui arrivent sont des finales." "Cette équipe a des valeurs et une grande marge de progression, prévenait Gattuso lundi. On doit se préparer au mieux pour les échéances à venir (...) Je pense que nous sommes bien lancés dans notre parcours, on s'entraîne bien et les prestations sont intéressantes. Il y a beaucoup de choses positives, nous savons ce que nous devons faire pour la suite."
Sauf faux-pas surprise de la Norvège face à l'Estonie, l'Italie s'apprête donc à disputer deux tours de barrages en mars prochain : une demi-finale à domicile, puis une éventuelle finale sur terrain à déterminer selon un tirage au sort.
Où regarder le match Italie - Israël ?
Le match entre l'Italie et Israël présente plusieurs formats de diffusion et de streaming pour les suiveurs.
- 🇫🇷 France: L’Équipe Live Foot (streaming uniquement)
- 🇮🇹 Italie: Rai 1
- 🇧🇪 Belgique: RTBF
- 🌍 MENA: BeIN Sports MENA 2, BeIN Connect, TOD
- 🇵🇹 Portugal: Sport TV 3
- 🇧🇦 Balkans: Arena Premium 5
- 🇩🇪 Allemagne: DAZN
- 🇵🇱 Pologne: Polsat Sport 3
- 🇷🇴 Roumanie: Digi Sport 3
- 🇳🇱 Pays-Bas: Ziggo Sport 3
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Infos des équipes et effectifs
Italie
La Nazionale devra encore composer avec plusieurs absences de taille. Gianluca Scamacca est déjà forfait, tandis que les ailiers Matteo Politano et Mattia Zaccagni ont dû quitter le rassemblement plus tôt en raison de blessures.
Autre coup dur pour Gennaro Gattuso : Moise Kean, auteur d’un doublé face à Israël le mois dernier, s’est blessé à la cheville lors de la dernière rencontre et manquera le match de mardi.
En défense, le sélectionneur devra également réorganiser sa ligne arrière puisque Alessandro Bastoni est suspendu après une accumulation de cartons jaunes.
| Compétition | Match | Date | Lieu |
|---|---|---|---|
| Qualifications Coupe du Monde 2026 | Italie - Israël | Mardi (20h45) | Bluenergy Stadium, Udine |