Le 1er décembre dernier, un événement sportif s'est transformé en tragédie à Nzérékoré, en Guinée. Un match de football, qui aurait dû être une célébration, s'est soldé par un bilan humain désastreux. Retour sur les faits et les conséquences de ce drame.

Le Contexte du Drame
À Nzérékoré, capitale de la région forestière en Guinée, la finale d’un tournoi de football à la gloire du président putschiste Mamadi Doumbouya a tourné au chaos le 1er décembre dernier. Des milliers de personnes s’étaient rassemblées dans le stade vétuste du 3-Avril pour assister au match entre l’équipe locale et celle de Labé. Lors de l'ouverture de cette compétition, le 16 novembre, de grandes personnalités avaient été dépêchées dans cette région forestière proche du Libera et de la Côte d'Ivoire pour le coup d'envoi. Dimanche, jour de finale, c'est le ministre de l'Agriculture et celui de la Jeunesse et des Sports qui représentaient le chef de l'État. C'est dire qu'il s'agissait d'un événement majeur, et gratuit, pour la jeunesse locale en vue de rallier des futurs suffrages pour la présidentielle à venir.
Selon la presse, il s’agissait d’un tournoi dédié au chef de la junte, le général Mamadi Doumbouya, arrivé au pouvoir par un coup d’Etat, en septembre 2021, et qui s’est depuis investi président. Ce « Tournoi de la refondation » était organisé par le groupe Alliance des jeunes leaders de la forêt. De tels tournois prolifèrent ces dernières semaines en Guinée, dans ce qui est perçu comme étant des soutiens à une éventuelle candidature de M. Doumbouya à la prochaine présidentielle.
Déroulement des Événements
Un rapport indépendant publié révèle que le mouvement de foule ayant eu lieu dans un stade de foot en Guinée, le 1er décembre, « a fait 140 morts, onze personnes disparues, des blessés graves et des dégâts matériels ». Le bilan officiel des autorités faisait état de 56 morts mais était largement contesté par des organisations locales. Au moins 56 personnes ont été tuées dimanche 1er décembre dans le sud-est de la Guinée dans des « bousculades mortelles », à la suite de contestations par les supporteurs de décisions arbitrales lors d’un match de football, a déclaré lundi le gouvernement dans un communiqué.
Il est plus simple de s'entendre sur le déroulé des faits : à la 68e minute, un premier incident marque cette finale. L'arbitre sort le rouge pour un joueur de Labé, ce qui entraîne la protestation de ses équipiers et l'interruption de la rencontre. Une médiation menée notamment par les ministres présents gère la situation : la rencontre reprend, le rouge passant finalement au jaune.
Puis survient la 83e minute : un penalty est sifflé en faveur de Nzérékoré, les adversaires protestent. Les jets de pierre commencent et les forces de l'ordre répondent en aspergeant la foule de gaz lacrymogène. Un vent de panique souffle alors sur ce stade sans aucune norme de sécurité. « C'était sauve qui peut. Les gens ont voulu franchir le grand portail car il n'y a qu'une entrée et il a cédé. Donc après, plein de gens ont essayé de grimper sur les murs, ils sont tombés, les gens se sont bousculés, d'autres ont perdu la vie. Même quand on a voulu exfiltrer les officiels, il y a eu des cas de morts aussi », souligne Konaté.

Le Bilan Humain
Le bilan est terrifiant : 56 morts selon le gouvernement, mais plus de 140 selon le collectif de défenseurs des droits humains de la région. Des médecins ont fait état dimanche de dizaines de morts au moins. Le bilan officiel, annoncé lundi par le gouvernement, s'élevait à 56 morts, alors qu'un média local faisait état d'au moins 280 victimes.
Dès qu'il a pris connaissance des faits, Konaté s'est rendu à l'hôpital où il a assisté à une douloureuse procession de familles en pleurs cherchant les corps de leurs proches. « On m'a fait comprendre quand je suis arrivé dimanche soir qu'ils avaient reçu 130 corps, dit notre confrère guinéen. En plus, il y avait des rumeurs comme quoi le gouvernement envisageait d'enterrer les corps dans des fosses communes. Donc les familles se sont précipitées pour les sortir de l'hôpital. Et certains cherchent (lundi après-midi) encore les leurs... »
Des photos publiées dans le rapport montrent des dizaines de corps sans vie alignés dans ce qui est présenté comme l’hôpital régional de N’Zérékoré où les personnes sans nouvelles de leurs proches se sont pressées.
Tableau Récapitulatif des Pertes Humaines
| Source | Nombre de Morts | Personnes Disparues |
|---|---|---|
| Gouvernement | 56 | Non spécifié |
| Collectif de défenseurs des droits humains | 140+ | 11 |
Le tableau ci-dessus illustre la divergence entre les chiffres officiels et ceux rapportés par les organisations locales, soulignant l'ampleur de la tragédie.
Guinée : drame au cours d'un match de football
Réactions et Conséquences
Six mois plus tard, la gestion de la tragédie par la junte au pouvoir suscite la colère des familles de victimes, qui cherchent à obtenir justice. Six mois après, les 98 plaignants - victimes et familles de victimes - cherchent à obtenir justice.
Le Front national de défense de la Constitution, une des dernières voix dissidentes à pouvoir encore se faire entendre en Guinée, a exprimé dans un communiqué son « indignation » après le drame de N’Zérékoré. Le FNDC parle de « campagne de propagande ». Il « tient Mamadi Doumbouya et son gouvernement (pour) directement responsables de cette catastrophe qui a coûté la vie à des citoyens innocents, parmi lesquels de nombreux enfants ». « Cela démontre une instrumentalisation cynique du sport par la junte, exploitant ces images de mobilisation à des fins politiques », ajoute-t-il.
Des jeunes ont incendié un commissariat de police dans la nuit, a indiqué la télévision publique. Le pouvoir a très vite quadrillé la ville pour éviter des incidents graves alors que le commissariat proche du stade avait été incendié dès le dimanche soir. « Hier (lundi) matin, la situation était plus calme. Il y a des militaires, de la police partout sur tous les axes, ajoute Konaté. Des commerces, des établissements scolaires, des banques sont fermés, Tout est contrôlé, notamment les bâtiments administratifs. »
Conclusion
La Guinée est en deuil après cette terrible tragédie. Les événements de Nzérékoré soulèvent de nombreuses questions sur la sécurité des événements publics et la gestion des foules. Il est impératif que la lumière soit faite sur ce drame, que les responsabilités soient établies, et que des mesures soient prises pour éviter qu'une telle catastrophe ne se reproduise.